Directeur général

Lancement d'un vaccin novateur contre la méningite au Burkina Faso

Dr Margaret Chan
Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé

Allocution lors du lancement du nouveau vaccin contre la méningite en Afrique (MenAfriVac)
Ouagadougou, Burkina Faso

6 décembre 2010

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs nos partenaires du Projet Vaccins Méningite, Mesdames et Messieurs,

C’est un grand jour pour le Burkina Faso et pour son peuple, qui a vécu si longtemps dans la crainte de ce que l’harmattan, ce vent chaud et sec, amène avec lui chaque année.

La méningite épidémique n’est pas la principale maladie mortelle en Afrique mais c’est l’une des plus redoutées. C’est facile à comprendre: l’apparition soudaine, la progression rapide vers une forme grave, les longues queues de personnes attendant de se faire vacciner une fois l’épidémie commencée.

Les rues vides, les décès, les semaines passées au chevet d’un enfant hospitalisé. Les enfants qui survivent mais qui sont souvent handicapés à vie par des troubles mentaux ou des pertes d’audition.

L’Afrique mérite mieux que cela. Aujourd’hui, avec le lancement de ce nouveau vaccin, l’Afrique reçoit le meilleur de la technologie que le monde peut offrir lorsqu’il unit ses efforts.

L’Afrique avait appelé ce vaccin de ses vœux. Il est à mettre en grande partie au crédit des dirigeants et des chercheurs africains, qui peuvent également bénéficier du renforcement des capacités ainsi favorisé.

La terrible épidémie de méningite de 1996 a fait plus de 250 000 cas dans la ceinture africaine de la méningite. Cela a été un signal d’alarme.

Les ministres africains de la santé ont sollicité l’aide de l’OMS. À ce moment-là, la stratégie de lutte était réactive, la vaccination commençant après le début de l’épidémie. Le vaccin lui-même était mal adapté puisqu’il ne conférait qu’une protection limitée.

Les dirigeants et chercheurs africains ont décrit ce que pourrait être le vaccin idéal, jusqu’à son prix. Comme l’a déclaré à l’époque un ministre de la santé, «un vaccin qui ne serait pas d’un coût abordable pour l’Afrique serait pire que pas de vaccin du tout».

Le Projet Vaccins Méningite a été lancé en 2001 par l’OMS et PATH, avec un financement principal de la Fondation Bill & Melinda Gates. Mais au prix visé de 50 centimes la dose, aucun laboratoire pharmaceutique n’était intéressé. Cela a donc suscité la création d’un modèle d’innovation entièrement nouveau.

C’est un consortium d’universitaires et de chercheurs qui a mis au point le vaccin. Les États-Unis et les Pays-Bas ont opéré un transfert de technologie en faveur du Serum Institute de l’Inde, qui a accepté de fabriquer le vaccin au prix visé.

Les chercheurs africains ont contribué à la conception de protocoles d’étude et mené les essais cliniques. Le Canada a apporté son concours à l’Autorité nationale indienne pour l’approbation réglementaire, et l’OMS a présélectionné le vaccin l’été dernier.

Moins d’une décennie plus tard, soit en un temps record, un nouveau vaccin mis au point sur mesure pour l’Afrique, à des prix abordables pour le continent et développé avec l’intervention concrète de chercheurs africains est lancé aujourd’hui.

Permettez-moi d’insister. Aucune étape n’a été brûlée. Aucune norme n’a été enfreinte. Le MenAfriVac est le meilleur vaccin que le monde puisse offrir.

Je tiens à remercier l’Alliance GAVI, l’UNICEF et Médecins sans Frontières de leur appui en tant que partenaires internationaux. Je remercie également les nombreux chercheurs brillants et dévoués, comme au Burkina Faso, qui ont rendu possible la mise au point de ce nouveau vaccin.

Des déconvenues ont été bien sûr enregistrées, mais tous les partenaires sont restés concentrés sur la mission de santé publique. Nous assistons aujourd’hui au début de la fin des épidémies mortelles et dévastatrices dans la ceinture africaine de la méningite.

Mesdames, Messieurs,

L’impact sur la santé de cette réalisation sera sans doute considérable. Le vaccin protège les enfants dès l’âge d’un an et confère une immunité pouvant aller jusqu’à 10 ans.

Il réduit la transmission et contribue à l’immunité collective, ce qui signifie que même des personnes non vaccinées sont dans une certaine mesure protégées. L’OMS estime que le vaccin sauvera près de 150 000 vies de jeunes d’ici 2015.

L’esprit de collaboration mutuelle et l’apprentissage commun qui ont présidé à cet objectif ont permis aux pays africains de renforcer les systèmes de surveillance de la maladie, de développement clinique, de pharmacovigilance et de logistique des vaccins.

À leur tour, les partenaires qui ont collaboré à cet effort ont beaucoup appris au sujet des besoins et des possibilités particulières des pays de la ceinture de la méningite. Vous méritez notre profond respect.

Enfin, j’aurais une dernière observation. C’est un grand jour pour le Burkina Faso, qui sera suivi par le Mali et le Niger. Ce sont les trois pays d’hyperendémie.

Mais ce doit être également un grand jour pour toutes les personnes qui vivent dans la ceinture de la méningite.

Je joins ma voix à celles de tous ceux qui appellent au financement nécessaire par les partenaires internationaux et les gouvernements des pays d’endémie pour faire en sorte que tous les peuples dans tous les pays de la ceinture de la méningite obtiennent le meilleur vaccin que le monde peut offrir.

Les vents chauds n’apporteront plus jamais la maladie et la désorganisation sociale nulle part.

Je vous remercie.

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