Directeur général

La lutte contre les maladies non transmissibles, un enjeu politique

Dr Margaret Chan
Directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé

Allocution de clôture prononcée à l’occasion de la Consultation de haut niveau de la Région des Amériques sur les maladies non transmissibles et l’obésité
Mexico, Mexique

25 février 2011

Excellences, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les délégués, Mesdames et Messieurs,

Je remercie le gouvernement mexicain d’avoir accueilli cette rencontre.

Les pays d’Amérique latine luttent avec beaucoup de courage et de détermination contre les facteurs liés au mode de vie qui contribuent à la progression de ces maladies.

Vous avez étudié des stratégies et des interventions et êtes parvenus à un accord sur certaines pistes pour l’avenir. Le secteur de la santé doit saisir la chance que lui offre la réunion de haut niveau de septembre prochain.

Cette réunion doit être un signal d’alarme, mais pas pour la santé publique. Nous avons déjà pleinement conscience de la situation.

Nous connaissons l’épidémiologie, les tendances mondiales et les conséquences humaines et économiques désastreuses qu’entraîne l’adoption par les populations pauvres et défavorisées de modes d’alimentation autrefois réservés aux sociétés prospères. C’est le premier point que je voudrais souligner.

Deuxièment, les maladies chroniques ne sont plus seulement un problème médical ou de santé publique mais aussi un problème de développement et une question politique. Une pression énorme sera exercée pour que les bonnes décisions ne soient pas prises.

Certains contesteront la nécessité d’un changement de politique. Ils soutiendront que la progression des maladies cardiovasculaires, du diabète et du cancer est due aux choix personnels de chacun. Les gens choisissent de fumer, d’abuser de l’alcool, de consommer une nourriture mauvaise pour leur santé ou de rester assis devant la télé ou l’ordinateur.

Si l’on suit cette logique, ce sont de mauvais parents qui sont responsables de l’obésité ou du surpoids qui frappe 43 millions d’enfants d’âge préscolaire dans le monde. Non, les parents ne sont pas mauvais. Ce sont les politiques qui sont mauvaises.

De plus en plus de gens ont la possibilité d’acheter des produits du tabac et sont exposés au marketing accrocheur d’aliments et de boissons bon marché, pratiques, bons au goût, rassasiants et très mauvais pour la santé.

Les pays en développement sont des cibles toutes trouvées, des marchés faciles. Nombre d’entre eux ne disposent même pas de la réglementation la plus rudimentaire qui leur permettrait de contrôler un marketing irresponsable et les produits qui sont commercialisés.

Le secteur de la santé ne peut pas, à lui seul, arrêter cette évolution. Mais les mesures de prévention primaire nécessaires à l’échelle de la population ne sont pas du ressort direct des ministères de la santé. Elles dépendent largement de secteurs qui ne relèvent pas de l'action sanitaire qui pourront faire la différence.

Je voudrais enfin souligner un troisième point: le défi que représentent ces maladies pour les pays ayant des ressources limitées a été presque totalement négligé.

Dans de nombreux pays, le nombre de décès dus aux maladies cardiovasculaire et au cancer ont diminué, certainement, en grande partie, grâce au succès des campagnes antitabac.

On dispose de moyens efficaces, notamment pour le dépistage et la détection précoce, et de médicaments qui permettent de faire baisser la tension artérielle, la cholestérolémie et la glycémie. S’ajoutent à cet arsenal des traitements tels que le pontage coronarien, la transplantation d’organes, la chimiothérapie et la radiothérapie.

Mais ces interventions sont hors de portée des pays en développement. Leurs systèmes de santé ne peuvent pas en supporter la charge. Ils ne disposent ni du personnel, ni des médicaments, ni des ressources financières, ni des moyens de dépistage et de détection précoce ni des modèles de service nécessaires à la prise en charge des maladies chroniques. Trente pays en développement, dont la moitié se trouve en Afrique, n’ont pas un seul appareil de radiothérapie.

Mesdames et messieurs

Je voudrais, en conclusion, vous donner quelques conseils.

Faites de la prévention primaire une priorité absolue. Par exemple, continuez à militer pour la mise en œuvre totale de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac.

Utilisez des données factuelles et des arguments économiques, comme vous l’avez déjà fait, pour élaborer des politiques au plus haut niveau de l’État et dans les systèmes internationaux.

Continuez à faire du renforcement des systèmes de santé une priorité absolue. Les soins de santé primaires sont le meilleur modèle de services complets, auxquels les communautés participent, de la prévention aux soins au long cours en passant par le dépistage et la détection précoce.

Faites participer la société civile, qui peut être un allié particulièrement puissant pour influer sur l’opinion publique et demander à l’industrie de justifier son attitude.

Faites participer le secteur privé. L'industrie a besoin de collaborer pour que les choix alimentaires sains soient des choix faciles et pour que à la production de médicaments et d'autres interventions soient accessibles et abordables.

Soyez des chefs de file. L'initiative latino-américaine pour encourager l'activité physique «Ciclovias» a été imitée dans le monde entier.

Surtout, soyez fermes – c’est déjà le cas en Amérique latine – et continuez à faire entendre votre voix.

Merci.

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