Directeur général

Innovation et nouvelles technologies sont nécessaires pour intensifier la riposte au VIH

Dr Margaret Chan
Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé

Allocution d’ouverture à la réunion de haut-niveau sur le sida 2011
Table ronde 3: Innovation et nouvelles technologies
New York, États-Unis d'Amérique

9 juin 2011

Excellences, chers délégués, chers collègues de la santé publique, Mesdames et Messieurs,

Au cours des 30 dernières années, la riposte au VIH a été le fer de lance de l’innovation dans un large éventail de domaines tels que la science fondamentale, les médicaments et les produits diagnostiques, mais aussi l’engagement véritable des personnes touchées par le VIH.

En 1996, le monde s’est émerveillé lorsque la thérapie antirétrovirale, ou TARV, s’est pour la première fois avérée efficace. Et cependant rares étaient ceux qui rêvaient que ces médicaments coûteux pouvaient être mis à disposition dans les pays pauvres.

Aujourd’hui, près de 7 millions de personnes dans les pays à revenu faible ou intermédiaire prennent quotidiennement le TARV et mènent une vie saine et productive. Les efforts déployés pour administrer la thérapie antirétrovirale dans les pays pauvres ont toujours été caractérisés par l’innovation.

Les pays ont recours à la délégation et au partage des tâches pour réaliser des progrès malgré les pénuries chroniques d’agents de santé. Ils font participer les communautés locales aux activités de conseil et de dépistage, et à la fourniture des services de soutien. De plus en plus fréquemment, ils intègrent les services liés au VIH aux autres services de santé de manière inventive.

Les financements novateurs et les interventions sur les marchés ont fait baisser le prix des schémas thérapeutiques qui, de plus de 10 000 dollars par an par patient, sont passés à moins de 200 dollars pour un traitement de première intention recommandé par l’OMS en 2010.

Permettez-moi de rendre hommage au travail accompli sans relâche par les organisations de la société civile, les partenaires tels que l’Initiative Clinton pour l’accès à la santé, le PEPFAR, le Fonds mondial et UNITAID, ainsi qu’aux approches originales que les communautés ont utilisées pour défendre un accès mondial aux médicaments essentiels.

Les pays mettant en œuvre les interventions ont utilisé avec ingéniosité la souplesse offerte par l’Accord sur les ADPIC ainsi que d’autres accords commerciaux pour faire en sorte que les traitements soient plus abordables.

Toutefois, faire la même chose à plus grande échelle ne suffit pas. Nous devons innover de toute urgence. Nous avons toujours une longueur de retard sur cette épidémie dévastatrice.

Neuf millions de personnes n’ont toujours pas accès au traitement. Dans 10 ans, la plupart des 34 millions de personnes vivant avec le VIH auront besoin du TARV. Pour chaque personne qui commence un traitement antirétroviral, deux autres contractent l’infection.

Nous savons, sans l’ombre d’un doute, qu’un traitement précoce a un puissant effet de prévention de la transmission sexuelle du VIH chez les couples sérodiscordants.

Nous devons tirer le meilleur parti des avantages préventifs du traitement par un diagnostic et un traitement précoces. L’OMS s’engage à fournir des indications claires sur ces données factuelles et à travailler avec ses partenaires pour aider les pays à surmonter les obstacles que pose la mise en œuvre.

Combiner avec ingéniosité le traitement avec les autres interventions préventives novatrices est essentiel. Parmi celles-ci figurent la circoncision masculine, les préservatifs masculins et féminins, la prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME), les programmes ciblés pour les groupes à haut-risque et l’éducation pour un changement de comportement. Un microbiocide pour aider les femmes à se protéger devrait être disponible dans très peu de temps.

Mesdames et messieurs,

L’OMS se préoccupe de l’accès aux traitements dont nous disposons. Mais nous sommes tout autant intéressés par l’innovation en vue d’obtenir de nouveaux produits et d’assurer l’accès à ces futures technologies. Innover est important, mais les innovations doivent être abordables.

Nous devons continuer à investir dans la science fondamentale et la recherche clinique qui aboutiront à des médicaments et produits diagnostiques plus efficaces, et finalement à un vaccin et à la guérison.

De nouveaux partenariats et mécanismes sont à l’œuvre pour stimuler l’innovation technique et récompenser l’ingéniosité.

Je rends hommage à UNITAID pour avoir pris l’initiative d’instaurer la communauté de brevets pour les médicaments. La Stratégie mondiale et le Plan d’action de l’OMS pour la santé publique, l’innovation et la propriété intellectuelle ont reconnu très tôt le potentiel de ces mécanismes volontaires.

Récemment, le G8 a encouragé les titulaires de brevets à participer à la communauté de brevets pour les médicaments. J’admire les entreprises qui sont en négociation avec la communauté de brevets, et les National Institutes of Health (NIH) américains qui ont été les premiers à concéder une licence d’exploitation de brevets à la communauté.

L’OMS coordonne, avec des partenaires clés, l’action au niveau mondial et soutient les pays afin de simplifier radicalement le traitement du VIH. En mai, l’Assemblée mondiale de la Santé a adopté une nouvelle stratégie pour lutter contre le VIH/sida.

La stratégie fournit une feuille de route sur la manière dont l’innovation dans la riposte au VIH et dans le domaine de la santé publique de manière plus générale peut contribuer à la réalisation de l’accès universel et des OMD. Après 30 ans, les outils qui nous permettront d’inverser la tendance de l’épidémie sont à notre portée.

Donnons un nouvel élan à cette double innovation qui a caractérisé la riposte au VIH: d’une part, l’innovation pour mettre en œuvre les interventions existantes, d’autre part l’innovation pour obtenir de nouveaux outils pour faire plus.

Je vous remercie.

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