Directeur général

Message du Directeur général à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose

Dr Margaret Chan
Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé

Allocution prononcée lors d’un point de presse à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose
Genève, Suise

18 mars 2013

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureuse de vous informer de la situation concernant la tuberculose, conjointement au personnel de l’OMS et au Dr Mark Dybul, Directeur exécutif du Fonds mondial. Le Fonds mondial fournit la grande majorité des fonds internationaux donnés en faveur de la tuberculose.

Il y a 20 ans, en 1993, l’OMS a déclaré que la propagation de la tuberculose constituait une urgence de santé publique internationale. Cette démarche sans précédent a été déclenchée par une explosion de cas, dans les pays riches comme dans les pays pauvres, largement alimentée par l’épidémie de sida.

Deux décennies plus tard, on peut à juste titre s’interroger: avons-nous réussi à vaincre, ou au moins à maîtriser, l’urgence que représentait la tuberculose? Oui et non.

À de nombreux niveaux, la lutte contre la tuberculose est un brillant succès. Au milieu des années 1990, l’OMS a encouragé l’approche DOTS pour ensuite affiner cette stratégie en la décomposant en six éléments permettant de lutter contre la tuberculose.

En l’espace d’une décennie, la stratégie a été adoptée dans chaque pays du monde ou presque. Elle a marché. De fait, elle a eu un impact impressionnant.

L’épidémie qui, en 1993, semblait devoir se propager de manière dramatique, échappant à tout contrôle, a atteint des sommets il y a 10 ans pour amorcer ensuite une lente mais régulière régression. La cible du Millénaire pour le développement qui était de maîtriser la tuberculose et d’inverser la tendance d’ici 2015 a d’ores et déjà été atteinte. Globalement, le monde est sur la bonne voie pour atteindre la cible d’une réduction de 50% du nombre des décès par rapport à 1990.

Entre 1995 et 2011, 51 millions de personnes ont bénéficié avec succès d’un traitement contre la tuberculose moyennant l’utilisation de la stratégie de l’OMS, 20 millions de vies étant ainsi sauvées. Ce succès est d’autant plus remarquable que les soins de la tuberculose et la lutte contre la maladie se sont appuyés sur des armes depuis longtemps dépassées. La tuberculose est la seule des grandes maladies infectieuses pour laquelle il n’existe pas de test de dépistage disponible là où les soins sont dispensés.

L’humble microscope reste depuis un siècle le principal outil de diagnostic. En outre, il n’existe aucun test précis qui soit d’un usage facile pour dépister la tuberculose chez l’enfant.

Cette situation commence, elle aussi, à changer. Un nombre sans précédent de vaccins sont aujourd’hui à différents stades de leur développement. À la fin de l’année dernière, les autorités de réglementation ont approuvé le premier nouveau médicament antituberculeux depuis 50 ans.

À la fin de 2010, l’OMS a approuvé un test moléculaire rapide qui permet de diagnostiquer de manière fiable la tuberculose et la pharmacorésistance, même chez les patients souffrant d’une co-infection par le VIH, en l’espace de quelques heures et non plus de quelques semaines, voire quelques mois. Le test a été mis en place dans 77 pays à revenu faible ou intermédiaire, et son prix a chuté de plus de 40%.

Tel est le côté positif.

Le côté négatif revêt trois dimensions.

La première est une question d’échelle. Malgré les succès enregistrés récemment dans le recul de l’épidémie, le fardeau de la tuberculose à l’échelle mondiale reste énorme. En 2011, selon les estimations, 8,7 millions de personnes ont développé une tuberculose, et 1,4 million de personnes en sont mortes. Cela fait de la tuberculose la deuxième maladie infectieuse la plus meurtrière au monde, juste après le VIH/sida.

La deuxième dimension tient à l’augmentation des souches du bacille tuberculeux qui sont multirésistantes, aux différents médicaments de première intention, ou ultrarésistantes, en ne répondant pas non plus aux médicaments de deuxième intention.

La tuberculose multirésistante (MR) a été dépistée dans la quasi-totalité des pays qui l’ont recherchée. La tuberculose ultrarésistante (UR), confinée à seulement une poignée de pays il y a quelques années, a désormais été constatée dans 84 pays.

À l’échelle mondiale, on estime que 630 000 personnes sont atteintes de tuberculose multirésistante. L’importance de ce nombre est considérablement aggravée par le fardeau extrême qu’elle fait peser sur les patients, les familles et les systèmes de santé.

La tuberculose pharmacorésistante est très difficile à diagnostiquer et extrêmement difficile et coûteuse à traiter. Certes, la tuberculose-MR peut être soignée, mais il faut 20 à 24 mois de traitement au moyen de médicaments coûteux et toxiques, dont certains doivent être administrés par injection ou ne sont disponibles qu’en quantité limitée.

Le coût du traitement de la tuberculose-MR peut être plusieurs centaines de fois supérieur au coût du traitement de la tuberculose sensible aux médicaments. En moyenne, seuls près de 50% des cas de tuberculose-MR sont soignés avec succès.

L’émergence de la tuberculose-MR, à des niveaux dramatiques dans certains endroits, est le signe d’un échec des mesures de soins et de lutte. Lorsque les patients reçoivent un traitement insuffisant, cessent de prendre leurs médicaments ou sont soignés avec des médicaments de qualité inférieure, seules les bactéries les plus faibles sont anéanties.

Cela permet aux plus vigoureuses de survivre sous une forme résistante aux médicaments. En d’autres termes, l’émergence de la tuberculose-MR ou UR peut être attribuée à un traitement de mauvaise qualité.

Toutefois, la situation est en train de changer.

À l’échelle mondiale, il existe une pharmacorésistance dès le début du traitement chez près de 4% des personnes qui viennent de développer la tuberculose. Ce qui signifie que la tuberculose-MR se transmet directement d’une personne à l’autre.

Dans certains pays, un pourcentage aussi élevé que 35% des nouveaux cas sont multirésistants dès le début. Cela vous donne une idée du baril de poudre sur lequel nous sommes assis. Nous devons tirer les enseignements voulus auprès des pays qui ont réussi à contenir la menace et soutenir d’urgence ceux où la tuberculose-MR est presque la norme.

Nous nous limitons à faire du surplace alors que nous devons absolument élargir la risposte face à la tuberculose-MR. Nous ne pouvons pas perdre si facilement ce qu’une collaboration internationale impressionnante nous a permis d’obtenir.

La dernière dimension est la dimension financière. Le déficit de financement pour les soins de la tuberculose et la lutte contre la maladie est important. Vous apprendrez dans quelques minutes quelle est l’ampleur de ces déficits dans les pays à revenu faible ou intermédiaire qui peuvent bénéficier des subventions du Fonds mondial.

Nous appelons à l’investissement que cette épidémie mondiale requiert.

Je vous remercie.

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