Directeur général

Discours prononcé par le Directeur général à la Conférence sur la santé et le climat

Dr Margaret Chan
Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé

Déclaration liminaire à la Conférence sur la santé et le climat
Genève, Suisse

27 août 2014

Excellences, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les participants, mes chers collègues du système des Nations Unies, Mesdames et Messieurs,

Je suis heureuse de voir tant de ministres présents ici. Je vous souhaite à tous chaleureusement la bienvenue à cette conférence sur la santé et le climat. Merci de nous consacrer de votre temps et de nous faire bénéficier de votre compétence. Vous avez un rôle important à jouer.

Les effets déterminants des variables climatiques sur la santé n’occupent pas encore une place suffisante dans les débats sur le changement climatique.

À mon avis, le plus important, ce sont les effets sur la santé les mieux répertoriés. Le climat et la météorologie ont une incidence sur l’air que nous respirons, les aliments que nous consommons et l’eau que nous buvons.

Les effets des activités humaines sur l’environnement deviennent de plus en plus manifestes. Le monde connaît un nombre record d’événements climatiques extrêmes.

Notre planète est en train de perdre sa capacité de permettre durablement à l’homme de vivre en bonne santé. Cette année, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a présenté le plus alarmant de ses rapports qui a fortement mis l’accent sur les conséquences pour la santé et a signalé plusieurs interventions sanitaires précises qui permettent d’améliorer la résilience face au changement climatique et contribuent au développement durable.

En mars dernier, l’Organisation mondiale de la Santé a révisé ses estimations des effets de la pollution atmosphérique sur la santé. En 2012, l’exposition à la pollution atmosphérique a provoqué quelque 7 millions de décès dans le monde, ce qui en fait le risque le plus grave en matière de salubrité de l’environnement.

Les variables climatiques contribuent à la survenue de catastrophes, lesquelles entraînent des déplacements de populations, la perte de moyens de subsistance, la destruction d’infrastructures et un surpeuplement et un manque d’hygiène qui favorisent les flambées épidémiques explosives. Ces conditions favorisent la survenue de maladies diarrhéiques, qui sont la deuxième cause de mortalité chez le jeune enfant.

Le cycle de transmission de nombreuses maladies parmi les plus inquiétantes au monde est profondément déterminé par la chaleur et l’humidité, ainsi que les caractéristiques des précipitations. Le paludisme en est un bon exemple: les parasites qui en sont responsables et les moustiques qui les transmettent sont extrêmement sensibles à la variabilité du climat, que l’on a liée à plusieurs reprises à des épidémies.

D’autres maladies à tendance épidémique, comme le choléra, la dengue et la méningite bactérienne, sont également très sensibles à la variabilité du climat. Toutes ces maladies peuvent facilement perturber le fonctionnement de la société et entraîner d’importants besoins logistiques que doivent assumer les équipes de riposte.

La communauté humanitaire sera-t-elle capable de faire face à la multiplication de tels événements?

Le climat influe également sur l’apparition de nouvelles maladies. Environ 75% des maladies humaines ont leur origine chez les animaux domestiques ou sauvages.

Les variables climatiques, notamment celles qui influent sur la disponibilité des denrées alimentaires et de l’eau ont un impact direct sur les populations d’animaux sauvages, leur concentration et leur incursion dans les zones habitées.

Les modifications qui interviennent dans les populations animales sous l’influence du climat peuvent permettre à un agent pathogène présent chez l’animal de franchir la barrière des espèces et d’infecter l’être humain, comme dans le cas du virus Nipah, en Malaisie, et de l’hantavirus, aux États-Unis d’Amérique.

Dans ce dernier cas, l’apparition d’une grave maladie respiratoire était liée à une longue période de sécheresse, suivie de fortes pluies, qui avait touché les populations de souris sylvestres.

Je sais bien que certains font l’hypothèse que le changement climatique peut influer sur la fréquence des flambées de maladie à virus Ebola.

Je tiens à souligner que nous n’avons aucune preuve que ce soit le cas. Certains animaux sauvages, notamment les chauves-souris frugivores et les singes, sont impliqués dans la survenue de la plupart des flambées de maladie à virus Ebola.

Mais ce n’est là qu’une toute petite partie des conséquences du changement climatique sur la santé.

Le changement climatique est la question déterminante du XXIe siècle. Je vous demande de m’aider à amener les dirigeants mondiaux à la mettre au centre des débats. Le mouvement en faveur du développement durable doit être accompagné d’un autre mouvement pour combattre le changement climatique.

Je souhaite que vos débats soient fructueux.

Je vous remercie.

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