WHO Home Page

Office of the Director-General

World Health Organization
Organisation mondiale de la Santé

UPDATED: Mon Feb 18 16:59:04 2002

Dr. Gro Harlem Brundtland        
Directeur général
Organisation mondiale de la Santé

Paris, France,
8 décembre 1998

In English
  

Cinquantenaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme

 

Cette semaine, nous célébrons un autre cinquantenaire du remarquable processus novateur en faveur de la paix, de la sécurité et de la dignité humaine qui a suivi les dévastations de la deuxième guerre mondiale.

En ce moment charnière, cependant, une perspective de 50 ans n'est pas suffisante. Lorsque le lieu de la réunion est Paris et que le thème en est les droits de la personne humaine, il nous faut remonter plus loin dans l'histoire. La Déclaration universelle des droits de l'homme a été inscrite dans un livre d'histoire où des chapitres importants avaient déjà été écrits. L'un de ces chapitres, la Déclaration française des droits de l'homme et du citoyen de 1789, a marqué un grand tournant dans l'histoire des civilisations.

De même que la déclaration française a été véritablement révolutionnaire dans un contexte national, la Déclaration universelle a été remarquable par sa portée universelle. 1948, pas plus que 1789, n'était une fin en soi. C'était un appel à poursuivre l'action.

Voilà l'importance du message aujourd'hui:

  • Nous devons maintenir l'élan pour gagner et reconquérir le respect des droits de la personne humaine.
  • Nous devons assurer un engagement politique au plus haut niveau.
  • Nous devons mobiliser la société civile.
  • Nous devons déployer une force progressiste pour défendre les milliards de personnes qui sont privées de leurs droits.

L'Organisation mondiale de la Santé est un élément de cette force.

Que l'idée de créer une organisation mondiale de la santé se soit inscrite dans le même processus que la reconnaissance de l'universalité des droits de l'être humain n'est pas une coïncidence. Le mandat de l'OMS, lui aussi, est universel. C'est un appel à l'égalité que lance notre Constitution en déclarant que "la possession du meilleur état de santé qu'il est capable d'atteindre constitue l'un des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que soient sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique ou sociale".

Toutes les institutions des Nations Unies font partie d'une large alliance pour les droits de l'être humain. Sur la base de nos mandats, par des voies différentes, c'est le but que nous nous sommes fixé. Mais nous faisons tous le même constat: la pauvreté est le principal obstacle.

L'OMS ne fait pas exception. La pauvreté conduit à la maladie et la maladie engendre la pauvreté. Là où existent la pauvreté structurelle et la mauvaise santé, le développement est affecté, de même que les droits de l'être humain. Ainsi que l'observait Jonathan Mann, pionnier dans la quête de la santé et des droits de l'homme, toute violation des droits de l'être humain a des effets négatifs sur la santé. Notre perception du développement a progressé et mûri depuis 1948.

Les conférences mondiales des Nations Unies de ces dernières années - Rio, Vienne, Le Caire, Copenhague et Beijing - aboutissent toutes à la même conclusion: Aucun pays n'a réussi à avoir une croissance économique et un développement humain durables sans commencer par investir dans le développement humain. Et aucun pays n'assurera durablement le progrès et la santé de sa population s'il confisque la démocratie et néglige les droits de la personne humaine.

Jamais un aussi grand nombre n'a eu si largement accès à des soins de santé aussi perfectionnés. Mais jamais un aussi grand nombre ne s'est vu privé de l'accès à la santé. Les pays en développement supportent 90 pour cent du fardeau de la morbidité alors que les pays les plus pauvres n'ont accès qu'à 10 pour cent des ressources allouées à la santé. Comme le dit Robert Badinter, "nous vivons dans un monde à deux vitesses".

L'une des raisons pour lesquelles la tâche reste inachevée tient précisément au non respect des droits fondamentaux de l'être humain. Le secteur de la santé est souvent réduit à devoir réparer les résultats de ces abus: souffrances dues à la guerre et à la torture, mutilations infligées par les mines antipersonnel. La maladie trouve un terrain fertile là où l'information et l'éducation font défaut. Là où la liberté d'organisation est restreinte, l'instauration de communautés saines est entravée. La maladie régresse lorsque sont réunies des conditions autorisant l'acquisition de connaissances et d'informations. Lorsque l'individu jouit pleinement de ses droits humains légitimes.

La discrimination, fondée sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion ou toute autre raison, aggrave sérieusement l'effet négatif de la pauvreté sur la santé.

Prenons l'exemple des femmes. Les fillettes et les femmes qui sont privées de l'accès à l'éducation, à l'information et à toute forme réelle de participation économique, sociale et politique sont particulièrement vulnérables. Certains régimes politiques privilégient la vaccination des jeunes garçons au détriment des filles. Cela est absolument inacceptable et nous devons nous élever contre de telles pratiques.

Le mépris le plus flagrant des droits de l'être humain peut dégénérer en pure violence. De 20 à 50% des femmes sont victimes de mauvais traitements physiques infligés par leur partenaire à un moment ou un autre de leur vie. La violence à l'encontre des femmes dans les situations de conflit et à l'encontre des femmes réfugiées fait partie du même drame. Notre base factuelle ne dit à ce sujet rien de rassurant: en 2010, la violence sera à elle seule l'un des principaux fardeaux de morbidité dans le monde.

Nous devons continuer les campagnes d'éducation et d'information pour informer les femmes de leurs droits. Il est possible d'arriver à un niveau zéro de tolérance en ce qui concerne la violence contre les femmes et les enfants.

Avec d'autres institutions des Nations Unies, l'OMS dirige l'action mondiale menée en vue d'abolir un autre mauvais traitement absolument inacceptable, les mutilations sexuelles féminines, pratique traditionnelle dangereuse et injustifiable qui affecte 130 millions de fillettes et de femmes dans le monde.

Les droits des enfants et des adolescents sont un autre progrès dont la légitimité émane de la déclaration de 1948. Les enfants ont des droits - à la survie, à la santé et aux soins de santé. Cent quatre-vingt-onze pays ont ratifié la Convention sur les droits de l'enfant. Mais il reste beaucoup à faire. L'UNICEF renouvelle son appel aux Etats Membres pour qu'ils respectent leurs engagements. Le moment est opportun et l'OMS soutient pleinement cet appel.

Les opportunités qui s'offrent aux jeunes enfants sont fondamentalement inégales. La tâche des défenseurs des droits de l'homme restera inachevée tant que des enfants naîtront dans une extrême pauvreté. Tant que des enfants ne verront le jour que pour mourir de causes évitables. Tant qu'il existera des médicaments et des vaccins, mais qu'ils ne seront pas disponibles pour tous. Tant que des enfants mourront ou souffriront parce que leur famille est privée d'informations et des connaissances élémentaires.

Aujourd'hui, l'enjeu même du secteur de la santé est profondément modifié. Les gouvernements remettent leur rôle en question. Les budgets sont soumis à de fortes pressions.

L'OMS renforcera son rôle consultatif sur la réforme du secteur de la santé. Pour ce faire, nous devrons nous inspirer des valeurs clefs inscrites dans la Déclaration universelle des droits de l'homme. La sécurité sanitaire est une notion qui englobe un grand nombre des droits énoncés dans la Déclaration universelle. Elle représente l'accès de tous à des soins de santé satisfaisants, l'accès à l'éducation et à l'information, le droit à une alimentation suffisante et de bonne qualité mais aussi le droit à un logement décent et à un milieu de vie et de travail où les risques connus pour la santé sont maîtrisés.

Qu'est-ce qui doit guider le processus de réforme du secteur de la santé? Je distingue trois buts concrets:

  • Une réduction sensible des formidables inégalités qui continuent de nous hanter - à l'intérieur des pays et entre les pays.
  • Une réduction sensible du fardeau de la morbidité.
  • Et, enfin, l'accès universel à des services de santé efficaces qui respectent les besoins et la dignité de chacun.

L'accès universel à des services de qualité est un principe fondamental. Là où des pans entiers de population sont écartés, il y a là les ingrédients de la déchéance humaine. Nous avons observé ces derniers mois comment les bouleversements financiers avaient entraîné des réductions sensibles dans le domaine des soins de santé publique. Les résultats peuvent être désastreux: les enfants sont retirés de l'école. Les mères ne reçoivent plus de soins de santé maternelle. La pauvreté gagne du terrain. La maladie progresse. Les droits de l'être humain régressent.

Cinquante ans après la création de l'OMS et l'adoption de la Déclaration universelle, nous devons remettre l'accent sur les liens politiques et juridiques entre la santé et les droits de l'homme. Des passerelles doivent être construites. Il y a eu des divergences dans les perspectives politiques, le vocabulaire employé, les méthodes de recrutement et de formation professionnelle, les rôles sociaux et les modes de travail. La santé et les droits de l'homme jouent des rôles complémentaires dans l'amélioration du bien-être humain.

Avec le Haut-Commissaire Mary Robinson, j'étudierai de plus près comment nos liens peuvent être mieux mis en relief et portés plus clairement à l'attention de la communauté mondiale. Et nous irons plus loin encore: Avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, l'OMS s'emploiera à définir des indicateurs de santé universels qui pourront aider à éviter la détérioration sociale dramatique consécutive à la restructuration financière et économique.

Pour l'OMS, il s'agit d'inscrire la santé dans le juste contexte. Au-delà des soins de santé, notre perception de la santé englobe les dimensions du bien-être de la personne et des populations au sens le plus large.

C'est aussi ce qui inspirera tout notre travail technique.

Il y a deux semaines, dans la province chinoise de Hubei, j'ai observé une femme qui prenait sa dose régulière de médicaments antituberculeux. Si elle peut continuer son traitement, et si le financement des médicaments peut être assuré, elle guérira et elle pourra alors connaître de nouvelles opportunités et une vie où ses droits humains fondamentaux seront respectés.

Quelque 3000 enfants meurent chaque jour du paludisme. Le paludisme se propage et tue là où le droit des personnes à un environnement sain n'est pas respecté. Le paludisme prospère là où une violation massive des droits de l'être humain entraîne la désintégration des communautés, le déplacement des populations et des troubles civils. Nous nous mobilisons contre l'avancée mortelle du paludisme, maladie qui fait le plus de victimes en Afrique au sud du Sahara. A travers l'Initiative Faire reculer le paludisme, l'OMS en appelle à l'action avec l'UNICEF, la Banque mondiale et le PNUD, ainsi qu'avec plusieurs autres partenaires.

L'épidémie de VIH/SIDA ravage des sociétés et des régions entières. Nous devons répondre à l'appel lancé par l'ONUSIDA lors de la Journée mondiale du SIDA et sensibiliser la jeunesse. L'égalité est un élément essentiel et nous devons nous employer à rendre les nouveaux médicaments disponibles pour tous, sans discrimination. L'OMS mettra l'accent sur la capacité du secteur de la santé à relever ce formidable défi.

Pendant des années encore, le tabac risque de rester la principale cause de morbidité. Plus de 80 pour cent des fumeurs commencent à fumer avant 18 ans. Rendre les jeunes dépendants revient à bafouer les droits de l'enfant, et c'est exactement ce que font les gouvernements en laissant les compagnies du tabac prendre pour cible les jeunes populations des pays en développement. Au moyen de son Initiative Se libérer du tabac, l'OMS défendra les droits de l'enfant, et nous répondrons à l'appel de l'Assemblée mondiale de la Santé en élaborant une Convention cadre sur la lutte antitabac.

En 1948, les femmes et les hommes qui ont rédigé la Déclaration universelle des Droits de l'homme et la Constitution de l'OMS ont lancé un énorme défi - assurer le respect des droits de tous les êtres humains et donner accès à tous aux soins de santé.

Ils ont vu le lien. A nous d'agir.

L'OMS, fidèle à son engagement, répondra à cet appel.

Return to Director General's main page