Allocution du
Directeur général à la cent troisième session du Conseil exécutif
Genève, lundi 25 janvier 1999
Point 2 de l'ordre du jour
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil exécutif,
Excellences, Mesdames et Messieurs,
C'est pour moi un grand plaisir de m'adresser au Conseil exécutif pour sa première
session officielle depuis mon entrée en fonctions en tant que Directeur général en
juillet dernier.
Avec les membres du Cabinet et les Directeurs régionaux, j'ai attendu cette session
avec impatience. En effet, cette session de janvier du Conseil exécutif nous offre une
occasion unique de présenter nos politiques et nos stratégies, de solliciter des
conseils et des suggestions, d'introduire des améliorations et d'unir nos forces pour
faire avancer la cause de la santé à l'aube d'un siècle nouveau.
J'ai intitulé cet introductif "Perspectives pour l'OMS". J'aimerais
saisir cette occasion pour vous faire part de mes réflexions sur trois grands
thèmes :
- Premièrement, j'aimerais me tourner vers l'avenir et réfléchir avec vous sur l'action
de développement dans le monde et ses incidences pour l'OMS.
- Deuxièmement, je souhaiterais vous proposer quelques idées sur les orientations que
nous pourrions donner à nos stratégies afin de marquer de notre empreinte cette action
mondiale en faveur du développement.
- Troisièmement, j'aimerais vous présenter un premier bilan des modifications
structurelles que nous avons entreprises.
Ces réflexions que je vais vous livrer reposent sur ce que m'ont appris notre action
ici, au Siège, mes visites dans les Régions, nos échanges avec les Etats Membres et les
contributions des Directeurs régionaux.
Ce que je veux vous présenter aujourd'hui est l'action de l'OMS en marche. Aussi,
j'invite les membres du Conseil exécutif à s'engager activement à nos côtés pour
continuer à donner forme à nos idées, à nos politiques et à nos stratégies. Vous
représentez une source unique d'expérience, de connaissances et de sagesse. Partagez-les
avec nous.
La prochaine Assemblée mondiale de la Santé marquera pour moi une date importante. Je
souhaite à cette occasion présenter un bilan complet des changements que nous avons
introduits et une image claire de la stratégie qui permettra à l'OMS de faire la
différence. Nous progressons dans cette voie et je compte sur votre aide pour enrichir
notre action, non seulement au cours de cette session du Conseil exécutif, mais aussi au
cours des semaines et des mois à venir.
Monsieur le Président,
Regardons d'abord quelles sont les forces qui influent sur le développement dans le
monde.
Mais entendons-nous bien sur un point : nous ne saurions limiter nos perspectives à la
santé au sens strict du terme. Le long processus qui nous a conduit à réviser la
stratégie de la santé pour tous nous a montré que nous devions avoir une idée claire
et précise d'un projet de société plus vaste.
Le siècle qui s'achève a été marqué par des réalisations remarquables en matière
de développement humain. Le XXe siècle a vu l'espérance de vie à la
naissance augmenter de plus de 30 ans alors qu'il y a un demi-siècle, elle ne
dépassait pas 50 ans pour la majorité de la population mondiale. Aujourd'hui, la durée
moyenne de vie dans les pays en développement est de 64 ans, et elle pourrait
largement dépasser 70 ans d'ici 2020 si la pandémie de VIH/SIDA n'inverse pas cette
tendance.
Dans le domaine de la santé, le XXe siècle a été un siècle de
progrès sans précédent. Nous avons une connaissance approfondie des déterminants de la
santé, qu'ils soient biologiques ou sociaux, et des moyens de mener une vie saine.
Partout, la technique a fait des avancées considérables et les conditions de vie des
enfants, des femmes et des hommes se sont améliorées.
Pourtant, malgré ces réalisations majeures, des tâches essentielles restent à
accomplir alors que nous abordons le troisième millénaire :
- Le fait est que la pauvreté absolue s'étend et touche plus d'un milliard de personnes,
et qu'un tiers des enfants dans le monde souffrent de la faim et de la malnutrition qui,
d'heure en heure, amenuisent leurs chances pour l'avenir, en supposant qu'ils atteignent
jamais l'âge adulte.
- Le fait est que les inégalités grandissent dans les pays, ou entre eux, dans les pays
pauvres comme dans les pays riches.
- Le fait est que l'on assiste à un réchauffement du climat qui aura de profondes
conséquences pour la vie sur terre et pour la santé des êtres humains.
- Le fait est que les femmes -- dont le rôle est partout si essentiel au développement
-- restent trop vulnérables. Soixante-dix pour cent des personnes qui vivent dans la
pauvreté absolue sont des femmes.
- Le fait est que, si les guerres entre nations sont plus rares, des conflits armés à
l'intérieur des pays tuent et mutilent les populations et entravent le développement
dans de nombreuses parties du monde.
- Le fait est que, malgré les immenses progrès de la technique, le monde reste mal armé
face aux épidémies et à la menace de maladies meurtrières comme le VIH/SIDA, le
paludisme et la tuberculose.
- Le fait est que la mondialisation du commerce a favorisé de fortes augmentations de la
consommation de tabac, d'alcool et d'aliments riches en graisses.
- Et le fait est aussi que la volonté des pays riches d'appuyer le développement
international va décroissant.
Du strict point de vue de la santé, un long chemin reste aussi à parcourir.
Jamais autant de personnes n'ont eu accès à un aussi large éventail de services de
santé. Mais, parallèlement, jamais autant ne se sont vu refuser l'accès aux prestations
de santé, même les plus fondamentales. Le monde en développement supporte 90% du poids
de la morbidité, mais les pays pauvres ne recueillent que 10% des ressources allouées à
la santé.
Un cinquième de l'humanité n'a aucun accès aux services modernes de santé et la
moitié n'a pas régulièrement accès aux médicaments essentiels. Depuis vingt ans,
notre stratégie mondiale repose sur les principes de l'équité et de la santé pour
tous. Or, les inégalités se creusent sous nos yeux, dans les pays développés comme
dans les pays en développement.
Le secteur de la santé doit lutter pour faire face aux conséquences des mesures
prises dans d'autres secteurs. Les rapports des Directeurs régionaux nous font revivre ce
qui s'est passé au cours de la seule année écoulée.
Des guerres civiles et des conflits armés, des milliers de personnes tuées et
mutilées, des milliers d'autres sans abri et sans accès aux services de santé, en
particulier en Afrique; des catastrophes naturelles, comme les inondations en Chine et au
Bangladesh, l'ouragan George et l'ouragan Mitch qui ont anéanti des systèmes de santé
entiers et les économies qui les font vivre; une croissance démographique explosive
aggravée par une urbanisation rapide et sauvage; les conséquences tragiques de crises
économiques et financières.
Le petit enfant qui se voit privé de droits acquis de haute lutte -- l'accès à
l'éducation et l'accès aux soins de santé primaires -- et laissé à la rue,
privé d'enfance.
L'action de développement au sens large, y compris dans son volet sanitaire, ne
concerne pas uniquement le monde en développement. Nous ne pouvons pas accepter un monde
dans lequel un cinquième de l'humanité jouit de richesses et de possibilités plus
grandes que jamais, alors que les quatre cinquièmes sont de plus en plus menacés dans
leur santé et leur bien-être.
Ce dont il s'agit, c'est d'une stratégie de survie pour l'humanité tout entière. Tel
est le message de la mondialisation. Cela veut dire que nous sommes totalement dépendants
les uns des autres, que nous le voulions ou non. Nous devons donagir au nom de tous et pas
seulement au nom de ceux que nous voyons ou que nous entendons.
- Les faits mis bout à bout sont terribles. Aucun décideur, aussi protégé soit-il de
ces problèmes essentiels de survie, ne peut échapper à cette réalité.
- Nous devons nourrir une population mondiale qui va passer de 6 milliards
d'habitants aujourd'hui à 8 milliards en 2020.
- Nous devons fournir à cette population des sources d'énergie qui garantissent à
chaque pays son droit légitime au développement et au progrès.
- Nous devons modifier les modes de production et de consommation pour atténuer la charge
qui pèse sur la santé, sur l'environnement et sur le climat mondial.
- Nous devons améliorer l'accès à une eau propre dont sont aujourd'hui privées un
milliard de personnes.
- Nous devons améliorer l'accès à des réseaux d'assainissement dont sont aujourd'hui
privées trois milliards de personnes.
- Nous devons soutenir les progrès déjà accomplis en développant l'accès à
l'éducation dont de trop nombreux enfants, et notamment les filles, sont aujourd'hui
privés.
- Nous devons préparer les pays en transition à faire face aux épidémies de maladies
non transmissibles.
- Et, plus généralement, nous devons développer notre capacité de mettre un terme aux
conflits armés et aux violations flagrantes des droits de l'homme.
Or, il existe un espoir, car tout cela nous pouvons le faire. Nous pouvons faire bouger
les choses. Nous disposons des techniques, des connaissances et des ressources pour
répondre à ces besoins.
Mais cela ne se fera pas tout seul. Pour cela, il faut une volonté politique.
Il faudra un effort concerté dans lequel nous devrons tous nous engager :
gouvernements, famille des Nations Unies, institutions financières, secteur privé,
ensemble des organisations non gouvernementales et société civile. Dans la plupart des
domaines, des cibles et des buts ont été approuvés après des années d'efforts de
compréhension et grâce au travail sérieux réalisé lors des conférences organisées
par les Nations Unies dans les années 90 à Rio, à Rome, au Caire, à
Copenhague, à Beijing et à Istanbul.
Action 21, la Convention sur le climat et la Convention sur la biodiversité ont
ouvert la voie à un développement durable.
Le Plan d'action du Caire prévoit une réorientation majeure de nos stratégies visant
à donner davantage d'autonomie aux gens, et notamment aux femmes, de façon à ce
qu'elles puissent faire des choix éclairés en matière de procréation.
Le Sommet social de Copenhague a approuvé le principe 20/20 : 20% de l'aide au
développement devant être réservée aux services sanitaires, éducatifs et sociaux de
base, les bénéficiaires s'engageant à affecter à leur tour une part égale de leur
budget national à ces secteurs.
La Conférence de Beijing sur les femmes a recentré l'action sur le rôle capital
qu'elles jouent dans le développement.
La Déclaration mondiale et le plan d'action pour la nutrition adoptés à Rome ont
rappelé à tous les gouvernements que la faim et la malnutrition étaient inacceptables
et établi un programme d'action stratégique pour s'attaquer à cet énorme problème de
santé.
Enfin, nous nous sommes fixé comme objectif général du développement de réduire de
moitié d'ici 2015 la proportion de personnes vivant dans une extrême pauvreté.
On s'accorde généralement sur les grands objectifs du développement. Mais il reste
beaucoup à faire pour garantir qu'ils seront atteints. Nous avons besoin d'un engagement
continuellement réitéré des gouvernements et de la société civile. Nous avons besoin
d'un système des Nations Unies efficace et fiable.
Monsieur le Président,
Nous devons être clairs quant au rôle de l'Organisation mondiale de la Santé. En
tant que Directeur général, je me suis engagée à placer la santé au coeur de l'action
internationale en faveur du développement.
La santé pour tous est un message que j'adresse à tous nos partenaires. Nous ne
savons que trop bien que l'OMS ne peut apporter qu'une modeste contribution. Mais cette
contribution, judicieusement conçue et appliquée, peut avoir des retombées
considérables. Elle peut permettre d'aider d'autres parties, qu'il s'agisse des
gouvernements, de la société civile, de la famille des Nations Unies, de banques de
développement ou du secteur privé, à être beaucoup plus efficaces et à obtenir de
biens meilleurs résultats.
Dans le domaine de la santé, nous avons toutes les raisons d'être confiants. Nous
fondons la contribution potentielle de l'OMS sur des faits de plus en plus nombreux qui
montrent l'importance de la santé. Nous nous fondons sur des valeurs, sur les droits des
peuples et des communautés, et sur une valeur essentielle : l'équité. L'OMS a
été créée l'année où la Déclaration universelle des droits de l'homme a été
adoptée. Ce n'était pas une coïncidence. Les droits universels, l'équité et la
dignité de la personne humaine figurent en bonne place dans notre Constitution.
Nous savons également que des investissements judicieux dans le domaine de la santé
peuvent être l'un des moyens les plus rentables de promouvoir le progrès et le
développement. En améliorant la santé dans les pays pauvres, on augmente le PNB par
habitant. Dans les pays riches, on réduit les coûts d'ensemble pour la société.
Je suis persuadée que la communauté internationale qui s'intéresse aux questions de
santé, et l'OMS notamment, ont négligé ce fait. A l'ère de la mondialisation des
échanges et des investissements, à une époque où les pays cherchent par tous les
moyens à joindre les deux bouts, nous avions une solution et nous ne le savions pas.
Nous n'avons pas compris que c'était un message important à transmettre aux
responsables politiques et au secteur privé. Car c'est bien à l'OMS qu'il incombe de
rappeler aux premiers ministres et aux ministres des finances qu'ils sont aussi des
ministres de la santé.
Ma propre expérience m'a appris que cette stratégie a contribué à faire de
l'environnement, cause qui ne rassemblait que quelques convaincus, un enjeu politique
majeur.
Les données scientifiques étaient là. Les coûts véritables de la dégradation de
l'environnement ont été analysés, exprimés verbalement et chiffrés. Puis, petit à
petit, les gouvernements et les parlements ont commencé à voter des mesures d'incitation
pour modifier le comportement des entreprises et des consommateurs.
L'établissement de bases factuelles plus solides est la clef du succès de notre
action de sensibilisation. La santé est un domaine particulier, mais nous avons beaucoup
à apprendre des progrès accomplis dans d'autres secteurs.
Lorsque je me suis adressée au Conseil exécutif à la suite de l'Assemblée mondiale
de la Santé en mai, je vous ai fait part de la façon dont je voyais la réorganisation
au Siège. Je vous ai déclaré alors qu'en créant les Groupes, mon but était de mettre
en place une structure qui nous permettrait :
- d'aider à combattre les problèmes de santé;
- d'aider à promouvoir la santé des communautés et des populations;
- d'appuyer nos activités sur des bases factuelles solides et des normes de qualité;
- de mener une politique d'ouverture vis-à-vis de partenaires anciens et nouveaux.
L'un des objectifs prioritaires consistait à pouvoir dire "L'OMS est une".
Une et non pas sept -- c'est-à-dire Genève et les six bureaux régionaux. Une et non
plus de cinquante programmes distincts. Une et non deux, l'une financée par le budget
ordinaire, l'autre par des contributions volontaires.
Depuis le mois de juillet, les neuf Groupes ont été créés et ils ont défini leur
mission. Les cinquante programmes ont été ramenés à trente-cinq départements. Et nous
sommes en train de rationaliser nos relations de travail aveles Régions et les pays.
Ces changements structurels sont importants, mais uniquement dans la mesure où ils
permettent d'assurer une meilleure exécution des activités de l'OMS. Nous devons
définir plus clairement maintenant ce que j'appellerais une stratégie d'ensemble -- une
idée commune du rôle que peut jouer l'OMS en faisant bouger les choses en faveur du
développement.
Monsieur le Président,
J'aimerais passer à la deuxième partie de cette allocution et vous faire part de ma
réflexion sur la contribution de l'OMS. Sur quels domaines de l'action de santé et de
développement l'OMS doit-elle se concentrer pour créer la différence ?
Là encore, il s'agit d'une action en marche, d'un travail que nous allons poursuivre
dans les semaines et les mois à venir, avetoutes les composantes de l'Organisation. Mon
but est de présenter à l'Assemblée mondiale de la Santé la description complète d'une
stratégie d'ensemble qui exprime clairement ce que nous ferons et comment nous le ferons.
J'attends du Conseil exécutif et des Etats Membres qu'ils contribuent en permanence au
processus. L'OMS est votre Organisation.
- Je vois quatre axes stratégiques interdépendants à notre action.
- Nous devons renforcer l'aspect stratégique de notre travail aveles pays.
- Nous devons mieux cibler l'action pour aider à obtenir des résultats meilleurs et plus
équitables en matière de santé.
- Nous devons être plus efficaces dans notre appui au développement du secteur de la
santé.
- Nous devons être plus novateurs dans la création de partenariats influents.
Ces thèmes apparaissent déjà dans notre travail. Les Directeurs régionaux, chacun
dans son contexte, mettent désormais tous l'accent sur la manière dont notre action peut
aider les pays qui ont entrepris de réformer leur secteur de la santé. Et nous
constatons qu'un travail cohérent et de qualité est en cours pour donner effet à la
santé pour tous et une importance cruciale au combat contre les injustices dans le
domaine de la santé. Les principes de base des soins de santé primaires restent toujours
valables.
Premier axe stratégique : un travail plus efficace aveles pays et pour eux.
C'est d'une certaine manière la raison d'être de l'OMS. Elle devrait être au
cur des actions de l'ensemble de l'Organisation. Nous sommes ici pour servir les
populations de nos Etats Membres.
Je dis bien travailler pour les pays, dans les pays et aveles pays.
Dans toutes nos activités, nous travaillons pour les pays. Nous le faisons
principalement de deux manières.
La première implique de travailler dans les pays en établissant une présence directe
pour répondre à leurs besoins de développement, que ce soit au niveau individuel ou
pour un groupe de pays.
La deuxième consiste à travailler avel'ensemble des pays, en les aidant à mobiliser
leur sagesse collective, leurs connaissances et leurs actions pour produire des biens
publics internationaux, comme des normes, des faits probants, une surveillance efficace,
qui bénéficient à tous.
Je souhaite voir un changement dans notre façon de penser et d'agir. Les échanges
aveles pays ne sont pas du seul ressort du représentant de l'OMS. Certes, cet homme ou
cette femme joue un rôle crucial. Mais notre tâche consiste à veiller à ce que les
représentants dans les pays puissent faire appel aux ressources de l'ensemble de
l'Organisation.
Le renforcement du travail dans les pays, pour eux et aveeux, n'est pas seulement
l'affaire des bureaux dans les pays. Il s'agit également d'une responsabilité collective
des bureaux régionaux, du Siège et des centres collaborateurs. J'aimerais donner
quelques exemples :
- Nous travaillons pour les pays lorsque nous aidons à adapter un programme DOTS pour
combattre la tuberculose dans un district.
- Nous travaillons pour les pays lorsque nous fixons des normes pour la sécurité
transfusionnelle.
- Nous travaillons pour les pays quand nous établissons un système international de
classification des maladies qui permet partout aux décideurs de planifier les services
sur des bases factuelles.
- Nous travaillons pour les pays quand nous organisons des réseaux de surveillance qui
protègent les populations d'événements qui surviennent en dehors de leurs frontières
nationales.
- Nous travaillons pour les pays lorsque nous stimulons la recherche et diffusons la
connaissance, comme en santé génésique.
- Nous travaillons pour les pays quand nous plaidons pour le maintien de l'activité au
cours du vieillissement.
- Et nous travaillons pour les pays quand nous partageons nos expériences et aidons les
responsables politiques nationaux à s'inspirer des réformes de la santé entreprises
dans d'autres régions du monde.
Réfléchissons un instant sur ce qu'il faut à notre Organisation pour qu'elle
retrouve son rôle et une action plus significative.
- L'OMS doit être perçue par les gouvernements et les autres organismes comme ayant une
bonne compréhension des besoins sectoriels ainsi que du cadre politique et institutionnel
dans lequel ceux-ci doivent être abordés.
- L'OMS doit donner des avis fiables et de qualité et faire autorité sur le plan
technique.
- L'OMS doit être en possession de bases factuelles à jour et pertinentes, fixer les
normes qui conviennent et être à l'écoute des besoins des Etats Membres.
- L'OMS devrait être en mesure de jouer un rôle d'intermédiaire et de négociateur pour
améliorer la santé, en aidant à concilier les inquiétudes et les besoins des Etats
Membres et des organismes extérieurs qui soutiennent le secteur de la santé.
- L'OMS devrait être en mesure d'aider à façonner les règles des engagements qui lient
les gouvernements aveles organismes extérieurs et pouvoir utiliser, aussi
stratégiquement que possible, ses propres ressources financières limitées.
- L'OMS devrait avoir une action déterminante dans la mobilisation des ressources
internationales nécessaires pour faire face aux problèmes sanitaires émergents.
Certes, il s'agit là d'un programme particulièrement ambitieux. Mais nous avons
consacré beaucoup de temps depuis le mois de juillet à étudier nos partenariats aveles
pays et nous avons une vision claire des difficultés auxquelles nous sommes confrontés.
Le mois prochain, nous allons réunir pour la première fois tous les représentants de
l'OMS et les chargés de liaison pendant une semaine pour discuter de la manière dont
nous pouvons améliorer et rationaliser notre travail aveles pays. Je me réjouis de la
présence des trois Vice-présidents du Conseil exécutif et des Directeurs régionaux à
cette occasion.
Au bout du compte, nous devons être en mesure d'élaborer pour chaque pays des
programmes OMS qui utilisent nos ressources aussi stratégiquement que possible et
incluent ce que toutes les composantes de l'OMS peuvent faire en faveur de l'amélioration
de la santé.
Deuxième axe stratégique : une action mieux ciblée pour aider à obtenir de
meilleurs résultats en matière de santé.
Nous devons nous attacher particulièrement à réduire les disparités en matière de
santé entre les populations démunies et celles qui sont mieux loties. L'équité et la
solidarité doivent être les piliers de cette action avec, au centre des préoccupations,
le combat contre les inégalités dans le domaine de la santé. C'est pour moi un axe
directeur de concentrer les efforts sur les stratégies sanitaires qui peuvent aider à
sortir les populations de la pauvreté.
Soyons réalistes. Nous ne pouvons pas tout faire à la fois et notre programme
évoluera avele temps. Les objectifs et les résultats escomptés figurant au budget
donnent une vue d'ensemble de notre travail, mais j'aimerais mettre l'accent sur certains
domaines qui attireront en particulier notre attention.
- Nous nous sommes engagés à diminuer le poids de la morbidité et les souffrances
imputables aux maladies transmissibles -- qui frappent si souvent les pauvres et mettent
un frein au développement. Faire reculer le paludisme est un élément central de cette
approche. Nous allons également contribuer aussi efficacement que possible à lutter
contre les épidémies mondiales de VIH/SIDA et de tuberculose, à achever l'éradication
de la poliomyélite, à comprendre et combattre la résistance croissante aux
antimicrobiens et nous doter des moyens de riposter aux nouvelles menaces.
- Nous devons renforcer notre capacité à affronter la progression des maladies non
transmissibles et à élaborer et tester des stratégies de prévention. Le cancer et les
maladies cardio-vasculaires feront l'objet d'une attention particulière. L'initiative Se
libérer du tabaest le fer de lance de cette approche.
- Nous accorderons davantage d'attention à la prestation de soins de santé de grande
qualité pour les enfants, les adolescents et les femmes. L'OMS plaidera haut et fort pour
que nous continuions à améliorer la santé génésique, lorsque nous nous rencontrerons
en février à La Haye pour faire le point cinq ans après Le Caire.
- Nous braquerons de nouveau les projecteurs sur la vaccination, qui est l'une des
interventions sanitaires les plus rentables. Depuis juillet, l'OMS a travaillé dur pour
renforcer ses moyens et jouer le rôle qui lui revient dans l'alliance mondiale en faveur
de la vaccination. Nous nous réunirons au début du mois de février avela Banque
mondiale, l'UNICEF, le secteur privé, la Fondation Rockefeller et d'autres partenaires
et, à cette occasion, nous mettrons l'accent sur notre contribution dans ce domaine
(recherche, accessibilité, distribution, introduction de nouveaux vaccins) pour
renouveler notre engagement commun et faire avancer l'alliance.
- Nous continuerons de renforcer notre travail pour aider les pays qui désirent avoir
accès à des médicaments abordables et de qualité.
- Je souhaite que la santé mentale, et en particulier le fléau négligé de la
dépression, reçoivent l'attention qu'ils méritent. Dans quelques semaines, je
convoquerai une table ronde d'experts mondiaux qui réfléchiront à la meilleure
stratégie que l'OMS puisse appliquer dans ce domaine.
- Nous devons intensifier nos efforts pour réduire l'énorme fardeau de la malnutrition,
surtout chez les enfants. Aujourd'hui, des millions d'enfants souffrent encore de
dénutrition et de retard de croissance et de développement. Afin de remédier à cette
situation, nous soutiendrons les pays et nos partenaires internationaux pour qu'on
exécute dans le monde entier des politiques plus efficaces en matière de nutrition.
- Nous devons améliorer et renforcer notre capacité de faire face à la multiplication
et à la diversité des situations d'urgence et des crises humanitaires, en insistant
particulièrement sur la préparation des secours et sur le soutien apporté aux
populations après les crises et les catastrophes.
- Nous devons aborder les rapports entre l'environnement et la santé de façon à traiter
de questions comme la pollution atmosphérique et des problèmes complexes résultant des
changements climatiques. Nous nous attacherons à affiner et à mieux cibler nos
interventions face à ces enjeux intersectoriels.
Permettez-moi de conclure ce point en disant que tout programme visant à obtenir de
meilleurs résultats sanitaires est sujet à modification. En fait, nous gagnerons en
efficacité si l'OMS est mieux à même de réagir rapidement et de manière plus
affirmée face aux nouvelles menaces qui pèsent sur la santé humaine, qu'elles viennent
de crises économiques et financières, de l'évolution des micro-organismes, de nouvelles
formes de pharmacorésistance ou de transformations écologiques.
Troisième axe stratégique : notre aptitude à soutenir des secteurs sanitaires qui
soient plus efficaces.
Nous avons appris que nous ne pouvons pas affronter isolément des problèmes de santé
spécifiques. J'ai dit l'an dernier au Conseil exécutif que le développement du secteur
de la santé doit faire partie de toutes nos activités et que nous devons renoncer à
entreprendre toute action qui ne contribue pas au développement et au renforcement du
secteur de la santé.
Une fois de plus, les valeurs ont leur importance. Un secteur de la santé qui
fonctionne bien possède certaines caractéristiques :
- il est conçu pour réduire l'inégalité d'accès;
- il privilégie, tant au niveau clinique que dans les programmes de santé publique, la
qualité des résultats sanitaires, qui doit être le principal souci des dispensateurs de
soins et des administrateurs de la santé publique;
- il utilise les maigres crédits disponibles de manière aussi efficace et efficiente que
possible, en fondant l'allocation des ressources sur des faits avérés;
- il répond aux besoins de la population et permet aux gens de s'exprimer pour fixer les
priorités et attribuer aux prestataires la responsabilité de leurs actes.
Le secteur de la santé ne peut pas fonctionner sans être étroitement relié à
d'autres ministères ou administrations, au secteur privé et à la société civile. Nous
ne pouvons pas parler d'efficacité si les ministères de la santé sont incapables de
faire valoir leurs arguments devant d'autres ministères ou administrations, ou de
réglementer le secteur privé de façon à assurer l'accès de tous à des soins de
qualité.
L'OMS doit être un partenaire fiable et efficace des pays au moment où ils réforment
et restructurent leur secteur de la santé. La réforme n'est pas une fin en soi. C'est un
moyen de s'assurer que les gens -- en particulier les pauvres -- reçoivent de leur
système de santé de meilleures prestations.
C'est pourquoi j'ai lancé le projet qui s'intitule Partenariats pour le développement
du secteur sanitaire.
Ce projet est un moyen de transformer la façon dont nous travaillons aveles pays.
Certains ont demandé ce que cela signifie en pratique pour nos Etats Membres. D'abord et
avant tout, il s'agit de voir comment nous pouvons oeuvrer au mieux avenos collègues dans
les pays.
La force de l'OMS a toujours été de répondre à des demandes précises. Nous sommes
tout à fait capables d'envoyer sur le terrain des experts techniques hautement
qualifiés. Néanmoins, nous devons reconnaître que ces spécialistes ont tendance à
voir le monde à travers leurs yeux d'experts. Nous sommes moins efficaces lorsqu'il
s'agit d'aider les hauts responsables à traiter la situation d'ensemble. Et, pourtant,
c'est ce qu'il faut faire et c'est ce que l'on attend de nous.
Les décideurs -- et vous êtes particulièrement bien placés pour le savoir -- ne
peuvent pas se permettre le luxe de se concentrer sur des questions ponctuelles. Du point
de vue politique et institutionnel, la santé est l'un des secteurs les plus difficiles
qui soient dans n'importe quel pays. Si l'OMS veut assumer un rôle directeur dans le
domaine de la santé, nous ne pouvons pas décliner la responsabilité que nous avons
d'aider nos collègues à affronter une situation complexe.
Voici les grandes questions qui nous interpellent. Comment concevoir la nécessité de
garder des infirmières et des médecins dans le secteur publien augmentant leur salaire,
sans mettre en péril les objectifs fixés en matière de dépenses publiques ?
Comment recueillir des fonds supplémentaires pour la santé, alors que la majorité des
gens n'ont pas d'emploi régulier et qu'une augmentation de la contribution financière
des usagers va dissuader les plus nécessiteux ? Comment protéger les
investissements faits dans les hôpitaux tout en s'engageant sans ambiguïté à assurer
des soins communautaires ?
Nous commençons à nous occuper de ce que nous considérons comme le besoin d'"un
nouvel universalisme" -- une nouvelle façon d'envisager la couverture universelle-,
l'instauration d'une meilleure santé et la réalisation des objectifs internationaux en
matière de développement.
L'accès de tous à des soins de qualité demeure le principe fondamental. Nous devons
rester fermement attachés aux soins de santé primaires, qui sont toujours un élément
essentiel du secteur de la santé, vingt ans après Alma-Ata.
Les gouvernements se doivent de donner aux gens la possibilité d'atteindre ces
objectifs sanitaires. Seuls les gouvernements peuvent garantir ce droit universel
fondamental. Ils doivent jouer un rôle pilote en fixant des priorités et en admettant
que le financement des soins ne peut pas dépasser certaines limites, lesquelles doivent
être déterminées par chaque pays.
L'OMS a besoin de personnes qui puissent en aider d'autres à accomplir la tâche
difficile consistant à concilier la prise de décision politique et technique. Nous
devons mettre en place une masse critique de personnels qui puissent penser et agir
efficacement en envisageant le secteur de la santé dans son ensemble.
J'ai demandé à l'équipe chargée du projet de ne pas le concevoir comme un projet
conventionnel de développement et de ne pas se contenter de mener quelques activités
dans un nombre limité de pays. Nous voulons que cette équipe mette au point des
processus, fondés sur l'expérience vécue par les pays, qui permettront à l'OMS dans
son ensemble d'agir de manière plus stratégique avetous les Etats Membres.
On m'a aussi demandé si ce projet de l'OMS allait désormais concerner essentiellement
la réforme du secteur sanitaire et le développement des systèmes de santé. Ma réponse
est non.
Il s'agit plutôt de faire en sorte que l'expertise du Siège et des Régions permette
d'affronter les problèmes auxquels sont exposés les Etats Membres, en tenant davantage
compte de leurs besoins. L'équipe du projet collaborera aveles groupes chargés de
prévenir et de combattre la maladie -- y compris les initiatives concernant le
paludisme et le tabac -- ainsi qu'aveles groupes qui s'occupent d'autres aspects du
développement du secteur sanitaire.
L'équipe du projet travaillera aussi en étroite collaboration avele Groupe Relations
extérieures afin de créer des partenariats aved'autres organismes de développement --
dans les pays, dans les Régions et dans le monde. Plus la position de l'OMS sur le
développement du secteur sanitaire occupera une place importante non seulement dans les
énoncés de politique des gouvernements, mais aussi dans les politiques et l'action de
nos partenaires internationaux, plus les chances de succès de l'entreprise seront
grandes.
J'en arrive ainsi au dernier axe stratégique : l'instauration de partenariats plus
influents.
Nous devons opérer un revirement. Nous devons abandonner notre approche
traditionnelle, qui a trop souvent favorisé nos propres projets à petite échelle, pour
en adopter une autre donnant davantage d'importance aux alliances stratégiques grâce
auxquelles nous influencerons à la fois l'attitude et les dépenses des autres acteurs
internationaux et grâce auxquelles notre action s'inscrira dans une perspective plus
vaste.
L'OMS est par excellence l'institution chargée des questions de santé. Mais les
problèmes de développement au sens large sont trop vastes et trop complexes pour une
seule institution. Même dans le seul domaine de la santé, la tâche est trop lourde pour
elle -- nous devons l'admettre. Ajoutons que nous gagnerons encore en efficacité en
faisant alliance aved'autres, en nous mettant d'accord sur une répartition des tâches et
en créant de véritables partenariats pour atteindre des objectifs de santé concrets.
Pendant l'année où nous avons assumé la présidence des organismes coparrainants de
l'ONUSIDA, nous avons travaillé activement pour essayer de mettre sur pied un programme
et une planification budgétaire mieux concertés.
Nous avons établi des relations de travail plus étroites avela Banque mondiale, non
seulement en collaborant pour le projet Faire reculer le paludisme et l'initiative Se
libérer du tabac, mais aussi en nouant un dialogue plus approfondi sur des questions de
politique générale.
Nous avons également noué un dialogue avele Fonds monétaire international. Nous
partagerons avecelui-ci nos connaissances sur le secteur de la santé en essayant de
combattre les dommages que les ajustements économiques aux crises financières peuvent
causer dans les différents secteurs de la société.
Nous avons développé des relations de travail avel'Organisation mondiale du Commerce.
Outre les contacts entre nos experts respectifs, je rencontrerai deux fois par an le
Directeur général de l'OMpour discuter de questions définies à l'avance. Nous devons
renforcer notre interaction avecette organisation pour que les aspects du commerce et de
la mondialisation qui touchent à la santé soient pris en compte avant et durant -- et
non pas seulement après -- des négociations complexes.
Nous resserrons aussi notre coopération avel'OUA en renforçant notre présence à
Addis-Abeba.
Nous actualisons et développons nos relations de travail avel'Union européenne qui
joue un rôle croissant dans le domaine de la santé en Europe et au-delà. Et nous
intensifions nos relations aveles banques régionales de développement.
Les différentes organisations, les banques et les Etats Membres prennent conscience
des inconvénients que présentent les projets de développement traditionnels. Ils
commencent à se rendre compte, comme nous, que les approches intersectorielles permettent
d'appuyer le développement sanitaire d'une manière qui renforce le sentiment
d'appropriation nationale et qui aide à maintenir des systèmes nationaux durables.
Aveles programmes intersectoriels, tous les partenaires peuvent revendiquer ensemble
les succès, tout en partageant les risques d'échec, ce qui constitue un important
changement par rapport à la situation antérieure dans laquelle les organismes
extérieurs mettaient à leur actif tout ce qui allait bien et rejetaient la faute sur les
gouvernements lorsque les choses tournaient mal. Nous devons réfléchir sur la manière
d'intégrer cette approche intersectorielle dans de plus nombreux aspects de notre
travail, et ce non seulement dans des pays déterminés, mais dans toute l'OMS.
En plus des gouvernements et des organisations intergouvernementales, nous établissons
progressivement des partenariats aveles ONG et le secteur privé. Nous avons organisé
plusieurs tables rondes avel'industrie ainsi qu'aveles ONG sur des questions importantes
telles que l'accès aux médicaments et la nutrition. Ces tables rondes ne sont pas des
manifestations isolées : elles constituent une méthode de travail et nous continuerons
à en organiser.
Comme je l'ai dit à l'Assemblée mondiale de la Santé au mois de mai, nous devons
travailler en collaboration plus étroite aveles Etats Membres, notamment ceux qui
financent l'aide au développement. Nous devons nous efforcer de mieux comprendre comment
les principaux contributeurs déterminent leurs priorités en matière d'action de santé,
quels sont les objectifs qu'ils se fixent et les résultats qu'ils cherchent à atteindre
à l'aide du système multilatéral ou par les voies bilatérales, et essayer de concilier
ces intérêts aveles priorités nationales.
Je souhaite rencontrer prochainement les chefs des principaux organismes
gouvernementaux de coopération pour le développement et nous sommes actuellement en
discussion aveles Etats Membres intéressés qui pourraient accueillir cette réunion.
Celle-ci nous offrira l'occasion de réfléchir ensemble sur la manière dont les
stratégies en matière de santé peuvent aider à atteindre les objectifs mondiaux de
développement. Je ferai rapport au Conseil exécutif sur les résultats de cette
réunion.
Monsieur le Président,
Permettez-moi de passer maintenant au processus de réorientation lui-même.
Vous connaissez bien désormais les changements opérés au cours des cent premiers
jours. Je voudrais dire aujourd'hui que les objectifs centraux que nous avions définis
pour les changements structurels au Siège ont été atteints ou sont en voie de l'être.
Nous avons simplifié la structure de l'Organisation et introduit plus de transparence
par un processus de prise des décisions plus ouvert au sein du Cabinet. Nous progressons
avedétermination vers une véritable parité hommes-femmes. Nous avons lancé un
processus de rotation et de mobilité du personnel et établi un nouveau dialogue avelui.
Certaines réformes demanderont plus de temps. Nous souhaitons réduire le nombre de
postes de direction et nous y parviendrons. Mais, ce faisant, nous veillerons à respecter
pleinement les contrats et les engagements antérieurs. Nous avons réduit les coûts
administratifs et nous irons plus loin dans cette direction. Mon ambition est d'arriver,
par un examen attentif de nos procédures administratives et programmatiques, à dégager
davantage de fonds en faveur des activités techniques.
A l'occasion de cette session du Conseil exécutif, je voudrais rendre hommage à tout
le personnel de l'OMS et lui adresser mes remerciements. Ce message s'adresse en
particulier aux membres du personnel du Siège qui ont été lourdement mis à
contribution. Je sais que les choses n'ont pas toujours été faciles pour eux et j'ai
été impressionnée par la manière dont ils ont su réagir.
Après six mois passés ici à l'OMS, je crois pouvoir affirmer que les fonctionnaires
des Nations Unies sont des gens travailleurs qui acceptent souvent des obligations
professionnelles que de nombreux fonctionnaires nationaux refuseraient.
Nous reconsidérons un certain nombre d'activités et de méthodes pour que notre
travail gagne en efficacité. Permettez-moi d'évoquer un domaine déterminant :
l'examen de notre stratégie de recherche.
Grâce aux importantes contributions de ses organismes régionaux, le Comité
consultatif de la Recherche en Santé a adopté en octobre dernier un programme global
d'orientation de la recherche qui nous servira dans nos échanges avela communauté
scientifique. C'est à la lumière de ces recommandations que nous examinons notre
stratégie de recherche ainsi que les organes qui la soutiennent -- dans l'ensemble des
départements et des Groupes. Il faudra aussi que les tableaux d'experts et les centres
collaborateurs de l'OMS soient reconsidérés pour qu'ils puissent répondre aux besoins
au siècle prochain.
Il s'agit à ce stade de la restructuration de l'OMS qui doit influencer tout ce que
nous faisons -- gardant ce qui fonctionne, tirant les leçons de l'expérience tout en se
tournant vers l'avenir pour se mettre au service d'un monde en plein bouleversement. Il
faut aujourd'hui améliorer notre action et nous concentrer sur ce qui est le plus
rentable en matière de santé.
Pour favoriser le processus de restructuration, j'ai invité les Etats Membres à
donner le coup d'envoi en créant un fonds de restructuration. Inutile d'évoquer à
nouveau notre budget en peau de chagrin. Le budget ordinaire ne pouvait nous permettre
d'entreprendre les activités indispensables pour encourager les changements rapides, par
exemple mettre à niveau nos technologies de l'information, recycler le personnel pour
qu'il collabore plus étroitement dans l'ensemble des Groupes et des Régions, apporter
une aide accrue aux représentants dans les pays, ou encore recentrer rapidement notre
travail dans le cadre de partenariats pour le développement du secteur sanitaire.
Le fonds de restructuration permettra d'y parvenir, et je suis très reconnaissante aux
pays qui ont répondu à mon appel en accordant une contribution supplémentaire
extrêmement précieuse. Notre objectif était -- et est toujours -- d'obtenir
10 millions de dollars qui seront dépensés en trois ans. Aujourd'hui, nous sommes
proches des 7 millions de dollars.
Permettez-moi de remercier individuellement chacun des pays contributeurs :
Belgique, Canada, Chine, Croatie, Danemark, Finlande, Japon, Norvège, Pays-Bas,
Royaume-Uni, Suède, Suisse et Tunisie.
Et je dis aux autres pays qui souhaitent accorder leur appui qu'il n'est pas trop
tard et que leur contribution serait vivement appréciée.
Les changements structurels ont été opérés au Siège; notre attention se porte
maintenant sur les Régions. Les bureaux régionaux sont une des grandes forces de l'OMS.
De nombreuses institutions des Nations Unies essayent de décentraliser leurs activités.
L'OMS l'a déjà fait. Il faut aujourd'hui donner à l'Organisation une stratégie
d'ensemble et une orientation commune.
Il serait vain de reproduire la structure du Siège dans chacun des bureaux régionaux.
Mais il me semble que nous parviendrons à une transparence plus grande et à une gestion
plus responsable si les bureaux régionaux avaient des structures moins différentes. Le
Siège et les bureaux régionaux auraient tout à gagner d'une communication et d'une
prise de décision plus claires.
Petit à petit, nous nous rapprochons de notre objectif. Je rencontrerai officiellement
les Directeurs régionaux cinq à six fois par an. On les associera plus directement au
travail du Cabinet en leur laissant plus de temps pour étudier les documents d'une
importance stratégique et pour formuler leurs commentaires. Chaque Directeur exécutif a
un homologue bien déterminé dans chaque bureau régional. D'ici quelques mois, un
nouveau système vidéo, financé par le fonds de restructuration, permettra à tous les
bureaux de l'OMS de communiquer en temps réel, ce qui créera de nouvelles possibilités
en matière de formation, de planification ou de prise de décision.
Monsieur le Président,
Permettez-moi de conclure par quelques mots sur le budget. Nous l'examinerons plus tard
dans le courant de la semaine et nous avons déjà eu des échanges fructueux à ce sujet
la semaine dernière.
Le budget aussi est une action en marche. Nous continuerons de nous attacher aux
détails, mais les orientations sont claires. Notre budget reflète l'activité et les
priorités de l'Organisation.
Je pense que la croissance zéro en termes réels sera abordée : un tel débat
s'impose après dix années de budget qui n'ont pas suivi l'inflation et l'évolution des
taux de change.
Le fait est que notre budget a diminué de 20% en termes réels au cours des dix
dernières années. Ma tâche consiste à regarder non pas derrière moi, mais vers
l'avant. Je ne vois guère comment nous pouvons remplir notre mandat et faire ce que les
Etats Membres attendent de nous si l'on nous demande en même temps de réduire l'OMS --
qui, soit dit en passant, a un budget inférieur à celui de nombreux hôpitaux
universitaires de pays développés.
La différence entre une croissance réelle zéro et une croissance nominale zéro se
chiffrerait aujourd'hui à plus de 30 millions de dollars. Si l'on nous ampute de
cette somme, les activités proposées dans le budget qui vous est présenté devront
elles aussi être amputées en conséquence. Pour ma part, je ne peux concevoir que nous
acceptions de réduire nos ambitions lorsqu'il s'agit de la santé du monde. J'espère que
les Etats Membres partageront ce point de vue.
Nous pouvons être plus efficaces, nous devons l'être et nous le serons, et ce budget
explique comment nous y parviendrons. En revanche, c'est la nature même de l'Organisation
qui changera si les Etats Membres décident de le réduire.
Monsieur le Président,
J'invite les membres du Conseil exécutif à se tourner avenous vers l'avenir, à
continuer à nous guider dans nos travaux et à nous rejoindre dans cette tâche exaltante
: marquer durablement de notre empreinte l'action en faveur du développement mondial.
Je vous remercie de votre attention. |