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World Health Organization
Organisation mondiale de la Santé

UPDATED: Mon Feb 18 16:59:04 2002

Dr. Gro Harlem Brundtland        
Directeur général
Organisation mondiale de la Santé

Genève, Switzerland,
22 février 1999

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Réunion mondiale des représentants et des chargés de liaison de l'OMS
Créer la différence là où il le faut

Mesdames et Messieurs les représentants,
Mesdames et Messieurs les chargés de liaison,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil exécutif,
Messieurs les Directeurs régionaux,
Mesdames et Messieurs,

Il y a longtemps que j'attends ce moment.

C'est en effet la première fois que tous les représentants et chargés de liaison de l'OMS se trouvent réunis au Siège à Genève. Il était temps. Laissez-moi vous dire pourquoi :

  • Personne n'a une connaissance plus concrète que vous de la situation sanitaire des populations que nous avons pour mission de desservir.
  • Personne n'est mieux placé que vous pour voir si nos efforts concertés ont réellement un impact là où c'est le plus important.
  • Personne n'est mieux placé que vous pour repérer nos échecs et nos succès - voir ce qui ne va pas et entrevoir des perspectives nouvelles.

Pour la plupart des gouvernements et pour beaucoup de nos partenaires au sein de la communauté internationale, vous êtes le visage de l'OMS. Et pourtant, pour paradoxal que cela puisse paraître, il semble parfois que personne n'est aussi éloigné que vous du Siège. Il est rare que vous soyez associés à l'élaboration des stratégies et ce que vous vivez au jour le jour - les bons et les mauvais moments - nous n'en n'avons qu'occasionnellement connaissance à Genève.

Telle est l'une des premières observations qui m'est venue à l'esprit quand j'ai étudié le fonctionnement de l'Organisation avant d'assumer mes responsabilités au poste de Directeur général, et l'une de mes premières décisions a été qu'il fallait que cela change.

J'ai constaté que, souvent, il était question de trois niveaux de l'Organisation : le niveau mondial pour les problèmes mondiaux; le niveau régional s'agissant des efforts fournis dans les Régions et de la coordination des activités dans les pays; enfin, le niveau des pays pour les contacts directs avec les ministères nationaux de la santé.

Je me suis attachée à faire de l'OMS une seule Organisation et non pas sept - c'est-à-dire Genève et les six bureaux régionaux. J'aimerais ajouter ici, et non pas trois - c'est-à-dire une au niveau mondial, une au niveau régional et une au niveau des pays.

Une OMS qui fixe ses priorités comme une seule organisation, agisse comme une seule organisation, crée la différence comme une seule organisation. Une OMS au sein de laquelle chacun d'entre nous doit avoir le sentiment d'appartenir à la même équipe - quel que soit l'endroit où il travaille.

Tel est le but que nous nous sommes fixé. Nous nous en approchons, mais beaucoup reste à faire. Avec votre aide, la réunion de cette semaine nous permettra de faire un grand pas en avant.

Nous voulons entendre ce que vous avez à nous apprendre - profiter de vos expériences, de vos connaissances et de vos suggestions. Nous souhaitons vous présenter la structure nouvelle du Siège et voir avec vous comment, avec les bureaux régionaux et nos centres collaborateurs, nous pouvons mieux vous aider dans vos tâches quotidiennes. Nous souhaitons savoir quelles seront les incidences de ces changements pour l'action de santé au niveau international, et en particulier dans les pays.

Inversement, nous savons que votre travail dans les pays est précieux pour notre planification stratégique et qu'il peut infléchir nos relations au sein de la communauté sanitaire internationale.

Ce matin, je me concentrerai en particulier sur les quatre thème suivants :

  • Premièrement, j'aimerais me tourner vers l'avenir et vous faire part de quelques réflexions sur une approche nouvelle de notre travail dans les pays et avec eux.
  • Deuxièmement, j'aimerais vous parler des changements que nous avons apportés jusqu'ici à la structure de l'Organisation - du cap que nous souhaitons prendre et de la façon dont ce renouvellement doit sous-tendre l'appui de l'OMS aux pays.
  • Troisièmement, j'aimerais vous indiquer comment nous concevons la stratégie d'ensemble de l'OMS. J'aimerais préciser, en particulier, comment les différents éléments de cette stratégie détermineront l'idée que nous nous faisons de notre action dans les pays.
  • Enfin, j'aimerais insister sur certains des défis que nous devrons relever si nous voulons que cette idée d'une approche nouvelle de notre action dans les pays soit réellement mise en pratique.

Ces pensées m'ont été inspirées par mes visites dans les Régions, mes échanges avec les Etats Membres, les contributions des Directeurs régionaux et, bien entendu, les entretiens que j'ai eus avec beaucoup d'entre vous. Par ailleurs, nous avons fourni depuis le mois de juillet un intense travail de réflexion sous la conduite du Groupe de travail sur les partenariats avec les pays au sein duquel étaient représentées toutes les composantes de l'OMS.

Mon point de départ est simple : c'est aux populations de nos Etats Membres que doit bénéficier notre action. Toutes les composantes de l'Organisation ont leur contribution à apporter. Telle est, à mon sens, la raison d'être de l'OMS dans son intégralité.

Je dis travailler pour, dans et avec les pays.

Dans tout ce que nous faisons, nous travaillons pour les pays et cela de deux manières. Nous travaillons dans les pays en y assurant une présence directe afin de répondre à leurs besoins spécifiques de développement. Et là, votre rôle est décisif. C'est vous qui êtes chargés de promouvoir les politiques, les stratégies et les programmes de l'Organisation et de coopérer avec les autorités nationales pour la formulation de leurs politiques et de leurs priorités dans le domaine de la santé.

Nous travaillons aussi avec la communauté des pays, collectivement et en groupes, pour les aider à mobiliser la somme de savoir, de connaissances et d'expériences qu'ils ont accumulée afin d'élaborer des normes et des critères, d'établir des bases factuelles solides et de recueillir des données de surveillance. Ce sont là des biens publics internationaux qui doivent bénéficier à tous.

Permettez-moi de vous donner quelques exemples :

  • Nous travaillons dans les pays quand nous collaborons avec les ministères de la santé pour la coordination des interventions clés du secteur de la santé.
  • Nous travaillons dans les pays quand nous coopérons avec les autorités locales en vue de l'élaboration d'un programme de traitement sous surveillance directe destiné à combattre la tuberculose.
  • Nous travaillons dans les pays quand nous collaborons avec les gouvernements pour promouvoir des politiques favorables à une vieillesse active.
  • Nous travaillons dans les pays quand nous coopérons avec les décideurs pour l'examen des choix qu'impose la réforme du secteur de la santé.
  • Mais nous travaillons aussi avec les pays lorsque nous fixons des normes pour la sécurité transfusionnelle.
  • Nous travaillons avec les pays lorsque nous mettons en place des réseaux de surveillance épidémiologiques afin de protéger les populations d'événements qui surviennent en dehors de leurs frontières nationales.
  • Enfin, nous travaillons avec les pays quand nous faisons la synthèse de nos expériences des réformes entreprises afin de mieux conseiller les pays.

Si l'OMS veut vraiment créer la différence au niveau mondial, elle devra le faire aussi dans les pays. La question que nous devons nous poser est la suivante : comment l'Organisation tout entière peut-elle vous aider le plus efficacement à remplir votre rôle ? Que pouvons-nous faire mieux, ou du moins différemment, pour vous soutenir dans votre travail ?

Par exemple, comment l'Organisation tout entière peut-elle le mieux vous aider :

  • A répondre aux besoins du ministère de la santé ?
  • A collaborer avec les autres ministères, tels ceux des finances et de la planification, dont l'action concerne directement la santé ?
  • A appuyer les gouvernements dans leurs négociations avec la Banque mondiale, les banques régionales de développement, les organismes bilatéraux ou d'autres partenaires du développement ?
  • A trouver des moyens plus efficaces d'agir au-delà des ministères - avec les ONG locales, les associations professionnelles et d'autres partenaires actifs dans le secteur de la santé ?

Pour que vous soyez efficaces, il faut que l'ensemble de l'OMS soit efficace. Réfléchissons un instant sur ce qu'il faut à notre Organisation pour qu'elle retrouve son rôle et une action plus significative.

  • L'OMS doit montrer aux gouvernements et aux autres organisations qu'elle a une solide connaissance des besoins sectoriels, mais aussi du contexte politique et institutionnel dans lequel ceux-ci doivent être abordés.
  • L'OMS doit être considérée comme une source fiable de conseils de qualité et comme faisant autorité sur le plan technique.
  • L'OMS doit être en possession de bases factuelles à jour et fixer des normes appropriées et réalistes qui répondent aux besoins des Etats Membres.
  • L'OMS doit être en mesure de jouer un rôle d'intermédiaire et de négociateur pour améliorer la santé - en aidant à concilier les préoccupations des Etats Membres et les intérêts des organismes extérieurs qui appuient le développement sanitaire et économique.
  • L'OMS doit pouvoir contribuer à façonner les règles régissant les engagements qui lient les gouvernements et les organismes extérieurs et utiliser ses propres ressources limitées aussi stratégiquement que possible.
  • L'OMS doit s'employer non seulement à recueillir des ressources pour l'action de santé, mais aussi inscrire cette action au centre des activités de développement.

C'est là un programme bien ambitieux. Mais il correspond à un message clair et cohérent qui est celui de tous nos partenaires internationaux. Si nous voulons réellement jouer un rôle de premier plan aux niveaux mondial et national, telles sont les compétences et les capacités que nous devrons offrir : au Siège, dans nos bureaux régionaux et - plus qu'ailleurs peut-être - dans nos bureaux de pays.

Passons maintenant au processus de renouvellement et de réforme à l'OMS.

Nous devons mettre de l'ordre dans notre maison. Mon premier souci a été de veiller à ce que la structure du Siège de l'OMS reflète mieux ce dont nous nous occupons. C'est chose faite. De 52 programmes distincts, nous avons fait neuf Groupes et 35 Départements.

Deux projets du Cabinet - Faire reculer le paludisme et Se libérer du tabac - sont maintenant bien avancés et je pense que vous commencez à les connaître. Un projet du Cabinet est un effort concentré visant à mobiliser nos ressources, à concentrer notre attention et à unir nos forces en sollicitant une contribution de nos Etats Membres et de nos partenaires.

Ces projets ouvriront la voie et nous permettront d'explorer de nouvelles modalités de collaboration à travers l'Organisation. Ils font appel à plusieurs Départements et Groupes et nous en sommes tous partie prenante.

Un troisième projet, baptisé Partenariats pour le développement du secteur sanitaire, vient juste d'être lancé et j'y reviendrai dans un instant.

Le changement était nécessaire. Il fallait tirer parti de l'ensemble des connaissances et de l'expérience réunies à l'OMS, mais en regardant devant nous et non dernière nous. Ce processus de changement a mis réellement à contribution le personnel, surtout ici, au Siège, et je lui rends hommage pour la façon dont il a su y faire face.

Je compte faire rapport sur la totalité des changements structurels à l'Assemblée mondiale de la Santé, en mai. Ces changements devaient être rapides. Il n'aurait pas été bon de faire traîner les choses - ni pour l'OMS, ni pour le personnel, ni pour nos activités techniques.

Ce que nous voulons, c'est une meilleure équipe. Une OMS qui travaille, qui agisse et qui fasse bouger les choses comme une seule organisation. Les Groupes nous aideront à y parvenir. Nous avons déjà davantage de cohérence dans nos activités - et cela vous servira également. Notre action programmatique n'est plus isolée. Elle s'inscrit dans un contexte plus large et cela nous permettra - je l'espère - de vous apporter un soutien plus large.

Pour ne prendre qu'un seul exemple : nous avons regroupé les deux précédents programmes concernant les médicaments - l'un, normatif, chargé d'élaborer des normes mondiales, et l'autre, opérationnel, s'occupant des médicaments essentiels - pour n'en faire qu'un seul Département des médicaments essentiels et autres. Cela favorisera l'unité d'action.

Le processus de prise de décision que nous avons adopté permet d'inscrire les décisions et questions isolées dans un contexte plus vaste. Le Cabinet, où je réunis les Directeurs exécutifs une fois par semaine, s'est fixé un plan de travail de quatre mois, dont vous recevrez un exemplaire au cours de la semaine. Pour toutes les questions stratégiques, les bureaux régionaux auront le temps de faire leurs observations et d'apporter des améliorations aux recommandations. Je souhaite également associer les représentants de l'OMS ayant une expérience particulière - aussi ne soyez pas surpris de voir arriver sur votre bureau, pour commentaires, un projet de document du Cabinet.

Le budget a également exigé un réel effort. Vous savez quel défi cela représentait. Nous n'avions que quelques semaines pour revoir totalement la structure du budget de façon à y intégrer les nouveaux Groupes et à réaffecter les ressources en fonction des nouvelles priorités. Nous avons présenté au Conseil exécutif un document plus court - plus court, oui, mais mieux ciblé. Le budget a été bien accueilli. Nous allons maintenant nous efforcer d'améliorer et d'affiner encore les objectifs et les résultats escomptés.

En outre, les budgets régionaux seront également présentés en fonction de la structure par Groupes. Cela ne veut pas dire que nous allons demander aux bureaux régionaux d'adopter la même structure organique qu'au Siège. Mais, à certains signaux émis par le Conseil, nous avons cru comprendre que nous gagnerions en transparence en harmonisant la présentation du budget.

Qu'en est-il donc des budgets de pays, qui représentent pratiquement 40% de notre budget ordinaire ?

Vous remarquerez que le budget de pays est distinct du budget du bureau régional. Cela signifie que les crédits sont affectés directement sous le contrôle du bureau de pays. Mais les dépenses réelles pour les activités de pays sont bien entendu plus larges et plus importantes.

Cette structure budgétaire traduit notre désir de voir une meilleure concordance entre la responsabilité des représentants de l'OMS et leur autonomie gestionnaire. A chaque droit correspond une responsabilité. Il s'agit des allocations de crédits de l'OMS à l'appui des activités de pays, et nous devons en faire une utilisation judicieuse.

Ces dépenses sont désormais indiquées plus clairement dans une partie distincte du projet de budget pour 2000-2001. Le Conseil exécutif s'est posé la question le mois dernier de savoir à quoi les budgets de pays devraient être utilisés et comment les crédits étaient alloués à l'intérieur d'une Région. Je me suis engagée à présenter en janvier prochain au Conseil des propositions dans ces domaines, et nous demanderons à toutes les personnes directement concernées d'apporter leur contribution à cette réflexion.

Derrière tout changement que nous entreprenons, il y a la volonté d'être mieux en mesure de nous acquitter de notre tâche et d'atteindre nos priorités. Les changements majeurs seront bientôt terminés, mais, comme toutes les organisations efficaces, nous allons devoir apprendre à vivre avec le changement.

L'un des aspects de ce processus de changement permanent est la politique de roulement et de mobilité. Il n'y a pas eu, depuis trop longtemps, assez de mobilité entre Genève, les bureaux régionaux et les bureaux de pays. Il nous faut davantage d'échanges - pour permettre à l'ensemble de l'Organisation de bénéficier de différentes expériences. Cette politique a commencé à être mise en oeuvre et nous en observons déjà les premiers résultats. Dans quelques jours, le premier mouvement de rotation consécutif à la restructuration des Départements touchera à sa fin. Après cela, une politique générale de mobilité sera instaurée.

L'OMS étant l'organisme chef de file en matière de santé doit comprendre et définir son rôle. Entendons-nous bien. L'action de développement est beaucoup trop vaste et trop complexe pour une seule institution. Vous le constatez vous-mêmes tous les jours. Même l'action sanitaire mondiale est une tâche trop lourde pour l'OMS seule. Nous devons donc avoir une idée bien précise de ce que nous pouvons faire, en tant qu'organisation technique des Nations Unies, pour tirer le meilleur parti de nos ressources.

La santé pour tous a fait de l'équité une valeur fondamentale de notre action. Nous devons aller à présent plus loin et définir plus clairement notre message pour le siècle prochain - un message auquel nous puissions tous nous référer - un message qui puisse nous guider dans notre travail et qui puisse souder nos efforts en faveur de l'unité de l'Organisation.

Tous ces efforts sont encore en chantier. J'ai présenté les quatre axes stratégiques suivants au Conseil exécutif le mois dernier :

  • nous devons renforcer l'aspect stratégique de notre travail dans les pays et avec eux;
  • nous devons mieux cibler notre action pour obtenir de meilleurs résultats, plus équitables, en matière de santé;
  • nous devons être plus efficaces dans notre appui au développement du secteur de la santé;
  • et nous devons nous montrer plus novateurs en établissant des partenariats influents.

Chacun de ces grands axes est pour vous synonyme de nouveau défi en tant que représentants ou chargés de liaison de l'OMS. J'ai déjà évoqué d'une manière générale notre action avec les pays. Mais j'aimerais revenir sur son aspect stratégique.

Dans de trop nombreux pays, le budget ordinaire sert à financer un grand nombre d'activités et de programmes disparates, et l'on ne se pose pas suffisamment la question de savoir où notre action peut avoir les meilleurs résultats.

Pour ne citer qu'un exemple qui m'a été signalé par l'un d'entre vous : dans le résumé d'orientation du rapport annuel, un représentant de l'OMS a expliqué que 4,9 millions de dollars avaient été alloués au titre du budget ordinaire de l'OMS pour couvrir le coût de 428 activités prioritaires de 44 programmes nationaux de santé différents. La fixation des priorités est, effectivement, une tâche complexe, mais force est de constater une dispersion de nos efforts.

Nous attachons souvent trop d'importance à l'aspect comptable de notre contribution. Or, si nous voulons véritablement agir de manière stratégique, nous devons réfléchir davantage aux résultats que nous obtenons et à la façon dont ils peuvent compléter les efforts des autres et leur apporter une valeur ajoutée.

Agir de manière stratégique, c'est non seulement se soucier de ce que l'on dépense, c'est aussi réfléchir à ce que l'on fait. Nous sommes une Organisation dont les connaissances et les ressources humaines sont l'atout principal. Nous ne sommes pas un grand bailleur de fonds. Les allocations budgétaires dans un programme de pays ne donnent pas une idée exacte de la façon dont nous influençons la santé et le développement.

Agir de manière stratégique, ce n'est pas simplement établir de temps en temps des plans détaillés. C'est un état d'esprit. C'est rechercher des occasions - dans un cadre convenu - pour faire avancer la cause de la santé au niveau national. C'est aussi présenter avec talent des arguments, quand il le faut, aux gens qu'il faut. C'est ce que l'on attend de vous, en tant que représentants de l'OMS.

Si nous voulons utiliser judicieusement nos ressources, nous devons être capables de montrer que notre appui est fondé sur des stratégies de pays solidement étayées, qui expliquent clairement les motifs de l'action de l'OMS dans un pays donné. Il s'agit de prendre des décisions qui reposent sur une analyse concise des questions de développement sectoriel.

J'estime que notre but ultime doit être d'élaborer un programme de pays auquel l'ensemble de l'OMS puisse contribuer. Bien entendu, ce programme doit être le fruit d'une collaboration et d'échanges très étroits avec les autorités nationales. Et, en définitive, ce programme de l'OMS sera notre apport lorsqu'on en viendra à considérer ce que tous les contributeurs peuvent faire ensemble.

Deuxième axe stratégique : une action mieux ciblée pour obtenir de meilleurs résultats en matière de santé.

Je tiens particulièrement à ce que nous privilégions les interventions sanitaires qui aideront à sortir les populations de la pauvreté. Permettez-moi de mettre en évidence quelques-unes des grandes priorités qui sont définies dans le budget.

  • Nous nous sommes engagés à diminuer le poids de la morbidité et les souffrances imputables aux maladies transmissibles. Faire reculer le paludisme est un élément central de cette approche. Mais nous allons également contribuer aussi efficacement que possible à lutter contre les épidémies mondiales d'infection à VIH/SIDA et de tuberculose, et à achever l'éradication de la poliomyélite.
  • Nous devons renforcer notre capacité d'affronter la progression des maladies non transmissibles. Le cancer et les maladies cardio-vasculaires feront l'objet d'une attention particulière. L'initiative Se libérer du tabac est le fer de lance de cette approche.
  • Nous accorderons davantage d'attention à la prestation de soins de santé de grande qualité pour les enfants, les adolescents et les femmes.
  • Nous braquerons de nouveau les projecteurs sur la vaccination, qui est l'une des interventions sanitaires les plus rentables.
  • Nous devons intensifier nos efforts pour réduire l'énorme fardeau de la malnutrition, surtout chez les enfants.
  • Nous continuerons à aider les pays qui désirent avoir accès à des médicaments essentiels abordables et de qualité.
  • Nous ferons en sorte que la santé mentale, et en particulier le fléau négligé de la dépression, reçoivent l'attention qu'ils méritent.
  • Nous devons faire face plus efficacement à la multiplication et à la diversité des situations d'urgence et des crises humanitaires.
  • Nous développerons, en collaboration avec d'autres, les moyens dont nous disposons à l'OMS pour donner des avis sur la question cruciale du financement des soins de santé.
  • Enfin, nous devons être en mesure de traiter plus efficacement les questions intersectorielles, particulièrement les menaces pour la santé qui sont liées à l'environnement.

La liste est longue. Mais, avec l'aide des autres composantes de l'OMS, vous devez veiller à mieux concilier les besoins sanitaires de pays déterminés, les priorités de la santé mondiale et l'action de l'OMS. En même temps, vous devez être prêts à nous alerter lorsque apparaissent ou évoluent des menaces pour la santé.

Troisième axe stratégique : notre aptitude à soutenir le développement de secteurs sanitaires qui soient plus efficaces.

La force de l'OMS a toujours été de répondre à des demandes précises. Nous sommes tout à fait capables d'envoyer sur le terrain des experts techniques hautement qualifiés. Mais ces spécialistes ont souvent tendance à voir le monde à travers leurs yeux d'experts. Nous sommes moins efficaces lorsqu'il s'agit d'aider les hauts responsables à traiter la situation d'ensemble.

Vous savez très bien que les hauts fonctionnaires des ministères de la santé ne peuvent pas se permettre le luxe de se concentrer sur des questions ponctuelles. Du point de vue politique et institutionnel, la santé est l'un des secteurs les plus difficiles qui soient dans n'importe quel pays. Si l'OMS veut assumer un rôle directeur dans le domaine de la santé, nous ne pouvons pas décliner la responsabilité que nous avons d'aider nos collègues à affronter une situation complexe.

Dans un trop grand nombre de pays, les gouvernements ont eu tendance à s'adresser à d'autres organismes pour obtenir des avis sur les questions qui concernent le secteur de la santé dans son ensemble. L'OMS doit devenir un partenaire plus fiable et plus efficace des pays au moment où ils réforment et restructurent leur secteur de la santé. Nous devons savoir que la réforme n'est pas une fin en soi. C'est un moyen de s'assurer que les gens - en particulier les pauvres - reçoivent de leur système de santé de meilleures prestations.

Reprendre notre place au centre du développement du secteur sanitaire est une gageure pour l'ensemble de l'OMS, mais surtout pour nos bureaux et nos représentants dans les pays. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai lancé le projet qui s'intitule "Partenariats pour le développement du secteur sanitaire".

Comme vous l'apprendrez au cours de la semaine, ce projet s'attachera à faire progresser notre action stratégique sur plusieurs fronts. Il s'appliquera à l'ensemble de l'Organisation et visera à introduire le développement du secteur sanitaire dans tous les aspects de notre activité. Il vous aidera aussi à aborder la coopération avec les pays d'une manière plus stratégique.

En outre, ce projet se rattache au quatrième axe stratégique : l'instauration de partenariats plus influents.

Les partenariats au niveau national vont devenir de plus en plus importants. Cela signifie que nous devons opérer un revirement. Nous devons abandonner notre approche traditionnelle, qui a trop souvent favorisé nos propres projets à petite échelle, pour en adopter une autre donnant davantage d'importance aux alliances stratégiques grâce auxquelles nous influencerons à la fois l'attitude et les dépenses des autres acteurs internationaux.

Vous connaissez bien les partenariats sur le terrain - avec les autres institutions des Nations Unies, les organismes bilatéraux de développement, les organisations non gouvernementales et le secteur privé. Il suffit de penser à l'alliance qui épaule les journées nationales de vaccination et aux excellentes relations que nous entretenons avec Rotary International dans notre lutte contre la poliomyélite.

Il y a beaucoup d'autres exemples. Le programme Manas, élaboré par le Gouvernement du Kirghizistan avec l'aide du Bureau régional OMS de l'Europe, a permis d'asseoir le développement sanitaire dans ce pays sur des bases solides, et il continue d'y influencer les activités de tous les autres donateurs. Pour sa part, la Commission européenne a mis à la disposition du Cambodge, de la République démocratique populaire lao et du Viet Nam des ressources substantielles pour combattre le paludisme, tandis que l'OMS est chargée de préparer et de planifier les activités et d'en assurer le suivi technique pendant toute la durée du programme.

Ailleurs dans le monde, il y a pour nous des occasions semblables à saisir et beaucoup d'entre vous ont déjà une expérience dans ce domaine.

La Banque mondiale et les organismes bilatéraux de développement sont les plus grands pourvoyeurs de fonds. Nous devons travailler avec eux et faire entendre notre voix et notre opinion haut et fort. Par exemple, en Indonésie, face à la crise économique, l'OMS a collaboré étroitement avec la Banque mondiale, la Banque asiatique de Développement et le Bureau indonésien de Planification centrale pour ajouter un "maillon santé" au filet de sécurité que constituent les prêts de plusieurs millions de dollars consentis au pays.

Pour moi, le message est le suivant : nous montrons la voie bien plus efficacement lorsque nous nous associons aux autres et que nous nous mettons d'accord sur une répartition claire des tâches et sur les règles fondamentales qui régissent nos relations. Votre mission, travailler dans les pays, doit contribuer à instituer de véritables partenariats qui aideront nos Etats Membres à obtenir des résultats concrets en matière de santé.

Je suis heureuse de voir que nos plus proches partenaires de la famille des Nations Unies ont répondu à notre invitation et envoyé leurs principaux représentants à cette réunion. Nous voulons qu'ils s'expriment. Qu'est-ce qui fonctionne bien et qu'est-ce qui ne fonctionne pas ? Comment pouvons-nous améliorer notre collaboration dans les pays ?

Je pense que nous pouvons accomplir bien plus de choses si nous travaillons plus étroitement ensemble. Lorsque j'étais Premier Ministre du Gouvernement norvégien, nous avons consacré beaucoup de temps et d'énergie à voir comment nous pouvions contribuer à accroître le dynamisme des Nations Unies dans les pays. J'étais alors - et je demeure - une adepte fervente d'un resserrement de la collaboration entre les institutions des Nations Unies qui travaillent dans les pays. Là où nous le pouvons, nous devons nous efforcer d'adopter des approches communes pour répondre le mieux possible aux besoins nationaux et locaux.

Je sais que nombre d'entre vous travaillent déjà de cette manière. Je sais aussi qu'il y a des problèmes qui entravent ce regroupement des initiatives. Soyons concrets et abordons ces problèmes. Je sais également que les propositions de réforme des Nations Unies, dans leur ensemble, ne prennent pas encore officiellement en compte les institutions spécialisées.

Pour moi, toutefois, ces formalités sont secondaires. Nous devons oeuvrer avec nos partenaires des Nations Unies pour contribuer à affiner le cadre d'aide au développement des Nations Unies et à voir clairement comment mettre en place une coordination plus étroite au niveau des pays. Cela peut aller jusqu'à la prise de positions politiques communes sur des questions sectorielles clés.

Dix-huit d'entre vous ont pris une part active aux exercices de planification stratégique durant la phase pilote du cadre d'aide au développement des Nations Unies. J'ai hâte de connaître les enseignements que vous en avez tirés. Cela me permettra d'être plus précise lorsque j'étudierai le suivi du rôle de l'OMS avec le PNUD et le Secrétaire général.

Nous devons être très pragmatiques et chercher ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Je rappelle ce que Kofi Annan a dit lorsque nous avons lancé le projet Faire reculer le paludisme en octobre dernier : "C'est la réforme des Nations Unies en marche".

L'OMS a une position idéale pour jouer un rôle pivot en ce qui concerne les approches multisectorielles - et dans plusieurs pays elle joue déjà ce rôle. Les travaux fort intéressants en cours en Ouganda et au Cambodge viennent à l'esprit et je sais que vous êtes nombreux à avoir de semblables expériences à partager. Les organismes, les banques de développement et les Etats Membres commencent à se rendre compte des inconvénients des projets de développement classiques. Ils reconnaissent, comme nous, que des approches de ce type permettent de soutenir un développement sanitaire qui, au niveau national, renforce les moyens de contrôle et contribue à bâtir des systèmes durables.

Notre réflexion concernant les approches multisectorielles n'en est qu'à ses débuts. Il n'existe pas de schémas directeurs nous montrant comment les mettre en place. Votre expérience peut influer sur les préoccupations internationales dans un sens qui infléchira durablement la manière dont nous menons à bien notre tâche.

Au cours des discussions que nous aurons cette semaine, je vous encouragerai à réfléchir aux changements nécessaires au Siège et dans les Régions et à la façon de concentrer nos efforts là où cela importe le plus. Qu'aimeriez-vous voir changer à Genève et dans les bureaux régionaux afin que cela vous serve mieux dans votre travail ?

La coordination de nos apports aux pays est extrêmement importante. Je vous encouragerai à réfléchir aux mécanismes de coordination qui nous aideront à mettre en commun toutes nos ressources. Certains d'entre vous m'ont déjà exprimé le souhait de disposer de moyens renforcés à Genève pour répondre aux besoins des pays. Si ce souhait est général, dites-nous maintenant comme vous voyez les choses.

Chers collègues,

Nous devons envisager une situation dans laquelle les représentants de l'OMS pourront mieux gérer nos relations avec les pays. Une situation dans laquelle les bureaux de pays feront appel à d'autres composantes de l'OMS et s'appuieront sur leur personnel, leurs compétences et leur expérience. Une situation dans laquelle le programme de pays de l'OMS ne sera pas régi par les besoins des différents programmes, mais par ceux de nos partenaires nationaux. Une situation dans laquelle les délégations de l'OMS, en route pour des missions séparées et ignorant tout des tâches de leurs collègues, ne se rencontreront pas seulement dans un aéroport.

Je vous encourage à réfléchir avec soin à ce qu'il faudra faire pour mettre cela en oeuvre. De quoi aurons-nous besoin en ce qui concerne l'élargissement de l'autonomie gestionnaire, les nouveaux systèmes et procédures, la circulation de l'information, les instruments de planification et la mise en valeur des compétences ?

Enfin, si la stratégie de notre organisation est axée sur un travail plus efficace dans les pays, je vous encouragerai à réfléchir à la manière dont nous devons évaluer nos résultats. C'est le pari que nous devons gagner au moment où nous passons de l'exécution de nos propres activités à un travail en partenariat avec d'autres. Nous devons toujours pouvoir montrer en quoi nous avons changé les choses.

Nous avons devant nous une semaine de dur labeur durant laquelle nous échangerons nos points de vue. Cette semaine est par-dessus tout la vôtre. J'espère que vous quitterez Genève avec le sentiment plus fort d'appartenir à une seule Organisation et en étant motivés pour changer le cours des choses avec l'appui et la contribution de l'ensemble de l'OMS.

Je vous remercie.

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