Mesdames et Messieurs les
représentants,
Mesdames et Messieurs les chargés de liaison,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil exécutif,
Messieurs les Directeurs régionaux,
Mesdames et Messieurs,Il y a longtemps que j'attends ce moment.
C'est en effet la première fois que tous les représentants et chargés de liaison de
l'OMS se trouvent réunis au Siège à Genève. Il était temps. Laissez-moi vous dire
pourquoi :
- Personne n'a une connaissance plus concrète que vous de la situation sanitaire des
populations que nous avons pour mission de desservir.
- Personne n'est mieux placé que vous pour voir si nos efforts concertés ont réellement
un impact là où c'est le plus important.
- Personne n'est mieux placé que vous pour repérer nos échecs et nos succès - voir ce
qui ne va pas et entrevoir des perspectives nouvelles.
Pour la plupart des gouvernements et pour beaucoup de nos partenaires au sein de la
communauté internationale, vous êtes le visage de l'OMS. Et pourtant, pour paradoxal que
cela puisse paraître, il semble parfois que personne n'est aussi éloigné que vous du
Siège. Il est rare que vous soyez associés à l'élaboration des stratégies et ce que
vous vivez au jour le jour - les bons et les mauvais moments - nous n'en n'avons
qu'occasionnellement connaissance à Genève.
Telle est l'une des premières observations qui m'est venue à l'esprit quand j'ai
étudié le fonctionnement de l'Organisation avant d'assumer mes responsabilités au poste
de Directeur général, et l'une de mes premières décisions a été qu'il fallait que
cela change.
J'ai constaté que, souvent, il était question de trois niveaux de l'Organisation : le
niveau mondial pour les problèmes mondiaux; le niveau régional s'agissant des efforts
fournis dans les Régions et de la coordination des activités dans les pays; enfin, le
niveau des pays pour les contacts directs avec les ministères nationaux de la santé.
Je me suis attachée à faire de l'OMS une seule Organisation et non pas sept
- c'est-à-dire Genève et les six bureaux régionaux. J'aimerais ajouter ici, et non
pas trois - c'est-à-dire une au niveau mondial, une au niveau régional et une au niveau
des pays.
Une OMS qui fixe ses priorités comme une seule organisation, agisse comme une seule
organisation, crée la différence comme une seule organisation. Une OMS au sein de
laquelle chacun d'entre nous doit avoir le sentiment d'appartenir à la même équipe -
quel que soit l'endroit où il travaille.
Tel est le but que nous nous sommes fixé. Nous nous en approchons, mais beaucoup reste
à faire. Avec votre aide, la réunion de cette semaine nous permettra de faire un grand
pas en avant.
Nous voulons entendre ce que vous avez à nous apprendre - profiter de vos
expériences, de vos connaissances et de vos suggestions. Nous souhaitons vous présenter
la structure nouvelle du Siège et voir avec vous comment, avec les bureaux régionaux et
nos centres collaborateurs, nous pouvons mieux vous aider dans vos tâches quotidiennes.
Nous souhaitons savoir quelles seront les incidences de ces changements pour l'action de
santé au niveau international, et en particulier dans les pays.
Inversement, nous savons que votre travail dans les pays est précieux pour notre
planification stratégique et qu'il peut infléchir nos relations au sein de la
communauté sanitaire internationale.
Ce matin, je me concentrerai en particulier sur les quatre thème suivants :
- Premièrement, j'aimerais me tourner vers l'avenir et vous faire part de quelques
réflexions sur une approche nouvelle de notre travail dans les pays et avec eux.
- Deuxièmement, j'aimerais vous parler des changements que nous avons apportés jusqu'ici
à la structure de l'Organisation - du cap que nous souhaitons prendre et de la façon
dont ce renouvellement doit sous-tendre l'appui de l'OMS aux pays.
- Troisièmement, j'aimerais vous indiquer comment nous concevons la stratégie d'ensemble
de l'OMS. J'aimerais préciser, en particulier, comment les différents éléments de
cette stratégie détermineront l'idée que nous nous faisons de notre action dans les
pays.
- Enfin, j'aimerais insister sur certains des défis que nous devrons relever si nous
voulons que cette idée d'une approche nouvelle de notre action dans les pays soit
réellement mise en pratique.
Ces pensées m'ont été inspirées par mes visites dans les Régions, mes échanges
avec les Etats Membres, les contributions des Directeurs régionaux et, bien entendu, les
entretiens que j'ai eus avec beaucoup d'entre vous. Par ailleurs, nous avons fourni depuis
le mois de juillet un intense travail de réflexion sous la conduite du Groupe de
travail sur les partenariats avec les pays au sein duquel étaient représentées
toutes les composantes de l'OMS.
Mon point de départ est simple : c'est aux populations de nos Etats Membres que
doit bénéficier notre action. Toutes les composantes de l'Organisation ont leur
contribution à apporter. Telle est, à mon sens, la raison d'être de l'OMS dans son
intégralité.
Je dis travailler pour, dans et avec les pays.
Dans tout ce que nous faisons, nous travaillons pour les pays et cela de deux
manières. Nous travaillons dans les pays en y assurant une présence directe afin
de répondre à leurs besoins spécifiques de développement. Et là, votre rôle est
décisif. C'est vous qui êtes chargés de promouvoir les politiques, les stratégies et
les programmes de l'Organisation et de coopérer avec les autorités nationales pour la
formulation de leurs politiques et de leurs priorités dans le domaine de la santé.
Nous travaillons aussi avec la communauté des pays, collectivement et en
groupes, pour les aider à mobiliser la somme de savoir, de connaissances et
d'expériences qu'ils ont accumulée afin d'élaborer des normes et des critères,
d'établir des bases factuelles solides et de recueillir des données de surveillance. Ce
sont là des biens publics internationaux qui doivent bénéficier à tous.
Permettez-moi de vous donner quelques exemples :
- Nous travaillons dans les pays quand nous collaborons avec les ministères de la
santé pour la coordination des interventions clés du secteur de la santé.
- Nous travaillons dans les pays quand nous coopérons avec les autorités locales
en vue de l'élaboration d'un programme de traitement sous surveillance directe destiné
à combattre la tuberculose.
- Nous travaillons dans les pays quand nous collaborons avec les gouvernements pour
promouvoir des politiques favorables à une vieillesse active.
- Nous travaillons dans les pays quand nous coopérons avec les décideurs pour
l'examen des choix qu'impose la réforme du secteur de la santé.
- Mais nous travaillons aussi avec les pays lorsque nous fixons des normes pour la
sécurité transfusionnelle.
- Nous travaillons avec les pays lorsque nous mettons en place des réseaux de
surveillance épidémiologiques afin de protéger les populations d'événements qui
surviennent en dehors de leurs frontières nationales.
- Enfin, nous travaillons avec les pays quand nous faisons la synthèse de nos
expériences des réformes entreprises afin de mieux conseiller les pays.
Si l'OMS veut vraiment créer la différence au niveau mondial, elle devra le faire
aussi dans les pays. La question que nous devons nous poser est la suivante : comment
l'Organisation tout entière peut-elle vous aider le plus efficacement à remplir votre
rôle ? Que pouvons-nous faire mieux, ou du moins différemment, pour vous soutenir dans
votre travail ?
Par exemple, comment l'Organisation tout entière peut-elle le mieux vous aider :
- A répondre aux besoins du ministère de la santé ?
- A collaborer avec les autres ministères, tels ceux des finances et de la planification,
dont l'action concerne directement la santé ?
- A appuyer les gouvernements dans leurs négociations avec la Banque mondiale, les
banques régionales de développement, les organismes bilatéraux ou d'autres partenaires
du développement ?
- A trouver des moyens plus efficaces d'agir au-delà des ministères - avec les ONG
locales, les associations professionnelles et d'autres partenaires actifs dans le secteur
de la santé ?
Pour que vous soyez efficaces, il faut que l'ensemble de l'OMS soit efficace.
Réfléchissons un instant sur ce qu'il faut à notre Organisation pour qu'elle retrouve
son rôle et une action plus significative.
- L'OMS doit montrer aux gouvernements et aux autres organisations qu'elle a une solide
connaissance des besoins sectoriels, mais aussi du contexte politique et
institutionnel dans lequel ceux-ci doivent être abordés.
- L'OMS doit être considérée comme une source fiable de conseils de qualité et comme
faisant autorité sur le plan technique.
- L'OMS doit être en possession de bases factuelles à jour et fixer des normes
appropriées et réalistes qui répondent aux besoins des Etats Membres.
- L'OMS doit être en mesure de jouer un rôle d'intermédiaire et de négociateur pour
améliorer la santé - en aidant à concilier les préoccupations des Etats Membres
et les intérêts des organismes extérieurs qui appuient le développement sanitaire et
économique.
- L'OMS doit pouvoir contribuer à façonner les règles régissant les engagements qui
lient les gouvernements et les organismes extérieurs et utiliser ses propres ressources
limitées aussi stratégiquement que possible.
- L'OMS doit s'employer non seulement à recueillir des ressources pour l'action de
santé, mais aussi inscrire cette action au centre des activités de développement.
C'est là un programme bien ambitieux. Mais il correspond à un message clair et
cohérent qui est celui de tous nos partenaires internationaux. Si nous voulons
réellement jouer un rôle de premier plan aux niveaux mondial et national, telles sont
les compétences et les capacités que nous devrons offrir : au Siège, dans nos bureaux
régionaux et - plus qu'ailleurs peut-être - dans nos bureaux de pays.
Passons maintenant au processus de renouvellement et de réforme à l'OMS.
Nous devons mettre de l'ordre dans notre maison. Mon premier souci a été de
veiller à ce que la structure du Siège de l'OMS reflète mieux ce dont nous nous
occupons. C'est chose faite. De 52 programmes distincts, nous avons fait neuf Groupes
et 35 Départements.
Deux projets du Cabinet - Faire reculer le paludisme et Se libérer du tabac -
sont maintenant bien avancés et je pense que vous commencez à les connaître. Un projet
du Cabinet est un effort concentré visant à mobiliser nos ressources, à concentrer
notre attention et à unir nos forces en sollicitant une contribution de nos Etats Membres
et de nos partenaires.
Ces projets ouvriront la voie et nous permettront d'explorer de nouvelles modalités de
collaboration à travers l'Organisation. Ils font appel à plusieurs Départements et
Groupes et nous en sommes tous partie prenante.
Un troisième projet, baptisé Partenariats pour le développement du secteur
sanitaire, vient juste d'être lancé et j'y reviendrai dans un instant.
Le changement était nécessaire. Il fallait tirer parti de l'ensemble des
connaissances et de l'expérience réunies à l'OMS, mais en regardant devant nous et non
dernière nous. Ce processus de changement a mis réellement à contribution le personnel,
surtout ici, au Siège, et je lui rends hommage pour la façon dont il a su y faire face.
Je compte faire rapport sur la totalité des changements structurels à l'Assemblée
mondiale de la Santé, en mai. Ces changements devaient être rapides. Il n'aurait pas
été bon de faire traîner les choses - ni pour l'OMS, ni pour le personnel, ni pour
nos activités techniques.
Ce que nous voulons, c'est une meilleure équipe. Une OMS qui travaille, qui agisse et
qui fasse bouger les choses comme une seule organisation. Les Groupes nous aideront à y
parvenir. Nous avons déjà davantage de cohérence dans nos activités - et cela vous
servira également. Notre action programmatique n'est plus isolée. Elle s'inscrit dans un
contexte plus large et cela nous permettra - je l'espère - de vous apporter un soutien
plus large.
Pour ne prendre qu'un seul exemple : nous avons regroupé les deux précédents
programmes concernant les médicaments - l'un, normatif, chargé d'élaborer des normes
mondiales, et l'autre, opérationnel, s'occupant des médicaments essentiels - pour
n'en faire qu'un seul Département des médicaments essentiels et autres. Cela favorisera
l'unité d'action.
Le processus de prise de décision que nous avons adopté permet d'inscrire les
décisions et questions isolées dans un contexte plus vaste. Le Cabinet, où je réunis
les Directeurs exécutifs une fois par semaine, s'est fixé un plan de travail de quatre
mois, dont vous recevrez un exemplaire au cours de la semaine. Pour toutes les questions
stratégiques, les bureaux régionaux auront le temps de faire leurs observations et
d'apporter des améliorations aux recommandations. Je souhaite également associer les
représentants de l'OMS ayant une expérience particulière - aussi ne soyez pas surpris
de voir arriver sur votre bureau, pour commentaires, un projet de document du Cabinet.
Le budget a également exigé un réel effort. Vous savez quel défi cela
représentait. Nous n'avions que quelques semaines pour revoir totalement la structure du
budget de façon à y intégrer les nouveaux Groupes et à réaffecter les ressources en
fonction des nouvelles priorités. Nous avons présenté au Conseil exécutif un document
plus court - plus court, oui, mais mieux ciblé. Le budget a été bien accueilli. Nous
allons maintenant nous efforcer d'améliorer et d'affiner encore les objectifs et les
résultats escomptés.
En outre, les budgets régionaux seront également présentés en fonction de la
structure par Groupes. Cela ne veut pas dire que nous allons demander aux bureaux
régionaux d'adopter la même structure organique qu'au Siège. Mais, à certains signaux
émis par le Conseil, nous avons cru comprendre que nous gagnerions en transparence en
harmonisant la présentation du budget.
Qu'en est-il donc des budgets de pays, qui représentent pratiquement 40% de notre
budget ordinaire ?
Vous remarquerez que le budget de pays est distinct du budget du bureau régional. Cela
signifie que les crédits sont affectés directement sous le contrôle du bureau de pays.
Mais les dépenses réelles pour les activités de pays sont bien entendu plus larges et
plus importantes.
Cette structure budgétaire traduit notre désir de voir une meilleure concordance
entre la responsabilité des représentants de l'OMS et leur autonomie gestionnaire. A
chaque droit correspond une responsabilité. Il s'agit des allocations de crédits de
l'OMS à l'appui des activités de pays, et nous devons en faire une utilisation
judicieuse.
Ces dépenses sont désormais indiquées plus clairement dans une partie distincte du
projet de budget pour 2000-2001. Le Conseil exécutif s'est posé la question le mois
dernier de savoir à quoi les budgets de pays devraient être utilisés et comment les
crédits étaient alloués à l'intérieur d'une Région. Je me suis engagée à
présenter en janvier prochain au Conseil des propositions dans ces domaines, et nous
demanderons à toutes les personnes directement concernées d'apporter leur contribution
à cette réflexion.
Derrière tout changement que nous entreprenons, il y a la volonté d'être mieux en
mesure de nous acquitter de notre tâche et d'atteindre nos priorités. Les changements
majeurs seront bientôt terminés, mais, comme toutes les organisations efficaces, nous
allons devoir apprendre à vivre avec le changement.
L'un des aspects de ce processus de changement permanent est la politique de roulement
et de mobilité. Il n'y a pas eu, depuis trop longtemps, assez de mobilité entre Genève,
les bureaux régionaux et les bureaux de pays. Il nous faut davantage d'échanges - pour
permettre à l'ensemble de l'Organisation de bénéficier de différentes expériences.
Cette politique a commencé à être mise en oeuvre et nous en observons déjà les
premiers résultats. Dans quelques jours, le premier mouvement de rotation consécutif à
la restructuration des Départements touchera à sa fin. Après cela, une politique
générale de mobilité sera instaurée.
L'OMS étant l'organisme chef de file en matière de santé doit comprendre et définir
son rôle. Entendons-nous bien. L'action de développement est beaucoup trop vaste et trop
complexe pour une seule institution. Vous le constatez vous-mêmes tous les jours. Même
l'action sanitaire mondiale est une tâche trop lourde pour l'OMS seule. Nous devons donc
avoir une idée bien précise de ce que nous pouvons faire, en tant qu'organisation
technique des Nations Unies, pour tirer le meilleur parti de nos ressources.
La santé pour tous a fait de l'équité une valeur fondamentale de notre action. Nous
devons aller à présent plus loin et définir plus clairement notre message pour le
siècle prochain - un message auquel nous puissions tous nous référer - un message qui
puisse nous guider dans notre travail et qui puisse souder nos efforts en faveur de
l'unité de l'Organisation.
Tous ces efforts sont encore en chantier. J'ai présenté les quatre axes stratégiques
suivants au Conseil exécutif le mois dernier :
- nous devons renforcer l'aspect stratégique de notre travail dans les pays et avec eux;
- nous devons mieux cibler notre action pour obtenir de meilleurs résultats, plus
équitables, en matière de santé;
- nous devons être plus efficaces dans notre appui au développement du secteur de la
santé;
- et nous devons nous montrer plus novateurs en établissant des partenariats influents.
Chacun de ces grands axes est pour vous synonyme de nouveau défi en tant que
représentants ou chargés de liaison de l'OMS. J'ai déjà évoqué d'une manière
générale notre action avec les pays. Mais j'aimerais revenir sur son aspect
stratégique.
Dans de trop nombreux pays, le budget ordinaire sert à financer un grand nombre
d'activités et de programmes disparates, et l'on ne se pose pas suffisamment la question
de savoir où notre action peut avoir les meilleurs résultats.
Pour ne citer qu'un exemple qui m'a été signalé par l'un d'entre vous : dans le
résumé d'orientation du rapport annuel, un représentant de l'OMS a expliqué que
4,9 millions de dollars avaient été alloués au titre du budget ordinaire de l'OMS
pour couvrir le coût de 428 activités prioritaires de 44 programmes nationaux
de santé différents. La fixation des priorités est, effectivement, une tâche complexe,
mais force est de constater une dispersion de nos efforts.
Nous attachons souvent trop d'importance à l'aspect comptable de notre contribution.
Or, si nous voulons véritablement agir de manière stratégique, nous devons réfléchir
davantage aux résultats que nous obtenons et à la façon dont ils peuvent compléter les
efforts des autres et leur apporter une valeur ajoutée.
Agir de manière stratégique, c'est non seulement se soucier de ce que l'on dépense,
c'est aussi réfléchir à ce que l'on fait. Nous sommes une Organisation dont les
connaissances et les ressources humaines sont l'atout principal. Nous ne sommes pas un
grand bailleur de fonds. Les allocations budgétaires dans un programme de pays ne donnent
pas une idée exacte de la façon dont nous influençons la santé et le développement.
Agir de manière stratégique, ce n'est pas simplement établir de temps en temps des
plans détaillés. C'est un état d'esprit. C'est rechercher des occasions - dans un
cadre convenu - pour faire avancer la cause de la santé au niveau national. C'est
aussi présenter avec talent des arguments, quand il le faut, aux gens qu'il faut. C'est
ce que l'on attend de vous, en tant que représentants de l'OMS.
Si nous voulons utiliser judicieusement nos ressources, nous devons être capables de
montrer que notre appui est fondé sur des stratégies de pays solidement
étayées, qui expliquent clairement les motifs de l'action de l'OMS dans un pays donné.
Il s'agit de prendre des décisions qui reposent sur une analyse concise des questions de
développement sectoriel.
J'estime que notre but ultime doit être d'élaborer un programme de pays auquel
l'ensemble de l'OMS puisse contribuer. Bien entendu, ce programme doit être le fruit
d'une collaboration et d'échanges très étroits avec les autorités nationales. Et, en
définitive, ce programme de l'OMS sera notre apport lorsqu'on en viendra à considérer
ce que tous les contributeurs peuvent faire ensemble.
Deuxième axe stratégique : une action mieux ciblée pour obtenir de meilleurs
résultats en matière de santé.
Je tiens particulièrement à ce que nous privilégions les interventions
sanitaires qui aideront à sortir les populations de la pauvreté. Permettez-moi de mettre
en évidence quelques-unes des grandes priorités qui sont définies dans le budget.
- Nous nous sommes engagés à diminuer le poids de la morbidité et les souffrances
imputables aux maladies transmissibles. Faire reculer le paludisme est un élément
central de cette approche. Mais nous allons également contribuer aussi efficacement que
possible à lutter contre les épidémies mondiales d'infection à VIH/SIDA et de
tuberculose, et à achever l'éradication de la poliomyélite.
- Nous devons renforcer notre capacité d'affronter la progression des maladies non
transmissibles. Le cancer et les maladies cardio-vasculaires feront l'objet d'une
attention particulière. L'initiative Se libérer du tabac est le fer de lance de cette
approche.
- Nous accorderons davantage d'attention à la prestation de soins de santé de grande
qualité pour les enfants, les adolescents et les femmes.
- Nous braquerons de nouveau les projecteurs sur la vaccination, qui est l'une des
interventions sanitaires les plus rentables.
- Nous devons intensifier nos efforts pour réduire l'énorme fardeau de la malnutrition,
surtout chez les enfants.
- Nous continuerons à aider les pays qui désirent avoir accès à des médicaments
essentiels abordables et de qualité.
- Nous ferons en sorte que la santé mentale, et en particulier le fléau négligé de la
dépression, reçoivent l'attention qu'ils méritent.
- Nous devons faire face plus efficacement à la multiplication et à la diversité des
situations d'urgence et des crises humanitaires.
- Nous développerons, en collaboration avec d'autres, les moyens dont nous disposons à
l'OMS pour donner des avis sur la question cruciale du financement des soins de santé.
- Enfin, nous devons être en mesure de traiter plus efficacement les questions
intersectorielles, particulièrement les menaces pour la santé qui sont liées à
l'environnement.
La liste est longue. Mais, avec l'aide des autres composantes de l'OMS, vous devez
veiller à mieux concilier les besoins sanitaires de pays déterminés, les priorités de
la santé mondiale et l'action de l'OMS. En même temps, vous devez être prêts à nous
alerter lorsque apparaissent ou évoluent des menaces pour la santé.
Troisième axe stratégique : notre aptitude à soutenir le développement de
secteurs sanitaires qui soient plus efficaces.
La force de l'OMS a toujours été de répondre à des demandes précises. Nous
sommes tout à fait capables d'envoyer sur le terrain des experts techniques hautement
qualifiés. Mais ces spécialistes ont souvent tendance à voir le monde à travers leurs
yeux d'experts. Nous sommes moins efficaces lorsqu'il s'agit d'aider les hauts
responsables à traiter la situation d'ensemble.
Vous savez très bien que les hauts fonctionnaires des ministères de la santé ne
peuvent pas se permettre le luxe de se concentrer sur des questions ponctuelles. Du point
de vue politique et institutionnel, la santé est l'un des secteurs les plus difficiles
qui soient dans n'importe quel pays. Si l'OMS veut assumer un rôle directeur dans le
domaine de la santé, nous ne pouvons pas décliner la responsabilité que nous avons
d'aider nos collègues à affronter une situation complexe.
Dans un trop grand nombre de pays, les gouvernements ont eu tendance à s'adresser à
d'autres organismes pour obtenir des avis sur les questions qui concernent le secteur de
la santé dans son ensemble. L'OMS doit devenir un partenaire plus fiable et plus efficace
des pays au moment où ils réforment et restructurent leur secteur de la santé. Nous
devons savoir que la réforme n'est pas une fin en soi. C'est un moyen de s'assurer que
les gens - en particulier les pauvres - reçoivent de leur système de santé de
meilleures prestations.
Reprendre notre place au centre du développement du secteur sanitaire est une gageure
pour l'ensemble de l'OMS, mais surtout pour nos bureaux et nos représentants dans les
pays. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai lancé le projet qui s'intitule
"Partenariats pour le développement du secteur sanitaire".
Comme vous l'apprendrez au cours de la semaine, ce projet s'attachera à faire
progresser notre action stratégique sur plusieurs fronts. Il s'appliquera à l'ensemble
de l'Organisation et visera à introduire le développement du secteur sanitaire dans tous
les aspects de notre activité. Il vous aidera aussi à aborder la coopération avec les
pays d'une manière plus stratégique.
En outre, ce projet se rattache au quatrième axe stratégique : l'instauration de
partenariats plus influents.
Les partenariats au niveau national vont devenir de plus en plus importants. Cela
signifie que nous devons opérer un revirement. Nous devons abandonner notre approche
traditionnelle, qui a trop souvent favorisé nos propres projets à petite échelle, pour
en adopter une autre donnant davantage d'importance aux alliances stratégiques grâce
auxquelles nous influencerons à la fois l'attitude et les dépenses des autres acteurs
internationaux.
Vous connaissez bien les partenariats sur le terrain - avec les autres
institutions des Nations Unies, les organismes bilatéraux de développement, les
organisations non gouvernementales et le secteur privé. Il suffit de penser à l'alliance
qui épaule les journées nationales de vaccination et aux excellentes relations que nous
entretenons avec Rotary International dans notre lutte contre la poliomyélite.
Il y a beaucoup d'autres exemples. Le programme Manas, élaboré par le Gouvernement du
Kirghizistan avec l'aide du Bureau régional OMS de l'Europe, a permis d'asseoir le
développement sanitaire dans ce pays sur des bases solides, et il continue d'y influencer
les activités de tous les autres donateurs. Pour sa part, la Commission européenne a mis
à la disposition du Cambodge, de la République démocratique populaire lao et du Viet
Nam des ressources substantielles pour combattre le paludisme, tandis que l'OMS est
chargée de préparer et de planifier les activités et d'en assurer le suivi technique
pendant toute la durée du programme.
Ailleurs dans le monde, il y a pour nous des occasions semblables à saisir et beaucoup
d'entre vous ont déjà une expérience dans ce domaine.
La Banque mondiale et les organismes bilatéraux de développement sont les plus grands
pourvoyeurs de fonds. Nous devons travailler avec eux et faire entendre notre voix et
notre opinion haut et fort. Par exemple, en Indonésie, face à la crise économique,
l'OMS a collaboré étroitement avec la Banque mondiale, la Banque asiatique de
Développement et le Bureau indonésien de Planification centrale pour ajouter un
"maillon santé" au filet de sécurité que constituent les prêts de plusieurs
millions de dollars consentis au pays.
Pour moi, le message est le suivant : nous montrons la voie bien plus efficacement
lorsque nous nous associons aux autres et que nous nous mettons d'accord sur une
répartition claire des tâches et sur les règles fondamentales qui régissent nos
relations. Votre mission, travailler dans les pays, doit contribuer à instituer de
véritables partenariats qui aideront nos Etats Membres à obtenir des résultats concrets
en matière de santé.
Je suis heureuse de voir que nos plus proches partenaires de la famille des Nations
Unies ont répondu à notre invitation et envoyé leurs principaux représentants à cette
réunion. Nous voulons qu'ils s'expriment. Qu'est-ce qui fonctionne bien et qu'est-ce qui
ne fonctionne pas ? Comment pouvons-nous améliorer notre collaboration dans les
pays ?
Je pense que nous pouvons accomplir bien plus de choses si nous travaillons plus
étroitement ensemble. Lorsque j'étais Premier Ministre du Gouvernement norvégien, nous
avons consacré beaucoup de temps et d'énergie à voir comment nous pouvions contribuer
à accroître le dynamisme des Nations Unies dans les pays. J'étais alors - et je
demeure - une adepte fervente d'un resserrement de la collaboration entre les
institutions des Nations Unies qui travaillent dans les pays. Là où nous le pouvons,
nous devons nous efforcer d'adopter des approches communes pour répondre le mieux
possible aux besoins nationaux et locaux.
Je sais que nombre d'entre vous travaillent déjà de cette manière. Je sais aussi
qu'il y a des problèmes qui entravent ce regroupement des initiatives. Soyons concrets et
abordons ces problèmes. Je sais également que les propositions de réforme des Nations
Unies, dans leur ensemble, ne prennent pas encore officiellement en compte les
institutions spécialisées.
Pour moi, toutefois, ces formalités sont secondaires. Nous devons oeuvrer avec nos
partenaires des Nations Unies pour contribuer à affiner le cadre d'aide au développement
des Nations Unies et à voir clairement comment mettre en place une coordination plus
étroite au niveau des pays. Cela peut aller jusqu'à la prise de positions politiques
communes sur des questions sectorielles clés.
Dix-huit d'entre vous ont pris une part active aux exercices de planification
stratégique durant la phase pilote du cadre d'aide au développement des Nations Unies.
J'ai hâte de connaître les enseignements que vous en avez tirés. Cela me permettra
d'être plus précise lorsque j'étudierai le suivi du rôle de l'OMS avec le PNUD et le
Secrétaire général.
Nous devons être très pragmatiques et chercher ce qui fonctionne et ce qui ne
fonctionne pas. Je rappelle ce que Kofi Annan a dit lorsque nous avons lancé le projet
Faire reculer le paludisme en octobre dernier : "C'est la réforme des Nations
Unies en marche".
L'OMS a une position idéale pour jouer un rôle pivot en ce qui concerne les approches
multisectorielles - et dans plusieurs pays elle joue déjà ce rôle. Les travaux
fort intéressants en cours en Ouganda et au Cambodge viennent à l'esprit et je sais que
vous êtes nombreux à avoir de semblables expériences à partager. Les organismes, les
banques de développement et les Etats Membres commencent à se rendre compte des
inconvénients des projets de développement classiques. Ils reconnaissent, comme nous,
que des approches de ce type permettent de soutenir un développement sanitaire qui, au
niveau national, renforce les moyens de contrôle et contribue à bâtir des systèmes
durables.
Notre réflexion concernant les approches multisectorielles n'en est qu'à ses débuts.
Il n'existe pas de schémas directeurs nous montrant comment les mettre en place. Votre
expérience peut influer sur les préoccupations internationales dans un sens qui
infléchira durablement la manière dont nous menons à bien notre tâche.
Au cours des discussions que nous aurons cette semaine, je vous encouragerai à
réfléchir aux changements nécessaires au Siège et dans les Régions et à la façon de
concentrer nos efforts là où cela importe le plus. Qu'aimeriez-vous voir changer à
Genève et dans les bureaux régionaux afin que cela vous serve mieux dans votre
travail ?
La coordination de nos apports aux pays est extrêmement importante. Je vous
encouragerai à réfléchir aux mécanismes de coordination qui nous aideront à
mettre en commun toutes nos ressources. Certains d'entre vous m'ont déjà exprimé le
souhait de disposer de moyens renforcés à Genève pour répondre aux besoins des pays.
Si ce souhait est général, dites-nous maintenant comme vous voyez les choses.
Chers collègues,
Nous devons envisager une situation dans laquelle les représentants de l'OMS pourront
mieux gérer nos relations avec les pays. Une situation dans laquelle les bureaux de pays
feront appel à d'autres composantes de l'OMS et s'appuieront sur leur personnel, leurs
compétences et leur expérience. Une situation dans laquelle le programme de pays de
l'OMS ne sera pas régi par les besoins des différents programmes, mais par ceux de nos
partenaires nationaux. Une situation dans laquelle les délégations de l'OMS, en route
pour des missions séparées et ignorant tout des tâches de leurs collègues, ne se
rencontreront pas seulement dans un aéroport.
Je vous encourage à réfléchir avec soin à ce qu'il faudra faire pour mettre cela en
oeuvre. De quoi aurons-nous besoin en ce qui concerne l'élargissement de l'autonomie
gestionnaire, les nouveaux systèmes et procédures, la circulation de l'information, les
instruments de planification et la mise en valeur des compétences ?
Enfin, si la stratégie de notre organisation est axée sur un travail plus efficace
dans les pays, je vous encouragerai à réfléchir à la manière dont nous devons
évaluer nos résultats. C'est le pari que nous devons gagner au moment où nous passons
de l'exécution de nos propres activités à un travail en partenariat avec d'autres. Nous
devons toujours pouvoir montrer en quoi nous avons changé les choses.
Nous avons devant nous une semaine de dur labeur durant laquelle nous échangerons nos
points de vue. Cette semaine est par-dessus tout la vôtre. J'espère que vous quitterez
Genève avec le sentiment plus fort d'appartenir à une seule Organisation
et en étant motivés pour changer le cours des choses avec l'appui et la
contribution de l'ensemble de l'OMS.
Je vous remercie. |