| Je vous remercie de me donner
la possibilité de m'exprimer devant le groupe d'éminents responsables que vous
représentez, vous qui êtes en charge de la réforme et de la direction d'institutions du
système des Nations Unies. Je vais vous présenter en quelques minutes certains
changements que nous avons entrepris à l'Organisation mondiale de la Santé -- ainsi que
la façon dont nous avons conçu ces changements et l'approche stratégique que nous avons
adoptée.
Mais permettez-moi de revenir tout d'abord sur la notion même de direction d'une
institution des Nations Unies.
L'OMS est une institution spécialisée -- une organisation technique ayant un large
mandat en matière de santé publique mondiale. D'une manière générale, l'OMS est
techniquement solide. D'une manière générale, elle a su maintenir un niveau et une
réputation élevés au sein de la communauté sanitaire mondiale.
Cet aspect est extrêmement important, et je considère que ma responsabilité
principale est de maintenir et d'améliorer encore l'excellence technique de
l'Organisation. En outre, j'ai voulu apporter une dimension politique à la direction de
l'OMS. Par politique, j'entends une sensibilisation accrue aux changements qui surviennent
dans le monde. Une meilleure interaction avec les pays et les populations que nous sommes
censés servir. Une meilleure appréhension d'ensemble des problèmes fondamentaux qui
caractérisent l'action de développement dans le monde, dont la santé est un élément
essentiel. Une plus grande sensibilité au rôle que peuvent jouer d'autres acteurs en
faveur de la santé et du développement de façon à obtenir une meilleure synergie, une
plus grande efficacité et un impact plus fort.
A mes yeux, ce rôle directeur consiste à voir ensemble où nous en sommes et à
décider où nous voulons aller & et cela non pas seuls mais en partenariat avec
d'autres.
Le Groupe de Genève a passé beaucoup de temps à analyser l'action de l'OMS au cours
des dernières années. Avant de vous présenter les changements que j'ai apportés à
l'Organisation, permettez-moi de vous résumer très brièvement l'analyse à laquelle
j'ai procédé avant le mois de juillet.
Avant d'entreprendre un changement durable, il est essentiel de consacrer un certain
temps à l'analyse de la situation de départ. Dès que j'ai été désignée pour le
poste de Directeur général par le Conseil exécutif, en janvier de l'année dernière,
j'ai chargé une équipe de transition d'étudier systématiquement pendant six mois ce
que nos Etats Membres souhaitaient et les changements nécessaires à l'OMS pour répondre
à ces attentes. A mesure que le mois de juillet approchait, les constatations suivantes
se sont imposées à moi :
- Au cours d'années difficiles, le personnel de l'OMS a continué à fournir des avis
importants et une aide aux gouvernements. Les exemples de résultats excellents à tous
les niveaux de l'Organisation ne manquent pas. J'ai toutes les raisons de croire que j'ai
hérité d'une équipe très compétente ayant à son actif des réalisations importantes.
- Toutefois, et bien qu'encore techniquement solide, l'OMS avait progressivement commencé
à être marginalisée, non seulement sur la scène internationale du développement, mais
aussi petit à petit au sein du secteur de la santé même.
- Parmi les Etats Membres, il y avait un mécontentement grandissant quant à l'aptitude
de l'OMS à fournir des avis stratégiques et à faire face aux besoins nouveaux dans un
monde en rapide évolution. Ce mécontentement s'est fait de plus en plus vif à mesure
qu'apparaissait plus clairement la nécessité d'une source d'expertise solide au niveau
mondial. La grande majorité des pays réorganisent en profondeur leurs systèmes de
santé -- pour des raisons économiques et financières, mais aussi parce que la situation
sanitaire a radicalement changé avec le vieillissement de la population et l'émergence
rapide des maladies non transmissibles.
Il y a plusieurs raisons au fait que l'OMS n'a pas été tout à fait à la hauteur de
la tâche. Permettez-moi de vous proposer quelques explications liées à l'Organisation
elle-même :
- L'OMS avait une direction faible. Cela ne tenait pas seulement aux gens, mais bien
également à la structure. Il n'existait pas de structure officielle de direction
chargée de coordonner l'action et de fixer les priorités de façon organisée. Les
Sous-Directeurs généraux n'avaient qu'un mandat très limité, n'ayant autorité ni en
matière de personnel, ni en matière budgétaire. L'ensemble de l'Organisation donnait
l'impression d'un manque total ou d'une insuffisance de définition des priorités. Cela
avait plusieurs conséquences :
Premièrement, l'unité de l'Organisation en souffrait. Il y avait alors autant d'OMS
que de programmes au Siège, c'est-à-dire plus de 50. Il y avait 7 OMS, à savoir Genève
et les six bureaux régionaux. Il y avait 2 OMS, l'une financée par le budget
ordinaire et l'autre par les contributions extrabudgétaires.
Deuxièmement, l'Organisation était petit à petit en train de se transformer en ce
que j'appellerais une "organisation non alignée" -- c'est-à-dire que ses
différents éléments suivaient des directions différentes. Les bureaux régionaux
fonctionnaient chacun dans leur sphère régionale. Au Siège, les Directeurs de programme
faisaient de leur mieux en l'absence de priorités définies. Certains réussissaient
très bien & d'autres moins. Le problème, c'est que la moitié de la maison
ignorait souvent ce que faisait l'autre moitié.
- Nous ne sommes pas parvenus seuls à cette conclusion. Les Etats Membres, et bien sûr
le Groupe de Genève, avaient souligné que la direction et la fixation des priorités
étaient les principaux problèmes.
Le premier message que mon équipe de transition a reçu des Directeurs était qu'il y
avait trop de programmes, trop de directeurs et trop peu de coordination. L'essentiel des
mesures que nous avons mises en oeuvre ont été conçues en consultation étroite avec le
personnel au cours de la période de transition.
- J'aimerais encore citer quelques autres conclusions de notre analyse.
Il était manifestement nécessaire de repenser l'approche stratégique de l'OMS au
niveau des pays. Celle-ci était trop axée sur ce qui est et restera un budget restreint
et trop peu axée sur les résultats -- sur le résultat global que pouvait obtenir l'OMS
&, et cela pas uniquement par sa seule action mais par une collaboration étroite avec
d'autres acteurs.
Trop souvent, l'OMS, comme de trop nombreuses organisations d'ailleurs, dispensait des
conseils en ordre dispersé, sans chercher à répondre précisément aux besoins réels
des Etats Membres. Trop souvent, un membre du personnel de l'OMS rencontrait un collègue
à l'aéroport ou à l'entrée d'un organisme donateur sans savoir ce que l'autre venait y
faire.
La mobilité entre les différents niveaux de l'Organisation était insuffisante. Le
recours au partenariat & avec le reste de la famille des Nations Unies, avec les
ONG et avec le secteur privé -- était insuffisant.
En bref, j'ai été élue sur un programme de changement dans lequel je prenais les
engagements suivants :
- Mieux centrer le travail de l'OMS en améliorant la coordination et en définissant
clairement les priorités. Redistribuer les fonds au profit des activités revêtant une
priorité accrue, des domaines techniques en particulier, de préférence à
l'administration.
- Faire de l'OMS une seule et même organisation -- pas une cinquantaine, ni 7 ni 2.
- Utiliser les personnels compétents de l'OMS, leur adjoindre du sang neuf, s'acheminer
progressivement vers un équilibre des sexes et remettre l'accent sur la formation et le
développement du personnel.
- Inscrire la santé au centre du programme de développement international.
- S'ouvrir à d'autres partenaires et déployer un maximum d'efforts.
- Participer à la réforme du système des Nations Unies et au relèvement de l'image des
Nations Unies en démontrant que l'OMS est capable de réels changements, en donnant la
preuve que les institutions des Nations Unies peuvent se transformer, et en démontrant
aux personnes ici présentes qu'un dollar dépensé pour l'OMS est un dollar qui non
seulement est dépensé à bon escient, mais aura aussi un effet multiplicateur, et
créera plus de développement que ne peut en acheter ce dollar à lui seul.
Cela étant, de quelle manière avons-nous abordé le processus de changement ?
J'ai opté en faveur d'un changement rapide et volontaire. J'ai décidé d'exposer en
détail les changements à venir & en mai, d'abord, à l'Assemblée mondiale de
la Santé, puis à l'ensemble du personnel lorsque j'ai pris mes fonctions en juillet.
Avec le recul, je puis affirmer que les engagements que j'ai pris ont été tenus. Le fait
que vos gouvernements m'aient élue sur ce mandat m'a donné l'assurance voulue pour faire
des choix décisifs.
Un changement rapide, mais régulier. Il fallait aller vite. Pour répondre à
l'attente légitime des Etats Membres qui exigeaient un réel changement, en temps réel.
Mais aussi pour mettre rapidement le personnel sur de nouveaux rails. Un gros effort a
été demandé au personnel. J'en avais conscience. J'ai dit au personnel que je m'y
attendais, et je n'ai cessé de lui dire que chaque jour, avec mon équipe, je m'emploie
à remédier aux problèmes et aux difficultés qui ne manquent pas de se présenter.
J'ai aussi donné mon avis sur l'autre possibilité. Un changement en longueur. Qui
traîne. Qui n'en finit pas de tourner la page. Qui nous distrait de notre travail
technique.
Dès le premier jour, j'ai créé une véritable équipe de gestion au niveau
supérieur. J'ai aboli le poste de Directeur général adjoint, à la recherche d'une
équipe véritablement représentative pour appuyer mes décisions et s'acquitter des
véritables fonctions exécutives.
J'ai invité les cinq Sous-Directeurs généraux et deux Directeurs exécutifs à
libérer leur poste, en leur demandant non pas de démissionner, mais de rester avec nous
jusqu'à l'expiration de leur contrat. Ils ont tous accepté mon invitation.
Les premiers remaniements structurels ont été opérés sans que soit mise en cause la
sécurité de l'emploi. Personne n'a été invité à partir. Certaines personnes ont
été réaffectées et d'autres ont vu la description de leurs fonctions modifiée. C'est
là une réalité quel que soit le lieu de travail.
En remplacement des Sous-Directeurs généraux, j'ai nommé un groupe de Directeurs
exécutifs. Neuf d'entre eux dirigent un Groupe et un autre dirige mon Bureau. Ils ont
tous le grade D.2, et perçoivent une allocation complémentaire pour leurs
responsabilités exécutives. Le Cabinet se réunit tous les mardis autour d'un ordre du
jour préétabli qui est publié, comme le sont les conclusions des réunions. Le
programme de travail du Cabinet est désormais établi sur une période de quatre mois.
Tous les documents d'information sur les questions stratégiques sont distribués aux
Groupes et aux bureaux régionaux pour avis.
Entre les dix Directeurs exécutifs, toutes les Régions de l'OMS sont représentées
-- ils sont originaires du Mexique, des Etats-Unis d'Amérique, d'Afrique du Sud, de
Tunisie, d'Allemagne, de Norvège, d'Inde, du Japon, de Chine et d'Australie.
Sur les neuf chefs de Groupe, deux ont été recrutés à l'intérieur de
l'Organisation et sept à l'extérieur. Sur les sept, quatre avaient une grande
expérience de l'OMS, ayant travaillé pour ou avec l'Organisation. Un changement de
perspective me paraissait important. Outre la richesse des compétences au sein de l'OMS,
un nouvel apport s'imposait, des regards nouveaux, une expérience récente des réalités
des gouvernements et des systèmes de santé nationaux, ainsi que du secteur privé.
La moyenne d'âge du personnel de l'OMS était relativement élevée et les femmes
étaient largement sous-représentées. J'ai pris des mesures pour changer cela.
Le groupe du Directeur général et des Directeurs exécutifs compte six femmes et cinq
hommes. L'âge moyen de l'équipe de gestion précédente était de 59 ans. Mon équipe a
ramené cette moyenne à 49 ans.
Dans les 50 et quelque programmes précédents, 4 femmes seulement occupaient des
postes de Directeur, soit moins de 10 pour cent. Dans les 35 Départements actuels, 29
Directeurs ont été nommés : 20 hommes et 9 femmes. Les femmes occupent donc
désormais 30 pour cent des postes de Directeur.
L'Assemblée mondiale de la Santé a maintes fois demandé la parité hommes-femmes.
J'ai l'intention d'accéder à cette requête. Le Cabinet a décidé de faire en sorte que
6 nouvelles recrues sur 10 soient des femmes jusqu'à ce qu'on obtienne la parité.
Afin d'assurer le renouvellement des personnels, j'ai déclaré sans ambiguïté -- ce
qui me semble aller de soi -- que l'âge de la retraite s'applique à tous. Cela ne
signifie pas que les gens de plus de 60 ou 62 ans n'ont rien à apporter. Mais si
certains membres du personnel sont prolongés, le message que reçoit le personnel est
ambigu. Le départ à la retraite reste le mécanisme le plus important pour assurer le
renouvellement et faciliter la planification et le changement dans un environnement où il
est difficile de dissuader des personnes qui ne souhaitent pas partir.
Au départ, la cinquantaine de programmes ont été répartis entre les neuf Groupes
selon les critères de synergie définis par l'équipe de transition. J'ai donné trois
mois aux Directeurs exécutifs pour définir et affiner avec leur Groupe la mission de
chacun et pour proposer une rationalisation des programmes. La date cible était le 1er novembre.
A cette date, la structure interne des Groupes était prête et le nombre des programmes,
maintenant appelés Départements, ramené à 35.
Les nominations de Directeurs se sont échelonnées en trois temps. Les descriptions de
poste des chefs de Département ont d'abord été publiées à l'intérieur de
l'Organisation. J'ai choisi 18 Directeurs parmi les Directeurs existants. Dans un
deuxième temps, nous avons publié les postes restants dans toute l'OMS et dans le
système des Nations Unies et nous avons accepté les candidatures féminines
extérieures. Aujourd'hui, quatre postes de Directeur restent à pourvoir et j'espère
achever le recrutement dans les prochaines semaines.
Les anciens Directeurs de Programme qui n'ont pas été nommés à la tête de
Départements se sont vu confier des responsabilités nouvelles. C'est aussi une question
de mobilité. Il y a beaucoup de tâches essentielles qui n'exigent pas que l'on gère un
budget et un personnel importants, et nous avons besoin pour ces tâches de personnes
expérimentées. Nous avons besoin, je crois, d'introduire davantage de souplesse de
façon que des personnels de rang supérieur puissent accomplir ces tâches essentielles
sans être prisonniers d'une hiérarchie dans laquelle l'importance se mesure à l'ampleur
du budget et au nombre de personnes placées sous votre autorité.
Pour les nouvelles nominations, j'ai appliqué un processus ouvert de mise en
concurrence. Pour la deuxième série de nominations, les candidats ont dû subir des
tests écrits et passer des interviews, mais c'est moi qui ai fait le choix définitif.
Parallèlement à ces nominations, nous avons cherché à développer la mobilité du
personnel. Certains, qui étaient en poste à Genève, ont été nommés dans des pays.
D'autres ont été transférés des bureaux régionaux au Siège, et il y a également eu
des transferts entre les Régions. Nous continuerons d'appliquer cette politique de
mobilité.
Le changement a son prix. Avant d'entrer en fonctions, j'ai demandé aux Etats Membres
de verser des contributions à un fonds de restructuration créé pour nous aider à
financer des mesures importantes non budgétisées par la précédente administration.
Je remercie les pays qui se sont jusqu'ici engagés à fournir 7 des 10 millions
de dollars que nous avons l'intention de dépenser sur une période de trois ans -- et
j'invite ceux qui n'ont pas encore versé de contribution à nous aider à atteindre les
10 millions que nous nous sommes fixés -- , car cet argent sera bien dépensé. Il
nous permettra de moderniser nos technologies de l'information et de gagner ainsi en
efficacité. Il nous aidera à financer un réseau télé et vidéo intégré qui nous
permettra de relier Genève et les bureaux régionaux et d'économiser ainsi des frais de
voyages désormais inutiles. Cet argent nous a également aidés à financer l'événement
historique qu'a été la réunion à Genève, la semaine passée, de tous les
représentants de l'OMS dans les pays. Pour la première fois en effet, nous avons pu
aborder directement les questions de stratégie et de coordination de l'Organisation avec
ceux qui la servent là où son action a le plus de poids, c'est-à-dire dans les pays.
Le processus de restructuration que nous avons entrepris est presque terminé.
Maintenant, nous travaillons étroitement avec les bureaux régionaux afin de rationaliser
la façon dont ils s'organisent de manière à mieux adapter leur fonctionnement à la
nouvelle structure du Siège -- rationaliser la façon dont nous organisons ensemble notre
travail, notre budget et nos priorités.
Permettez-moi de mentionner aussi le budget que nous avons dû établir dans l'urgence
après le mois de juillet.
La précédente administration avait en effet déjà établi ou presque le budget de
l'exercice 2000-2001 en fonction de l'ancienne structure. Il fallait que je décide
soit de travailler avec ce budget, soit de l'adapter à l'orientation nouvelle que nous
nous étions donnée. J'ai opté pour le changement & sachant par expérience à
quel point tout budget est crucial quel que soit le type d'organisation. Nous avons
maintenant un budget adapté à notre nouvelle structure par Groupes.
Il est plus court et je crois plus précis. Il est stratégique. Il indique ce
qu'achètent vos cotisations au budget ordinaire et vos contributions volontaires.
Nous avons voulu vous donner dans ce budget des bases solides pour des évaluations
réelles. Nous avons établi une liste des résultats généraux escomptés. A vous de
juger s'ils vous paraissent correspondre à des investissements judicieux. Si c'est le
cas, vous pourrez déterminer dans deux ans si nous avons obtenu ces résultats et en
évaluer l'impact sur les plans sanitaire et gestionnaire. Par ailleurs, nous conduirons
bien entendu des activités de surveillance et d'évaluation programme par programme.
Nous avons procédé à des réorientations. En 1999 & deuxième année de la
période biennale en cours &, le Cabinet doit mener à bien cet exercice
douloureux qui consiste à mettre fin à certaines activités afin de libérer des
ressources pour de nouveaux objectifs prioritaires. Les ressources ainsi libérées
résultent en majeure partie de gains d'efficacité dans les domaines de l'administration
et de la gestion.
Cette tendance sera poursuivie au cours du prochain exercice. Nous avons maintenant
établi une liste précise de domaines prioritaires Groupe par Groupe. Au Siège, nous
avons proposé le transfert de plus de 22 millions de dollars du domaine de
l'Administration au profit d'activités techniques concernant par exemple les maladies
transmissibles et non transmissibles, et du Groupe Bases factuelles dont le but est de
nous aider, ainsi que les Etats Membres, à définir nos priorités.
Les Etats Membres ont dans l'ensemble bien accueilli cette nouvelle approche et, en
prévision de la session de mai de l'Assemblée mondiale de la Santé, nous travaillons
dur pour préciser encore les résultats que nous souhaitons atteindre.
J'aimerais enfin vous parler de notre stratégie d'ouverture. Nous ne pouvons pas nous
permettre d'échouer si nous voulons que notre travail dans, avec et pour les pays ait un
impact véritable.
Je suis convaincue que le seul moyen de changer est de changer sa façon de travailler.
L'OMS maintient de nombreux pans de son activité, car ils sont bien ciblés, adaptés aux
besoins et techniquement au point. Toutefois, j'ai instauré une façon nouvelle de
travailler dans deux domaines.
Je veux parler du projet Faire reculer le paludisme et de l'initiative Pour un monde
sans tabac. De toutes les maladies transmissibles, le paludisme est une de celles qui
grèvent le plus lourdement la situation des pays les plus pauvres, en particulier en
Afrique. Parmi les maladies non transmissibles, aucune autre cause de morbidité et de
mort prématurée ne pourra rivaliser avec le tabac au cours du prochain siècle.
Ce sont là deux projets du Cabinet, ce qui veut dire qu'ils relèvent directement de
notre Equipe de Direction tout entière. Les Directeurs de ces projets jouissent d'une
large autonomie qui leur permet de mobiliser des ressources partout dans l'Organisation,
et ils suivent des plans stratégiques de six mois adoptés par le Cabinet.
Pour nous, ces projets ouvrent de nouvelles voies. Ils nous apprennent à travailler
différemment au sein de l'OMS. Le paludisme et la lutte contre le tabagisme concernent de
nombreux éléments de l'OMS et ces projets nous aident à rassembler tous ces éléments.
Ils ouvrent de nouvelles voies en nous donnant des moyens nouveaux de faire en sorte que
nos activités aident non seulement à combattre un problème de santé publique, mais
aussi à renforcer le secteur de la santé dans les pays.
Ils ouvrent enfin de nouvelles voies à notre collaboration avec d'autres. L'OMS ne
peut revendiquer son rôle de chef de file, elle doit le mériter. Nous pouvons très bien
assumer ce rôle en travaillant avec d'autres. J'ai lancé le projet Faire reculer le
paludisme avec mes collègues de la Banque mondiale, de l'UNICEF et du PNUD. L'industrie
privée est par ailleurs étroitement associée à la recherche de nouveaux médicaments
et, éventuellement, d'un vaccin. L'initiative Pour un monde sans tabac est exécutée en
collaboration étroite avec l'UNICEF et la Banque mondiale, ainsi qu'avec un réseau
d'ONG.
Notre budget est maintenant entre les mains des Etats Membres. J'ai indiqué qu'à mon
sens ce ne serait pas servir les intérêts des Etats Membres que d'adopter un budget de
croissance nominale zéro. Une telle décision nous donnerait moins pour faire un travail
que les Etats Membres attendent pourtant de nous. Elle réduirait notre liberté de
financer des activités qui, selon nous, pourraient avoir un impact considérable sur le
développement.
L'OMS a conduit la campagne d'éradication de la variole qui a permis d'économiser
2 milliards de dollars en dépenses annuelles de vaccination. Si nous parvenons à
mener à bien l'éradication de la poliomyélite, nous économiserons encore
1,5 milliard de dollars. Et cela, sans parler des économies que nous pourrons
réaliser si nous arrivons à réduire la morbidité par paludisme et si nous progressons
vers la mise au point d'un vaccin contre le VIH/SIDA. Il s'agit là du bien public
mondial. Le total des dépenses de santé dans le monde est d'environ 2300 milliards
de dollars, et ce chiffre devrait augmenter sensiblement au cours des décennies à venir
& dans tous les pays. Les connaissances, l'expertise et les bases factuelles
qu'apporte l'OMS peuvent avoir un impact direct sur la rentabilité de cet investissement.
C'est pourquoi nous pensons que le moment est venu de faire une exception pour la
santé.
Je vous remercie. |