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World Health Organization
Organisation mondiale de la Santé

UPDATED: Mon Feb 18 16:59:04 2002

Dr. Gro Harlem Brundtland        
Directeur général
Organisation mondiale de la Santé

Genève,
le 23 mars 1999

In English

Journée météorologique mondiale
Météorologie, climat et santé

Monsieur le Secrétaire général de l'OMM,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

En cette Journée météorologique mondiale, c'est un grand honneur pour moi de partager, au nom de l'OMS, la tribune avec le Professeur Obasi, Secrétaire général de l'Organisation météorologique mondiale.

A l'OMS, nous nous sommes attachés à renforcer nos contacts avec nos partenaires extérieurs : les autres organismes de la famille des Nations Unies, la communauté scientifique, les partenaires de la société civile et le secteur privé. Nous faisons cet effort parce que nous croyons que nous pouvons faire davantage en rassemblant nos forces et en cherchant des solutions à la santé et au développement au-delà des frontières traditionnelles.

Nous travaillons en collaboration étroite avec l'OMM depuis de nombreuses années. Pour de bonnes raisons. L'immense programme du développement durable nous réunit.

Il est possible de décrire brièvement et avec précision notre domaine d'intérêt commun :

Les faits nous permettent d'affirmer que le changement climatique, en modifiant les conditions météorologiques et en perturbant le milieu vital et les processus qui le régissent, a des répercussions sur la santé des populations humaines.

Les conséquences en sont nombreuses. On débat encore de la relation exacte entre les activités de l'homme et le changement climatique. Mais nous en savons assez pour prendre ce problème très au sérieux et nous avons toutes les raisons de nous inquiéter de ses répercussions néfastes sur la santé. Le climat de la planète est en train de se réchauffer et nous savons que l'homme joue un rôle dans ce phénomène par l'augmentation très forte de l'émission des gaz à effet de serre. Nous devons nous attendre à ce que cette tendance, si elle se poursuit, ait des conséquences profondes pour la vie sur la Terre et pour la santé des êtres humains.

Aujourd'hui, mon discours a pour but d'attirer l'attention sur les conséquences sanitaires et de réitérer l'engagement de l'OMS dans la poursuite de son travail sur l'environnement et la santé et, à cette fin, elle poursuivra sa collaboration étroite avec l'OMM.

Nous devons mettre nos découvertes en commun. Le développement durable concerne tous les secteurs et demande que tous les éléments de la société agissent. C'était le message de la Commission mondiale pour l'Environnement et le Développement. L'environnement est le milieu dans lequel nous vivons tous. Le développement est ce que nous faisons tous pour améliorer notre sort dans ce milieu. Les deux sont indissociables.

Il n'est pas difficile de signaler certaines des conséquences sanitaires les plus évidentes des drames climatiques récents. Des désastres comme les ouragans Mitch et George ont anéanti des systèmes sanitaires entiers ainsi que les économies sur lesquels ils reposaient. Le choléra, le paludisme, la dengue, les maladies respiratoires, la leptospirose, transmise par les rongeurs, règnent désormais au Honduras et au Nicaragua voisin.

Les inondations en Chine et au Bangladesh ont eu des effets dévastateurs sur la santé de millions de personnes. J'ai vu de mes propres yeux l'énorme fardeau que la Chine doit supporter pour se protéger des maladies émergentes et des épidémies après les inondations, des semaines après la baisse du niveau des eaux.

Des événements aussi spectaculaires pèsent particulièrement lourd sur les pauvres. Certains remettent ce fait en question, s'accrochant à la croyance que le temps est le seul élément face auquel les êtres humains sont égaux. Comme le dit le proverbe, la pluie mouille aussi bien les riches que les pauvres.

Mais cette image est fausse. Même en ce qui concerne le temps, les pauvres sont moins bien lotis. Beaucoup moins bien.

Les tempêtes font plus de dégâts sur les bords de l'eau ou les terres basses, là où les pauvres ont une plus grande probabilité d'habiter. Leurs abris sont faits de matériel léger que l'eau et les vents réduisent facilement en morceaux. Une fois la tempête passée, laissant dans son sillage la désolation et les maladies, ils n'ont pas d'assurance pour rembourser les dégâts ni pour se soigner. Leur approvisionnement en eau aura toute chance d'être contaminé et les risques pour eux d'être victimes d'épidémies sont beaucoup plus grands que pour les groupes plus aisés de la population.

Tout cela, nous le savons. Mais il apparaît de plus en plus clairement que ce sont les pauvres qui paient le plus lourd tribut au changement climatique à long terme qui affecte notre environnement.

Les évaluations récentes faites par les spécialistes de la santé travaillant pour le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat ont confirmé que les populations démunies tendaient à être plus vulnérables aux conséquences qu'ont les variations et le changement climatiques sur la santé.

Il s'agit là d'un sérieux sujet d'inquiétude. Les inégalités sociales et les problèmes de l'environnement sont intimement liés.

De même que ce sont les pauvres qui supportent la plus lourde charge de l'épidémie du VIH/SIDA, du paludisme et de la tuberculose, ils sont également les plus vulnérables face aux vagues de chaleur, aux inondations, aux températures extrêmes, à l'élévation du niveau de la mer et, bien sûr, à El Niño.

Environ 60% des émissions de dioxyde de carbone proviennent actuellement des pays industrialisés et cette proportion était encore plus importante dans le passé. Pourtant, les conséquences climatiques anticipées retomberont largement sur les pays en développement où vivent près de 80% de la population mondiale.

Les modèles planétaires prévoient une augmentation de 1 à 3,5 degrés Celsius de la température moyenne de la Terre d'ici la fin du siècle prochain. Il s'agirait là du réchauffement le plus rapide observé en 10 000 ans. Les spécialistes de la santé estiment que cela provoquerait une augmentation de la taille relative des populations exposées au paludisme, à la dengue, à la fièvre jaune, au choléra, à la fièvre de la Vallée du Rift et à diverses autres maladies infectieuses.

Arrêtons-nous quelques instants sur le paludisme, un sujet auquel l'OMS s'intéresse particulièrement.

Le paludisme est en augmentation sur l'ensemble de la planète, mais plus particulièrement en Afrique. Plus de 300 millions de nouveaux cas, peut-être même 500 millions, se produisent chaque jour et un million de personnes meurent chaque année. Comme toujours, les enfants sont les plus vulnérables et la plupart de ces décès surviennent en Afrique subsaharienne.

L'OMS a lancé l'initiative Faire reculer le paludisme pour rassembler les forces contre une maladie qui non seulement entraîne de graves souffrances humaines, mais qui représente aussi un blocage réel pour le développement social et économique. Cette initiative est conduite par l'OMS en partenariat avec l'UNICEF, le PNUD, la Banque mondiale et une vaste alliance de partenaires publics et privés.

Le lien avec l'environnement est frappant. Il nous suffit d'examiner les sites de reproduction des moustiques qui prolifèrent avec les inondations, l'eau sale et le réchauffement du climat. Une simple empreinte de pas leur suffit pour se reproduire.

Sous l'effet de températures extrêmes ou de précipitations inhabituelles, de nombreuses régions du monde ont enregistré une nette augmentation du nombre des cas de paludisme. L'incidence du paludisme a accusé des hausses sensibles ces dernières décennies dans des pays tels que la Colombie, l'Equateur et le Venezuela en Amérique du Sud, le Rwanda en Afrique, et le Pakistan et Sri Lanka en Asie du Sud.

Des cas de paludisme sont maintenant signalés en plusieurs points du globe à des altitudes plus élevées que ces dernières décennies, comme sur les plateaux montagneux du Kenya. Les raisons nous échappent encore & et elles sont probablement multiples. Il est possible, et nous devons prendre cette éventualité au sérieux si la tendance se maintient, que le changement climatique favorise la propagation de cette importante maladie. Des spécialistes de la santé, dont certains travaillent dans les bureaux de l'OMS à Copenhague et à Rome, commencent à se pencher sérieusement sur ce sujet de recherche.

L'impact du changement climatique ne se limite pas au paludisme. Les incendies de forêts liés à la sécheresse qui ont éclaté en Indonésie, attisés par le phénomène El Niño, ont augmenté de façon spectaculaire le nombre des cas d'infection respiratoire dans les villes de Malaisie. Il existe des preuves indirectes du lien étroit entre le réchauffement des eaux côtières dû à El Niño, les conditions atmosphériques et les flambées de choléra. En règle générale, le choléra est davantage associé à la contamination des ressources hydriques consécutive à des inondations ou aux mauvaises conditions d'hygiène imputables à une période de sécheresse, pendant laquelle le peu d'eau qui reste peut aussi être contaminé.

Je citerai un exemple particulier. En Tanzanie, en septembre et octobre 1997, les fortes pluies et les inondations ont été à l'origine de 40 000 cas de choléra, soit 1460 cas de plus que l'année précédente. En 1997, il y a eu environ 2200 décès, contre 35 en 1996. L'une des conséquences imprévues de l'épidémie de choléra en Afrique orientale a été son coût économique. L'Europe a refusé d'importer le poisson provenant de cette région en raison du risque d'infestation marine par la bactérie du choléra. C'est un cercle vicieux. Les conditions atmosphériques extrêmes et les flambées de maladies sont une cause de souffrances humaines et retardent le développement économique.

Au-delà des maladies, le changement climatique a d'autres conséquences pour la santé. Les étés plus chauds, et en particulier les vagues de chaleur, auront un impact accru, spécialement sur les populations urbaines.

On peut prétendre qu'un réchauffement climatique ouvrira de nouvelles perspectives pour la production agricole. Si cela se vérifiait progressivement, il est difficile d'imaginer que cela compenserait les incidences négatives d'un climat toujours plus instable. Prenons un seul exemple : le changement climatique peut nuire à la production agricole dans certaines régions & surtout dans des pays pauvres déjà touchés par l'insécurité alimentaire. La pénurie d'eau et de nourriture, sous l'effet d'une demande croissante associée à une réduction des approvisionnements due au climat, peut aggraver les tensions entre les populations et les pays de certaines de ces régions. Les incidences pour la santé publique sont aussi tristes qu'évidentes.

Parlons aussi des conséquences de l'élévation du niveau des mers. Sans un renforcement des systèmes de protection du littoral, une élévation de 50 centimètres du niveau des mers en 2100 exposerait 80 millions de personnes au risque d'inondations plusieurs fois par an, par rapport à 46 millions dans les conditions climatiques actuelles et au niveau actuel des mers.

Le déplacement d'un si grand nombre de personnes dans des deltas et des îles déjà fortement peuplés entraînerait à coup sûr des flambées de maladies telles que la diphtérie et la diarrhée, pour ne citer que les plus évidentes. L'élévation du niveau phréatique le long des côtes pourrait aussi favoriser la propagation d'agents pathogènes dans les fosses septiques et les voies d'eau. Cet état de choses aurait de surcroît des effets nutritionnels, physiques et psychologiques.

Là encore & comme toujours & ce sont les pauvres, les personnes âgées et les enfants qui seront les plus vulnérables. Et il va sans dire que les conséquences de l'élévation du niveau des mers seront beaucoup plus graves pour les pays en développement et leurs populations que pour les pays industrialisés et leurs habitants. Il est plus difficile aux pays en développement de faire face au manque d'eau et de nourriture et de combattre les épidémies.

Le changement climatique est étroitement associé à la production de rayons ultraviolets due à l'appauvrissement de la couche d'ozone. Cette modification environnementale, désormais bien documentée, résulte d'un processus essentiellement distinct de celui de l'accumulation de gaz due à l'effet de serre dans la basse atmosphère. Les deux processus exercent néanmoins une influence réciproque.

L'exposition aux rayons ultraviolets entraînera une augmentation du nombre des cancers de la peau avec mélanome bénin, en particulier chez les sujets à peau claire. Elle est aussi une cause quasi certaine de cataracte. Un autre effet, moins certain mais potentiellement important, des rayons ultraviolets est l'inhibition du système immunitaire humain.

Cet effet pourrait & nous n'en savons pas davantage à ce stade & réduire l'efficacité des programmes de vaccination. L'une des plus grandes réussites de l'OMS ces dernières décennies a été la vaccination massive des enfants. Aussi devons-nous rester attentifs à cette conséquence possible de l'appauvrissement de la couche d'ozone.

Que faire face à ces défis de taille ?

Pour commencer, nous devons reprendre le programme élargi du développement durable. Le message de Notre avenir à tous & réaffirmé à Rio & était le lien qui existe entre environnement et développement. Nous avons lancé un appel en faveur d'une nouvelle ère de croissance économique & une croissance forte, mais tout à la fois socialement et environnementalement durable.

Dans ce processus, les pays industrialisés doivent assumer leur part de solidarité. La pauvreté est en soi le principal pollueur. Les populations ont le droit de s'extraire de la pauvreté. Les pays industrialisés ne peuvent retirer l'échelle et dire : désolés & nous avons rempli les conteneurs de déchets, il n'y a plus de place pour vous. Nous devons poursuivre le travail et faire avancer la Convention sur le climat & pas à pas & en nous appuyant sur des données factuelles et sur de nouveaux mécanismes de partage du fardeau.

Notre réussite se mesurera à l'aune de la santé. Dans le domaine de la santé, l'action concertée menée ces 50 dernières années a permis d'importants progrès. Il y a un demi-siècle, la majorité de la population mondiale mourait avant l'âge de 50 ans. Aujourd'hui, l'espérance de vie moyenne dans les pays en développement est de 64 ans et elle devrait être de 71 ans en 2020.

Mais, si nous sommes fiers des tendances positives que reflètent les macro-indicateurs traditionnels de l'état de santé & espérance de vie et mortalité infanto-juvénile &, la pauvreté a grignoté de nombreux acquis au plan de la santé. Inverser cette tendance & notre objectif est en fait de réduire de moitié le nombre des personnes vivant dans un état de pauvreté avant 2015 & nécessitera engagement et action. La tâche sera plus dure encore si le changement climatique dresse de nouveaux obstacles.

Nous pouvons aussi envisager sous un autre angle la politique de santé et y voir un moyen de réduire l'impact des conditions atmosphériques extrêmes. Des systèmes de santé équitables, d'un bon rapport coût/efficacité, qui améliorent la santé des populations pauvres et aident à réduire la pauvreté, libèrent des ressources que nous pouvons utiliser pour mieux nous préparer.

Des systèmes de santé qui atteignent et soignent toute la population épargneront au moins aux personnes les plus exposées aux aléas climatiques les souffrances superflues après l'événement. Les efforts déployés pour élever le niveau de vie de chacun réduiront le risque d'être, littéralement, balayé par le prochain phénomène climatique extrême. Un niveau de vie plus élevé ira de pair avec de meilleurs systèmes de santé, de meilleures conditions de vie, davantage de ressources pour se préparer à affronter le prochain phénomène climatique extrême et, en définitive, de nouvelles opportunités pour stimuler le développement humain, social et économique.

Un certain nombre de mesures peuvent être prises pour améliorer la préparation aux intempéries extrêmes et l'aide fournie au lendemain de ces manifestations. En tant que membre du programme interorganisations d'action pour le climat, la tâche de l'OMS est d'aider à établir un lien entre la surveillance de l'impact sur la santé et la surveillance des effets climatiques et connexes. C'est ainsi qu'en améliorant la prévision et la surveillance des phénomènes climatiques inhabituels tels que El Niño, nous pourrons prendre des mesures préventives pour réduire l'impact de ces manifestations sur la santé publique.

Nous avons récemment dressé un rapport complet des effets de El Niño sur la santé. Nous devons renforcer notre capacité à faire face à un éventail de plus en plus varié de situations de crise humanitaire, en particulier pendant la phase de préparation aux catastrophes, mais aussi pour le soutien ultérieur aux populations.

Cela me ramène à mon point de départ, à la nécessité des partenariats. Le secteur de la santé a besoin, pour travailler, de l'OMM. Nous vous sommes reconnaissants, Monsieur le Professeur Obasi, des données que nous fournit votre Organisation.

Les effets actuels du changement climatique sur la santé dans le monde sont aujourd'hui nombreux et les effets potentiels des changements climatiques attendus à l'avenir sont également nombreux. Ces effets sur la santé amoindrissent notre capacité à combattre certaines maladies & depuis la possibilité de faire reculer le paludisme au maintien d'une bonne nutrition et à la pérennité de notre très efficace programme de vaccination.

La tâche est complexe; son ampleur est souvent inhabituelle; et elle requiert à l'évidence une action intersectorielle coordonnée.

Mais c'est ce que nous avons l'intention de faire. A l'OMS, nous créerons un groupe spécial sur la dimension sanitaire du programme d'action pour le climat, y compris le changement climatique. Ce groupe spécial veillera à ce que les problèmes liés au changement et aux variations climatiques soient correctement pris en main, que les effets futurs sur la santé soient prévus et que nous soyons mieux préparés aux catastrophes.

L'OMS est prête à s'atteler avec l'OMM et d'autres partenaires à cette tâche majeure.

Je vous remercie.

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