| Allocution du Directeur
général à la Cinquante-Deuxième Assemblée mondiale de la Santé Madame le
Président,
Je voudrais tout d'abord souhaiter la bienvenue à cette Assemblée mondiale de la
Santé 1999 à tous les responsables de la santé réunis ici aujourd'hui. De nombreux
regards seront tournés, ces prochains jours, vers Genève. Nous allons décider, comme
c'est notre rôle, de l'orientation future de la politique sanitaire mondiale.
Des millions de personnes sur la terre aspirent à une meilleure santé, à l'égalité
des chances et à la reconnaissance de leur droit aux bienfaits du développement et du
progrès et il est de notre responsabilité d'endosser ces aspirations.
Les progrès dans le domaine de la santé au XXe siècle comptent parmi les
principales transformations sociales de notre temps. La grande majorité des êtres
humains ont vu leurs conditions de vie sensiblement améliorées.
Mais il restera, au terme de ce siècle, plus d'un milliard de laissés-pour-compte de
la révolution sanitaire.
Nous devons porter secours à ce milliard d'exclus. Nous le pouvons. Le monde a les
connaissances nécessaires et les moyens de mener à bien le programme de santé inachevé
du XXe siècle. Nous savons ce qu'il en coûtera et nous pouvons faire beaucoup
de chemin ces dix prochaines années.
Nous devons le faire tout en étant prêts à relever les nouveaux défis que sont la
résurgence de certaines infections, le vieillissement de la population mondiale et
l'augmentation spectaculaire des maladies non transmissibles. Sans oublier le fardeau
croissant des maladies mentales que nous devons exposer au grand jour et auquel nous
devons nous attaquer sérieusement.
Et il nous faut répondre à des questions difficiles : quelles seront les
conséquences sanitaires des changements climatiques ? Le monde pourra-t-il nourrir
une population mondiale en augmentation, satisfaire aux besoins en énergie et fournir à
tous de l'eau propre ? Comment nous assurer que des normes éthiques régiront les
progrès scientifiques riches d'espoirs, mais aussi lourds de risques ? Comment
soigner les populations migrantes et déplacées de plus en plus nombreuses ? Enfin,
l'humanité restera-t-elle exposée aux conflits et à la violence, qui tuent et mutilent
des populations et font obstacle au développement dans un si grand nombre de régions du
monde ?
Voyez la situation dans les Balkans. En quelques mois à peine, plus d'un million de
personnes ont été privées de leur identité, de leur patrie et de leur sécurité
future. En termes de santé, les conséquences pèseront longtemps sur toute cette
région. L'OMS, avec tout le système des Nations Unies, fera son possible pour venir en
aide aux populations tragiquement plongées dans la misère.
Souvenons-nous aussi que des catastrophes comparables se sont produites et se
produisent dans d'autres parties du monde, dans des régions où il n'y a pas de caméras
de télévision pour raconter les histoires et divulguer les images. Toutes les personnes
qui souffrent méritent notre attention.
Madame le Président,
Il est urgent qu'un leadership soit assuré.
L'humanité n'a jamais fait de progrès en abandonnant face à la complexité. Gardons
la tête froide, mais ne restons pas de marbre. Nous pouvons apporter un réel changement.
Mon message est le suivant : si le monde fait preuve de discernement, de réalisme
et de détermination, la première décennie du XXIe siècle pourrait s'achever
sur des réalisations remarquables. Il faudra que s'exerce un leadership mondial pour
mettre le processus en marche et l'Organisation est prête à assumer son rôle.
Les temps sont peut-être en train de changer et nous opterons pour le changement.
C'est le choix qu'a déjà fait l'OMS. La santé pour tous a été le point de départ
d'un mouvement de grande envergure. L'inspiration et les directives issues d'Alma-Ata en
1978, avec l'accent mis sur le rôle critique des soins de santé primaires, n'ont pas
été étrangères à la révolution sanitaire et à l'amélioration tangible de la santé
au cours des deux dernières décennies du XXe siècle.
Tournée vers l'avenir, l'OMS peut faire à nouveau ce choix.
Le monde découvre rapidement comment l'amélioration de la santé peut être un moteur
de développement. Nous savons depuis longtemps que la pauvreté est une cause majeure de
maladie. Maintenant, fait plus significatif encore, nous apprenons que les progrès de la
santé développent les économies tout en réduisant la pauvreté.
Prenons un exemple : dans les pays pauvres, il suffirait de très peu pour
augmenter l'espérance de vie en réduisant les principales causes de mortalité chez les
enfants et les adolescents. Cinq ans d'espérance de vie de plus peuvent entraîner un
gain de croissance annuelle de 0,5 pour cent. C'est un puissant facteur de croissance
économique. Une modeste amélioration de leur santé peut aider les enfants, les femmes
et les hommes à mieux se réaliser, à valoriser tous les aspects de leur vie.
Nos objectifs ne sont pas modestes. En Asie orientale, l'espérance de vie a augmenté
de plus de 18 ans au cours des deux décennies qui ont précédé l'essor économique
le plus spectaculaire de l'histoire. En répétant ce schéma, nous pourrions faire faire
un nouveau bond en avant au progrès et au développement de l'humanité.
Nous devons ces connaissances à des personnes qui ont cherché à approfondir les
modalités du développement. L'une d'elles s'adressera à nous dans la matinée. Je tiens
à rendre hommage au Professeur Amartya Sen, lauréat du Prix Nobel d'économie.
En faisant de la pauvreté et du développement le centre d'une théorie économique et en
établissant un lien entre les dimensions sociale et économique du développement humain,
il a contribué à façonner la pensée sur le développement international. Nous lui en
sommes sincèrement reconnaissants.
Madame le Président,
Le rapport sur la santé dans le monde de cette année met en lumière quatre grands
défis à relever.
D'abord et surtout, il est nécessaire de réduire largement la charge de surmortalité
et les incapacités évitables qui pèsent sur les pauvres. Le but de réduire de moitié
le nombre de personnes vivant dans un complet dénuement avant 2015 est réalisable, mais
les gouvernements du monde entier devront modifier sensiblement la manière dont ils
utilisent leurs ressources. Dans plusieurs régions du monde, nous avons besoin de plus
d'argent pour la santé. Mais il est tout aussi important que notre argent nous donne plus
de santé.
Pour cela, il faudra accorder davantage d'attention à des maladies telles que le
VIH/SIDA, la tuberculose, le paludisme et d'autres maladies mortelles de l'enfance. Il
faudra aussi investir davantage dans la santé des femmes : réduire la mortalité
maternelle et améliorer la nutrition de la mère et de l'enfant. Il faudra réactiver les
programmes de vaccination et étendre leur couverture, et assurer l'accès aux
technologies de la santé les moins chères et les plus efficaces telles que les
médicaments essentiels.
Deuxièmement, il est nécessaire de contrer les menaces potentielles pour la santé
qui résultent des crises économiques, des environnements malsains et des comportements
à risque. Dans le domaine de la santé, de nouveaux défis succèdent souvent aux succès
remportés. Si nous parvenons à faire reculer la pauvreté et à véritablement donner
aux populations la possibilité de profiter du développement, de nouvelles menaces pour
la santé s'ensuivront, liées aux maladies non transmissibles, à l'allongement de
l'espérance de vie, à l'évolution des modes de vie et à l'exposition à des dangers
tels que le tabac.
Le message est donc le suivant : sachons nous préparer.
Troisièmement, nous devons mettre en place des systèmes de santé plus efficaces.
Dans de nombreuses régions du monde, les systèmes de santé sont mal équipés pour
satisfaire les demandes actuelles et, a fortiori, celles auxquelles ils devront faire face
à l'avenir. Les pressions qui s'exercent en faveur de changements sont l'occasion de
procéder à des réformes. Mais il faut savoir vers quoi doivent tendre ces réformes.
Les changements doivent aller dans le sens d'une amélioration de la santé pour tous, au
moyen de services de santé équitables.
Quatrièmement, il est nécessaire d'investir dans le développement de la base de
connaissances qui a rendu possible la révolution sanitaire du XXe siècle.
L'un des messages clefs du rapport sur la santé dans le monde est le rôle essentiel de
la génération et de l'application des connaissances. Connaissances sur les maladies et
les moyens de les combattre. Connaissances sur l'efficacité des interventions et des
comportements sains. Connaissances résultant de la recherche, de l'expérience, des
leçons contenues dans les succès et les échecs.
Notre quête de savoir, le programme de recherche, ne peut se limiter aux maladies et
aux facteurs de risque, ni aux interventions techniques appropriées. De nombreux
gouvernements ont du mal à priver de ressources les services curatifs coûteux
principalement utilisés par les citoyens les plus fortunés et les plus influents au
profit des services de base destinés à la majorité de la population.
Nous devons aussi parvenir à mieux comprendre l'impact et les principes de la
définition des priorités. C'est l'un des thèmes des tables rondes auxquelles
participeront les ministres cet après-midi. Les pays pauvres, et les pauvres qui vivent
dans les pays riches, sont insuffisamment protégés de l'exploitation financière et des
traitements plus ou moins efficaces lorsqu'ils s'adressent au secteur privé. Nous devons
trouver le moyen d'instaurer les mécanismes de réglementation qui protégeront le public
sans pour autant dissuader l'innovation.
Les dispensateurs de services publics traitent souvent les gens sans respect, au
mépris de leur dignité. Nous devons revoir comment améliorer les prestations du secteur
public - et comment donner aux gens la possibilité réelle de demander des comptes aux
dispensateurs de services.
Madame le Président,
Tout ne peut s'acheter dans l'économie mondiale. Certaines tâches critiques resteront
inaccomplies à moins que quelqu'un s'en charge au nom de tous. L'OMS est un dépositaire
de connaissances sur la santé publique pour le monde entier. Je vous demande aujourd'hui
de faire en sorte que soit sauvegardé ce bien public essentiel.
Les acteurs économiques sont impuissants à assumer certaines fonctions. Fixer les
normes mondiales applicables à la sécurité transfusionnelle, par exemple. Statuer et
faire des rapports objectifs à l'aide d'un système mondial de surveillance des maladies
nouvelles ou émergentes. Décider chaque année du vaccin contre la grippe. Publier des
chiffres non biaisés sur la charge mondiale de morbidité. Assurer la mise à jour du
Règlement sanitaire international, qui garantira un avenir sûr à toutes les
générations.
L'OMS peut être le miroir qui renvoie aux Etats Membres l'image de leurs propres
résultats. Si ces résultats sont médiocres - en particulier si les pauvres ne sont pas
associés aux progrès de la santé -, nous devons être prêts à l'admettre en nous
fondant sur de solides données factuelles obtenues à l'aide d'indicateurs de santé
fiables.
Je milite en faveur d'un plaidoyer mondial et d'une fonction normative - une voix bien
informée dans un monde complexe en pleine évolution. Un organisme mondial solide et
fiable est un investissement rentable qui profite à tous. Cette année, vos pays
dépenseront quelque 2300 milliards de dollars en soins de santé. Les connaissances
générées et publiées par l'OMS peuvent avoir une influence positive sur la sagesse
avec laquelle cet argent - 10 pour cent du PIB - est dépensé.
L'Organisation mondiale de la Santé vous appartient. Prenez-en soin.
Madame le Président,
Lorsque j'ai été élue Directeur général, j'ai déclaré que l'OMS pouvait et
devait changer pour être plus efficace, plus responsable, et plus à l'écoute d'un monde
en pleine évolution. Aujourd'hui, en pensant à ces mois de travail intensif avec mes
collaborateurs, je pense pouvoir dire que nous allons assurément dans cette direction.
Je voudrais évoquer un certain nombre de points.
L'Organisation mondiale de la Santé retrouve le sens des priorités. La santé dans le
monde est un domaine extrêmement vaste et complexe. Même une organisation mondiale s'y
perdrait si elle essayait de le couvrir en entier.
Le budget programme que nous vous présentons est un premier grand pas. Nous avons
affiné notre axe et reporté des ressources sur des domaines prioritaires. Le budget pour
le prochain exercice biennal se démarque du passé, et ce n'est qu'un début. Le budget
suivant sera élaboré sur des bases entièrement nouvelles, l'accent portant sur la
façon dont toute l'OMS - les pays, les Régions et le Siège - peut avoir le
plus gros impact, par ses activités et celles de ses partenaires.
Au Siège, nous avons recentré nos activités autour de neuf Groupes, définissant
ainsi très clairement les fonctions qui sont les nôtres.
Pour la première fois, une équipe supérieure de gestion jouissant d'une liberté
d'action a été nommée - dix Directeurs exécutifs partageant des
responsabilités réelles. Représentant toutes les Régions de l'OMS, ils forment une
équipe véritablement mondiale.
Je vous ai dit l'année dernière : il est temps d'augmenter le nombre des femmes
à l'Organisation mondiale de la Santé. Les femmes constituent la moitié de la
population mondiale, mais elles supportent beaucoup plus que la moitié du poids mondial
de la santé. Comment dans ce cas accepter que les femmes soient massivement
sous-représentées à l'OMS ?
La réponse est nette : nous ne l'accepterons pas. Le moment est venu de changer.
Nous ferons notre possible pour évoluer dans le sens de la parité. Cela ne peut se
faire en un jour, mais nous tendrons progressivement vers ce but. Le Cabinet a fixé la
cible de 60 pour cent de femmes parmi les nouvelles recrues.
Cinq des Directeurs exécutifs que j'ai nommés sont des femmes et cinq des hommes. En
juillet dernier, seulement 4 des 50 et quelques postes de Directeur étaient occupés par
des femmes. Nous avons modifié cette équation à la faveur du processus de rotation et
de mobilité. Aujourd'hui, 10 des 33 Directeurs de Département sont des femmes. D'un
pourcentage infime, nous approchons des 30 pour cent. Nous sommes sur la bonne voie.
Nous instaurons une politique en faveur des femmes à l'OMS. Nous devons évaluer
comment les systèmes de santé servent les hommes et les femmes. L'objectif est
clair : les uns et les autres doivent bénéficier également des fruits de la santé
et du développement.
Madame le Président,
Je tiens, de cette tribune, à rendre hommage au personnel de l'OMS qui a traversé une
période de profond changement. Avec ses compétences et ses capacités techniques, il est
notre ultime ressource. Il mérite notre reconnaissance. J'en suis fière.
En dix mois, nous avons procédé à une réorganisation administrative majeure. Nous
avons investi dans des domaines prioritaires en réduisant d'autres activités. Ce n'est
pas une opération qui peut être menée en une fois, elle se poursuivra.
Nous avons rapproché le soutien administratif des administrateurs. Les Unités d'appui
administratif sont une nouveauté dans le système des Nations Unies. Il appartient
véritablement à l'administration et à la gestion de soutenir, de faciliter et d'étayer
notre travail technique.
Au cours de ces mois, nous avons collaboré étroitement avec les Directeurs
régionaux, dans un souci de cohérence à travers toute l'OMS. Nous sommes une seule et
même Organisation, et non pas sept, une à Genève plus les six bureaux régionaux. Nous
recherchons une plus grande cohésion et chaque bureau régional a entrepris des études
sur sa structure et son orientation pour mieux coïncider avec les nouvelles priorités et
les nouvelles orientations stratégiques.
Mais les véritables ressources encore inexploitées de cette Organisation ne se
trouvent ni à Genève ni dans les bureaux régionaux. Elles sont dans les pays. Pour la
première fois dans l'histoire de l'OMS, nous avons fait venir à Genève pour une semaine
en février les représentants et les chargés de liaison de l'OMS. Au cours de cette
semaine, nous avons entamé un processus de changement qui doit nous aider à préciser
comment nous pouvons opérer un réel changement dans notre travail dans les pays et avec
eux.
C'est là que vivent les gens. C'est là qu'ils s'efforcent de joindre les deux bouts,
qu'ils luttent contre les maladies et qu'ils font leur possible pour se construire un
avenir sain. C'est là que doit porter notre attention.
Madame le Président,
Comment se présente l'avenir ? Je voudrais dire à cette Assemblée comment j'envisage
la prochaine étape des changements à l'Organisation mondiale de la Santé.
Le réel changement, le changement qui compte vraiment, voilà sur quoi doit porter
toute notre attention. J'entends par là accroître notre efficacité en tant
qu'Organisation pour avoir le plus d'impact possible sur la santé des populations.
La prochaine étape sera menée avec détermination. Si le seul changement dont nous
sommes capables est d'endosser des vêtements neufs, nous n'aurons guère avancé, et
convaincu personne.
Pour un réel changement, tel est notre mot de passe. A propos de tout ce que nous
faisons, nous devons nous demander : comment, par nos propres efforts et ceux des
autres avec lesquels nous travaillons, pouvons-nous avoir le plus d'impact et apporter un
réel changement à la santé des populations ?
Cela fait trop longtemps que nos dépenses sont dictées plus par la tradition que par
les besoins réels d'un monde en mutation.
Cela est en train de changer.
L'OMS n'est pas en soi un organisme financier. L'OMS est avant tout une organisation
technique qui s'emploie à soutenir des systèmes de santé durables, qui dispense des
avis stratégiques à l'appui des besoins réels des pays. Notre mandat est clairement
défini. Mais nous avons aussi un rôle de catalyseur à jouer - pour mobiliser les
ressources des pouvoirs publics, des banques de développement et des partenaires
bilatéraux.
Nous entendons l'appel des Etats Membres : ils veulent voir une Organisation
unique faire le maximum avec les moyens dont elle dispose. Nous répondrons à cet appel.
Mais nous devons aussi mettre nos Etats Membres au défi. Pour renforcer notre action
stratégique et continuer à transférer les ressources au bénéfice des domaines
prioritaires, nous avons besoin que vous appuyiez ces changements dans les comités
régionaux.
Il ne convient pas de répartir avec parcimonie l'apport de l'OMS aux budgets de santé
nationaux entre de très nombreuses activités. Prenons un exemple : dans un pays,
4,9 millions de dollars des Etats-Unis ont été alloués au titre du budget
ordinaire de l'OMS pour couvrir les dépenses afférentes à 428 activités
prioritaires dans 44 programmes de santé nationaux différents. Ce n'est pas ainsi
que nous apporterons un réel changement et cette méthode devrait désormais être
considérée comme appartenant au passé.
Madame le Président,
L'OMS est l'organisation directrice dans le domaine de la santé, entre autres
protagonistes clefs. J'ai demandé que soient modifiées nos relations de travail avec ces
autres protagonistes, dont beaucoup devraient être nos partenaires naturels.
Depuis le mois de juillet, nous pratiquons une politique d'ouverture vis-à-vis de ces
partenaires, sachant que c'est la somme de nos efforts qui entraînera un changement
durable. De la sorte, nous protégeons les valeurs de notre santé publique et nous
préservons notre intégrité.
Nous avons noué et renoué des partenariats, au sein de la famille des Nations Unies,
avec les institutions de Bretton Woods, avec le secteur privé, avec des organisations non
gouvernementales, avec les milieux de la recherche et avec la société civile.
Premièrement, nous travaillons différemment et en relation plus étroite avec nos
Etats Membres. Nous avons développé nos communications avec les gouvernements par des
contacts fréquents avec les missions basées à Genève. Nous avons instauré une
méthode de travail plus stratégique au sein du Conseil exécutif et avec celui-ci.
Après la retraite de l'année dernière avec les membres du Conseil, nous renouvellerons
l'expérience cet automne. Je voudrais saisir cette occasion pour remercier le Président
du Conseil, Sir Kenneth Calman, de son soutien et de la créativité dont il a fait
preuve au long de cette année de changement.
Mais nous voulons surtout une Assemblée mondiale de la Santé qui s'affirme
politiquement - et j'espère qu'il ressortira des discussions et des décisions des
journées à venir un message de santé clair pour le monde.
La semaine dernière, j'ai rencontré les principaux bailleurs de contributions
volontaires à l'OMS ainsi que les représentants de pays en développement des Régions.
Notre objectif était d'entamer une discussion sur la façon dont les principaux acteurs
financiers dans le domaine de la santé peuvent suivre la même direction, sur la façon
dont nous pouvons cibler nos efforts pour que notre action débouche véritablement sur le
développement, pour le bien des pauvres. L'OMS mènera ce programme à bien et veillera
à prolonger le consensus naissant en une action concertée.
Je me félicite du rapprochement avec nos institutions soeurs des Nations Unies.
L'UNICEF et l'OMS ont resserré leur collaboration pour la dernière ligne droite de la
campagne d'éradication de la poliomyélite. Je me suis entretenue avec le
Dr Nafis Sadik du FNUAP et nous avons convenu de collaborer plus étroitement
dans les domaines de la santé sexuelle et génésique, en particulier dans les pays.
Je rencontrerai à nouveau Carol Bellamy de l'UNICEF pour déterminer comment renforcer
notre impact par des activités communes concernant la santé et le développement des
enfants, notamment dans le domaine de la vaccination. J'ai apprécié le travail en
collaboration étroite avec Peter Piot et l'ONUSIDA, et je souhaite
voir ces efforts se poursuivre. L'OMS a présidé le Comité des Organismes coparrainants
et, pour la première fois, nous avons élaboré et mis en oeuvre une stratégie
s'étendant à toute l'Organisation dans le contexte d'une réponse unifiée de tous les
organismes qui coparrainent l'ONUSIDA.
Et en ce moment même, l'OMS, en collaboration étroite avec le Haut Commissariat des
Nations Unies pour les Réfugiés, cherche à résoudre le problème de santé publique
posé par la situation des réfugiés dans les Balkans.
A l'occasion de mes visites dans les pays, j'ai rencontré les représentants de nos
partenaires des Nations Unies et j'ai vu ce que nous pouvions retirer d'une bonne
collaboration au niveau d'un pays.
Je m'associe à l'appel du Secrétaire général en faveur d'un resserrement de la
collaboration interorganisations et, d'après ce que j'ai vu et appris cette année, l'OMS
doit prendre sans plus tarder une décision importante.
Nous sommes prêts à officialiser et à intensifier notre collaboration avec nos
partenaires des Nations Unies dans les pays, et notamment à partager avec eux des locaux
communs, le cas échéant, et si cela doit accroître notre efficacité. J'annonce
aujourd'hui que l'Organisation est prête à rejoindre le Groupe des Nations Unies pour le
Développement.
Nous avons intensifié notre coopération avec la Banque mondiale. Nous adhérons à
des idées telles que le Cadre de développement intégré proposé par son Président,
Jim Wolfensohn. Ce cadre développe le concept des démarches intersectorielles
- rendant plus explicite le lien entre l'économie générale, la structure
gouvernementale et les nombreuses facettes du développement humain.
Nous avons entamé un nouveau dialogue avec le Fonds monétaire international,
défendant la nécessité de mieux protéger les services sanitaires et sociaux en
période de difficultés financières.
Nous avons pris de nouvelles mesures avec le secteur privé.
Au cours de ces dix derniers mois, nous avons participé à un certain nombre de tables
rondes avec l'industrie et avec des organisations non gouvernementales, cherchant comment
approvisionner en médicaments et en vaccins les populations les plus vulnérables. Petit
à petit, nous nous débarrassons de bon nombre d'obstacles anciens.
Nous avons effectué des études extérieures et intérieures sur le programme de
recherche de l'OMS pour nous assurer que nous sommes en mesure de faire face aux besoins
du siècle prochain. Nous sommes maintenant mieux équipés pour travailler avec la
communauté mondiale des chercheurs et pour nous acquitter de notre propre rôle, à
savoir définir le programme de recherche de la santé publique.
Nous achevons également une évaluation de notre méthode de travail avec les centres
collaborateurs de l'OMS. Il existe plusieurs milliers de ces centres et ils ajoutent une
dimension essentielle à notre activité. Cette évaluation nous permettra d'approfondir
notre coopération et de l'étendre à de nouveaux domaines de travail.
Madame le Président,
Pouvons-nous opérer ce changement dans notre manière de travailler en tant
qu'organisation et dans notre travail avec nos partenaires ? Ma réponse est oui, et nous
avons des exemples très concrets montrant que tel est déjà le cas.
Lorsque j'ai été élue, j'ai introduit deux projets particuliers : Faire reculer
le paludisme et l'initiative Pour un monde sans tabac, l'un dans le domaine des maladies
transmissibles, l'autre dans le domaine des maladies non transmissibles. Dans les deux
cas, l'OMS devait intensifier et focaliser son action.
Le paludisme tue. Nous devons le combattre avec des moyens classiques et nouveaux.
Faire reculer le paludisme s'inspire d'initiatives existantes, spécialement en
Afrique, et introduit des moyens nouveaux pour faire progresser la lutte et la
prévention. Dans les pays, Faire reculer le paludisme se transforme en un mouvement
social, en association avec le secteur de la santé, mais en allant au-delà pour
atteindre toutes les populations vulnérables hors de la portée d'un secteur de la santé
fragilisé.
La réussite passe par l'engagement des gouvernements des pays touchés par le
paludisme. Elle nécessitera de nouvelles sources de financement. Cette Assemblée est
invitée à adopter une résolution approuvant le projet Faire reculer le paludisme. Ce
nouveau mouvement a l'ambition de réduire de moitié le nombre des décès dus au
paludisme en une décennie en améliorant l'accès de toutes les populations des zones
impaludées à une gamme d'interventions efficaces.
Si nous réussissons, et nous réussirons, le savoir que nous aurons acquis dépassera
le cadre du paludisme. L'ultime ambition est de consolider le secteur de la santé et de
renforcer les capacités de ce système et des populations, des communautés et du lieu
principal où se construit la santé, le foyer et la famille. C'est là une nouvelle
manière de travailler pour l'OMS, pour les gouvernements et pour nos autres partenaires.
Chemin faisant, le savoir que nous acquerrons profitera à notre travail dans d'autres
domaines, spécialement dans la lutte contre le VIH/SIDA et la tuberculose.
Madame le Président,
Le tabac tue aussi, et nous devons affronter ce problème. Je répète ce que j'ai dit
l'année dernière à cette tribune. Le tabac ne doit faire l'objet d'aucune publicité,
d'aucune subvention, ni d'aucune représentation flatteuse.
Nous devons inverser d'urgence un taux de croissance qui est sur le point de faire du
tabagisme la principale cause de décès et d'instabilité, 10 pour cent de la charge
mondiale de morbidité, d'ici 20 ans.
Certains parlent de la menace que représenterait pour les producteurs de tabac une
lutte efficace contre le tabac. Rappelons-nous. C'est de la santé humaine qu'il s'agit
ici. Opérer un changement durable prendra des années, ce qui laisse assez de temps aux
autres secteurs pour s'adapter. Et ne permettez pas que d'autres intérêts prennent le
dessus. Pendant cette Assemblée, nous allons présenter une étude de la Banque mondiale
sur l'économie du tabac. Le constat est simple : le tabac ne nuit pas seulement à
la santé, il nuit aussi à l'économie.
Et il nuit spécialement aux pays en développement. L'épidémie de tabagisme est sur
le point d'atteindre les pays en développement, pénétrant dans des pays qui n'ont
guère les moyens de se défendre. Dans 20 ans, elle fera 7 millions
supplémentaires de décès prématurés et ajoutera au poids qui pèse sur des systèmes
de santé déjà surchargés.
Nous invitons les Etats Membres de l'OMS à commencer les travaux sur une
convention-cadre, pour prendre les premières mesures d'un processus déjà réclamé
précédemment par l'Assemblée mondiale de la Santé.
La convention offrira un soutien important aux pays. Mais le traité ne sera efficace
que s'il fonctionne en liaison avec de solides interventions nationales, et s'en inspire.
Le mois dernier, j'ai invité la Conférence internationale des autorités de
réglementation pharmaceutique à examiner les modalités de la réglementation
s'appliquant aux produits du tabac. Leur réaction positive m'a encouragée.
Il est étonnant qu'un produit qui tue un de ses consommateurs sur deux ne soit pas
réglementé. Le fait est que le tabac est le seul produit sur le marché dont l'usage
dans les conditions prévues conduit à la mort. Cela doit changer.
Madame le Président,
Tout notre savoir se rapporte au passé, tandis que les défis que nous devrons relever
sont encore à venir.
Représentez-vous un instant une personne engagée dans la recherche. Elle doit
s'appuyer sur des données factuelles. Mais elle doit aussi prendre des risques. Elle doit
défendre son point de vue, pour aller au-delà de ce qui a été fait auparavant.
C'est ce que nous avons observé tant de fois dans le domaine de la santé. Il y a
quelques décennies, un vaccin contre la poliomyélite n'était qu'un rêve. Le débat
faisait rage entre les tenants de ce vaccin et ceux qui voulaient de meilleurs poumons
d'acier et des lits à bascule pour atténuer les souffrances des victimes de la
poliomyélite.
A l'approche de l'événement historique que constitue l'éradication de la
poliomyélite, rendue possible par la mise au point de vaccins buccaux efficaces, nous
oublions souvent combien il a été difficile de décider de continuer à investir dans un
rêve dont personne ne pouvait imaginer qu'il deviendrait réalité.
Nous possédons maintenant de nouveaux vaccins contre la pneumonie et de nouveaux
outils contre les principales causes de décès infantiles. Mais quand se réalisera le
rêve d'en faire bénéficier ceux qui en ont besoin mais n'en ont pas les moyens ? Ce
défi est à la mesure de la mise au point même des vaccins.
Répétons ce qui est désormais un fait bien connu : si les pays en
développement supportent 90 pour cent de la charge de morbidité, ces pays n'ont accès
qu'à 10 pour cent des ressources consacrées à la santé. La situation ne peut changer
en un jour, mais elle doit changer.
Prenez la pandémie de VIH/SIDA. La pandémie du XXe siècle réussira à
pénétrer en force dans le XXIe siècle. Cette maladie est devenue la
première cause de mortalité en Afrique et elle est en hausse en Asie et dans de grandes
parties de l'Europe. Un revers humain, social et économique de dimension historique est
en train de se produire.
Nous ne devons pas nous détourner. Nous devons affronter l'épidémie avec un
surcroît d'énergie et un engagement renouvelé. Tant que le VIH/SIDA affectera une seule
communauté ou un seul pays, notre univers sera en danger. Dans notre nouvelle OMS, les
activités de lutte contre le VIH/SIDA ne sont pas confinées dans un seul Département.
C'est toute l'Organisation, au moyen de ses ressources techniques et de ses personnels
qualifiés, qui est maintenant mobilisée. Nous nous acquitterons activement de notre
rôle, et nous ferons aussi progresser le nouveau partenariat contre la pandémie en
Afrique.
Madame le Président,
La santé est un droit fondamental de l'être humain.
Nous avons besoin que des voix publiques, et vous pouvez compter l'OMS parmi ces voix,
prennent la défense de tous ceux qui sont privés de leur droit à la santé. Vous pouvez
compter sur l'OMS pour parler au nom de la plus courageuse de tous, la femme qui accouche.
Nous devons réaffirmer notre engagement à combattre la mortalité maternelle. Aucun
autre indicateur ne reflète aussi nettement les disparités entre riches et pauvres,
entre les nantis et les démunis, entre les pays industrialisés et les pays en
développement. Chaque mort est une tragédie. La mort d'une jeune femme, qui a peut-être
d'autres enfants, est une tragédie pire encore. Ces décès peuvent être évités au
moyen d'interventions simples, efficaces et peu coûteuses.
Nous pouvons rendre la grossesse plus sûre. Un nouveau-né en bonne santé est
synonyme d'espoir, d'espérance et de promesse.
Mettons-nous au travail. Ensemble, nous pouvons apporter un réel changement. |