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Office of the Director-General

World Health Organization
Organisation mondiale de la Santé

UPDATED: Mon Feb 18 16:59:04 2002

Dr. Gro Harlem Brundtland        
Directeur général
Organisation mondiale de la Santé

Florence, Italie, 
13-17 septembre 1999

 

In English

Comité régional de l'Europe
Quarante-neuvième session

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Dr Asvall,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

A l'aube du prochain millénaire, le Comité régional se réunit à Florence - symbole impressionnant de l'humanisme qui a jeté les bases de tant des progrès auxquels il nous a été donné d'assister au cours des cinq derniers siècles.

Les maîtres de la Renaissance étaient inspirés par la capacité des hommes et des femmes à faire le bien et à créer la beauté. Telle doit être aussi notre inspiration alors que nous nous efforçons d'instaurer la santé pour tous au cours d'un siècle nouveau.

Parmi les hommes et les femmes les plus démunis sur notre planète, la proportion de ceux qui vivent dans cette Région est certes faible. Pourtant, la pauvreté et les inégalités constituent des défis majeurs. Comment créer des systèmes de santé équitables qui puissent atteindre chaque être humain ? Comment faire pour que les progrès majeurs de la santé soient à la portée de tous les groupes ? Comment combattre la maladie et en même temps promouvoir des modes de vie sains dans un monde de plus en plus interdépendant ?

L'Europe, berceau de l'Etat providence et de la couverture universelle, doit être une figure de proue de la recherche de solutions, pour le bien de tous ceux qui vivent dans la Région, mais pour le bien aussi du reste de l'humanité.

Monsieur le Président,

Je voudrais aujourd'hui saisir cette occasion pour vous dire comment j'envisage le rôle de l'Organisation mondiale de la Santé dans cette transition majeure.

J'ai considéré que l'une de mes tâches prioritaires était d'améliorer l'efficacité de l'action de notre Organisation. Travailler ensemble plus efficacement, dans une seule et même OMS, voilà la clé. Nous - l'OMS - ne pouvons tout faire, mais ce que nous décidons de faire, nous devons le faire bien. Cela vaut pour nous tous : face à de nombreux défis contradictoires, nous devons tous apprendre à centrer notre attention sur les questions de santé qui ont le plus d'importance - et nous devons mener une politique d'ouverture et convaincre nos partenaires de faire de même.

Je voudrais vous faire part aujourd'hui de l'évaluation de notre activité dans la Région européenne par rapport à quatre orientations stratégiques mondiales.

Premièrement, nous devons réduire le fardeau dû au surcroît de mortalité et d'incapacités, spécialement celui qui pèse sur les pauvres et les populations marginalisées.

Les maladies infectieuses restent une menace pour l'ensemble de nos Régions. Si nous nous trouvons dans une situation de transition et si à l'avenir c'est la charge des maladies non transmissibles qui va augmenter, nous ne devons jamais abaisser notre garde face aux infections qui se propagent. Ici, dans la Région européenne, nous mettons en place des cadres stratégiques communs pour les principales catégories de maladies transmissibles.

Peu à peu, cette approche s'affirme comme plus efficace. La campagne antidiphtérique dans la Région a été un succès. Les mesures énergiques prises dans les pays d'endémie diphtérique de la Région ont sauvé des milliers de vies. Les efforts de vaccination et la coopération à l'échelle de la Région sur la surveillance sont un exemple de la façon dont l'OMS peut lancer une action internationale donnant des résultats qu'aucun pays agissant isolément ne pourrait espérer obtenir.

Le projet Faire reculer le paludisme est peut-être l'exemple le plus ambitieux d'une initiative de santé associant divers efforts. Aujourd'hui, le paludisme s'étend dans toutes nos Régions. Dans les parties méridionales de la Région européenne, la maladie est endémique et l'on estime à 100 000 ou plus le nombre de cas l'an dernier au Tadjikistan, quatre autres pays au moins étant eux aussi gravement touchés. Mais on observe également des cas de paludisme plus au nord, ce qui illustre bien que la maladie se déplace désormais à la même vitesse que les moyens de transport les plus modernes.

Nous devons faire reculer le paludisme. L'OMS s'est fixé pour but de réduire la mortalité par paludisme de moitié d'ici 2010. Nous pouvons y parvenir en utilisant les interventions existantes sur la base des données disponibles. Le but peut être atteint à mesure que les services de santé s'efforcent davantage d'aider les communautés à lutter contre les maladies prioritaires.

Pour faire durablement reculer le paludisme, il faudra de meilleures interventions et des mesures préventives et des traitements nouveaux. L'instauration de nouvelles alliances pour une recherche et développement plus efficace de produits telles que l'initiative multilatérale sur le paludisme et l'opération Médicaments antipaludiques est l'une des conditions de cette réussite.

Les combats de la santé publique peuvent souvent sembler interminables. Mais à l'heure actuelle, nous sommes peut-être à quelques mois à peine de l'éradication de l'une des principales maladies invalidantes que l'humanité ait connues, je veux parler de la poliomyélite.

Ces derniers mois, nous avons enregistré d'importants progrès dans les deux principaux réservoirs de poliomyélite, l'Asie méridionale et l'Afrique centrale. L'Europe a utilisé avec succès les stratégies de l'initiative de l'éradication mondiale - campagnes de vaccination de masse, opérations de ratissage et surveillance. Un seul pays de la Région a enregistré des cas de poliomyélite l'an dernier, et des mesures efficaces y ont été prises pour renforcer la vaccination et la surveillance.

Un monde libéré de la poliomyélite : quel don pour les générations du siècle à venir ! Un effort vraiment mondial s'impose pour y parvenir. Nous devons obtenir les ressources qui nous font encore défaut pour la dernière ligne droite. Nous devons aller de maison en maison, d'un marché à l'autre et revenir à nouveau jusqu'à ce que chaque enfant ait bien reçu sur sa langue la goutte de vaccin protectrice. C'est là notre chance de libérer le monde du fléau.

Monsieur le Président,

S'il y a donc eu des progrès remarquables, il y a aussi la lutte mondiale titanesque contre le VIH/SIDA.

L'engagement de l'OMS en faveur de cette lutte est inébranlable. Avec l'ONUSIDA et nos autres partenaires, nous combattons sur tous les fronts, qu'il s'agisse de la sécurité transfusionnelle et de la transmission mère-enfant ou de l'utilisation des thérapies antirétrovirales et des soins aux personnes vivant avec le VIH ou encore, bien sûr, de la double épidémie de l'infection à VIH et de la tuberculose. Nous continuerons d'encourager la mise au point de nouveaux médicaments et d'un vaccin contre le VIH, et nous soutiendrons toute solution qui contribuera à mettre ces innovations à la disposition de tous, y compris sur ce continent.

Il est préoccupant de constater que le nombre de nouvelles infections par le VIH en Europe occidentale ne diminue plus, alors même que les chiffres concernant l'Europe orientale et les Etats nouvellement indépendants continuent d'augmenter à un rythme alarmant. Le Bureau régional a renforcé son action contre le VIH/SIDA et intégré ses activités aux autres programmes de l'OMS. Il faut tout spécialement mettre l'accent sur la prévention : par l'éducation, par une sécurité transfusionnelle accrue et par une approche progressive et qui englobe les groupes à haut risque.

La sécurité transfusionnelle, absolument essentielle, constitue une priorité spéciale de l'OMS. J'annonce aujourd'hui que l'OMS adoptera pour thème de la Journée mondiale de la Santé 2000, en avril prochain, la "Sécurité transfusionnelle pour un nouveau millénaire". Cela nous donnera une véritable occasion de mobiliser l'attention ainsi que les ressources nécessaires sur cette dimension critique de la santé publique, et je compte sur vous tous pour faire entendre le message.

Monsieur le Président,

Même sans son funeste complice qu'est le VIH, la tuberculose constitue à elle seule une menace mondiale majeure pour la santé qui exige une riposte urgente et massive. L'an dernier, j'ai regroupé l'ensemble des efforts de lutte antituberculeuse de l'OMS sous l'égide de l'initiative Halte à la tuberculose. Nous redoublerons d'efforts pour associer de nouveaux partenaires à cette coalition, et notre but est de doubler les dépenses consacrées à la lutte antituberculeuse dans le monde ces trois prochaines années.

Au cours de la dernière décennie, la tuberculose s'est affirmée comme la menace infectieuse peut-être la plus grave pour la santé de l'adulte en Europe orientale et en Asie centrale. Les taux d'infection continuent de croître à un rythme inquiétant. Une des principales raisons de cette progression est la récession économique qui a aggravé la pauvreté, le surpeuplement des établissements pénitentiaires et le nombre des sans-abri dans la partie orientale de la Région. Or, nous ne pouvons nous permettre d'attendre une amélioration de la conjoncture économique pour obtenir des progrès dans le domaine de la tuberculose.

Nous devons faire preuve de créativité en mettant au point de nouveaux systèmes technologiques et sanitaires dans notre riposte à l'épidémie de tuberculose. Et pourtant, nous devons combattre le fléau avec les outils dont nous disposons. La stratégie DOTS du traitement de brève durée sous surveillance directe reste notre principal outil. Nous devons tous nous engager à atteindre une couverture de 100% par cette stratégie de lutte contre la tuberculose d'ici 2005. L'OMS fera un effort spécial pour aider les pays prioritaires à mettre pleinement en oeuvre la stratégie. Nous mettrons tout spécialement l'accent sur les mesures à prendre pour faire face au taux alarmant de tuberculose dans les établissements pénitentiaires dans la partie orientale de la Région.

Il y a ensuite le problème des vaccinations. Au cours de l'année écoulée, la question des vaccins et de la vaccination a été examinée par l'OMS avec ses principaux partenaires - l'UNICEF, la Banque mondiale, les donateurs bilatéraux et le secteur privé. Il nous faut un nouvel effort concerté pour améliorer l'accès aux services durables pour introduire de nouveaux vaccins à la fois efficaces et économiques et pour accélérer la mise au point de nouveaux vaccins, surtout contre le VIH, la tuberculose et le paludisme.

Les principaux partenaires ont décidé de mettre en place une alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination qui sera dirigée par l'OMS pendant les deux premières années. Nous serons prêts à présenter cette initiative majeure au début de l'an prochain, et j'espère que les pays européens l'appuieront activement, tant politiquement que financièrement.

Monsieur le Président,

J'en viens maintenant à la deuxième orientation stratégique. Ce qui importe, et sur quoi nous devons concentrer notre attention, ne se limite pas aux maladies. Il faut aussi faire obstacle aux menaces potentielles pour la santé qui résultent des crises économiques, de l'insalubrité de l'environnement et des comportements dangereux. Nous devons mettre davantage l'accent sur l'impact majeur qu'ont sur la santé certains domaines en dehors du secteur de la santé.

Nous devons nous inquiéter sérieusement de la hausse des taux de mortalité observée ces dernières années dans la population adulte de certaines parties de l'Europe orientale. L'alcoolisme, la dépression, la malnutrition croissante et les maladies liées à la détérioration sensible de l'environnement ont toujours pesé sur les populations de ces pays, mais ces problèmes se sont beaucoup aggravés sous l'effet des bouleversements sociaux et culturels et de la crise économique profonde qu'ont connus ces pays ces dix dernières années.

L'un des messages clefs de la santé pour tous est la nécessité d'associer dans une action commune en faveur d'une vie saine tous les secteurs de la société. Les activités intersectorielles sont fondamentales. L'expérience de certains pays tels que la Finlande montre que les programmes de santé publique peuvent parfaitement réussir à prévenir les maladies non transmissibles. En Europe occidentale, les campagnes axées sur le mode de vie et les comportements dangereux ont aussi permis de réduire nettement la morbidité et la mortalité.

Dans de nombreux pays, cependant, le rôle de la santé publique est faible et elle ne bénéficie pas de la priorité voulue. L'infrastructure de la santé publique a souvent besoin d'être considérablement renforcée. Mais, auparavant, une volonté politique et l'engagement de voir la santé publique jouer un rôle central dans les soins de santé sont indispensables. Dans le programme Santé 21, le travail dont cette Région doit s'acquitter est bien tracé.

L'Europe peut montrer le chemin. La Conférence des ministres de l'environnement et de la santé qui s'est tenue à Londres au mois de juin a montré que les pays pouvaient conclure des accords juridiquement contraignants sur des questions importantes concernant à la fois la santé et l'environnement.

Une personne sur sept dans cette Région est privée d'eau potable. Aux termes du Protocole sur l'eau et la santé qui a été signé à Londres, 870 millions de personnes devraient voir leur situation s'améliorer et être approvisionnées en eau propre. Personne ne peut plus polluer l'eau impunément, et les gouvernements ne peuvent plus se dérober devant leur obligation d'approvisionner leur population en eau potable et de leur assurer de bonnes conditions d'assainissement.

En plus de la pollution atmosphérique, les accidents de véhicules à moteur tuent chaque année 120 000 personnes sur les routes d'Europe. C'est là un défi pour nous tous. La situation actuelle des transports routiers en Europe ne peut durer. Nous avons d'autres solutions, mais nous devons encore vérifier quels effets bénéfiques elles auront sur la santé et l'économie. La charte signée à Londres constitue un nouveau jalon et, je vous l'assure, l'OMS jouera un rôle actif dans ce domaine.

Monsieur le Président,

A propos de pollution atmosphérique, il existe une autre menace - et pas des moindres. Je veux parler du tabac.

Si le nombre des fumeurs en Europe occidentale est en baisse depuis vingt ans, cette tendance a marqué le pas ces dernières années et, dans certains cas, elle s'est inversée. Dans mon pays, en Norvège, par exemple, je note avec regret que les chiffres de la consommation parmi les jeunes, et en particulier les jeunes femmes, sont en hausse sensible.

Nous devons redoubler d'efforts. Les politiques nationales strictes des années 70 et 80 n'ont pas suffi. Une campagne suivie doit être menée sans relâche pour fixer de nouvelles normes et faire changer les attitudes. Et, à l'heure de la mondialisation, nous devons tous ensemble prévenir les attaques ciblées et régulières dirigées contre nos jeunes par l'industrie du tabac.

Les jeunes générations mettent le feu aux poudres. L'explosion tuera un fumeur sur deux et de nouveaux fardeaux coûteux et parfaitement évitables pèseront alors sur le secteur de la santé.

Disons-le franchement. Les adolescents deviennent malgré eux dépendants du tabac. Huit fumeurs dépendants sur dix affirment avoir commencé à fumer avant leurs 18 ans. On ne peut plus parler de libre choix. Il s'agit d'une violation des droits des enfants.

Des lois rigoureuses sur la publicité pour le tabac et des campagnes d'information ponctuelles sont indispensables, mais elles ne suffisent pas. Nous devons monter une garde mondiale constante contre le tabac. Les efforts de commercialisation de l'industrie du tabac ne marquent aucune pause. Et dans les marchés précédemment fermés de l'Europe orientale et des républiques d'Asie centrale, comme dans les pays en développement, l'industrie du tabac mène une offensive majeure.

Mais nous progressons. Lorsque j'ai pris mes fonctions, une personne à l'OMS travaillait à temps partiel sur le tabac. Au cours de ces treize mois, une équipe étoffée et talentueuse a rassemblé les efforts de l'OMS et de ses partenaires. Au mois de mai, l'Assemblée mondiale de la Santé a approuvé notre travail en vue de la création d'une convention-cadre de l'OMS sur la lutte antitabac. Nous serons heureux d'accueillir les représentants européens à la réunion du groupe de travail sur la convention qui se tiendra dans quelques semaines à Genève.

Pourtant, alors que l'Europe s'est donné l'objectif de ramener à moins de 20% de la population d'ici à 2015 le nombre des fumeurs adultes, certains continuent d'affirmer qu'une telle réduction nuira à l'économie en faisant perdre des emplois et diminuer les rentrées fiscales. Ils commettent là une grave erreur. La santé est l'affaire de l'OMS mais, pour ce qui est de l'économie, nous laissons à la Banque mondiale le soin de répondre. Le message dans son dernier rapport - Curbing the Epidemic - est clair : le tabac n'est pas seulement mauvais pour la santé, il est aussi mauvais pour l'économie.

Soyons vigilants et ayons confiance. Le tabac peut être combattu. Le tabac sera combattu et nous tous ici, avec beaucoup d'autres encore, serons associés à ce combat.

Monsieur le Président,

Le troisième axe stratégique concerne les systèmes de santé. L'OMS renouvellera son engagement prioritaire à aider les pays à se doter de systèmes de santé mieux à même de relever les défis présents et futurs.

Les systèmes de santé doivent utiliser les résultats impressionnants de ces cinquante dernières années pour assurer la protection de tous, dans les limites, bien sûr, fixées par les ressources disponibles. Tel est le message clef du nouvel universalisme que l'OMS a énoncé cette année dans son Rapport sur la santé dans le monde. Cela signifie que nous devons fixer nos priorités selon un processus basé sur des données factuelles, éthiquement fondé et socialement acceptable. Nos meilleurs espoirs résident dans un système de santé qui a pour objectifs l'amélioration de l'état de santé et la reconnaissance des inégalités face à la santé. Un système de santé qui répond aux besoins légitimes de la population. Un système qui protège les gens de pertes financières dues aux dépenses de santé et qui répartit équitablement ce fardeau économique.

Les défis, pour vous qui êtes présents ici aujourd'hui, sont très divers : certains d'entre vous ont des systèmes de prévoyance sociale hautement développés qui appellent des réformes; d'autres essaient de redresser d'anciens systèmes centralisés avec des ressources bien insuffisantes. Et vous devez tous tenir compte d'un nombre important de personnes relativement pauvres qui ne peuvent être laissées sans couverture sanitaire de base.

Les choix seront difficiles à faire : il ne s'agira pas seulement de décider des services qui seront pris en charge, mais il faudra trouver comment financer les soins de santé. Les soins de santé sont payants, mais un système de solidarité fondé sur des cotisations pèse moins sur les pauvres qu'un système fondé sur le paiement direct des actes. Les systèmes de cotisation apparaissent de plus en plus comme une politique financière efficace et équitable.

Les uns après les autres, les pays se tournent maintenant vers l'OMS pour qu'elle les guide dans la réforme de leur secteur de la santé. Ils veulent que nous leur disions comment faire face à l'accroissement rapide des soins médicaux privés et mobiliser les énergies du secteur privé à des fins publiques. Nous répondrons à cet appel et nous renforçons maintenant considérablement nos capacités pour ce faire.

Nous devons réussir à comprendre pourquoi le système de santé d'un pays obtient de meilleurs résultats qu'un autre. Le nouveau programme pour la réforme des systèmes de santé doit s'appuyer sur une meilleure connaissance des succès, des échecs et des meilleures pratiques. Pour preuve de l'importance de ce sujet, le prochain Rapport sur la santé dans le monde, 2000 lui sera entièrement consacré.

Monsieur le Président,

La quatrième orientation concerne le programme de développement lui-même. Je me suis engagée à faire tout mon possible pour placer la santé au coeur de ce programme, à la place qui lui revient. La santé est un élément clef du développement humain et du progrès.

Il est de plus en plus évident qu'une amélioration de la santé peut briser la spirale. En mai dernier, avec le financement généreux du Gouvernement britannique et l'engagement personnel du Secrétaire d'Etat Claire Short, l'OMS a réuni les principaux bailleurs de fonds et de grands pays en développement pour un dialogue sur la façon dont la santé peut contribuer plus puissamment à réduire la pauvreté et à accélérer la croissance. Nous sommes tous convenus que ce potentiel mérite d'être étudié plus en profondeur.

Cet automne, je nommerai une commission sur Macroéconomie et santé qui procédera à un examen critique du rôle de catalyseurs que peuvent jouer les investissements en faveur de la santé dans la réduction de la pauvreté. A l'OMS, nous avons entrepris de déterminer quels sont les principaux problèmes de santé des pauvres et quel serait le rapport coût/efficacité des interventions connexes. Cette connaissance revêtira un intérêt majeur pour nos Etats Membres, et je serai heureuse de vous faire rapport sur ce sujet dans quelques mois.

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,

En tant que principal organisme s'occupant de la santé et avec le large mandat qui est le sien, l'OMS doit redéfinir son rôle et voir comment elle peut servir au mieux ses Etats Membres. J'aimerais aborder avec vous certaines des questions qui se posent et qui seront d'ailleurs portées à votre attention lorsque nous commencerons la planification du budget 2002-2003.

Dans chaque domaine - qu'il s'agisse par exemple du VIH/SIDA ou de la diminution des risques au cours de la grossesse -, nous devons nous demander où se situe réellement l'avantage comparatif de l'OMS. Quelles fonctions sommes-nous le mieux à même d'exécuter ? Quelles sont celles qu'il vaut mieux laisser à d'autres organisations ou aux gouvernements ? Nous demander aussi quand nous pouvons faire appel à nos centres collaborateurs qui jouent un rôle crucial. Nous avons révisé les procédures de désignation et de redésignation de ces centres, qui seront soumises au Conseil exécutif en janvier prochain.

L'OMS est une organisation technique, et non un grand donateur. Nous devons aussi nous considérer comme un catalyseur - nous forgeons des alliances, nous dégageons des consensus dans de nombreux contextes - au niveau national et international. Ce rôle se trouve au coeur même de toutes nos fonctions essentielles et ce sera un thème dominant dans l'établissement de notre budget pour l'exercice 2002-2003.

Cibler notre action nous oblige à clarifier davantage nos priorités. Il faut pour cela mettre un terme à certaines de nos activités actuelles pour nous permettre d'avoir un maximum d'impact là où les besoins sont les plus grands.

Dans trop de Régions et de pays, nos ressources sont réparties entre des activités trop nombreuses et trop disparates. Nous sommes en train de changer cela. Nous devons nous attacher bien davantage aux résultats que nos activités et celles de nos partenaires ont au niveau des pays. Nous devons aussi nous placer dans une position stratégique et nous consacrer aux interventions ayant les plus fortes répercussions.

Monsieur le Président,

En conclusion, je tiens à faire quelques remarques sur la résolution de l'Assemblée mondiale de la Santé concernant le budget et sur les travaux en cours pour y donner suite. L'Assemblée a décidé de ne pas compenser l'augmentation des coûts. Nous avons été priés en outre de réorienter des ressources de domaines moins prioritaires vers des domaines plus prioritaires.

Cela n'a pas été facile, mais je crois que nous avons trouvé une solution réaliste tout en évitant d'interrompre des activités essentielles.

En examinant les mesures d'efficacité budgétaire possibles, j'ai envisagé d'abord celles qui sont applicables à l'ensemble de l'OMS. Par exemple, nous nous efforçons de réduire nos dépenses liées aux déplacements et nous portons un regard critique sur ce que nous publions et ce que nous achetons. Dans l'ensemble, j'ai arrêté à ce stade un montant pour les mesures d'efficacité qui est de l'ordre de US $50 à 60 millions en me conformant aux demandes de l'Assemblée. Je vous demanderai d'apporter votre coopération lorsqu'il faudra déterminer dans vos pays vers quels domaines prioritaires de la santé affecter les fonds ainsi libérés.

Monsieur le Président,

Rien n'est plus nocif à la santé que la guerre ou les catastrophes naturelles, et cette Région n'échappe encore ni à l'une, ni aux autres. Une fois que les blessés sont soignés et les morts ensevelis, une réalité apparaît : après des décennies d'efforts pour bâtir des systèmes de santé, ceux-ci sont complètement détruits. Cette année encore, nous en avons été témoins : le Kosovo et, plus récemment, la tragédie du tremblement de terre en Turquie.

Des promesses de reconstruction ont été faites, mais les contributions tardent à se matérialiser. Il y a l'obligation morale d'agir sur le plan militaire qui a été exprimée et il y a certainement aussi l'obligation morale d'aider à réparer les destructions entraînées par la guerre.

L'OMS joue de plus en plus un rôle essentiel dans le travail de reconstruction des systèmes de santé après la guerre au Kosovo. Notre travail consiste à coordonner et à structurer la reconstruction des systèmes de santé vidés de leur personnel et de leurs ressources. Je rends hommage à tous les agents de santé du secteur public qui se sont consacrés à la santé et au bien-être de tant de personnes qui souffrent. Je rends hommage au personnel dévoué de l'OMS sur le terrain qui joue un rôle crucial en étroite collaboration avec les autres organisations du système des Nations Unies et de nombreuses ONG. C'est ainsi que cela doit être. Nous sommes une organisation technique. Nous donnons le meilleur de nous-mêmes lorsque nous faisons appel à nos compétences techniques et donnons des conseils pour influencer la politique et le travail des gouvernements, de la société civile et d'autres organismes.

Les dons de médicaments en sont un exemple. Lorsqu'ils sont bien faits, ils aident à sauver des vies et ils prennent une grande importance, notamment en situation d'urgence. Mais si ces dons sont inadaptés ou s'ils ne sont pas nécessaires, ils surchargent les systèmes de distribution et entravent les actions de secours. Dans de nombreuses situations de crise, 15%, 30%, voire même 60% dans certains cas, des dons étaient inadaptés parce que les médicaments avaient dépassé la date de péremption, que leur étiquetage n'était pas suffisant ou, tout simplement, parce qu'ils étaient inconnus des agents de santé locaux. Nous avons révisé les principes directeurs dans ce domaine et nous collaborons avec les gouvernements, les ONG et l'industrie pour obtenir les meilleurs résultats.

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de conclure en exprimant notre appréciation et notre reconnaissance au Dr Asvall pour sa longue contribution dévouée à l'OMS, lui qui a conduit la Région à travers tant de changements, mais dont l'action a aussi concerné l'Afrique. Dans l'histoire du mouvement de la santé pour tous, le Dr Asvall occupera toujours une place centrale.

Ce ne sont pas les problèmes qui manquent en Europe. Mais l'Europe, qui compte nombre des pays les plus riches du monde, ne doit pas laisser ses conflits et ses problèmes internes détourner son attention du milliard d'êtres humains défavorisés qui aspirent à obtenir le minimum de ce que la plupart d'entre nous tiennent pour acquis. Les plus grandes batailles pour la santé dans le monde se déroulent dans les bidonvilles et les campagnes de la cinquantaine de pays les moins développés. Leur lutte est aussi la nôtre.

Avec la mondialisation, alors que les maladies voyagent aussi vite que les capitaux, il n'y a pas de problème sanitaire local. Le paludisme, la tuberculose, les cinq maladies qui tuent le plus d'enfants et la santé maternelle sont aussi des défis à relever par ceux qui vivent dans les pays les plus riches.

Dans le monde du siècle prochain, l'avenir de chaque être humain dépendra de celui des autres. Tant qu'un cinquième de la population n'aura pas accès aux soins de base, personne ne pourra dire que nous avons réussi. Renversons donc ensemble la tendance et mobilisons-nous pour un avenir meilleur qui, finalement, verra l'avènement de la santé pour tous.

Je vous remercie.

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