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Office of the Director-General

World Health Organization
Organisation mondiale de la Santé

UPDATED: Wed Mar 13 16:38:44 2002

Dr Gro Harlem Brundtland       
Directeur général
Organisation mondiale de la santé

 Varsovie
18 février 2002

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Conférence ministérielle européenne de l’OMS pour une Europe sans tabac

Mesdames et Messieurs les vice-premiers Ministres, Ministres de la santé, Secrétaires d’État, vice-Ministres de la santé, Secrétaires d’État adjoints, Directeurs généraux de la santé et Représentants des États membres et organisations internationales, Mesdames et Messieurs.

C’est pour moi un honneur de vous rencontrer ici à Varsovie. Nous sommes venus pour continuer à renforcer le soutien politique en faveur d’une réaction internationale face à l’épidémie de tabagisme et pour faciliter des progrès rapides dans l’élaboration et ensuite la mise en œuvre de la Convention-cadre sur la lutte antitabac par les États membres et l’Union européenne.

Un but important de cette conférence est d’examiner les travaux accomplis pour donner effet aux recommandations de la Conférence européenne de l’OMS sur la politique relative au tabac, qui a eu lieu en 1988, et aux trois plans d’action consécutifs pour une Europe sans tabac. Nous devons maintenant établir des principes directeurs pour l’élaboration et l’adoption du quatrième plan d’action en 2002. La Conférence vise à renforcer les partenariats entre les gouvernements européens, l’Union européenne et un certain nombre d’organisations non gouvernementales qui participent à la lutte contre le tabagisme. J’espère que cette conférence sera un autre jalon important vers une Europe sans tabac.

Depuis qu’un grand nombre d’entre nous se sont rencontrés à Chicago pour la Onzième Conférence mondiale sur le tabac ou la santé, en août 2000, près de six millions de personnes sont mortes à cause du tabac. Je serai donc franche : tout retard dans la mise en œuvre de politiques efficaces se traduit par des décès supplémentaires.

Souvenez-vous en : la menace que le tabac représente pour la santé dans le monde est sans précédent. Le tabac tue environ 4,2 millions de personnes chaque année, de sorte qu’il représente la principale cause de décès évitable dans le monde entier. Chiffre consternant, 1,2 million de ces décès se produisent en Europe. Étant donné que la consommation de tabac augmente dans le monde entier, en particulier parmi les jeunes et les habitants des pays en développement, ce fléau tuera dix millions de personnes par an vers la fin des années 2020.

L’Europe a beaucoup fait pour lutter contre la consommation de tabac. Cependant, la prévalence du tabagisme reste élevée, puisque 38% des hommes et 23% des femmes fument. Dans onze pays d’Europe orientale la prévalence du tabagisme chez les hommes et les garçons dépasse 50%. En 1996 encore, 52,3% des médecins de Bulgarie fumaient. Seulement cinq pays d’Europe, la Finlande, l’Islande, l’Italie, la Slovénie et la Suède, ont pu, ces dernières années, ramener la prévalence du tabagisme en dessous de 25% de la population adulte.

Outre la prévalence élevée du tabagisme chez les hommes, il est un autre fait préoccupant : les femmes et les jeunes sont de plus en plus nombreux à se mettre à fumer. Maintenant plus que jamais, il est nécessaire de faire face aux activités promotionnelles de l’industrie du tabac qui sont dirigées vers les femmes et les jeunes. La cible de l’industrie du tabac a maintenant changé. Auparavant, c’étaient les hommes des pays à revenu élevé ; maintenant, ce sont les femmes des pays à revenu élevé et les hommes des pays à faible revenu. En conséquence, aujourd’hui, dans la plupart des pays à revenu élevé, les femmes fument autant que les hommes et se mettent à mourir comme les hommes.

Selon l’enquête mondiale sur le tabagisme des jeunes, réalisée par l’OMS et les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis, les écoliers âgés de 13 à 15 ans sont très exposés à la fumée des autres. Ici, à Varsovie, sept écoliers et étudiants sur dix vivent dans des foyers où d’autres fument et ils sont exposés à la fumée du tabac dans les lieux publics. Selon l’enquête mondiale sur le tabagisme des jeunes, qui porte sur 75 sites de 43 pays différents, près de 25% des élèves et étudiants ont fumé leur première cigarette alors qu’ils n’avaient que 10 ans ou moins. En outre, six élèves et étudiants sur dix qui fument, souhaitent arrêter, ce qui démontre qu’il faut agir pour aider non seulement les adultes mais également les jeunes à cesser de fumer.

Le message est clair : l’action de promotion de l’industrie du tabac ne peut en aucun cas s’ingérer dans les activités des jeunes. Il est essentiel de ne pas accepter d’argent des entreprises de tabac pour des campagnes de prévention auprès des jeunes. Je sais que nombre d’entre vous ont déjà été approchés à cet effet.

Pourquoi dis-je cela de façon aussi tranchée ?

Les programmes de prévention auprès des jeunes financés par l’industrie du tabac disent à ces derniers que le tabagisme est une habitude des adultes. Les mères et les pères que sont beaucoup d’entre vous savent que rien n’incite davantage les jeunes à fumer que la présentation du tabagisme comme une activité adulte. Les campagnes menées auprès des jeunes avec le soutien de l’industrie du tabac visent à augmenter la consommation globale. Ne participez pas à votre insu aux efforts déployés par l’industrie du tabac pour améliorer sa réputation ternie.

Comme je l’ai déjà dit, la consommation de tabac est responsable de 1,2 million de décès dans la Région européenne de l’OMS chaque année. Au cours des dix dernières années, les pays qui ont mis en œuvre des politiques vigoureuses contre le tabagisme ont constaté une réduction des taux de mortalité. En revanche, dans les pays où les activités promotionnelles de l’industrie du tabac ne se sont heurtées à aucune opposition, le danger demeure et exige des solutions.

L’Europe reste une cible importante de l’industrie du tabac. Les exemples récents d’activités de promotion astucieuses abondent. British American Tobacco a lancé une chaîne de points de vente de tabac appelée « Lucky Strike » à Amsterdam, pour s’attaquer au marché des 18-25 ans. Outre des produits à base de tabac et des accessoires liés au tabagisme, ces magasins vendent des revues, des journaux, des boissons et des aliments. Un espace de détente avec musique et café gratuit est également proposé. Si ces magasins d’Amsterdam connaissent le succès, l’idée sera exploitée sur le plan international. Pour donner un exemple d’une façon de mettre en échec ces activités agressives de promotion, je rappellerai que la Californie s’est attaquée au problème du tabagisme du groupe d’âge critique des 18-25 ans en interdisant de fumer dans les bars et les cafés.

L’industrie du tabac continue à exploiter le sport pour vendre ses produits mortels. En Hongrie, malgré une interdiction de la publicité qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2002, des activités de parrainage de sports telles que le Grand Prix hongrois Marlboro se poursuivent. Pour sa part, Imperial Tobacco parraine une course de motos en Irlande du Nord.

Je voudrais répéter que le tabac est une maladie transmissible, transmise par la publicité et le parrainage. Une forme particulièrement pernicieuse de ces activités de promotion s’observe dans les stades et les terrains de sport du monde entier. Les entreprises de tabac prétendent qu’elles ne ciblent pas les jeunes mais, dans la pratique, elles font en sorte que le parrainage et la publicité soient bien visibles aux manifestations qui attirent les jeunes.

Aujourd’hui, on demande d’agir. En réponse à cet appel mondial à l’action, l’OMS a lancé une campagne pour débarrasser le sport de tout lien avec le tabac, c’est-à-dire la consommation de tabac et exposition à la fumée des autres, publicité pour le tabac et activités de promotion. Je me suis rendue aux Jeux olympiques de 2002 à Salt Lake City pour célébrer le fait qu’il s’agit de jeux sans tabac. Kofi Annan, Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, et le Dr Jacques Rogge, Président du Comité international olympique, se sont joints à moi à cette occasion.

Cette année, la Journée mondiale sans tabac, qui aura lieu le 31 mai, coïncidera avec le début de la Coupe mondiale de football en République de Corée. Cette manifestation, tant en République de Corée qu’au Japon, sera un événement sans tabac. Je vous demande instamment de vous associer à ce mouvement pour des sports sans tabac et à protéger votre population des activités promotionnelles meurtrières des entreprises de tabac.

Nous devons également être vigilants à l’égard d’autres techniques de promotion utilisées par l’industrie du tabac. En plus des programmes destinés aux jeunes et aux amateurs de sport, l’industrie du tabac essaie de se donner une bonne image par d’autres moyens, en agissant auprès d’établissements d’enseignement et d’institutions scientifiques. L’Université de Nottingham, au Royaume-Uni, a récemment accepté un don de 3,8 millions de livres sterling de British American Tobacco, pour la création d’un centre international pour la responsabilité des entreprises. En guise de protestation, Richard Smith, rédacteur en chef du British Medical Journal, a démissionné de son poste de professeur de journalisme médical dans cette université.

Les médias ne sont pas non plus à l’abri. Un journaliste britannique, Roger Scruton, a récemment été dénoncé pour avoir reçu des paiements de Japan Tobacco International pour placer des articles critiquant l’OMS et la lutte contre le tabagisme, ce qui révèle une campagne concertée contre le traité mondial que vous être en train de négocier. Il n’a pas divulgué ses liens avec Japan Tobacco lorsqu’il a publié des articles hostiles à la lutte contre le tabagisme dans le Financial Times, le Guardian, The Independent et le Wall Street Journal Europe.

De nombreux pays de cette région se sont attaqués de façon énergique au bilan catastrophique du tabagisme. Ici en Pologne, une législation vigoureuse a été mise en œuvre. Elle prévoit notamment la promotion d’environnements sans fumée, des avertissements sanitaires énergiques et une interdiction de la publicité. Récemment, le Parlement autrichien a adopté une loi pour protéger les travailleurs contre la fumée des autres, en interdisant le tabagisme dans la majorité des lieux de travail. Les recettes provenant des augmentations de taxes sur le tabac au Royaume-Uni sont utilisées pour financer la lutte contre la contrebande. En Fédération de Russie, une nouvelle législation interdisant le tabagisme dans les lieux publics est entrée en vigueur. Les entreprises de tabac doivent également commencer à placer des avertissements sanitaires sur le devant et les côtés des paquets de cigarettes et respecter de nouvelles normes concernant les taux de goudron et de nicotine. Le Canada et le Brésil sont en flèche à cet égard, puisqu’ils prescrivent des avertissements sanitaires, la présentation d’images réalistes sur les paquets et l’élimination des termes trompeurs sur les paquets de cigarettes.

Vous avez pris de nombreuses mesures, mais il faut encore faire davantage.

Les victimes du tabagisme passif en Europe doivent faire valoir énergiquement leur droit à l’air pur et ne pas se laisser duper par les politiques d’autoréglementation de l’industrie du tabac. Les gouvernements doivent donner la priorité à une législation contre la fumée de tabac ambiante.

Nous vous encourageons à prendre des mesures dans le domaine économique également. La Banque mondiale a conclu que des augmentations de taxes et de prix sont les mécanismes les plus efficaces pour réduire la demande de tabac. L’augmentation du prix des produits à base de tabac est la méthode la plus efficace de réduire la prévalence et la consommation de produits à base de tabac. Cela peut également inciter les fumeurs actuels à consommer moins de tabac ou les persuader à abandonner leur tabagisme. Cela peut également aider les anciens fumeurs à ne pas replonger.

Les augmentations des prix du tabac influent surtout sur le comportement des jeunes et des défavorisés, qui ont tendance à être plus sensibles aux augmentations de prix que les personnes âgées et plus favorisées.

Récemment, plusieurs pays, tels que le Canada, la France, l’Irlande, l’Afrique du Sud, la Thaïlande et le Royaume-Uni, ont reconnu l’effet que des augmentations des prix du tabac peuvent avoir sur la santé de leur population et ont augmenté les taxes sur les tabacs, afin d’améliorer la santé.

Le fait qu’un milliard d’euros sont dépensés chaque année pour subventionner la production de tabac ne peut être ignoré. Je m’associe à David Byrne, Commissaire européen pour la santé et la protection des consommateurs, lorsqu’il demande l’élimination progressive des subventions pour le tabac dans cette région, car il s’agit d’un élément essentiel pour l’élaboration d’une stratégie globale et cohérente de lutte contre le tabagisme en Europe.

Le récent Rapport de la Commission sur la macroéconomie et la santé met en évidence l’importance de la lutte contre le tabagisme. Il montre qu’un petit nombre d’affections sont responsables d’une proportion élevée des décès évitables dans les pays pauvres et que des mesures bien ciblées pourraient sauver la vie de millions de personnes chaque année. Les maladies liées au tabac figurent parmi ces affections, de sorte que la lutte contre le tabagisme est rentable pour les gouvernements.

La Convention-cadre sur la lutte antitabac dont vous discuterez ici fait partie de la solution mondiale au problème mondial posé par le tabac. L’objet de ce traité et des négociations que vous entreprenez est de sauver des vies humaines. Voilà ce dont le monde a besoin.

Nous vous demandons instamment de conserver la transparence du processus de négociation et de résister à toute influence de l’industrie du tabac. Vous devez tous coopérer pour adopter une convention efficace qui protège tous les pays. Les pays candidats à l’adhésion et les pays en développement dans le monde entier peuvent influencer certains pays développés qui conservent leurs liens avec le tabac. Ne réduisez pas vos ambitions pour des raisons à courte vue : mettez au contraire la barre plus haut, car alors les populations seront en meilleure santé et qui dit meilleure santé dit moins de pauvreté.

Comme le Commissaire Byrne l’a dit récemment, "plus nous accomplissons de progrès au niveau mondial dans la lutte contre le tabagisme, plus nous pouvons sauver des vies et pour cela, il faudra que toutes les parties concernées prennent des décisions difficiles". Nous sommes persuadés que les gouvernements achèveront les négociations au plus tard en 2003 et adopteront une vigoureuse convention-cadre sur la lutte antitabac, qui pourra être mise en œuvre par tous les États membres sans exception.

Toutes les 8 secondes, une personne meurt à cause du tabac.

Unissons nos efforts et agissons de façon énergique pour lutter contre le tabagisme, pour la santé de nos pays et pour la santé de nos enfants et de nos petits-enfants.

Je vous remercie.

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