EPIDEMIE DE CHOLERA DANS LE DISTRICT DE DIVO

VISITE DE TERRAIN /10 – 12 JANVIER 2003

Rapport de Mission

 

Contexte

Une épidémie de choléra a été rapportée par la presse nationale en début de l’année 2003, (03 Janvier 2003) dans le district sanitaire de DIVO, à 170 Km au Nord-ouest d’Abidjan. Selon les informations reçues cette épidémie débutée le 22 décembre 2002 aurait fait 15 décès dans la population touchée. Les services de surveillance épidémiologique du Ministère de la Santé ont confirmé cette information en précisant que les 15 décès ont été notifiés sur un total de 69 cas déclarés du 22/12/2002 au 05/01/2003, soit un taux de létalité de 21,7%.

Devant cette urgence épidémiologique et compte tenue de la période de crise socio-politique que traverse la Côte d’Ivoire, il était nécessaire de faire une évaluation rapide de terrain afin de mieux apprécier l’ampleur de cette épidémie et apporter l’appui indiqué en vue de la circonscrire.

 

Objectifs

Objectif général

Evaluer l’ampleur de l’épidémie de choléra dans le district de DIVO dans ce contexte de crise socio-politique

Objectifs spécifiques

Méthodologie appliquée

 

Déroulement de la Mission

Dès notre arrivée le 11 Janvier 2003, nous avons été reçu par le Responsable du Centre de Surveillance épidémiologique du District, (appelé communément le CSE) avec qui nous avons entrepris de nous rendre dans les villages où l’épidémie a commencé .

TABLEGUIKOU et GLY situés à 15 km de DIVO sur l’axe DIVO-GUITRY ont été les premiers visités.

A TABLEGUIKOU est implanté le centre de santé qui dessert les autres villages environnants. Nous y avons été reçus par le chef du village, ses notables et les personnels du centre de santé (l’infirmier et la sage femme). C’est en leur compagnie, que nous avons effectué les différentes visites des sites, à savoir :

A CFI, à 28 km de DIVO, nous nous sommes rendus dans la famille du cas supposé être à l’origine du déclenchement de l’épidémie, chez la belle famille du 1er cas déclaré à GLY, Mr. KERE, afin de nous enquérir des conditions du décès de cette dame.

Chronologie de la survenue des cas 

Le premier cas notifié au centre de santé de TABLEGUIKOU a été Mamoudou, un allogène Burkinabé résidant dans un campement de GLY, dénommé Adjamé. Mr KERE serait allé aux funérailles de sa belle-mère à CFI, laquelle serait décédée des suites d’une diarrhée aiguë. Dès son retour de ces funérailles le lundi 22 décembre, Mr. KERE a présenté à son tour une diarrhée aiguë pour laquelle il a consulté au centre de santé de TABLEGUIKOU. Il en meurt le lendemain 23 décembre 2002. Le corps n’a pu être transféré à Adjamé lieu de résidence de Mr KERE pour être inhumé, les compatriotes ayant obtenu la permission des chefs de GLY pour l’inhumation à GLY. Le corps a donc été apprêté, exposé et à l’issue des différentes cérémonies, l’inhumation a eu lieu le 24 décembre 2002.

Dès le 25 décembre, les autres cas ont commencé à se signaler et les 26 et 27 décembre ont été les jours où le maximum de cas se sont déclarés et présentés au centre de santé avec les signes patents d’une épidémie de choléra, marqués par une diarrhée avec des vomissements et des douleurs abdominales intenses, accompagnée d’une déshydratation grave.

Le 26/12/2002, des échantillons de selles des patients et de l’eau des deux puits les plus utilisés ont été faits et envoyés à l’Institut Pasteur de Côte d’Ivoire qui a confirmé l’épidémie de choléra. C’est à cette date (26/12/2002) que le Centre de surveillance épidémiologique du District de DIVO a été informé de cette épidémie.

Il est à noter, selon les informations reçues sur place, que l’eau qui a servi à laver les habits du défunt provient de la même source d’approvisionnement utilisée par la grande partie de la population de GLY et de TABLEGUIKOU, car d’accès libre. Il s’agit de deux puits traditionnels séparés de 200m l’un de l’autre et situés en aval du village avec un niveau d’eau à 1,5 – 2m de la surface du sol. A proximité de ces puits (à environ 100 mètres) se trouve une pompe Hydraulique fonctionnelle dont l’accès est payant, car sa réparation aurait été assurée par un privé qui demande à pouvoir rentrer dans ces fonds. Bien entendu la population se refuse à payer les droits d’accès à la pompe hydraulique qui délivre une eau potable, préférant les puits où l’eau est presqu’à ciel ouvert et d’accès libre sans aucun frais, même si cette eau est facilement contaminable. En effet ces deux puits sont situés près d’un marécage et ont un aménagement précaire. Les margelles sont en mauvais état et il n y a pas de périmètre de sécurité aménagé. Aucune clôture ne les protège de la divagation des animaux et aucun entretien n’est fait des alentours.

A l’issue de la visite des villages nous avons tenu une séance de débriefing avec les populations de TABLEGUIKOU et de GLY à TABLEGUIKOU Après avoir relevé les constats que nous avons faits, nous avons prodigué des conseils en terme de mesures d’hygiène et d’assainissement à observer par la population en vue de contrôler et prévenir ces genres d’épidémie.

Constats

De la visite des villages nous avons relevé :

A GLY : 1 pompe hydraulique fonctionnelle, mais non utilisée par l’ensemble de la population. Trois (3) puits traditionnels dont 2 sont presqu’à ciel ouvert, utilisés par la grande majorité des populations de GLY et TABLEGUIKOU.

A TABLEGUIKOU : plusieurs puits traditionnels également mal entretenus (plus de 10)

A CFI, 1 pompe hydraulique est fonctionnelle mais n’est pas très utilisée par toute la population du fait de son éloignement et de la tarification mise en place en vue de rembourser le prestataire privé qui en a assuré la réparation. Deux (2) puits traditionnels situés à environ 700 mètres en aval du village, dans une zone marécageuse , avec de la boue aux alentours des margelles presqu’inexistentes et dans des conditions pénibles d’accès. Ces puits traditionnels ont le niveau de l’eau à 1,5 mètres de la berge

Dans les trois villages, nous avons relevé l’absence de moyens d’évacuation des selles (pas de latrines). Les populations font les selles dans la nature.

De la consultation des registres des malades au centre de santé de TABLEGUIKOU et aux urgences médicales du CHR de DIVO, il ressort qu’un nombre total de 71 cas ont été reçus du 22/12/02 au 11/01/03 dont 15 décès, soit un taux de létalité de 21%. (voir tableau d’analyse des données en annexes)

La plupart des cas notifiés proviennent des villages de GLY et TABLEGUIKOU

A ce jour, seuls 2 patients, évacués de TABLEGUIKOU les 10 et 11/01/2003 sont encore hospitalisés au CHR de DIVO, sous traitement. Pour l’un il s’agirait d’une dysenterie confirmée par le laboratoire .

La dotation en médicament est suffisante pour la prise en charge des cas qui se signaleront.

La surveillance des cas est réactivée

Enfin, il faut relever la symbiose de vie entre populations autochtones et allogènes (Burkinabé essentiellement) dans tous les villages visités.

Problèmes identifiés et actions prises

Problème : le retard dans l’information des autorités du district par les agents du centre de santé des premiers cas reçus.

Action : rappel à l’ordre des agents de santé du centre quant à la nécessité d’une notification régulière des cas et à l’amélioration de la promptitude des données de surveillance.

Problème : Les pompes hydrauliques existant dans les trois villages ont été réparées par des opérateurs privés mais elles ne sont pas utilisées par les populations à cause de la tarification mise en place pour le remboursement des frais de réparation.

Action prise : réunion de débriefing et sensibilisation des populations pour une révision de leur position quant au refus de payer pour disposer de l’eau potable en provenance des pompes, plutôt que d’utiliser l’eau souillée des puits traditionnels.

Problème : non aménagement des alentours des puits traditionnels existants et plus utilisés à défaut d’utilisation des pompes hydrauliques. Possibilité de souillure et de contamination de l’eau .

Action prise : sensibilisation lors des visites des concessions et lors de la réunion de debriefing sur la nécessité de s’organiser entre populations autochtones et allogènes pour améliorer l’hygiène autour des puits traditionnels. Pour la décontamination de l’eau des puits, conseils pour la chloration de l’eau en utilisant de l’eau de javel.

Problème : évacuation inadéquate des selles : absence de latrines dans les villages

Action prise : conseils en vue d’utiliser d’autres modes d’élimination des selles par la construction des latrines par famille

Une équipe du district repassera dans les villages pour assurer le suivi de la mise en œuvre de certaines mesures édictées.

 

Conclusion

A l’issue des entretiens que nous avons eu avec les populations et des visites effectuées sur le terrain, nous pouvons dire que l’épidémie de choléra survenue dans le district de DIVO le 22 décembre 2002 a été déclenchée par une contamination de l’eau de boisson par le germe de la maladie. Cette contamination a été causée par la manipulation des corps de personnes décédée des suites d’une diarrhée. La population n’utilisant pas l’eau de la pompe hydraulique du fait d’une tarification mise en place, elle s’approvisionne dans des puits traditionnels dont le périmètre est insalubre et non aménagé et donc une source facilement poluable. Par ailleurs la mauvaise gestion du péril fécal (pas de latrines dans ces villages) a été un mode complémentaire de propagation de cette épidémie . Les mesures de potabilisation de l’eau des puits traditionnels (Chloration), la sensibilisation des populations sur les mesures d’hygiène et la disponibilité des médicaments pour la prise en charge des cas ont permis de contrôler l’épidémie qui est actuellement maîtrisée.

Il reste à faire en sorte que l’épidémie soit complètement éteinte. C’est une des missions des équipes sanitaires du district.

 

Recommandations

  1. Les agents des centres de santé devront communiquer le plus tôt possible les données de surveillance au CSE du district en vue de les transmettre à l’unité de surveillance épidémiologique au niveau central.
  2. Afin de prévenir l’extension de cette épidémie aux autres districts voisins et aux zones des population déplacées, dans ce contexte de déplacement intense des populations, rédiger un plan de lutte et rechercher le financement pour sa mise en œuvre.
  3. En attendant la mise en œuvre de ce plan de lutte, les équipes du district sanitaire devront continuer les séances de sensibilisation des communautés sur la gestion et la préparation aux épidémies et surtout sur l’aménagement des périmètres des puits et sur les mesures de potabilisation de l’eau
  4. L’Etat devra revoir la politique des pompes villageoises afin d’offrir l’eau potable aux populations afin de leur éviter les maladies transmissibles liées à l’eau telle le choléra.

Personnes rencontrées

Personnels de santé :

Notabilité des villages :

 

Fait à Abidjan ce 13 janvier 2003

 

 

Dr. TANO-BIAN Aka

Chargé de la lutte contre la maladie (DPC)

Bureau OMS- Côte d’Ivoire