Bibliothèque électronique de données factuelles pour les interventions nutritionnelles (eLENA)

Justification concernant la supplémentation en zinc durant la grossesse

Justification du point de vue biologique, comportemental et contextuel

Ian Darnton-Hill
Professeur adjoint, Tufts University (États-Unis d’Amérique) et Université de Sydney (Australie)
juillet 2013

Le zinc est un minéral essentiel dont on connaît l’importance pour de nombreuses fonctions biologiques comme la synthèse des protéines, la division cellulaire et le métabolisme de l’acide nucléique(1). La carence aigüe en zinc est rare chez le sujet humain, mais les carences faibles à modérées semblent courantes, en particulier dans les populations qui consomment peu d’aliments d’origine animale riches en zinc mais beaucoup d’aliments riches en phytates, des composés qui inhibent l’absorption du zinc (2) .

On estime que plus de 80% des femmes enceintes dans le monde ont un apport insuffisant en zinc (3), elles en consomment en moyenne 9,6 mg par jour, ce qui est bien inférieur aux niveaux quotidiens minimaux recommandés pour les six derniers mois de grossesse dans les contextes de faible biodisponibilité en zinc (4).

Il a été indiqué que la carence en zinc chez la mère pourrait entraver le développement du nourrisson et entraîner des issues défavorables à la naissance. De faibles concentrations en zinc dans le plasma réduisent son transport placentaire et pourraient en diminuer les apports pour le fœtus (1) .

Cette carence altère également les niveaux de circulation de plusieurs hormones associées au début du travail, et comme le zinc est essentiel à la fonction immunitaire normale, elle pourrait contribuer aux infections systémiques et intra-utérines, deux causes majeures de prématurité (1,2) . Le faible poids de naissance et la prématurité sont des facteurs de risque importants pour la morbidité et la mortalité néonatales et infantiles.

Certains ont émis l’hypothèse selon laquelle la supplémentation en zinc pourrait améliorer l'issue de la grossesse pour les mères et les nourrissons. Les résultats des études sur les effets de la supplémentation en zinc durant la grossesse divergent, en partie sans doute du fait des difficultés à établir les niveaux de référence au sein de la population (5) .

Deux études systématiques récentes présentent des méta-analyses d'essais randomisés et contrôlés sur la supplémentation en zinc durant la grossesse, essais réalisés sur cinq continents entre 1977 et 2008, principalement parmi des femmes de faible statut socio-économique, pour tout un éventail d'issues maternelles et néonatales (2,6). Selon les conclusions des deux études, la supplémentation en zinc était associée à une forte réduction de la prématurité, soit 14% (risque relatif global : (RR) 0,86 [95% IC 0,75; 0,99] et [95% IC 0,76 à 0,97])(2,6) .

Toutefois, il est également apparu que cette intervention n'avait d'effet apparent ni sur les autres issues pour le nourrisson (y compris sur la mortalité néonatale, l'âge gestationnel moyen ou tout paramètre de la croissance fœtale, par exemple le risque de faible poids de naissance ou le risque de faible poids, taille ou périmètre crânien à la naissance) (2,6), ni sur les issues primaires pour la mère (par exemple, la prééclampsie).

L'effet de la supplémentation en zinc sur la prématurité pourrait s'expliquer par une réduction de l'incidence ou de la gravité des infections maternelles, qui sont des facteurs de risque connus pour cette issue.

L’état nutritionnel général de la mère durant la grossesse a une forte incidence sur la mortalité et la morbidité maternelles et périnatales, et l'on sait qu'améliorer la qualité, ou la densité en nutriments, du régime de la mère améliore les issues de la grossesse (7). Compte tenu de l'effet limité de la supplémentation en zinc sur les issues de la grossesse, il serait sans doute plus prudent de centrer la recherche sur l’identification des moyens d'améliorer l'état nutritionnel général des femmes dans les régions à faible revenu (2,8).

L’UNICEF fait actuellement la promotion d’une supplémentation prénatale avec plusieurs micronutriments (y compris le zinc, le fer et l'acide folique), action qui cible l'ensemble des femmes enceintes des pays en développement car leurs régimes ne fournissent bien souvent que de faibles apports de micronutriments (9). Même si la supplémentation en zinc n'a vraisemblablement pas d'effets dommageables(2), la pratiquer durant la grossesse ne présente, au vu des connaissances actuelles, qu’un bénéfice limité pour la santé publique (2,10).


Références

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