Bibliothèque électronique de données factuelles pour les interventions nutritionnelles (eLENA)

Justification pour la supplémentation en zinc et la croissance de l’enfant

Justification du point de vue biologique, comportemental et contextuel

Ian Darnton-Hill
Professeur adjoint, Tufts University (États-Unis d’Amérique) et Université de Sydney (Australie)
Juillet 2013

D’après des estimations mondiales récentes, plus d’un quart des enfants de moins de 5 ans ont un retard de croissance et sont donc exposés à un risque accru de décès et d’autres conséquences néfastes tout au long de leur vie (1-3). On sait que le zinc joue un rôle essentiel dans différents processus biologiques, y compris la croissance cellulaire, la différenciation et le métabolisme (4,5), et qu’une carence en ce micronutriment entrave la croissance de l’enfant et réduit la résistance aux infections, ce qui contribue fortement à la morbidité et à la mortalité chez le jeune enfant (6-8).

Même si la carence aigüe en zinc est rare chez le sujet humain, les carences faibles à modérées semblent fréquentes, en particulier dans les populations qui consomment peu d’aliments d’origine animale riches en zinc mais beaucoup d’aliments riches en phytates, des composés qui inhibent l’absorption du zinc (9). Les carences faibles à modérées peuvent être difficiles à diagnostiquer, car les signes et symptômes (par exemple sensibilité accrue aux infections et retard de croissance) sont communs à d’autres carences en nutriments et maladies de l’enfant (7,8).

Malgré certains résultats non concordants (qui s’expliquent sans doute par la difficulté à réaliser des bilans en zinc), les méta-analyses des études menées sur les interventions dans de nombreux pays ont démontré une association positive entre la supplémentation en zinc et la croissance linéaire de l’enfant (8,10). Ainsi, une de ces études a montré qu’une dose de 10 mg de zinc par jour pendant 24 semaines entraînait un gain de taille net de 0,37 cm (±0,25) chez l’enfant (10).

En outre, il apparaît que la supplémentation en zinc pourrait agir davantage sur la croissance des enfants qui présentent justement un retard sur ce plan (5,10). La supplémentation en zinc seule a une plus grande influence sur la croissance linéaire que la supplémentation en zinc et en fer, sans doute en raison d’une interférence avec l’absorption en zinc ou la biodisponibilité (10). C’est pourquoi l’impact de la supplémentation en zinc pourrait être moins évident dans les pays où des programmes de supplémentation en fer et acide folique sont déjà en place.

Même si la supplémentation en zinc est considérée sans danger (8,10), et même si elle est recommandée comme intervention efficace pour réduire la morbidité liée à la diarrhée et aux infections des voies respiratoires inférieures chez le jeune enfant (8,12), la nécessité probable d’une administration quotidienne soulève plusieurs difficultés programmatiques. Les principales entraves opérationnelles à la diffusion de ces suppléments sont:

  • l’achat et la distribution de ces produits sur une longue période ;
  • l’accès limité de la population cible aux services de santé, et le mauvais usage qu’elle en fait ;
  • la formation et la motivation insuffisantes des agents de santé de première ligne ;
  • les conseils inadaptés donnés aux bénéficiaires ciblés ou à ceux qui s’en occupent ;
  • et la faible observance chez les bénéficiaires.(8,11)

Dans les pays où les carences en zinc sont très élevées et où le retard de croissance est très fréquent chez l’enfant, la supplémentation en zinc préventive a un effet positif faible mais significatif sur la croissance linéaire. L’impact limité de la supplémentation en zinc indique qu’une telle intervention devrait être intégrée à des efforts plus complets pour améliorer l’état nutritionnel général de l’enfant, en particulier durant les deux premières années de vie (3,8,9,13).

Les interventions destinées à promouvoir, d’une part, l’allaitement au sein exclusif et une alimentation de complément appropriée et, d’autre part, la supplémentation en micronutriments et l’enrichissement des aliments, pourraient réduire le risque de retard de croissance et devraient apporter des bénéfices nutritionnels importants aux jeunes enfants (3,14).


Références

  • UNICEF, WHO, World Bank. Levels and trends in child malnutrition. Joint child malnutrition estimates. New York, NY: United Nations International Children's Fund, 2012. Geneva: World Health Organization; Washington, DC: World Bank.
  • UNICEF/WHO/WB. Global database on child growth and malnutrition. Estimated prevalence of stunted children preschool children with 95% confidence intervals. WHO:Geneva 2013. http://www.who.int/nutgrowthdb/estimates/en/
  • Ramakrishnan U, Nguyen P, Martorell R. Effects of micronutrients on growth of children under 5 y of age: meta-analyses of single and multiple nutrient interventions. American Journal of Clinical Nutrition 2009, 89:191–203.
  • Prasad AS. Discovery of human zinc deficiency and studies in an experimental human model. American Journal of Clinical Nutrition. 1991, 53:403-12.
  • Brown KH et al. Effect of supplemental zinc on the growth and serum zinc concentrations of prepubertal children: a meta-analysis of randomized controlled trials. American Journal of Clinical Nutrition.2002, 75:1062-1071.
  • Friis H et al. The impact of zinc supplementation on growth and body composition: a randomized, controlled trial among rural Zimbabwean schoolchildren. European Journal of Clinical Nutrition.1997, 51:38-45.
  • de Benoist B et al. Conclusions of the Joint Report WHO/UNICEF/IAEA/IZINCG Interagency meeting on zinc status indicators: foreword. Food and Nutrition Bulletin. 2007, 28:S480-484.
  • Brown KH et al. Preventive zinc supplementation among infants, preschoolers, and older prepubertal children. Food and Nutrition Bulletin. 2009, 30:(Suppl 1):S12-36.
  • Sanstead H. Zinc deficiency: a public health problem? American Journal of Diseases of Children. 1991, 145:853-9.
  • Imdad A, Bhutta ZA. Effect of preventive zinc supplementation on linear growth in children under 5 years of age in developing countries: a meta-analysis of studies for input to the lives saved tool. BioMed Central Public Health. 2011, 11(Suppl 3):S22.
  • Bhutta ZA et al. Evidence-based interventions for improvement of maternal and child nutrition: what can be done and at what cost? Lancet. 2013, S0140-6736(13)60996-4.
  • Allen LH, Gillespie SR. What works? A review of the efficacy and effectiveness of nutrition interventions. Geneva: United Nations Administrative Committee on Coordination/Sub-Committee on Nutrition (ACC/SCN) and Manila: Asian Development Bank, 2001.
  • Black RE et al. Maternal and child undernutrition and overweight in low-income and middle-income countries. Lancet. 2013, S0140-6736(13)60937-X.
  • Imdad A, Yakoob MY, Bhutta ZA. Impact of maternal education about complementary feeding and provision of complementary foods on child growth in developing countries. BioMed Central Public Health. 2011, 11(Suppl 3):S25.
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