Supplémentation en huiles d’origine marine pour améliorer l’issue de la grossesse
Fondements biologiques, comportementaux et contextuels
Les acides gras oméga 3 sont des acides gras essentiels polyinsaturés à longue chaîne, indispensables à la bonne santé et au développement. Contrairement aux oméga 3 issus de sources végétales, telles que les graines de lin et l’huile de colza, les huiles d’animaux marins et celles extraites des algues contiennent de l’acide docosahexaénoïque (DHA) et de l’acide éicosapentaénoïque (EPA) à longue chaîne. On les appelle acides gras essentiels parce que le corps ne peut les produire de manière autonome, si bien qu’ils doivent être consommés en quantité adéquate.
La période prénatale est une période associée à un risque accru de carence en oméga 3, étant donné que les réserves tissulaires de la mère ont tendance à diminuer 1 puisqu’elles sont utilisées pour le développement du fœtus 2, 3. La supplémentation en huiles d’origine marine est souvent recommandée aux femmes enceintes afin de couvrir leurs besoins en oméga 3.
On a étudié le recours à une supplémentation en huiles d’origine marine comme stratégie envisageable pour éviter les naissances avant terme (ou augmenter l’âge gestationnel) et éviter l’éclampsie, mais aussi pour augmenter le poids de naissance, ainsi que pour induire d’autres bénéfices éventuels, tels que l’amélioration du développement cérébral du fœtus et la réduction du risque de paralysie cérébrale ou de dépression postpartum 4–7. Les théories qui sous-tendent les études sur l’issue de la grossesse ont été initialement développées à partir de l’observation d’un poids de naissance élevé et d’une durée de gestation plus longue au sein des communautés qui consomment beaucoup de poisson 8–10.
Les acides gras DHA et EPA qui sont contenus dans les huiles d’origine marine sont les précurseurs des prostaglandines, dont il a été démontré qu’elles influent sur la constriction des vaisseaux sanguins. Chez les femmes enceintes et les autres adultes, les huiles d’origine marine ont été recommandées pour le traitement de l’hypertension artérielle 11. Ces mêmes composantes des huiles d’origine marine sont également susceptibles de retarder le travail chez la femme enceinte et donc, potentiellement, d’allonger la durée de la grossesse et d’accroître le poids de naissance en empêchant la production des prostaglandines qui favorisent l’ouverture du col de l’utérus 12.
Toutefois, les études qui se sont intéressées à ces mécanismes et à leurs bienfaits potentiels pour la santé de la mère et de l’enfant présentent des résultats contradictoires 4, 5, 10, 13, 14. D’après les conclusions les plus encourageantes issues d’une revue systématique récente, bien qu’il n’y ait pas encore suffisamment de données factuelles permettant d’étayer la recommandation d’une supplémentation systématique en huiles d’origine marine durant la grossesse en vue de limiter le risque de pré-éclampsie, de prématurité ou de faible poids de naissance, la supplémentation en huiles d’origine marine pourrait être bénéfique aux femmes enceintes en tant que moyen d’allonger la gestation 12.
Tandis que l’on conseille aux femmes enceintes de consommer les huiles d’origine marine, on les met le même temps en garde en leur suggérant de limiter leur consommation globale de poisson. En effet, le poisson est une source importante d’acides gras oméga 3, mais nombre d’espèces de poissons risquent d’être contaminées par du méthylmercure ou des polychlorobiphényles (PCB), lesquels peuvent nuire au développement du fœtus 15, 16. Ces contaminants potentiellement dangereux sont plus susceptibles de s’accumuler dans la chair du poisson que dans l’huile de poisson. Toutefois, il peut aussi y avoir des problèmes de sécurité alimentaire si l’on consomme des préparations à base d’huile de poissons non raffinées, car elles peuvent contenir des résidus de pesticides et de PCB 17.
Toutes les études ne s’accordent pas non plus sur les doses de DHA et d’EPA issues des huiles d’origine marine nécessaires pour obtenir les bienfaits recherchés chez la mère et chez l’enfant. Dans les essais, les doses varient entre 133 milligrammes et 3 grammes par jour, la plupart des femmes recevant environ 2,7 grammes d’EPA et autant de DHA chaque jour 12. Si l’on convertit cette dose en quantité de nourriture, il faudrait qu’une femme enceinte mange 300 grammes de saumon cuit, ce qui peut aller à l’encontre d’éventuelles restrictions à la consommation de poisson durant la grossesse en raison des contaminants. Par ailleurs, les suppléments en huile d’animaux marins ne semblent pas causer d’effets secondaires graves, comme des complications hémorragiques ou un inconfort susceptible d’influer sur le respect de la prescription ; on peut juste noter une plainte assez mineure portant sur un goût désagréable 12, 18, 19.
Références
1 Makrides M, Gibson R.S. Long-chain polyunsaturated fatty acid requirements during pregnancy and lactation. American Journal of Clinical Nutrition, 2000, 71:307S–311S.
2 Al MD et al. Maternal essential fatty acid patterns during normal pregnancy and their relationship to the neonatal essential fatty acid status. British Journal of Nutrition, 1995, 74:55–68.
3 Otto SJ et al. Maternal and neonatal fatty acid status in phospholipids: an international comparative study. European Journal of Clinical Nutrition, 1997, 51:232–242.
4 Olafsdottir AS et al. Relationship between dietary intake of cod liver oil in early pregnancy and birthweight. British Journal of Obstetrics and Gynaecology, 2005, 112:424–429.
5 Ramakrishnan U et al. Effects of docosahexaenoic acid supplementation during pregnancy on gestational age and size at birth: randomized, double-blind, placebo-controlled trial in Mexico. Food and Nutrition Bulletin, 2010, 31:S108–S116.
6 Petridou E et al. Diet during pregnancy and the risk of cerebral palsy. British Journal of Nutrition, 1998, 79:407–412.
7 Borja-Hart NL, Marino J. Role of omega-3 fatty acids for prevention or treatment of perinatal depression. Pharmacotherapy, 2010, 30:210–216.
8 Olsen SF, Joensen HD. High liveborn birth weights in the Faroes: a comparison between birth weights in the Faroes and in Denmark. Journal of Epidemiology and Community Health, 1985, 39:27–32.
9 Olsen SF, Hansen HS. Marine fat, birthweight, and gestational age: a case report. Agents Actions, 1987, 22:373–374.
10 Olsen SF et al. Randomized controlled trial of effect of fish-oil supplementation on pregnancy duration. The Lancet, 1992, 339:1003–1007.
11 Morris MC et al. Does fish oil lower blood pressure? A meta-analysis of controlled trials. Circulation, 1993, 88:523–533.
12 Makrides M et al. Marine oil, and other prostaglandin precursor, supplementation for pregnancy uncomplicated by pre-eclampsia or intrauterine growth restriction. Base de données des revues systématiques Cochrane, 2006, Issue 3, Art. No.: CD003402.
13 Harper M et al. Omega-3 fatty acid supplementation to prevent recurrent preterm birth. Obstetrics and Gynecology, 2010, 115:234–242.
14 Williams MA et al. Omega-3 fatty acids in maternal erythrocytes and risk of preeclampsia. Epidemiology, 1995, 6:232–237.
15 Nutrition in pregnancy: Scientific Advisory Committee Opinion Paper 18. London, Royal College of Obstetricians and Gynaecologists, 2010.
16 Buck GM et al. Maternal fish consumption and infant birth size and gestation: New York State angler cohort study. Environmental Health, 2003, 2:7–16.
17 Rawn DFK et al. Persistent organic pollutants in fish oil supplements on the Canadian market: polychorinated biphenyls and organochlorine insecticides. Journal of Food Science, 2008, 74:T14–T19.
18 Makrides M. Is there a dietary requirement for DHA in pregnancy? Prostaglandins, Leukotrienes and Essential Fatty Acids, 2009, 81:171–174.
19 Akabas SR, Deckelbaum RJ. Summary of a workshop on n-3 fatty acids: current status of recommendations and future directions. American Journal of Clinical Nutrition, 2006, 83:1536S–1538S.