Supplémentation en vitamine A visant à améliorer l’issue du traitement chez les enfants atteints d’infections respiratoires
Fondements biologiques, comportementaux et contextuels
Les infections aiguës des voies respiratoires inférieures, et en particulier la bronchiolite et la pneumonie, qui en sont les formes les plus sévères, constituent la principale cause de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans 1, 2. À elle seule, la pneumonie tue chaque année 1.8 million de nourrissons et de jeunes enfants 3. La majorité de ces décès, qui pourraient vraisemblablement être évités, ont lieu dans des régions défavorisées et sont fortement corrélées à un accès inadéquat aux soins de santé et à la dénutrition.
Plusieurs interventions nutritionnelles se sont avérées efficaces pour réduire le nombre de cas d’infections aiguës des voies respiratoires inférieures et l’issue potentiellement létale de la pneumonie. La vitamine A/le rétinol intervient dans la production, la croissance et la différenciation des globules rouges, des lymphocytes et des anticorps4, ainsi que dans l’intégrité de la barrière épithéliale. Comme il a été prouvé que la supplémentation en vitamine A était efficace pour protéger contre la pneumonie lorsqu’elle découle de la rougeole 5, on a recherché s’il était possible de l’utiliser comme intervention visant à accélérer le rétablissement, à amenuiser la gravité des épisodes d’infections aiguës des voies respiratoires inférieures et à empêcher leur récurrence 6–11. Les résultats ne vont pas tous dans le même sens. Certains auteurs ne constatent aucun bénéfice 6, 12–15, tandis que d’autres décrivent des effets positifs uniquement sur certains groupes bien spécifiques, comme les enfants en insuffisance pondérale 16 ou ceux présentant déjà une carence en vitamine A 17. Il a également été observé que la supplémentation en vitamine A accroissait l’incidence des infections aiguës des voies respiratoires inférieures, surtout parmi les enfants qui bénéficiaient de meilleurs apports en nutriments 16, 18.
Il semble que les enfants carencés en vitamine A courent un plus grand risque de contracter une infection des voies respiratoires et d’en mourir 19. Les carences préexistantes semblent aggraver l’infection, et il a été montré que la supplémentation en vitamine A réduisait d’environ 23-30 % le risque de décès chez les enfants de 6 à 59 mois 20. Dans le cas d’une pneumonie découlant d’une rougeole, de forte doses de vitamine A ont clairement un effete protecter 21, 22. En revanche, on n’a pas observé d’effets similaires en ce qui concerne les infections aiguës des voies respiratoires inférieures, que ce soit avec des doses de vitamine A fortes ou faibles. Si de faibles doses ont été associées à un risque moindre d’infection respiratoire 16, de fortes doses semblent avoir un effet négatif 23. Plusieurs théories ont été mises en avant pour tenter d’expliquer la diversité des résultats et les possibles mécanismes biologiques en jeu. Pour les enfants disposant de réserves adéquates de vitamine A, la supplémentation par des doses particulièrement fortes de vitamine A peut induire un dysfonctionnement temporaire de la régulation du système immunitaire. Cela peut se traduire par, voire provoquer, une sensibilité accrue aux maladies infectieuses 18.
Deux récentes revues systématiques du rôle de la supplémentation en vitamine A dans la prévention des infections respiratoires chez les enfants ont conclu que les suppléments ne devaient être donnés qu’aux enfants dont l’état nutritionnel est insatisfaisant 1. Les résultats suggèrent également que le dosage et les effets délétères potentiels sont des aspects importants à prendre en considération pour l’élaboration de recommandations1, 24. Une surdose de vitamine A peut être toxique et provoquer des nausées, des vomissements et une perte d’appétit risquant de réduire encore l’apport de nutriments. Une étude qui évaluait les effets d’une dose modérée de vitamine A a constaté un effet positif chez les enfants qui avaient un apport suffisant en vitamine A et aucun effet indésirable n’a été rapporté pour cette supplémentation 9. On n’a pas encore déterminé si un apport accru en aliments contenant de la vitamine A aurait ou non les mêmes effets positifs. Dans les pays qui disposent de peu de ressources et qui affichent des taux élevés d’infections aiguës des voies respiratoires inférieures3, il se peut que les aliments présentant une teneur significative en vitamine A, comme des produits d’origine animale (foie, lait, fromage, œufs) ou des aliments enrichis ne soient pas consommés fréquemment. Dans ces cas, il peut être nécessaire d’améliorer l’accès à des aliments contenant de la provitamine A, comme les mangues et les papayes, grâce à une diversification de l’alimentation et à des programmes de production alimentaire familiale24–26.
Références
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