OMS : perspectives d’avenir – entretien avec LEE Jong-wook

Le prochain Directeur général de l’OMS a de grandes ambitions pour la santé dans le monde


21 mai 2003

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Q: Le syndrome respiratoire aigu sévère, ou « SRAS », a fait la une des médias récemment. Quel a été le rôle de l’OMS, et que nous a appris cette épidémie ?

Le SRAS a confirmé le rôle directeur de l’OMS en matière de protection contre les menaces émergentes pour la santé à l’échelle internationale. Dès que la flambée s’est déclarée, l’OMS a traité l’essentiel de l’information concernant le SRAS dans le monde, faisant quotidiennement le point sur son site Internet, dont le nombre des visiteurs a augmenté de façon spectaculaire. Les experts de l’OMS, par l’intermédiaire du réseau Alerte et action au niveau mondial, ont aidé à coordonner le travail des équipes scientifiques et médicales qui menaient sur le terrain la lutte contre le SRAS.

Sans la riposte internationale efficace dirigée par l’OMS et ses partenaires, le SRAS aurait eu des conséquences humaines et économiques beaucoup plus graves encore
L’OMS a parrainé des téléconférences grâce auxquelles des responsables de la santé de différents pays ont pu échanger des données cliniques. Sous la conduite de l’OMS, un réseau de laboratoires a étudié le virus et des réseaux d’épidémiologistes et de cliniciens coordonnés par l’OMS ont fourni des données sur les schémas de transmission et les meilleures pratiques pour la prise en charge des malades. Sans la riposte internationale efficace dirigée par l’OMS et ses partenaires, le SRAS aurait eu des conséquences humaines et économiques beaucoup plus graves encore.

Pour nous préparer aux défis futurs, je compte donner immédiatement un essor considérable au Réseau mondial d'alerte et d'action en cas d'épidémies. Nous allons renforcer les capacités et consolider les infrastructures locales, nationales et mondiales afin de pouvoir déceler et maîtriser plus rapidement les maladies transmissibles existantes et émergentes.


Q: Quelles sont pour vous les plus graves menaces pour la santé dans le monde, et comment l’OMS s’apprête-t-elle à les combattre ?

En fournissant des données, des directives et des normes et une assistance technique aux pays, l’OMS les aide à reconnaître et à résoudre leurs problèmes de santé prioritaires. Les pays établissent leurs priorités selon la situation épidémiologique et en fonction de choix politiques.

En même temps, les ressources de l’OMS sont limitées et elle doit en faire un usage sélectif. Vu les inégalités inacceptables qui caractérisent la santé dans le monde, nous privilégierons les programmes qui bénéficient aux communautés les plus démunies et les plus vulnérables.

L’OMS maintiendra au nombre des ses principales priorités la lutte contre les maladies infectieuses les plus mortelles – VIH/SIDA, tuberculose et
paludisme
C’est pourquoi nous continuerons de mettre l’accent sur la nutrition, par exemple. Pour les mêmes raisons, l’OMS maintiendra au nombre des ses principales priorités la lutte contre les maladies infectieuses les plus mortelles – VIH/SIDA, tuberculose et paludisme. Et ce, non seulement à cause de la charge de morbidité qui leur est imputable à l’échelle mondiale, mais également parce qu’elles affectent principalement les personnes démunies.

Les maladies non transmissibles sont aujourd’hui responsables d’une part croissante de la charge de morbidité, dans les pays au revenu inférieur comme dans ceux qui ont un revenu élevé. C’est pourquoi les traumatismes, la santé mentale et d’autres maladies non transmissibles revêtiront ces prochaines années une grande importance pour l’OMS.


Q: L’Organisation des Nations Unies a fixé pour ces 10-15 prochaines années une série d’objectifs de développement du Millénaire. Pourquoi sont-ils si importants ?

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Les objectifs de développement du Millénaire ont été adoptés par le Sommet du Millénaire en septembre 2000. Ils constituent un cadre pour la réduction de la pauvreté et le développement, assorti de cibles mesurables à atteindre d’ici à 2015. La santé est au cœur du programme d’action du Millénaire, les pays s’étant engagés à atteindre des niveaux de référence dans les domaines de la nutrition, de l’accès à de l’eau salubre, de la santé maternelle et infantile, de la lutte contre les maladies infectieuses et de l’accès aux médicaments essentiels.

La réalisation de ces objectifs permettra de sauver des millions de vie et d’éliminer d’immenses souffrances. Cela suffit à justifier la détermination des pays. Mais elle assurera en outre à certaines des régions les plus désavantagées du monde les bases d’un développement économique à long terme.


Q: Les responsables de la politique sanitaire se concentrent sur les buts et les cibles. Mais comment procéder pour toujours garder présents à l’esprit les besoins concrets et urgents des individus, surtout ceux des déshérités ?

L’écoute sera l’une de mes grandes préoccupations en tant que Directeur général. Je veux dire par là écouter non seulement les responsables sanitaires et ceux qui élaborent les politiques, mais aussi les organisations communautaires qui représentent vraiment les pauvres. J’entends mener une politique d’ouverture pour que ces organisations puissent avoir une grande influence sur le programme d’action de l’OMS.

La pauvreté rend plus vulnérable à de multiples égards. Toutes sortes de dangers menacent simultanément la santé des pauvres, ce qui signifie que les objectifs sanitaires spécifiques et les programmes verticaux de lutte contre la maladie doivent être intégrés dans un effort global pour renforcer les systèmes de santé. La guérison d’un cas de tuberculose est vaine si la personne meurt ensuite d’une affection cardiaque ou de complications obstétriques que le système de santé est incapable de soigner. Il est indispensable de développer les systèmes de santé pour que les communautés démunies et vulnérables aient accès à une vaste gamme de services qui répondent aux besoins sanitaires réels des gens.


Q: Des millions de personnes n’ont pas accès aux médicaments essentiels contre le VIH/SIDA et contre d’autres maladies. On manque aussi d’agents de santé qualifiés pour assurer les soins et le traitement. Comment mieux exploiter les ressources des services de santé au profit des personnes qui ont les plus grands besoins ?

Il faut consacrer beaucoup plus de ressources à l’action de santé dans le monde en développement. Pour cela, les pays à faible revenu doivent dépenser davantage et les donateurs doivent accroître leurs investissements.

Sous ma direction, l’OMS intensifiera sa collaboration avec ses partenaires pour élargir l’accès au traitement contre le SIDA, surtout dans les régions déshéritées
De nombreux pays auront besoin d’un financement supplémentaire pour faire face aux crises sanitaires, notamment celle du VIH/SIDA. Sous ma direction, l’OMS intensifiera sa collaboration avec ses partenaires pour élargir l’accès au traitement contre le SIDA, surtout dans les régions déshéritées.

Mais tout en cherchant à obtenir un appui supplémentaire en faveur du secteur de la santé, nous devons nous efforcer d’utiliser plus judicieusement les ressources existantes. Je suis en train de rédiger des propositions concrètes concernant les ressources humaines pour la santé. Dans l’immédiat, nous proposons notamment de mobiliser des agents de santé communautaires dans les régions où les médecins et le personnel infirmier sont rares. Le potentiel des communautés peut nous aider à remédier au manque de ressources humaines dans les situations où il est urgent d’intensifier les programmes.


Q: Dans votre programme pour la santé dans le monde, vous parlez de mesurer les progrès accomplis et d’obtenir des résultats. Quels sont les progrès que vous souhaitez le plus voir s’accomplir et quelles sont les chances d’obtenir de bons résultats ?

Notre tâche dans les années à venir consistera à préparer le terrain pour faire des progrès étendus et durables en santé, en particulier dans les régions du monde où la situation stagne ou se dégrade. Les objectifs spécifiques peuvent servir de catalyseurs. En ce qui concerne le VIH/SIDA par exemple, nous pouvons et nous devons atteindre l’objectif « 3 x 5 », à savoir trois millions de personnes sous traitement antirétroviral dans les pays en développement d’ici 2005.

Je suis déterminé à mener une guerre totale contre la poliomyélite. Je veux que cette maladie soit éradiquée pendant mon mandat de Directeur général
Dans un même temps, l’OMS doit forger des partenariats avec d’autres chefs de file et acteurs du secteur de la santé pour intensifier la prévention du VIH conformément aux objectifs fixés au niveau mondial. Je suis déterminé à mener une guerre totale contre la poliomyélite. Je veux que cette maladie soit éradiquée pendant mon mandat de Directeur général.

Aussi louables que soient les intentions, il est difficile de connaître à l’avance les résultats. Il semble pourtant que les années à venir offrent la possibilité de faire d’importants progrès en santé. L’importance de la santé pour le développement économique et la sécurité est plus claire que jamais. Partout dans le monde, les dirigeants accordent plus d’attention qu’auparavant aux questions de santé, et notamment - mais pas exclusivement - aux maladies infectieuses. Nous devons saisir cette occasion pour lancer un programme ambitieux de santé publique internationale. En collaborant étroitement avec les pays pour mesurer les résultats sur le terrain, nous ferons en sorte que les ambitions mondiales se traduisent par des progrès concrets qui contribuent à la santé et au bien-être des communautés.

21 mai 2003
Entretien du Dr Lee avec M. Thomson Prentice, Directeur de la rédaction du rapport sur la santé dans le monde


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