SRAS : interruption des chaînes de transmission

5 juillet 2003 -- Maintenant que Taiwan (Chine) a été retirée de la liste des zones de transmission locale récente du SRAS, il semble que la chaîne de transmission interhumaine de cette nouvelle maladie ait été interrompue dans le monde entier.

Travail sur le SRAS à Beijing
Travail sur le SRAS à Beijing. Avec l’aimable autorisation du Dr Kazunori Oishi de l’Université de Nagasaki (Japon).

On considère que la chaîne de transmission a été interrompue sur le site d'une flambée épidémique lorsque 20 jours se sont écoulés après que le dernier cas probable a été placé en isolement, a quitté la région ou est décédé. Si aucun nouveau cas n'est détecté au cours de ces 20 jours, malgré une surveillance sensible, on peut considérer que le virus a disparu de l'hôte humain.

Fin juin, l'OMS a annoncé l'interruption de la transmission à Hong Kong et à Beijing, les deux zones les plus sévèrement touchées dans le monde. Toronto et Taiwan les ont rejointes peu après, et Taiwan a été retirée de la liste le 5 juillet.

Dans tous les sites de flambées épidémiques, le virus du SRAS a été éliminé de son nouvel hôte humain. C'est une réussite considérable pour une maladie particulièrement dangereuse et mal connue, dont personne n'avait entendu parler quatre mois auparavant.

Le monde doit néanmoins rester sur ses gardes. La résurgence de cas fin mai à Toronto, où l'on pensait avoir endigué la maladie, a rappelé la résistance du SRAS et sa capacité à réserver des surprises.

Les premières chaînes de transmission sont aussi les plus mystérieuses

Scène de la rue à Hong Kong, début juin
Scène de la rue à Hong Kong, début juin. Le port du masque est devenu rapidement l’image symbolique du SRAS dans le public.

On sait désormais que les premiers cas se sont produits vers la mi-novembre dans la province du Guangdong (Chine). Le SRAS n'a commencé à se répandre dans le monde qu'à partir du 21 février, lorsqu'un médecin contaminé de Guangdong a séjourné au neuvième étage du Metropole Hotel de Hong Kong, dans la chambre 911.

C'est à partir de ce lieu bien précis que la transmission internationale du SRAS a débuté, d'une manière qui reste encore mystérieuse. Au moins 14 clients et visiteurs ont transporté le virus dans le milieu hospitalier de Toronto, de Hong Kong, du Viet Nam et de Singapour. Plus récemment, les analyses pratiquées à leur retour ont établi que deux autres clients originaires du Royaume-Uni, tombés malades et hospitalisés ensuite aux Philippines, avaient été infectés par le SRAS. Pour des raisons encore inexpliquées, ces deux personnes sont les seules à avoir été infectées pendant leur séjour dans cet hôtel de Hong Kong sans pour autant avoir provoqué de flambées importantes ailleurs.

Les flambées les plus précoces et les plus graves, à Toronto, à Hong Kong, au Viet Nam et à Singapour, ont toutes eu pour origine des clients de cet hôtel. A ce moment là, avant la première alerte mondiale publiée par l'OMS le 12 mars, personne ne savait qu'une nouvelle maladie grave, pouvant se propager rapidement en milieu hospitalier, était apparue. Le personnel hospitalier qui a soigné les premiers cas ne s'est donc pas suffisamment protégé de l'infection pendant qu'il s'efforçait avec énergie de sauver la vie de ces malades.

En conséquence, la maladie s'est propagée rapidement dans les hôpitaux, en infectant le personnel, d'autres patients, des visiteurs, puis en se répandant dans les communautés avec l'infection des membres des familles et des personnes en contact rapproché. Avec le développement des flambées, le nombre des cas exportés s'est accru et, finalement, 30 pays et territoires ont notifié des cas.

Une enquête efficace

Le docteur Carlo Urbani
Le docteur Carlo Urbani, spécialistes OMS des maladies transmissibles, est décédé du SRAS le 29 mars 2003. Il avait été le premier à identifier cette maladie au Viet Nam. La rapidité de son action a permis de renforcer la sensibilisation mondiale et donc de sauver de nombreuses vies.

L'OMS et les responsables nationaux de la santé devaient agir rapidement. L'une des mesures essentielles de lutte consistait à déterminer les chaînes de transmission. A Singapour par exemple, on a mis en évidence que 5 patients ont été à l'origine de 103 des 206 cas que l'on a recensés au cours de la flambée épidémique.

D'autres mesures ont été prises pour endiguer l'épidémie, notamment le dépistage rapide des cas et leur isolement, la mise en quarantaine des sujets contacts, les restrictions aux voyages. L'ouverture de centaines de centres de soin des affections fébriles et le recours aux médias pour inciter le public à contrôler plusieurs fois par jour l'apparition éventuelle de fièvre ont permis d'améliorer encore le dépistage.

A la suite de l'alerte mondiale de l'OMS et de ses recommandations d'urgence pour les voyages publiées le 15 mars, pratiquement tous les pays ayant eu des cas importés ont pu soit éviter toute transmission ultérieure, soit restreindre très fortement le nombre de cas supplémentaires, grâce à la sensibilisation aux symptômes à surveiller et aux mesures à prendre.

Taiwan (Chine) est la seule exception. Elle a connu une explosion de cas à la suite d'une défaillance des mesures anti-infectieuses dans un hôpital, ce qui illustre bien le caractère implacable du SRAS.

Le SRAS est la première maladie grave et facilement transmissible apparue au 21e siècle. L'application diligente des mesures de lutte mises au point le siècle précédent a néanmoins permis de l'endiguer. En dernière analyse, ce sont elles, aussi vieilles soient-elles, qui ont permis de remporter la victoire, au moins pour l'instant.

Questions en suspens

La plus pressante a trait à la possibilité de résurgence du SRAS. Comme pour le virus Ebola, dont on n'a jamais découvert l'origine, il pourrait y avoir un réservoir chez l'animal ou dans l'environnement qui permettrait au virus du SRAS de resurgir lorsque les conditions sont de nouveau réunies pour sa transmission chez l'homme, son nouvel hôte. Comme pour bien d'autres maladies respiratoires, le SRAS pourrait aussi avoir disparu avec l'augmentation de la chaleur et de l'humidité pour réapparaître avec le retour de la fraîcheur.

Coronavirus du SRAS;  Avec la permission de l'Université de Hon
Coronavirus du SRAS; Avec la permission de l'Université de Hong Kong

Pour cette raison, l'OMS passera prochainement d'un effort de riposte à l'urgence à un programme de recherche pour répondre à ces questions et à bien d'autres d'une importance cruciale. Par exemple, y a-t-il une possibilité que la transmission se poursuive, même après l'interruption de toutes les chaînes connues, mais à un niveau si faible qu'il ne permette pas la détection avant que ne survienne de nouveau une flambée épidémique?

Pour l'instant cependant, l'OMS a pour objectif de barrer toute possibilité de propagation internationale.

* Hong Kong (région administrative spéciale de Chine)


LIENS CONNEXES

Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) - en anglais
Dernières informations, mises à jour, directives, recommandations pour les voyages, nombre de cas, liste des zones de transmission locale récente. On y trouve les archives complètes de l'OMS sur le SRAS.

SRAS : statut de la flambée et leçons pour l'avenir [pdf 153kb]
Document préparé pour l'Assemblée mondiale de la Santé, 20 mai 2003

Conférence mondiale sur le syndrome respiratoire aigu sévère - en anglais
Organisée les 17 et 18 juin 2003 à Kuala Lumpur (Malaisie), la conférence mondiale de l'OMS sur le SRAS a permis de passer en revue l'épidémiologie, la prise en charge clinique, les recherches en laboratoire et d'étudier des stratégies de lutte à l'échelle mondiale.

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