Situation sanitaire à Bassorah


7 mai 2003

Flambée de choléra présumée

Une équipe de l'Organisation mondiale de la Santé, dont la présence est désormais permanente à Bassorah, a visité l’hôpital universitaire Al Tahrir avec des spécialistes locaux pour évaluer la situation sanitaire dans cette ville. Les médecins de l’hôpital ont fait état d’une augmentation significative du nombre des cas de diarrhée, de gastroentérite et de déshydratation. Sept cas de choléra cliniquement confirmés ont été notifiés, principalement chez de très jeunes enfants (entre 13 mois et 4 ans) vivant au nord de Bassorah, près de l’aéroport. Les enfants ont été réhydratés puis renvoyés chez eux. Les médecins ont déclaré que les maladies diarrhéiques sont actuellement à l’origine de plus d’une trentaine d’hospitalisations par jour. Ils ont fait part de leur préoccupation devant l’impossibilité de pratiquer les analyses médicales à l’hôpital, car le laboratoire central n’est pas opérationnel et certains réactifs font défaut ou ont été volés. L’équipe de l’OMS a emmené le même jour des échantillons pour les analyser dans le laboratoire public national du Koweït et confirmer la présence de choléra. On attend les résultats dans les prochains jours.

L’hôpital pour enfants de Bassorah a confirmé cette situation. Les médecins ont déclaré que, sur 200 consultations externes par jour, 90 % étaient dues à des épisodes diarrhéiques. Les autres diagnostics étaient les suivants : hépatite, infection respiratoire aiguë, malnutrition, shigellose et fièvre typhoïde. Là encore, on ne dispose pas des moyens de faire les analyses nécessaires pour confirmer la présence de choléra ou d’autres agents infectieux, alors qu’il ne fait aucun doute pour les médecins et l’équipe sur place qu’il s’agit bien de choléra. « En l’absence d’une confirmation au laboratoire, nous devons nous fier à notre expérience et à notre connaissance des patients pour reconnaître les maladies. Nous avons pu confirmer par l’examen clinique 4 cas de choléra cette semaine », a expliqué l’un des directeurs.

Les agents hospitaliers soulignent qu’ils ne peuvent traiter que les symptômes et pas la source du problème, manifestement liée à l’approvisionnement en eau à Bassorah. Les eaux usées ne sont pas évacuées, les ordures ne sont ramassées qu’épisodiquement, voire pas du tout, et la population utilise l’eau polluée du Chatt Al Arab.

La diminution, voire la disparition, des activités de surveillance depuis le début de la guerre constitue un autre problème essentiel. Il n’y a donc pratiquement plus de surveillance, ni de lutte contre les maladies transmissibles. Il est clair qu’à Bassorah, cette situation contribue à l’augmentation du nombre des cas de diarrhée et l’on s’inquiète des graves problèmes que provoquerait une flambée de choléra. Les médecins signalent également des cas d’intoxication alimentaire, dus principalement à la consommation de crèmes glacées. L’eau est insalubre et les glaces sont fabriquées dans de mauvaises conditions d’hygiène.

Sécurité

La sécurité constitue le problème dominant à Bassorah. Nous avons rencontré des chirurgiens qui nous ont expliqué ne pas pouvoir opérer en raison des menaces reçues des familles des patients. Ils se sont plaints de l’insécurité, de même que le nouveau Directeur de la Santé, le Dr Yassin Musowi, lors de sa rencontre à Bassorah avec l’OMS, l’UNICEF et diverses ONG sanitaires. Au cours des derniers jours, de nombreux véhicules officiels ont été volés, de même que le minibus de l’hôpital pour enfants. Celui-ci était très utile pour transporter plus de 15 agents de santé entre le travail et leur domicile. Des rapports alarmants circulent sur le degré d’insécurité, notamment pour le personnel de santé féminin. Certaines restent chez elles tandis que d’autres dorment sur leur lieu de travail. Personne ne se sent en sécurité dans cette ville où l’on continue d’entendre des coups de feu la nuit. Un grand nombre de médecins évitent de se servir de leur voiture et ne peuvent travailler dans de bonnes conditions.

Des nouvelles encourageantes sur les entrepôts

Une équipe de l’OMS s’est rendue dans les entrepôts de Bassorah. Sur les six, un seul qui dessert le secteur privé a été pillé. Les cinq autres protégés par le personnel ont échappé au pillage. Il n’a pas été possible de terminer l’inventaire, mais il semble qu’il reste des stocks abondants de médicaments intacts. On constate cependant une pénurie de vaccins et les médicaments antituberculeux seront bientôt épuisés. Il y a un besoin urgent de réactifs de laboratoire et d’insecticides. Les employés rapportent que les transports fonctionnent toujours.

Besoins et dons

L’OMS exhorte les donateurs et leurs partenaires sur le terrain à ne pas créer de systèmes de santé parallèles. Elle leur demande instamment de coordonner leur action et de se consulter avant d’envoyer des dons de médicaments ou de matériel médical. Sinon on risque d’être surapprovisionné dans certains cas secondaires alors que des besoins essentiels resteraient insatisfaits.

Pour plus de renseignements, s’adresser au porte-parole de l’OMS, Iain Simpson à Genève (00 4179 475 5534).

Les spécialistes ci-après de l’OMS peuvent répondre aux questions des journalistes : Dr Ghulam Popal, Chef du Bureau de l’OMS en Iraq (+962 795 7092) ; Dr Mohamed Jama, Directeur régional adjoint, Bureau régional OMS de la Méditerranée orientale, Le Caire (+202 276 5026) ; Dr David Nabarro, Directeur exécutif, OMS Genève (+41 22 791 2363, +41 79 217 3446)

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