Témoignages d’agents de santé iraquiens

10 août 2007

Lors d’un atelier récemment organisé à Amman, il a été demandé à plusieurs professionnels de santé iraquiens de témoigner des difficultés qu’ils rencontrent au quotidien. Leurs témoignages – présentés ici à partir des interviews réalisées – démontrent un courage et une capacité d’adaptation incroyables face au danger constant alors qu’ils doivent braver les attentats à la bombe et les restrictions imposées par le couvre-feu pour venir en aide aux plus vulnérables.

Pour préserver l’anonymat des personnes interviewées, les noms et autres éléments d’identification n’apparaissent pas.

La vaccination en zone dangereuse

Un agent de santé iraquien en train de vacciner un enfant à Bagdad
AP
Un agent de santé en train de vacciner un enfant à Bagdad

"Quelles que soient les difficultés auxquelles nous sommes confrontés, je constate que les gens font encore preuve de loyauté et restent déterminés à aider les plus vulnérables. Cet état d’esprit, qui n’a pas disparu, est un atout très précieux et montre que les gens sont capables de faire face à des situations exceptionnelles. Les campagnes de vaccination contre la poliomyélite, dont ont bénéficié plus de cinq millions d’enfants de moins de cinq ans, en sont l’illustration. Plusieurs collègues ont été tués au cours de ce programme, dont le succès est dû, en grande partie, à une forte capacité d’adaptation à la situation. Par exemple, dans ce cas précis, on a eu recours à des équipes fixes de vaccination dans les zones dangereuses, comme le quartier d’Al-Karkh de Bagdad."

L’aide des communautés

"Malgré l’insécurité, les communautés sont encore disposées à s’unir pour aider les plus vulnérables. Un jour, un garçon a été blessé par balle alors qu’il se trouvait devant chez lui. Les voisins ont aidé à le transporter à l’hôpital Ibn al Nafees, où il a pu être soigné et sauvé, ce qui montre que, comme les médecins présents qui font tout leur possible, voire l’impossible, pour remplir leurs obligations, les communautés s’efforcent de combler le vide laissé par les services médicaux d’urgence surchargés."

La confiance dans le personnel soignant

Un Iraquien blessé lors d'un attentat à la bombe, est en train d'être soigné à l'hôpital
AP
Un Iraquien blessé lors d'un attentat à la bombe est en train d'être soigné à l'hôpital

"Même si j’ai déjà été menacée par des employés mécontents et si je continue à craindre pour ma sécurité compte tenu de la situation, je n’ai pas subi de discrimination en tant que femme médecin. La population fait généralement confiance aux soignants, en particulier aux infirmières, infirmiers et vaccinateurs, qui continuent à travailler malgré les menaces constantes dont ils sont la cible. Le succès des programmes de vaccination contre la poliomyélite et contre la rougeole, les oreillons et la rubéole témoignent du dévouement et du courage de ces personnes."

L’achat de médicaments et de fournitures

Un médecin iraquien s'apprête à vacciner un enfant
AP
Un médecin iraquien s'apprête à vacciner un enfant

"Bien que le transport soit devenu extrêmement compliqué, nous continuons à recevoir les médicaments, les vaccins et les fournitures. Il est parfois presque impossible d’approvisionner les centres situés en zone dangereuse. Il est toutefois réconfortant de savoir que les vaccins sont achetés auprès de sources très fiables, ce qui constitue un progrès considérable par rapport aux années précédentes."

"Aucun des centres de santé de mon quartier n’a fermé, ce qui montre la volonté de fer et le courage des médecins, infirmiers et infirmières qui y travaillent. Cependant, compte tenu de la situation actuelle en matière de sécurité, nous avons parfois des difficultés à approvisionner les centres, comme celui de Mikaneek à Dora."

L’altruisme des patients

Un agent de santé iraquien prend la tension artérielle d'une femme
AP
Un agent de santé iraquien prend la tension artérielle d'une femme

"Nous avons eu beaucoup de difficultés à combattre la stigmatisation sociale associée à la tuberculose et les effets psychologiques qui en découlent. Un patient guéri de la tuberculose a offert des chocolats à d’autres malades, un geste qui les a beaucoup réconfortés. Cette attention, venant d’une personne à laquelle les patients pouvaient s’identifier et qui avaient connu les mêmes difficultés qu’eux, leur a montré qu’il était possible de surmonter la maladie. Ça m’a remonté le moral car j’ai vu que les patients changeaient d’attitude et devenaient plus combatifs face à la maladie. J’ai ainsi eu le courage de poursuivre mon travail efficacement. Je n’oublierai jamais cette marque d’altruisme d’un patient guéri de la tuberculose."

Oeuvrer pour un avenir meilleur

Une fillette blessée sur un lit d'hôpital
AP
Une fillette blessée hospitalisée à Bagdad

"La situation est délicate mais je serai toujours reconnaissant envers ceux qui font tout leur possible pour que l’avenir nous réserve des jours meilleurs."

"Malgré la situation actuelle et les obstacles auxquels nous sommes quotidiennement confrontés, nous faisons tout notre possible pour répondre aux attentes."

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