Lutter contre le VIH au moyen de soins intégrés pour les toxicomanes en Ukraine

Août 2012

L’Ukraine traite dans le cadre d’un même programme les patients à la fois VIH-positifs et toxicomanes par injection. Les résultats sont remarquables: amélioration de l’issue du traitement du VIH et réduction de l’usage de drogues illicites.

Oleg et Oxana bénéficient du programme de distribution de méthadone de Kriviy Rig
OMS/EURO

Oleg, la quarantaine, a commencé à s’injecter de l’héroïne en 1990. En 2008, il s’est retrouvé dans un fauteuil roulant poussé par sa femme dans de tristes couloirs d’hôpital. On venait de lui diagnostiquer de sérieux problèmes de santé, dont une pneumonie grave, des troubles cérébraux et le VIH. Les perspectives étaient sombres. Contre toute attente, Oleg a survécu et est rentré chez lui, toujours séropositif et toujours dépendant de l’héroïne.

Programme de distribution de méthadone soutenu par l’OMS

Peu de temps après, Oleg a entendu parler de la méthadone, un médicament utilisé dans le traitement de la dépendance aux opioïdes. «J’avais essayé beaucoup d’autres moyens de sevrage, comme la cure de désintoxication, en passant par la cure en institution religieuse et autres, mais rien n’a fonctionné. Je suis convaincu que la méthadone est le seul moyen d’aider les gens à cesser de consommer de la drogue». Oleg a été accepté dans le cadre du programme de distribution de méthadone soutenu par l’OMS. Au dispensaire qui lui distribuait la méthadone chaque jour, il recevait également le traitement anti-VIH dont il avait besoin.

VIH et toxicomanie: le modèle ukrainien de soins intégrés

L’histoire d’Oleg n’est pas unique en son genre. L’Ukraine a adopté une approche novatrice du traitement du VIH et de la toxicomanie, avec la mise en place de programmes dans le cadre desquels les toxicomanes par injection peuvent avoir accès à des services sociaux et de santé et échanger leurs seringues usagées contre des neuves.

En 2008, l’Ukraine a mis sur pied des programmes permettant de dispenser des services anti-VIH et un traitement de la toxicomanie pour la première fois de manière intégrée. Chaque jour, les patients reçoivent à la fois de la méthadone pour leur toxicomanie, des médicaments pour traiter leur infection à VIH et des médicaments pour prévenir ou traiter la tuberculose.

Ce modèle de soins intégré s’avère très efficace dans un pays qui enregistre l’un des taux de VIH les plus élevés et en augmentation le plus rapide en Europe, et en même temps la plus forte concentration de personnes vivant avec le VIH chez les toxicomanes par injection. En 2010, le taux de nouvelles infections à VIH se situait autour de 45 pour 100 000 habitants. Près du tiers de ces cas étaient dus à des aiguilles contaminées.

Toxicomanes par injection: améliorer l’accès au traitement

Un patient prend de la méthadone dans un centre de soins intégrés soutenu par l'OMS
OMS/Yury Kobyscha

Les toxicomanes par injection ukrainiens se heurtent à toute une série de problèmes qui accroissent leur risque de contracter le VIH. Beaucoup n’ont toujours pas accès au traitement de la toxicomanie. À peine 13% des toxicomanes par injection infectés par le VIH reçoivent actuellement des antirétroviraux ou d’autres médicaments liés à leur statut sérologique. L’Ukraine connaît également une épidémie majeure de tuberculose qui touche davantage les toxicomanes par injection vivant avec le VIH.

Le simple fait de réorganiser les services de santé en fonction des besoins des toxicomanes par injection facilite l’accès des toxicomanes au traitement du VIH et de la tuberculose dont ils ont besoin. La difficulté consiste désormais à mettre le traitement intégré à disposition de toutes les personnes qui en ont besoin.

Rôle de l’OMS dans le développement des services de santé intégrés

L’OMS a joué un rôle clé dans la mise en place et le développement des services de soins intégrés en Ukraine, en fournissant un soutien technique et des orientations aux partenaires nationaux. En 2008, des sites pilotes distribuant de la méthadone ont été mis en place dans les régions de Dnipropetrovsk, Mykolaiv et Odessa et dans la ville de Kiev. Près de 20 sites dispensent désormais un traitement intégré contre le VIH et la toxicomanie parallèlement aux soins de santé primaires, aux services antituberculeux et aux services de santé sexuelle et génésique pour les femmes. L’OMS a également soutenu la formation aux soins intégrés d’équipes multidisciplinaires venues de 18 régions de l’Ukraine.

Amélioration du traitement anti-VIH et baisse de la toxicomanie

L’impact de ces efforts a été remarquable. Une analyse récente des soins intégrés en Ukraine a permis de constater qu’ils ont permis non seulement une amélioration de l’issue du traitement du VIH mais également une baisse non négligeable de l’usage de drogues illicites. Les clients des sites pilotes ont davantage conscience qu’ils ont besoin de services médicaux. Ils ont recours à des services médicaux et psychosociaux beaucoup plus souvent, consomment en moyenne moins d’alcool et sont plus sensibilisés aux pratiques sexuelles à moindre risque.

«Lorsque nous avons démarré les soins intégrés avec la méthadone, nous étions très inquiets », a déclaré le Dr Dimitri Valentinovich Shaposhnik, du dispensaire des stupéfiants de la ville de Kriviy Rig. «Mais les effets positifs de la distribution de méthadone sont apparus rapidement: amélioration de la vie sociale, amélioration de la vie familiale, de l’emploi, meilleur accès aux soins de santé et meilleure santé.»

La thérapie de substitution a changé ma vie

Oleg a enfin pu réduire pour finalement cesser totalement sa consommation d’héroïne. Son système immunitaire a récupéré et il a pu reprendre une vie pratiquement normale. «La thérapie de substitution a changé ma vie! Mes relations familiales se sont améliorées, ma santé aussi et ce qui est important ma situation financière également» déclare Oleg. «Je célèbre mon dixième anniversaire de mariage, mon fils est en deuxième année d’école primaire, joue du piano et aime l’anglais et l’informatique. Et ma femme est beaucoup plus souriante qu’avant.»

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