Programme de santé mentale et de soutien psychosocial en Libye: reconstruire en mieux

Août 2013

Grâce à une nouvelle approche communautaire, un nouveau programme de santé mentale permet de répondre aux besoins jusque dans les zones les plus isolées du pays.

Après des décennies d’incurie et le conflit de 2011, le système de santé mentale libyen est en très mauvais état comptant seulement 12 psychiatres et des services hautement centralisés dispensés dans deux hôpitaux psychiatriques des deux principales villes du pays, Tripoli et Benghazi.

Un nouveau programme de santé mentale dirigé par le Ministère de la Santé à l’OMS et hébergé au Centre national de lutte contre la maladie (NCDC/MOH), s’est donné pour objectif de transformer l’approche institutionnelle en une approche communautaire des soins de santé mentale, en fournissant des services de santé mentale dans les zones les plus isolées et les plus mal desservies du pays.

OMS/Fahmy Bahgat

Ce changement d’orientation majeur choisi par la Lybie fait suite aux consultations qui ont eu lieu avec le ministère de la Santé et d’autres partenaires avec l’appui de l’OMS en 2011, et qui ont permis de définir la santé mentale et le soutien psychosocial comme un domaine prioritaire où des mesures devaient être prises d’urgence lors de la phase de relèvement et de reconstruction après le conflit en Lybie.

Des besoins en santé mentale après le conflit

En 2011, des centaines de Libyens présentant soit des symptômes liés à la guerre, soit des troubles mentaux préexistants aggravés par la situation d’urgence se sont rendus en masse dans les services de santé mentale existants pour se faire soigner; or le système n’était pas en mesure de répondre à ces besoins urgents.

Misurata, troisième ville de Lybie, a été le théâtre de certains des combats les plus durs. La ville a été assiégée pendant des mois et été la cible d’obus et de missiles toujours plus nombreux. Misurata était par ailleurs totalement dépourvue de services de santé mentale et ne comptait pas même un psychiatre.

«Les services de santé mentale en Libye étaient extrêmement insuffisants et ne pouvaient répondre aux besoins d’urgence des personnes atteintes de troubles pendant et après le conflit», a déclaré le Dr Baderdin Najjar, Directeur du Centre national libyen de lutte contre la maladie au ministère de la Santé. «Cela a créé d’énormes difficultés pour un système de santé déjà au bout de ses limites.»

Priorité aux régions isolées

À Misurata, des interventions de santé mentale et psychosociales à long terme ont été mises en place en partant de zéro. Début 2012, un projet a été mis sur pied afin de combler les lacunes les plus urgentes en matière de santé mentale dans cette ville, tout en servant de projet pilote pour d’autres régions du pays au cours de la phase de reconstruction après le conflit.

Deux autres zones géographiques isolées, les régions montagneuses de Sebha et Nafusa au sud et à l’ouest du pays font également l’objet d’une attention nouvelle en matière de soins de santé mentale communautaires. Le déploiement d’unités de santé mentale mobiles permet aux habitants d’avoir accès pour la première fois à des soins de santé mentale spécialisés.

De la formation en santé mentale

Des enfants chantent à l'occasion de la campagne de sensibilisation sur la santé mentale à Sebha en Lybie
Centre national de lutte contre la maladie/Abd el Razak ben Halim

L’une des conséquences du faible niveau de priorité accordée précédemment aux services de santé mentale par le système de santé publique libyen était l’absence presque totale de formation en soins de santé mentale.

Cela a désormais changé. Le programme du au Centre national de lutte contre la maladie vise en priorité à développer les capacités des professionnels de toute une série de disciplines afin de faire face aux problèmes de santé mentale. C’est ainsi qu’a été créé un diplôme en soins primaires de santé mentale à l’intention des médecins généralistes et un diplôme en psychothérapie clinique à l’intention des psychologues pour intervenir auprès des ex combattants et de leur famille. En outre, le programme forme maintenant des psychiatres, des infirmières et des travailleurs sociaux tout en organisant des campagnes d’information pour sensibiliser le public aux problèmes de santé mentale et combattre la stigmatisation qui les entoure.

«La véritable réussite du programme de santé mentale du ministère de la Santé et l’OMS en Libye jusqu’ici a été de permettre au pays de s’approprier le programme» a déclaré le Dr Jean Jabbour, Représentant de l’OMS en Libye. «Après le conflit, le programme a immédiatement commencé à faire appel à des experts nationaux, avec l’appui technique de l’OMS au niveau local et en liaison et en collaboration avec le Bureau régional et le Siège.»

Les objectifs de la Libye sont ambitieux. Elle espère que bientôt une nouvelle génération d’agents de santé mentale sera capable de faire face aux besoins considérables du pays après le conflit. En septembre déjà, un centre de santé mentale ambulatoire (soins de jour) va ouvrir à Tripoli et en décembre, le a Centre national de lutte contre la maladie lancera une stratégie de santé mentale pour 2015-2019.

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