Contamination mortelle de médicaments au Pakistan

Mars 2013

Plus de 200 personnes ont trouvé la mort et un millier environ sont tombées gravement malades au Pakistan après avoir pris des médicaments contaminés pour le cœur. Les experts de l’OMS ont joué un rôle crucial dans l’enquête.

Les patients arrivant dans les hôpitaux de la ville de Lahore au début du mois de décembre 2011 présentaient comme symptômes des saignements de la bouche et du tube digestif, des marques sombres étranges sur la peau et un effondrement de la numération des leucocytes et des plaquettes.

Les médecins ont tout d’abord pensé être confrontés à une nouvelle flambée de dengue. Mais ils ont été déroutés en voyant qu’aucune larve des moustiques vecteurs n’avait été découverte et que les symptômes ne correspondaient pas tous au tableau clinique de la dengue. À la mi-janvier 2012, 25 personnes étaient mortes de cette maladie mystérieuse et des centaines d’autres se pressaient dans les services d’urgence de la ville.

Action immédiate du gouvernement pakistanais

Une équipe de médecins réussit à établir un lien: tous les patients avaient pris un médicament du système cardiovasculaire fabriqué localement et distribué gratuitement par le Punjab Institute of Cardiology à Lahore.

OMS/C.Black

Soupçonnant une réaction indésirable due à un surdosage ou à une contamination, le Secrétaire d’État à la Santé du Pendjab a immédiatement rappelé cinq médicaments suspects distribués à environ 46 000 patients. Les tests préliminaires ont été faits au Pakistan, puis des échantillons ont été envoyés à des laboratoires dans le monde entier.

Pendant ce temps, les médias locaux et les commentaires en ligne ont commencé à semer la panique, amenant de nombreuses personnes à interrompre leur traitement. «Des personnels de l’OMS à Islamabad et à Genève ont repéré les articles publiés dans les médias pakistanais. Malgré certains articles contradictoires, il était évident que le Pakistan était confronté à un très grave problème de santé publique», explique Michael Deats, du Département OMS Médicaments essentiels et produits de santé.

Demande d'aide à l'OMS

Les autorités du Pendjab ont fait une demande urgente d’aide auprès de l’OMS pour obtenir des experts en pharmacologie et en réglementation pharmaceutique.

«De nombreuses vies ont été sauvées quand le contaminant a été identifié.»

Michael Deats, Département OMS Médicaments essentiels et produits de santé

Le 31 janvier, l’Agence de réglementation des médicaments et des produits de santé au Royaume-Uni (United Kingdom Medicines and Healthcare Products Regulatory Agency) a annoncé qu’elle avait identifié le produit dangereux. De grandes quantités d’un médicament antiparasitaire, la pyriméthamine, avaient été découvertes dans un lot d’un médicament du système cardiovasculaire appelé Isotab. Celui-ci était fabriqué par Efroze, un fabricant bien établi au Pakistan produisant à Karachi des médicaments du système cardiovasculaire et des antipaludéens.

Dosée 14 fois plus que la posologie normale, la pyriméthamine provoquait une carence sévère en acide folique, détruisant les plaquettes dans la moelle osseuse et déclenchant des hémorragies internes profuses. Heureusement, le folinate de calcium à haute dose contre les effets toxiques du surdosage et les hôpitaux ont pu immédiatement traiter les patients.

Alerte mondiale à la contamination

Le 3 février, l’OMS a publié une alerte pour informer les gouvernements et les responsables de la réglementation pharmaceutique du monde entier de cette contamination.

Le 6 février, Michael Deats joint Mohamed Bin Shahna, au Bureau régional de l’OMS pour la Méditerranée orientale au Caire et Khalid Bukhari au Bureau de l’OMS à Islamabad. L’équipe de l’OMS se lance alors dans un programme intense de visites à Lahore, Karachi et Islamabad, allant dans des hôpitaux, des laboratoires et rencontrant le Chef de la police du Pendjab, le Secrétaire d’État à la Santé, de hauts responsables gouvernementaux et des associations de pharmaciens et de fabricants.

Les membres de l’équipe ont visité le site de fabrication de l’Isotab où il a été établi qu’un baril de 25 kg de pyriméthamine avait disparu et avait été accidentellement mélangé dans un lot de médicaments pour le cœur.

«Nous avons eu de la chance que le lot entier de médicaments contaminés ait été distribué dans un seul hôpital, qui est aussi l’un des seuls de Lahore à utiliser des dossiers électroniques pour les patients, de sorte qu’il a été plus facile de les retrouver. Il est également heureux que le contaminant ait été identifié rapidement et que l’on connaisse un antidote disponible immédiatement. De nombreuses vies ont pu être sauvées dès que le contaminant a été identifié,» observe Michael Deats.

Renforcer la réglementation pharmaceutique

Une enquête judiciaire menée en 2012 a accusé le fabricant de «négligence criminelle» et a demandé à l’Autorité nationale de réglementation pharmaceutique de mieux surveiller les fabricants locaux. Le gouvernement fédéral du Pakistan a depuis promulgué des lois pour la doter de ce pouvoir.

Les experts de l’OMS continuent de travailler en étroite collaboration avec le gouvernement pour améliorer la réglementation pharmaceutique, notamment en renforçant la qualité des deux laboratoires d’essais des médicaments à Lahore et à Karachi.

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