Viet Nam: les patients atteints de tuberculose multirésistante regagnent espoir

Mars 2013

Le Viet Nam enregistre des résultats encourageants dans le traitement de la tuberculose multirésistante (tuberculose MR). Reportage à l'Hôpital des maladies pulmonaires de Hanoï.

«J’ai d’abord commencé par avoir mal dans le haut du dos, puis j’ai eu des difficultés à respirer et des douleurs dans la poitrine», déclare Thanh, épouse et mère de 24 ans, décrivant les premiers symptômes de la tuberculose. Le diagnostic a été posé l’année dernière au poste de santé communautaire proche de sa ferme dans le nord du Viet Nam et elle a immédiatement commencé à prendre des médicaments. Mais au bout de huit mois de traitement, son état de santé ne s’était pas amélioré. Les médicaments ne faisaient pas effet et elle a commencé à perdre tout espoir de guérison.

Son médecin l’a alors adressée à l’hôpital des maladies pulmonaires de Hanoï, à 35 km de là, où un service entièrement rénové traite les cas présumés de tuberculose multirésistante. Deux mois plus tard, Thanh répond bien au traitement et est optimiste quant à son retour à la maison pour terminer son traitement de 18-24 mois auprès de son mari.

Thanh passe ses journées à lire et à se reposer à l’hôpital
OMS/E. Eraly

Une forme de tuberculose difficile à traiter

La tuberculose MR est une forme difficile à traiter et potentiellement mortelle de tuberculose, qui résiste aux antituberculeux les plus puissants, l’isoniazide et la rifampicine. La résistance aux médicaments antituberculeux peut survenir lorsque les médecins ne prescrivent pas les schémas thérapeutiques appropriés ou lorsque les patients utilisent mal ou gèrent mal les médicaments antituberculeux, par exemple en n’achevant pas la totalité du traitement. Elle peut également survenir lorsque les médicaments sont de mauvaise qualité.

Une menace sur les succès engrangés

Le Viet Nam est l’un des 27 pays du monde à forte charge de tuberculose multirésistante.

D’après le Dr Takeshi Kasai, représentant de l’OMS dans le pays, «le Viet Nam est engagé dans la lutte contre la tuberculose et le taux de succès thérapeutiques reste élevé – dépassant 90% des cas notifiés.»

«Mais», ajoute-t-il, «la poursuite de la propagation de la tuberculose MR pourrait changer cette situation. Si nous n’investissons pas dans des services de santé à tous les niveaux pour faire face au problème de la pharmacorésistance, nous allons nous heurter à un problème beaucoup plus important à l’avenir.»

«Avant, ces patients n’avaient aucune chance, désormais ils vont mieux. Les résultats sont encourageants.»

Dr Le Minh Hoa, Chef de l’Unité tuberculose multirésistante de l'Hôpital des maladies pulmonaires de Hanoï

Pas à pas, le Viet Nam met en place des services de laboratoire, des services cliniques, des services d’achat de médicaments, ainsi qu’une planification et un suivi d’excellent niveau pour mieux évaluer la tuberculose MR et lutter contre celle-ci.

«Il a fallu quatre ans pour obtenir les capacités techniques, les installations et le financement pour mettre en place ces services, mais nous en constatons désormais les résultats dans des lieux comme l’Hôpital pour maladies pulmonaires de Hanoï», déclare le Dr Cornelia Hennig, du Département OMS Halte à la tuberculose, à Hanoï.

L’installation d’un nouvel outil de diagnostic permettant de dépister les patients atteints de tuberculose résistante à la rifampicine en 100 minutes à peine (Xpert MTB/RIF) est un «saut qualitatif», poursuit le Dr Hennig.

Le soutien technique de l’OMS et de ses partenaires ainsi que des crédits du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et de l’Agency for International Development des États-Unis ont été déterminants dans ces progrès.

Dix sites thérapeutiques pour traiter la tuberculose MR

Jusqu’ici, deux patients ont été guéris à l’hôpital et 75 sont en cours de traitement.

L’hôpital est l’un des 10 sites thérapeutiques pour la tuberculose MR dans le pays. Le personnel des différents hôpitaux est régulièrement tenu au courant des progrès par vidéoconférence afin d’assurer la qualité de la prise en charge des patients.

«La partie la plus difficile de mon travail est la lutte contre l’infection et la formation du personnel, et je dois également faire en sorte qu’il existe du matériel permettant de réduire les risques au maximum», déclare le Dr Le Minh Hoa, Chef de l’Unité tuberculose multirésistante à l’hôpital. «C’est un gros effort, mais gratifiant», explique-t-elle.

Microscopie pour le diagnostic de la tuberculose au laboratoire
OMS/E. Eraly

«Avant, ces patients n’avaient aucune chance, mais désormais ils vont mieux. Les résultats sont encourageants», poursuit-elle.

Thanh passe ses journées à lire, à se reposer sur son lit d’hôpital et à attendre les visites hebdomadaires de sa famille. Lorsqu’on lui dit qu’elle pourrait rentrer rapidement chez elle, ses yeux s’éclairent.

Les tests passés par son mari se sont révélés négatifs pour la tuberculose et bientôt son jeune fils sera examiné. Elle a pris trois kilos et respire plus facilement. L’hôpital pense qu’avec le traitement qu’elle suit, elle ne sera bientôt plus contagieuse.

En général, les patients sont traités dès que possible à domicile ou dans la communauté, avec un appui ambulatoire.

Le Viet Nam est engagé dans un solide programme national de lutte antituberculeuse mais l’aide internationale sera déterminante pour maintenir les acquis en matière de diagnostic et de traitement des patients et pour stopper toute nouvelle propagation de la tuberculose multirésistante.

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