Traitement précoce du VIH: la lutte contre le VIH parmi les consommateurs de drogues injectables au Viet Nam

Juillet 2014

Dépistage du VIH dans un centre de santé local au Viet Nam
OMS Viet Nam/C. Doan

Nguyen Trong Hoa s’injecte de l’héroïne depuis 19 ans et il s’est enfin aperçu en janvier qu’il devait demander de l’aide. Il a commencé un traitement à base de méthadone afin de décrocher et a également passé un test de dépistage du VIH dans un service ambulatoire de Thanh Hoa City, une ville côtière au nord du Viet Nam.

Hoa, qui est âgé de 36 ans, a eu peur lorsqu’il a appris qu’il était séropositif pour le VIH. Mais le service qui l’a dépisté prend part à une étude pilote soutenue par l’OMS visant à mettre les consommateurs de drogue séropositifs sous traitement antirétroviral une fois le diagnostic établi, ce qui est conforme à la recommandation de l’Organisation relative à l’administration d’un traitement avant que le VIH n’affaiblisse le système immunitaire.

L’étude a pour objectif d’évaluer les résultats obtenus lorsqu’on applique l’approche de «dépistage et traitement» à des personnes comme Hoa, à la fois en matière de santé et en matière de réduction des nouvelles infections par le VIH. Hoa a accepté sans hésitation de prendre part à l’étude.

On estime que 257 000 personnes vivent avec le VIH au Viet Nam et que nombre d’entre elles consomment des drogues. «Les séropositifs qui consomment des drogues injectables sont largement stigmatisés. Ils tentent de cacher leur statut sérologique à leur famille et à la communauté, ce qui fait que le dépistage et le traitement interviennent alors que l’infection a bien progressé», explique le Dr Loc Thanh Hai, responsable du service ambulatoire du centre de santé de Thanh Hoa City.

Des problèmes concrets

Les traitements antirétroviraux (TAR) freinent la propagation du VIH. Par conséquent, si une personne attend trop longtemps avant de commencer le traitement, elle peut devenir plus vulnérable à des infections comme la tuberculose et rendre tout traitement ultérieur moins efficace. Les études indiquent que le fait de commencer un traitement antirétroviral est non seulement bénéfique pour le patient, mais que cela réduit également le risque de transmission du virus en cas de partage d’aiguilles ou de rapports sexuels non protégés.

L’étude, lancée en avril 2014, portera sur environ 300 consommateurs de drogues séropositifs fréquentant 13 services ambulatoires des provinces de Thanh Hoa et de Thai Nguyen. Les participants recevront des renseignements sur l’étude et se verront administrer des antirétroviraux. Ils seront dépistés de leur plein gré pour le VIH et obtiendront des conseils. L’étude fera également un suivi de la façon dont les participants respectent le traitement, et les chercheurs s’entretiendront avec le personnel médical et les patients afin d’évaluer la mesure dans laquelle le programme serait applicable et acceptable à long terme.

L’OMS propose, organise et soutient des études visant à servir de base à des politiques gouvernementales en faveur de programmes efficaces de lutte contre le VIH sur le terrain, en particulier à destination de groupes difficiles à approcher car leur comportement est souvent stigmatisé ou incriminé, par exemple les consommateurs de drogues injectables, les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes et les professionnels du sexe.

«Il est fondamental de comprendre que l’administration précoce du traitement, qui réduit d’après des études cliniques la transmission du VIH dans les couples sérodifférents, peut être concrètement mise en œuvre, en particulier auprès de ces populations particulièrement touchées», explique le Dr Ying-Ru Lo, spécialiste au Bureau régional OMS du Pacifique occidental.

Un avenir meilleur

Les provinces de Thanh Hoa et Thai Nguyen ont été choisies pour l’étude vietnamienne, car une initiative conjointe de l’OMS et de l’ONUSIDA (Traitement 2.0) est en cours de mise en application dans cette région. Cette initiative met à disposition un dépistage du VIH, des conseils, ainsi que des traitements à proximité du domicile et du lieu de travail des gens, habituellement dans un centre de santé local. L’objectif est que les gens puissent plus facilement et à moindre frais accéder aux consultations, obtenir leurs médicaments et poursuivre leur traitement.

«Nous espérons qu’en donnant la priorité à ces personnes en leur administrant un traitement antirétroviral de façon précoce tout en continuant à associer de façon optimale les méthodes de prévention, nous constaterons une chute des nouvelles infections au VIH et des décès dus au sida. Non seulement cette stratégie est rentable à long terme, mais elle atténue aussi les souffrances individuelles», déclare le Dr Bui Duc Duong, Directeur général adjoint de l’autorité vietnamienne de lutte contre le VIH/sida.

Pour le Dr Masaya Kato du bureau de l’OMS dans le pays: «Le Viet Nam a fait beaucoup de progrès dans la lutte contre le VIH grâce à la promotion de programmes relatifs aux aiguilles et aux seringues, au traitement continu par la méthadone et à l’utilisation de préservatifs au sein des groupes particulièrement vulnérables. Il est maintenant temps d’accélérer l’accès au dépistage et au traitement du VIH, en particulier pour les personnes qui consomment des drogues injectables.»

D’après Hoa, l’avenir paraît déjà moins sombre: «Depuis que je suis sous traitement antirétroviral, j’ai davantage confiance et j’ai moins peur de mourir. Je peux envisager de poursuivre ma vie avec ma femme, qui connaît mon statut sérologique et qui me soutient.»

La numération des CD4

Évaluer le nombre de globules sanguins connus sous le nom de CD4 dont dispose une personne peut donner une idée de l’état de son système immunitaire. Les lignes directrices du Viet Nam indiquent qu’une personne séropositive dont le nombre de CD4 est inférieur ou égal à 350 doit être mise sous traitement antirétroviral. Habituellement, les consommateurs de drogue demandent de l’aide lorsqu’ils sont en dessous de 100. La charge virale du patient, à savoir la quantité de VIH présente dans un liquide organique, est un autre facteur.

Le moment de démarrer un traitement antirétroviral dépend d’un certain nombre de facteurs, et l’OMS évalue en permanence ses lignes directrices. Les recommandations actuelles préconisent de commencer un traitement antirétroviral lorsque la numération des CD4 donne un résultat inférieur ou égal à 500 globules/mm3.

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