L’éradication du pian bien engagée au Vanuatu grâce à un comprimé unique

Mars 2014

Sur l’île tropicale volcanique de Tanna, dans la province la plus méridionale de l’État insulaire du Vanuatu, dans le Pacifique, les habitants défendent fièrement leur style de vie tribal, résistant aux interventions et aux influences du monde moderne.

Jusqu’à juillet 2013, cet environnement idyllique était toutefois exposé à une maladie fortement contagieuse, provoquant des ulcères suintants sur leurs bras et leurs jambes, qui a infecté presque tous les enfants de moins de 15 ans dans un grand nombre de communautés. Certains d’entre eux ont souffert de cette affection pendant de nombreuses années, étant ainsi exposés à un risque de préjudices esthétiques et d’incapacités chroniques faute de traitement.

Le pian est une infection bactérienne transmise par contact cutané direct notamment à l’occasion de jeux d’enfants et dans des conditions de promiscuité.

Légende : des enfants font la queue pour recevoir leurs médicaments dans le cadre de la campagne de traitement au Vanuatu.
OMS/P. Metois

Avant l’invention des antibiotiques, la maladie était largement répandue dans la majorité des pays tropicaux. Dans les années 1950 et 1960, l’OMS et l’UNICEF ont mené des campagnes de masse, qui ont permis de traiter environ 50 millions de personnes à l’aide d’injections de pénicilline, dans 46 pays. Ces campagnes, associées à une amélioration des conditions de vie, ont entraîné une baisse radicale, de presque 95%, du nombre de cas dans le monde.

Ces 20 dernières années, on assiste toutefois à une forte résurgence du pian au Vanuatu. Dans le cadre d’une enquête menée en 2011 avec le soutien de l’OMS, on a établi que la maladie avait une forte prévalence dans la province de Tafea (qui englobe l’île de Tanna). Dans certaines communautés, près de 90% de la population était touchée. À la suite de cette enquête, l’OMS a mis sur pied une campagne de masse aux côtés du ministère de la Santé du Vanuatu, grâce à des financements du Gouvernement australien.

Un antibiotique oral facilite les campagnes de masse

Cette tâche a été simplifiée par de nouvelles recherches menées en Papouasie-Nouvelle-Guinée voisine, qui ont démontré qu’une dose unique de l’antibiotique azithromycine, administrée par voie orale, était au moins aussi efficace que des injections de pénicilline pour guérir le pian. Cette découverte importante a catalysé un regain de l’effort mondial en vue d’éradiquer la maladie d’ici 2020.

«Sur le terrain, il est bien plus difficile d’employer des produits injectables car ils sont douloureux et les enfants ne sont donc pas toujours coopératifs. En revanche, pour le traitement par voie orale et en prise unique, on a seulement besoin d’eau salubre et d’un comprimé», explique le Dr Kingsley Asiedu, responsable de l’éradication du pian, au Siège de l’OMS.

Avant même de pouvoir débuter la campagne de masse, l’équipe était consciente qu’il serait difficile de convaincre la population de Tafea d’y prendre part. Les tentatives antérieures visant à mener des campagnes avaient échoué, en raison de l’éloignement de ces communautés insulaires et de la forte méfiance à l’égard de la médecine moderne dont était imprégnée la culture locale.

Convaincre la population

«Il était très important de remporter l’adhésion des chefs de village et autres dignitaires locaux afin qu’ils autorisent nos équipes à se rendre dans leurs villages et à prodiguer des soins aux habitants», déclare Mme Fasihah Taleo, administratrice du programme national de lutte contre les maladies tropicales négligées du ministère de la Santé du Vanuatu.

«Nous avons invité les chefs à prendre part à une cérémonie d’abattage traditionnel du cochon. Ils ont pris les comprimés (d’azithromycine) devant le public pour faire la preuve de leur innocuité.»

Fasihah Taleo, ministère de la Santé du Vanuatu

«Nous avons donc invité les chefs à prendre part à une cérémonie d’abattage traditionnel du cochon. Ils ont pris les comprimés (d’azithromycine) devant le public pour faire la preuve de leur innocuité.» Des programmes radiophoniques ont été diffusés dans la langue locale afin de convaincre la population de l’importance de participer à la campagne.

Les activités d’élimination du paludisme menées récemment dans la province avaient également ouvert la voie à l’acceptation des interventions de santé par les chefs communautaires. «Les activités menées à grande échelle, qu’il s’agisse de pulvérisations d’insecticides à l’intérieur des habitations ou de campagnes de promotion de la santé visant à prévenir le paludisme, ont reposé sur une étroite collaboration avec les communautés, ce qui a permis d’instaurer un climat de confiance et de soutien autour des activités de sensibilisation du ministère de la Santé.

Ces liens étroits sont devenus essentiels dans le cadre de la dernière campagne de lutte contre le pian», souligne le Dr Lasse Vestergaard, du programme OMS de lutte antipaludique dans la Région du Pacifique occidental.

Résultat atteint: taux de couverture de 96%

En juillet 2013, la campagne d’administration massive de médicaments a permis de couvrir, sur une période de deux semaines, 96% de la population (soit près de 44 000 personnes) de la province de Tafea. Toutes les tranches d’âge, à l’exception des enfants de moins de six mois, ont été ciblées, indépendamment de la présence de symptômes.

«Un grand nombre de ces enfants présentaient des plaies dues au pian depuis des années. Dans la semaine suivant l’administration d’antibiotiques, elles avaient disparu», raconte Mme Taleo.

Dans les mois qui ont suivi, seuls six cas de pian ont été signalés par le principal hôpital de la province, chez des personnes arrivées à Tafea après la campagne. Après avoir constaté les effets impressionnants du traitement chez leurs voisins et leurs amis, plusieurs personnes qui l’avaient refusé lors de la campagne se sont rendues dans les établissements de santé pour demander qu’on le leur administre.

Détecter et traiter tous les cas

Depuis la fin de la campagne, le Vanuatu a redoublé d’efforts pour détecter et traiter tous les cas dans le reste du pays. Le Dr Jacob Kool, Attaché de liaison national au Vanuatu, souligne l’importance d’une surveillance prolongée pendant les quelques années à venir pour garantir que tous les cas restants ou importés soient rapidement détectés et traités. «Les agents de santé ont été formés à reconnaître la maladie et à la signaler aux autorités», déclare-t-il. «La détection d’un cas de pian est systématiquement suivie d’un traitement de masse dans les villages touchés.»

La campagne a également joué un rôle important afin de valider un test diagnostique rapide récemment mis au point pour détecter les cas de pian, en collaboration avec les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis d’Amérique et une société américaine de biotechnologies.

«Les échantillons collectés à Tafea nous ont permis de montrer que ce simple test était raisonnablement fiable pour établir un diagnostic de pian, ce qui aidera tous les pays à mieux détecter la maladie», explique le Dr Kool.

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