Naître sans être infecté par le VIH et la syphilis

Juillet 2015

À Cuba, moins de 2% des enfants nés de mères infectées par le VIH sont porteurs du virus à la naissance, soit le taux le plus faible possible avec les méthodes de prévention disponibles actuellement. Par conséquent, Cuba a reçu récemment la validation officielle de l’OPS/OMS qu’elle avait éliminé la transmission mère-enfant du VIH.

Une mère porte son enfant dans ses bras
OPS/OMS/S. Oliel

Yunaisy a découvert qu’elle était séropositive pour le VIH avant sa troisième grossesse, lors d’un contrôle de routine au centre de santé Bernardo Posse dans le district San Miguel del Padrón à La Havane à Cuba. Le fait d’apprendre qu’elle était porteuse du VIH ne l’a pas empêché de désirer un autre enfant. «Tout ce que je voulais, c’est qu’il naisse en bonne santé», dit-elle. Et c’est ce qu’il s’est passé.

Les médecins et infirmières qui se sont occupés d’elle ont pris une série de mesures pour éviter la transmission du VIH à son enfant pendant la grossesse, à l’accouchement et pendant l’allaitement. Après avoir dépisté et confirmé le VIH, ils ont prescrit un traitement antirétroviral et, avec son consentement, ils ont programmé une césarienne à la trente-huitième semaine de grossesse.

Après celle-ci, ils ont aussi donné au nouveau-né, Raúl Antonio, le traitement et l’ont suivi lors de visites régulières de contrôle jusqu’à l’âge de 18 mois. Sa mère a appliqué les recommandations du médecin de ne pas l’allaiter au sein, lorsqu’elle a su que le lait maternel pouvait lui transmettre le VIH. Elle l’a alors nourri avec des préparations pour nourrissons.

Comme plus de 2600 Cubaines âgées de 15 à 49 ans et vivant avec le VIH, Yunaisy peut désormais mettre un enfant au monde sans qu’il soit infecté par le virus. Depuis 2012, Cuba a enregistré 1 à 2 cas d’infection pédiatrique par le VIH par an, un chiffre si bas qu’il permet de considérer que la transmission a été éliminée (du fait que moins de 2% des enfants nés de mères infectées par le VIH sont porteurs du virus à la naissance, soit le taux le plus faible possible avec les méthodes de préventions disponibles actuellement).

Avec cette réussite, Cuba a été reconnue par l’OMS comme étant le premier pays au monde ayant éliminé la transmission mère-enfant du VIH et de la syphilis congénitale.

«Cuba montre au monde entier que la santé des mères et des nouveau-nés est une priorité et qu’il est possible d’interrompre la transmission de l’épidémie du VIH à de nouvelles générations.»

Marcos Espinal, Directeur, Département des maladies transmissibles et des analyses sanitaires à l’OPS/OMS.

María Isela Lantero, à la tête du programme national cubain de lutte contre les IST, le VIH et le sida, attribue le succès à la stratégie nationale d’élimination et à un « système de santé accessible, gratuit et universel qui permet de couvrir toute la population et de veiller à ce que chacun bénéficie des services de prévention des maladies ».

Selon elle, toutes les femmes enceintes sur l’île ont normalement au moins 10 visites prénatales de contrôle. On leur propose le dépistage du VIH et de la syphilis aux trois trimestres de leur grossesse et on leur donne des informations sur la prévention des infections sexuellement transmissibles, ainsi que des conseils de planification familiale et l’accès aux préservatifs.

À Cuba, 98,6% des femmes enceintes séropositives pour le VIH et 100% des nourrissons exposés ont été traités en 2013, selon les dernières données officielles disponibles pour cette année-là. «Les médicaments sont délivrés gratuitement dans les pharmacies», explique le Dr Raisa Montero López, qui voit Yunaisy à la polyclinique Bernardo Posse. «Chaque mois, elle ou un membre de sa famille se présente avec une fiche anonyme, sans le nom de la patiente, pour que le diagnostic reste confidentiel. Cette fiche est également un moyen de surveiller l’observance du traitement.»

Un accomplissement historique

C’est à la fin du mois de juin 2015 que Cuba a été le premier pays à obtenir de l’OMS la validation de l’élimination de la transmission mère-enfant (verticale) du VIH et de la syphilis congénitale.

Le processus de validation a été de grande envergure et a comporté la préparation d’un rapport national sur la situation des deux maladies, une mission à Cuba par un comité régional d’experts indépendants réunis par l’Organisation panaméricaine de la Santé (OPS) et un examen par un comité mondial de validation, qui a recommandé au Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, le Dr Margaret Chan, de confirmer l’élimination.

Ce processus a conduit aussi à valider l’élimination de la transmission verticale de la syphilis à Cuba. C’est une maladie ancienne mais que l’on élimine facilement avec le traitement adapté. Le succès de Cuba est d’enregistrer moins de 0,5 cas de syphilis pour 1000 naissances vivantes par an. En 2012 et 2013, le pays a notifié 3 cas de syphilis congénitale (zéro en 2012 et 3 en 2013, soit des taux d’infection de zéro et 0,02 respectivement).

Dépister aussi la syphilis

Eva Correa, dermatologue à la polyclinique Bernardo Posse, voit des femmes enceintes donnant un test positif de dépistage de la syphilis et elle les adresse à des médecins et infirmières spécialisées pour le VIH et les IST et connues à Cuba sous le nom «d’infirmières enquêtrices».

« Ici, nous voyons la patiente, l’interrogeons, l’examinons et démarrons le traitement, en lui expliquant que nous faisons tout cela pour éviter que son enfant ne naisse avec une syphilis congénitale », indique Eva Correa. La syphilis congénitale, transmise aux nouveau nés par la mère, peut provoquer de graves problèmes de santé chez l’enfant.

Elle explique qu’après l’accouchement d’une mère qui a la syphilis, elle est suivie pendant deux ans. Le dépistage détermine la situation de l’enfant à qui un traitement de 10 jours pourra être administré. «Dans cette polyclinique, nous n’avons pas eu un seul enfant né dans cette situation», ajoute Eva Correa.

La stratégie de Cuba pour parvenir à l’élimination a consisté à proposer aux femmes enceintes le dépistage de la syphilis aux trois trimestres de la grossesse, à traiter les cas positifs, ainsi qu’à tester et à traiter leurs partenaires et leurs enfants nouveau-nés. Les femmes sont examinées à l’admission pour l’accouchement. Selon les données officielles pour 2013, 99,3% des femmes enceintes ont eu le dépistage pour déterminer leur statut et plus de 97,8% des cas positifs ont été traités.

«En éliminant la transmission de ces maladies, Cuba montre au monde entier que la santé des mères et des nouveau-nés est une priorité et qu’il est possible d’interrompre la transmission de l’épidémie du VIH à de nouvelles générations», a déclaré Marcos Espinal, Directeur à l’OPS/OMS du Département des maladies transmissibles et des analyses sanitaires.

Il y a, selon lui, d’autres facteurs essentiels qui expliauent ce succès, comme la «forte intégration» du système de santé cubain et «la synergie, cruciale pour obtenir l’élimination, entre deux programmes du Ministère de la santé publique, à savoir le programme de lutte contre le VIH et le programme de santé de la mère et de l’enfant».