Victoire de l’un des pires bidonvilles de Sierra Leone sur Ebola

Juin 2015

Moa Wharf est l’un des pires bidonvilles de Sierra Leone. Dans ce quartier surpeuplé, en bord de mer, Ebola est arrivé et semblait promis à ravager la zone comme un incendie. Comment alors ce quartier parmi les plus difficiles du pays est-il parvenu à zéro cas et quels sont les enseignements à tirer de ce succès pour la riposte à Ebola?

Mobilisation sociale contre Ebola à Moa Wharf,  l’un des pires bidonvilles de Sierra Leone
OMS/K. Kamara

Moa Wharf, l’un des quartiers les plus durs de Freetown, la capitale de la Sierra Leone, est situé sur une bande côtière pittoresque au bord de l’océan Atlantique. C’est un amas congestionné de maisons et boutiques en tôle ondulée et en briques, blotties les unes contre les autres. Les passages sont étroits et surpeuplés. Les habitants et les visiteurs se frôlent pour trouver leur chemin entre le sol marécageux et les tas d’ordure. Les cochons se promènent en liberté dans les rues, fouillant les détritus et ajoutant leurs déjections dans un milieu déjà fétide. Comment alors une zone ayant l’un des environnements les plus difficiles et les plus décourageants à gérer a-t-elle pu parvenir à zéro cas?

Le premier cas de maladie à virus Ebola s’est produit aux alentours du 9 mars 2014. Suite à ce cas initial, les autorités ont instauré une quarantaine, qui a été levée le 10 avril, après le dernier cas positif le 26 mars. Mais avec plus de 8000 personnes vivant dans ce quartier de moins d’un kilomètre carré, les équipes d’intervention craignaient que le virus ne réapparaisse dans cette enclave.

Un décès dans la communauté

Le 15 avril, ces craintes sont devenues une réalité lorsque les équipes ont pris connaissance d’un décès dans la communauté, un pêcheur de 34 ans qui avait présenté des symptômes d’Ebola et avait donné un test positif à l’autopsie. Les responsables de la surveillance, les épidémiologistes et les équipes de mobilisation sociale de l’OMS ont aidé à identifier un motard commercial de 22 ans comme le cas indicateur possible. Celui-ci a également donné un test positif pour Ebola et il est mort le 17 avril. Trois autres personnes infectées ont été également trouvées au cours des investigations ultérieures.

Immédiatement après l’identification et la confirmation de ces cas, le ministère de la Santé, l’OMS, l’UNICEF, Médecins sans frontières et d’autres partenaires, des responsables locaux, les membres de divers groupes spéciaux et deux chefs locaux ont organisé un engagement intensif de la communauté et un programme de mobilisation sociale pour mettre fin à la flambée.

Le retour à zéro cas commence et finit avec la communauté

Osman Kabia, à la tête d’une équipe de mobilisation sociale de l’OMS, a encouragé son équipe à adopter cette philosophie pour toutes les activités visant l’engagement et la mobilisation sociale de la communauté: «dans toute flambée où il faut trouver des solutions pour arrêter l’épidémie, en particulier lorsque les communautés sont impliquées, toutes les stratégies, planifications et activités doivent commencer et finir avec la communauté».

Pour ce faire, des réunions ont été organisées avec les propriétaires locaux, les tradipraticiens, les chefs religieux, les survivants, les chefs locaux, les membres des groupes spéciaux locaux, les responsables du port et d’autres membres essentiels de la communauté. La participation et l’engagement sans réserve de la communauté avaient manqué lors de la survenue des premiers cas. Comme le chef Pa Alimamy Komeh Ka-pen l’explique: «Moa Wharf a été laissée à elle-même et a dû se débrouiller toute seule.»

Les équipes étaient déterminées à ne pas répéter la même erreur et ont élaboré une stratégie impliquant toute la communauté. L’équipe de mobilisation sociale de l’OMS a divisé le quartier en 5 zones. Chaque équipe comportait un épidémiologiste, un responsable du district pour la surveillance mais elle était composée avant tout de membres de la communauté. Ces équipes étaient chargées de convaincre les cœurs et les esprits des habitants de Moa Wharf pour qu’ils acceptent les messages sur Ebola et soient sensibilisés à la présence de la flambée dans leur communauté.

Des membres du groupe spécial, de jeunes adultes choisis dans Moa Wharf, faisaient également partie des équipes. Il y avait des membres de la Three Poli Boys, une société de fraternité locale ayant une influence importante, qui ont aidé à enquêter activement sur les cas. Ils ont également aidé à rechercher les malades dans la communauté, quels que soient leurs symptômes.

Les survivants apportent leur aide

Des jeunes membres d'une société de fraternité locale participent à la mobilisaiton sociale contre Ebola
OMS/S. Gborie

Au sein de ces équipes, ceux qui ont survécu à Ebola ont également joué un rôle crucial pour le suivi des contacts. Ils ont apporté une contribution importante pour transmettre des messages essentiels à ceux qui ont été placés en quarantaine chez eux et pour veiller à ce que toutes les personnes figurant sur la liste des contacts soient vues chaque jour.

Avec d’autres membres de la communauté, ils ont aidé aux recherches le long du bord de mer, là où la transmission du virus était la plus active parmi les jeunes hommes appartenant aux fraternités.

Avant cela, les survivants ne participaient pas à l’engagement local, ce qui a changé au cours de la riposte à Moa Wharf. La stratégie des survivants s’est avérée un succès pour les équipes de mobilisation sociale, de surveillance de la maladie et d’épidémiologie pour endiguer la flambée dans cette zone et y mettre un terme.

«Pour les équipes d’intervention, il était encourageant de pouvoir mobiliser la communauté et transformer des croyances profondément enracinées qui, au départ, contrecarraient les activités positives d’intervention et de riposte», explique un médecin de l’OMS, le Dr Kande-Bure K.B. Kamara.

Établir la confiance

Le choix des meilleures approches et interventions est essentiel pour continuer à établir la confiance dans la communauté. Pour ce faire, les équipes de mobilisation sociale se sont détournées de l’idée d’une autre quarantaine et se sont appuyées à la place sur les liens puissants créés pour diffuser les messages justes. «Le fait de mettre en quarantaine toute une communauté avec des soldats et policiers pour assurer la sécurité n’est pas une réponse pour interrompre les chaînes de transmission», explique M. Kabia. «Cela ne sert qu’à renforcer les craintes des habitants et incite les malades à se cacher.»

La communauté de Moa Wharf est désormais pleinement consciente de la réalité et des dangers d’Ebola et a pris les devants en s’appropriant les programmes de proximité et de sensibilisation. Sa collaboration avec les diverses équipes d’intervention a été inestimable et elle a fait preuve d’énergie, de dynamisme et de volonté pour mettre fin à l’épidémie. Les liens avec la communauté internationale de la riposte sont plus forts et localement, le quartier croit au processus de vigilance de ses habitants pour assurer sa sécurité.

La communauté de Moa Wharf témoigne d’une riposte efficace, rapide et respectueuse contre Ebola et elle est un modèle pour éradiquer le virus et parvenir à zéro cas.