La Thaïlande lutte contre la gonorrhée antibiorésistante

Novembre 2015

Personne n’a envie de contracter la gonorrhée ou une autre maladie sexuellement transmissible et de devoir affronter l’inquiétude et la stigmatisation qui en découlent. Mais jusqu’à ces derniers temps, un diagnostic de gonorrhée ne faisait pas particulièrement peur, car une simple injection ou un simple comprimé d’antibiotiques permettait de guérir.

Examen microscopique en laboratoire
Dans les laboratoires de la clinique communautaire de Silom à Bangkok, on recherche des signes de résistance au traitement de la gonorrhée.
Silom Community Clinic/N. Tippanont

Cela pourrait bientôt changer. La gonorrhée se trouve sur une liste de plus en plus longue d’infections qui pourraient bientôt devenir impossibles à traiter. Les gonococcies (les bactéries qui causent l’infection) deviennent de plus en plus résistantes aux antibiotiques qui parvenaient auparavant à les éliminer. Des cas de gonorrhée multirésistante ont été signalés dans 36 pays.

«Dix pays ont déjà déclaré des cas de gonorrhée ne répondant pas aux recommandations thérapeutiques actuelles. La gonorrhée pourrait bientôt devenir impossible à traiter, car aucun vaccin ni nouveau médicament n’est en cours de développement», explique le Dr Marleen Temmerman, directrice du Département Santé et recherche génésique de l’OMS.

«La gonorrhée pourrait bientôt devenir impossible à traiter, car aucun vaccin ni nouveau médicament n’est en cours de développemen.»

Dr Marleen Temmerman, directrice du Département Santé et recherche génésique de l’OMS

Une gonorrhée non traitée peut s’aggraver et entraîner des complications, par exemple l’infertilité chez les femmes, des complications pendant la grossesse, ainsi que la cécité pour les nouveau-nés infectés pendant l’accouchement.

Améliorer la surveillance des malades en Thaïlande

Afin d’éviter la propagation de la gonorrhée, notamment de la gonorrhée pharmacorésistante, il est fondamental que les personnes porteuses de la maladie soient rapidement diagnostiquées et traitées. Pourtant, il peut arriver que les gens soient peu disposés à consulter un médecin lorsqu’ils présentent les symptômes d’une infection sexuellement transmissible (IST) comme la gonorrhée s’ils ressentent de la gêne ou de la honte.

Cela peut être particulièrement vrai dans le cas des personnes qui se sentent déjà marginalisées, par exemple les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes et les transgenres. Ces personnes sont encore moins susceptibles de se rendre à un rendez-vous de suivi au centre de soins, donc il est fondamental de leur proposer un traitement efficace lorsqu’elles consultent.

La Thaïlande est pionnière en ce qui concerne la mise à disposition de services de santé non discriminatoires et la prise en charge de la gonorrhée. En raison des efforts déployés pour atteindre les personnes atteintes de gonorrhée, ce pays se trouve dans une situation idéale pour améliorer la surveillance par le suivi du nombre de personnes malades, la collecte d’informations démographiques et l’évaluation précise du traitement dont elles ont besoin.

Collecter des données fondamentales sur la gonorrhée antibiorésistante

L’OMS est profondément préoccupée par la gonorrhée antibiorésistante depuis plus de deux décennies. En 1992, l’Organisation a lancé le Programme mondial de surveillance de la résistance des gonocoques aux antimicrobiens (GASP) afin de suivre l’émergence et la propagation de la résistance aux traitements contre la gonorrhée; ce programme a été relancé en 2008.

En novembre 2015, le Ministère de la santé publique de Thaïlande lance une version locale améliorée du GASP avec le soutien des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis et l’OMS.

«Nous sommes désireux de commencer cette activité, qui permettra de rassembler des données fondamentales sur la gonorrhée antibiorésistante. Cela nous permettra de vérifier que nos directives thérapeutiques en vigueur sont adaptées et de transmettre des informations précoces sur les cas de gonorrhée éventuellement difficiles à traiter», déclare le Dr Pachara Sirivongrangson, Conseiller principal en matière de VIH et d’autres IST auprès du Service de la lutte contre les maladies du Ministère thaïlandais de la santé publique.

Ce programme donnera un élan au système de surveillance existant du pays en normalisant les procédures de test des échantillons de gonorrhée en laboratoire et en collectant des données cliniques et démographiques supplémentaires.

«Le projet est lancé dans deux sites à Bangkok: le centre Silom Community Clinic @ Tropical Medicine et le centre spécialisé dans les IST de l’hôpital de Bangrak. Les patients présentant des symptômes à leur arrivée dans les centres de soins se verront prélever un échantillon afin de réaliser un test pour la gonorrhée, et ils fourniront certaines informations démographiques et comportementales. Les échantillons seront testés pour la gonorrhée et pour une éventuelle pharmacorésistance», déclare le Dr Eileen Dunne, Médecin et épidémiologiste au sein de la collaboration entre le Ministère thaïlandais de la santé publique et les CDC des États-Unis.

Les données collectées dans les premiers sites, ainsi qu’à d’autres endroits lorsque le projet sera élargi, sont envoyées au Ministère thaïlandais de la santé publique et seront utilisées pour ajuster les directives nationales pour le traitement et la prise en charge de la maladie. Si les données indiquent une résistance importante à un antibiotique actuellement recommandé pour le traitement de la gonorrhée, les directives thérapeutiques seront ajustées. Les données permettront également à l’OMS de surveiller les tendances mondiales et de comparer la situation dans différents pays.

Modifier les directives thérapeutiques en temps opportun

Il est fondamental de renforcer la surveillance de la gonorrhée, car celle-ci constitue la base d’approches précises et rentables pour traiter la maladie. À l’heure actuelle, de nombreux patients à qui on diagnostique une gonorrhée se voient prescrire des antibiotiques de dernière intention qui devraient idéalement être gardés en réserve au cas où l’infection soit due à une souche antibiorésistante qui ne pourrait pas être guérie par des médicaments plus anciens.

Les pays dotés de systèmes de surveillance de la gonorrhée antibiorésistante, comme les États-Unis d’Amérique, le Royaume Uni et l’Australie, sont parvenus à suivre les tendances de la résistance et ont par conséquent modifié les directives thérapeutiques en temps opportun. Cette capacité d’évaluation et de recommandation du traitement par antibiotiques le plus efficace à disposition a été essentielle pour lutter contre la gonorrhée dans ces pays.

L’OMS aide d’autres pays à renforcer leur surveillance de la gonorrhée antibiorésistante afin qu’ils soient en mesure d’utiliser leurs propres données pour formuler des directives thérapeutiques locales fondées sur des bases factuelles. Le programme de surveillance renforcée fournira des données démographiques et cliniques supplémentaires qui n’étaient pas disponibles dans les programmes existants afin de repérer rapidement les foyers de résistance et d’éviter toute propagation. La Thaïlande sera le premier pays de la Région à mener un GASP renforcé, et ce projet doit servir de modèle pour les autres.