Vacciner sans douleur

Premières recommandations de l'OMS pour réduire la douleur et la peur de l'injection

Octobre 2015

Des larmes, des cris, des enfants qui s’agrippent à leur mère ou à la personne qui s’occupe d’eux lors d’une séance de vaccination, c’est une scène courante dans les centres de soins à travers le monde. Et pourtant, aucun parent ou professionnel de la santé ne souhaite voir des enfants souffrir ...

Au Togo, un jeune garçon est vacciné contre la fièvre jaune.
Au Togo, un jeune garçon est vacciné contre la fièvre jaune.
OMs/O. Asselin

Au contraire, le but est que cela se passe le mieux possible pour les enfants.

«Les études commencent à montrer que la douleur au moment de la vaccination est une source majeure d’anxiété pour les personnes qui s’occupent des enfants» déclare le Dr Philippe Duclos, Conseiller principal en santé pour le Département Vaccination, vaccins et produits biologiques. «Si rien n’est fait pour lutter contre la douleur, elles peuvent reporter ou éviter les vaccinations suivantes.»

Lutter contre la réticence face à la vaccination

Depuis plus de 30 ans, le Dr Noni MacDonald, Professeur en pédiatrie à l’Université Dalhousie et au Centre de soins de santé IWK à Nova Scotia, Canada, voit l’inquiétude sur le visage des mères au moment de la vaccination de leur enfant.

«Souvent les mères ne le disent pas dans la salle d’examen, mais les études révèlent que près de la moitié d’entre elles craignent la douleur au moment de la vaccination. Aucune mère ne veut voir son bébé souffrir. »

«Il est important d’aider les pays à combler les lacunes en matière de vaccination et à atteindre les objectifs de la nouvelle Stratégie mondiale pour permettre à l’ensemble des femmes, enfants et adolescents de jouir du meilleur état de santé possible.»

Flavia Bustreo, Sous Directeur général pour la Santé de la famille, de la femme et de l’enfant

La peur de la douleur lors de l’injection est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles les personnes reportent ou refusent la vaccination. Les inquiétudes quant à l’innocuité des vaccins et la méfiance à l’égard du système de soins de santé peuvent également susciter une réticence face aux vaccins et entraîner une baisse des taux de vaccination.

Dans le monde, 1 enfant sur 5 ne reçoit toujours pas la vaccination systématique vitale et on estime à 1,5 million le nombre d’enfants qui meurent encore chaque année de maladies pouvant être évitées par des vaccins existants. Il est essentiel de lutter contre la réticence pour combler les lacunes en matière de vaccination à l’échelle mondiale.

«La douleur peut transcender toutes ces raisons de s’opposer à la vaccination» déclare le Dr MacDonald. «Si les familles sont déjà inquiètes quant à l’innocuité des vaccins et sont confrontées à des obstacles géographiques, la douleur ne sera qu’une raison supplémentaire de renoncer totalement aux vaccins.»

«Nous devons nous améliorer pour faire en sorte que la vaccination soit plus agréable pour tous» poursuit elle.

Recommandations de l'OMS pour réduire la douleur au moment de a vaccination

Récemment, le Groupe stratégique consultatif d’experts sur la vaccination (SAGE) a étudié la possibilité d’adapter au niveau mondial les lignes directrices canadiennes existantes sur les pratiques cliniques pour réduire la douleur et la peur des injections. S’appuyant sur un examen approfondi des données et la formulation de recommandations du SAGE, l’OMS a publié la première note d’information «Réduction de la douleur au moment de la vaccination» qui recommande aux programmes nationaux de vaccination d’appliquer les mesures suivantes dans tous les pays et dans l’ensemble des tranches d’âge:

  • Le personnel soignant effectuant la vaccination devra se montrer calme, coopératif et bien informé et utiliser des termes neutres lors de l’administration du vaccin, comme «j’y vais» au lieu de «je vais piquer».
  • Il convient de s’assurer du positionnement correct du bénéficiaire de la vaccination en fonction de son âge. Il est recommandé que celui ci soit tenu par la personne qui s’occupe de lui s’il s’agit d’un nourrisson ou d’un jeune enfant, et qu’il se tienne assis le dos bien droit s’il est plus âgé.
  • Aucune aspiration avant les injections intramusculaires ne doit être pratiquée car cela peut accroître la douleur.
  • Lorsque plusieurs vaccins doivent être injectés lors d’une même séance, il convient de les administrer par intensité de douleur – en terminant par le plus douloureux.

Pour les nourrissons et les jeunes enfants, d’autres mesures sont recommandées:

  • Si cela est culturellement acceptable, les nourrissons devront être allaités pendant ou avant la séance de vaccination.
  • Si cela est culturellement acceptable, les nourrissons devront être allaités pendant ou avant la séance de vaccination.
  • Il est recommandé de distraire les enfants de moins de 6 ans avec des jouets, des vidéos ou de la musique.

«Ces recommandations sont les bienvenues pour les patients, les professionnels de la santé et les personnes qui s’occupent des enfants», affirme le Dr Duclos. «Ces dernières sont moins réticentes lorsqu’elles sont informées de ce qu’elles peuvent faire pour réconforter l’enfant avant et pendant la vaccination.»

Bien qu’efficaces pour soulager la douleur, les anesthésiques locaux pendant la vaccination ne sont pas recommandés par l’OMS en raison de leur coût élevé, de leur disponibilité insuffisante et du temps supplémentaire nécessaire pour les appliquer.

Bonnes pratiques pour les programmes mondiaux de vaccination

De nombreux programmes de vaccination maintiennent des taux de couverture vaccinale élevés sans chercher à diminuer la douleur pendant l’injection, toutefois une action dans ce sens pourrait être considérée comme une bonne pratique pour les programmes de vaccination dans le monde.

«Il est important d’aider les pays à trouver des moyens de combler les lacunes en matière de vaccination – et d’atteindre les objectifs de la nouvelle Stratégie mondiale pour permettre à l’ensemble des femmes, des enfants et des adolescents de jouir du meilleur état de santé possible» déclare le Dr Flavia Bustreo, Sous Directeur général pour la Santé de la famille, de la femme et de l’enfant.

La douleur étant un des facteurs de réticence face à la vaccination, la mise en œuvre de ces mesures permettra aux pays d’atteindre et de maintenir des taux de vaccination élevés, de lutter contre les maladies et d’améliorer la survie de l’enfant.