Imagerie médicale: faire une radio ou pas?

Avril 2016

3,6 milliards d’examens médicaux de diagnostic, comme les examens radiologiques, sont effectués chaque année dans le monde. Une campagne de sécurité pour réduire les risques associés aux rayonnements médicaux est engagée en Afrique

En Ouganda, un jeune garçon et sa mère assis sur le banc d'un scanner discutent avec un médecin
3,6 milliards d’examens médicaux de diagnostic, comme les examens radiologiques, sont fait chaque année. Il est important d'avoir au préalable un dialogue sur les risques et avantatges de l'examen.
Elizabeth Nabunya Kawooya

Lorsque le Dr Michael Kawooya, médecin radiologue à l’hôpital Mengo à Kampala (Ouganda) pratique une échographie sur une femme enceinte, on lui pose souvent la question: «Docteur, est-ce que c’est dangereux?»

Sa réponse est toujours «non».

«Les échographies n’utilisent pas de rayonnements ionisants et elles ne sont donc pas dangereuses», explique-t-il. Il est aussi Directeur de l’Institut Ernest Cook (Ernest Cook Ultrasound Research and Education Institute) à Kampala.

Pourtant, de nombreuses procédures médicales qu’ont ses patients ou qui sont demandées, examens radiologiques classiques, scanners, interventions sous fluoroscopie, utilisent des rayonnements ionisants qui risquent de provoquer des cancers ou des lésions cutanées, notamment chez les enfants. De nombreux soignants adressant les malades, les patients et les aidants n’ont pas conscience de ces risques.

«Souvent, les patients pensent que l’examen radiologique fait partie du traitement, sans connaître les risques qu’il implique», indique le Dr Kawooya. «C’est là que nous devons intervenir pour les informer».

Améliorer la sécurité radiologique

On estime qu’à l’échelle mondiale, 3,6 milliards d’examens médicaux de diagnostic, comme les examens radiologiques, sont fait chaque année. Ce nombre continue de croître avec l’élargissement de l’accès aux soins médicaux. Environ 350 millions de ces examens sont pratiqués sur des enfants de moins de 15 ans.

«Si les patients et leurs familles ne sont pas bien informés des risques et des bénéfices d’un examen faisant appel à l’imagerie médicale, ils peuvent faire des choix qui seront plus néfastes qu’utiles pour leur santé, comme de refuser un scanner nécessaire ou d’en exiger un alors qu’il n’est pas justifié.»

Dr Maria del Rosario Perez, scientifique, Département OMS de Santé publique

Les radiations en imagerie médicale peuvent sauver des vies et éviter d’avoir recours à des gestes plus invasifs, mais leur utilisation inadaptée peut entraîner une exposition inutile et non voulue à des rayonnements pour les patients. Comme les enfants sont plus petits et vont vivre plus longtemps que les adultes, leur risque de développer des effets dus aux rayonnements est plus grand.

« Si les patients et leurs familles ne sont pas bien informés des risques et des bénéfices d’un examen faisant appel à l’imagerie médicale, ils peuvent faire des choix qui seront plus néfastes qu’utiles pour leur santé, comme de refuser un scanner nécessaire ou d’en exiger un alors qu’il n’est pas justifié », explique le Dr Maria del Rosario Perez, scientifique au Département OMS de Santé publique.

Pour améliorer la sécurité, l’OMS a lancé en 2008 une initiative mondiale sur la sécurité des rayonnements dans les établissements de soins, le but étant de mobiliser le secteur de la santé pour une utilisation sûre et efficace des rayonnements dans le domaine médical.

L’une des principales priorités est d’améliorer la communication sur les risques dans le cadre de l’imagerie pédiatrique pour garantir un dialogue efficace et équilibré entre les personnels soignants, les familles et les patients sur le rapport risques-avantages.

Une nouvelle publication de l’OMS, Communication sur les risques liés aux radiations en imagerie pédiatrique, aide les soignants à communiquer sur les risques connus ou potentiels liés aux radiations en imagerie pédiatrique. Ce document propose plusieurs approches pour aider les professionnels à répondre à des questions du type « À quelle quantité de radiations mon enfant va-t-il être exposé?» ou « À partir de quand la quantité de rayonnements médicaux est-elle trop grande? »

En Ouganda, le Dr Kawooya et d’autres professionnels de santé utilisent cette publication dans le cadre d’une campagne régionale pour améliorer la sécurité radiologique et sensibiliser pour élaborer des politiques et réglementations nationales à ce sujet.

Une campagne pour l’Afrique

Dans de nombreuses régions d’Afrique, il peut être difficile de protéger les patients des risques radiologiques. Les directives dans ce domaine sont souvent insuffisantes et rarement appliquées. La formation des professionnels de santé n’est pas réglementée et les procédures de maintenance, de retrait et d’élimination des équipements et matériels de radiologie ne sont pas toujours suivies.

En février 2015, le Congrès panafricain de Radiologie et d’imagerie a lancé AFROSAFE, une campagne pour veiller à ce que toutes les procédures médicales faisant appel aux rayonnements en Afrique soient nécessaires et accomplies en toute sécurité.

Dans le cadre de cette campagne, les professionnels de santé apprennent à mener une discussion sur les risques et les avantages de l’imagerie pédiatrique avec les patients et les familles en utilisant le nouvel outil de l’OMS de communication sur les risques.

«AFROSAFE réunit la communauté médicale africaine pour s’efforcer de garantir la sécurité radiologique», se félicite le Dr Kawooya. «Le nouvel outil de l’OMS nous aidera à sensibiliser davantage aux risques associés à l’exposition aux rayonnements et à développer les techniques de communication nécessaires pour faire passer les messages.»

Par le biais d’AFROSAFE Ouganda, le Dr Kawooya enseigne aux médecins et aux techniciens de son pays à renforcer la sécurité et la qualité de la radiologie. En novembre 2015, il a aidé à organiser la première session de formation, qui a réuni plus d’une centaine de professionnels de santé ougandais et de porte-parole des patients.

Lors de l’une des séances de formation, intitulée «Faire une radio ou pas?», on a présenté différents scénarios de patients et demandé aux participants de discuter sur la décision à prendre, c’est-à-dire d’envoyer leurs patients passer une radio ou pas. Ce scénario rappelait aux professionnels de santé les directives qu’ils doivent suivre pour protéger tous les patients.

«Nous encourageons les radiologues dans les hôpitaux de tout l’Ouganda à se servir des directives pour l’orientation-recours lorsqu’ils prennent des décisions sur l’utilisation de la radiologie pour les enfants et leurs familles», indique le Dr Kawooya. «Nous avons la responsabilité d’aider nos patients à prendre des décisions en toute connaissance de cause, tout en préservant leur sécurité.»

Le nouvel outil de communication servira de base pour élaborer de nouveaux modules de formation afin d’améliorer les compétences des agents de santé, ainsi que des matériels de plaidoyer et d’information ciblant les patients, les parents, les familles et la communauté.