Résistance aux antibiotiques, un autre danger pour la République arabe syrienne

Novembre 2017

En République arabe syrienne, de nombreux pharmaciens admettent délivrer des antibiotiques sans ordonnance. Trois pharmaciens ont décidé de lancer une campagne pour informer leurs confrères du rôle qu’ils ont à jouer afin de prévenir la résistance aux antibiotiques.

Deux pharmaciens en République arabe syrienne montrent le dépliant qui a été réalisé pour mieux faire connaître le problème de la résistance aux antibiotiques dans le pays.
Deux pharmaciens en République arabe syrienne montrent le dépliant qui a été réalisé pour mieux faire connaître le problème de la résistance aux antibiotiques dans le pays.
OMS

Hanaya Raad est une pharmacienne syrienne qui a décidé de faire mieux connaître le problème de la résistance aux antibiotiques dans son pays. Lorsqu'elle était à l’université, la résistance aux antibiotiques n’était pas abordée dans le programme des études de pharmacie et elle en a entendu parler pour la première à l’occasion d’un cours pratique pour les pharmaciens alors qu’elle était déjà diplômée. Hanaya Raad et 2 de ses consœurs – Sarah Safadi et Nour Allahham – ont pris l’initiative d’agir lorsqu’elles ont eu connaissance de cette menace grandissante.

Après avoir étudié la question en profondeur et s’être informées sur la meilleure façon de procéder pour les pharmaciens, Hanaya Raad et ses consœurs ont contacté l’Association syrienne des pharmaciens.

«En Syrie, beaucoup de patients ne vont pas chez le médecin quand ils tombent malades. Ils vont d’abord consulter le pharmacien et lui demandent des antibiotiques.»

Hanaya Raad, pharmacienne

«Nous avons rencontré le Président de l’Association syrienne des pharmaciens et le Président du Comité scientifique et nous leur avons expliqué les problèmes qui se posent en Syrie. En Syrie, il est possible d’acheter des antibiotiques dans les pharmacies et les centres de santé sans ordonnance, et beaucoup de patients ne consultent pas de médecin quand ils tombent malades. Ils vont d’abord consulter le pharmacien et lui demandent des antibiotiques», dit-elle.

L’Association syrienne des pharmaciens a soutenu Mme Raad et ses consœurs, qui ont pu lancer, en commençant dans la capitale, Damas, une campagne de sensibilisation sur les habitudes de prescription d’antibiotiques auprès des pharmaciens et sur le mauvais usage des antibiotiques dans la population.

«Cette campagne ciblait les pharmaciens de Damas et prévoyait de couvrir d’autres villes syriennes à l’avenir. Nous avons pu contacter 413 pharmacies, soit à peu près la moitié des officines de Damas», déclare Hanaya Raad.

Les matériels mis au point par ces pharmaciennes audacieuses ont été livrés non seulement dans des pharmacies mais aussi dans des centres de santé et dans des hôpitaux, grâce à 19 bénévoles qui, dans toute la ville de Damas, ont donné des conseils et ont parlé aux pharmaciens du danger que représente la délivrance d’antibiotiques sans prescription médicale. De petites cartes comportant des instructions pour le bon usage des antibiotiques ont également été créés à l’attention des pharmaciens afin qu’ils les donnent aux patients concernés.

En outre, une page Facebook a été créée pour informer autant de Syriens que possible car l’instabilité de la situation a rendu difficile l’accès à certaines zones de la région. Plusieurs conférences et exposés ont aussi été organisés à l’intention des pharmaciens, des étudiants et du grand public.

Les principaux messages véhiculés dans les matériels et dans le cadre des activités soulignaient l’ampleur du problème posé par la résistance aux antibiotiques et le rôle que doivent jouer les pharmaciens pour lutter contre ce phénomène dans la population syrienne.

«Ils devaient absolument savoir qu’ils ne peuvent pas délivrer d’antibiotiques s’ils ne sont pas certains que le patient a une infection bactérienne, pas une infection virale», déclare Hanaya Raad.

La campagne avait dû surmonter plusieurs obstacles, y compris les restrictions aux déplacements, le manque d’expérience et la réticence des pharmaciens en raison des problèmes économiques et de l’insécurité dans le pays.

Pourtant, malgré toutes les difficultés, les réactions à la campagne ont été très positives, notamment parmi les jeunes générations de pharmaciens.

«Ça a été un grand succès car aucune initiative n’avait été prise auparavant au sujet de ce problème en Syrie», déclare Hanaya Raad.

L’équipe a également profité de cette campagne pour mener des travaux de recherche préliminaires sur les connaissances et les attitudes relatives à la résistance aux antibiotiques en République arabe syrienne.

«Nous savons intuitivement que c’est un grave problème en Syrie et nous ne pouvons pas nous contenter de faire comme s’il n’existait pas. Maintenant, j’essaie de collaborer avec des universités londoniennes pour concevoir un vrai projet de recherche sur cette question et pour évaluer l’ampleur du problème», déclare Hanaya Raad.

Hanaya Raad a obtenu son Master de santé publique au London Imperial College l’année dernière. Aujourd’hui, elle habite à Londres, tout comme l’une de ses consœurs avec qui elle a lancé la campagne et toutes deux tentent d’améliorer la stratégie de campagne. Elles vont poursuivre la campagne cette année et elles ont bon espoir de l’étendre à d’autres régions.