Le Pakistan lutte contre l’hépatite sur tous les fronts

Juillet 2017

Lors de la Journée mondiale contre l’hépatite, l’OMS demande aux pays d’intensifier leurs efforts pour éliminer cette maladie à l’horizon 2030. Avec l’un des plus forts taux d’hépatite C au monde, le Pakistan s’attaque à ce grave problème de santé en assurant la gratuité du diagnostic, du traitement et des soins ...

Consultation spécialisée pour la prise en charge de l'hépatite au Pakistan
Le Pakistan a la deuxième plus forte prévalence au monde d’hépatite C, l’accès au dépistage et au traitement est essentiel pour sauver la vie de ceux qui sont déjà infectés.
PKLI

Lorsqu’Ali*, 48 ans, est arrivé au dispensaire après avoir parcouru 350 km jusqu’à la ville de Lahore, il était pratiquement certain qu’il allait mourir. Il avait une hépatite C et était très malade; il avait vu 4 de ses frères et sœurs mourir de cette maladie.

Ali a eu de la chance. Il est arrivé au dispensaire spécialisé pour l’hépatite et récemment ouvert au Pakistan à Lahore. Quand on lui a dit qu’il existait des médicaments pour le guérir, il s’est mis à pleurer. Il n’arrivait pas à y croire.

«Je sais comment j’ai été infecté», affirme Ali en se rappelant que son coiffeur utilise des instruments sans respecter les conditions d’hygiène et que c’est là l’origine probable du virus qui l’a contaminé, ainsi que ses frères et sœurs.

On observe au Pakistan la deuxième plus forte prévalence au monde de l’hépatite C, derrière l’Égypte. Une enquête faite en 2007 a permis de découvrir que près de 7% de la population dans la province du Pendjab avaient l’hépatite C et qu’à l’échelle du pays, cette proportion était de 5%.

Les injections à risque, une cause majeure de propagation

Dr Saeed Akhter, Président du Institut et centre de recherche du rein et du foie du Pakistan
Dr Saeed Akhter, Président du Institut et centre de recherche du rein et du foie du Pakistan
PKLI

«La forte prévalence de l’hépatite est due à de nombreux facteurs intervenant dans le milieu des soins comme dans les communautés: l’utilisation de seringues sales, l’absence de dépistage du sang avant les transfusions, l’utilisation d’instruments dentaires sans hygiène, la réutilisation des lames de rasoirs chez les coiffeurs et l’insuffisance des infrastructures pour l’élimination des déchets infectieux», déplore le Dr Saeed Akhter, Président de l'Institut et centre de recherche du rein et du foie du Pakistan.

Le virus de l’hépatite C se transmet par le sang et peut provoquer une maladie du foie de gravité variable, allant d’une atteinte brève et bénigne à une forme sérieuse, persistant toute la vie. L’OMS estime qu’environ 71 millions de personnes dans le monde ont une hépatite C chronique et que, chaque année, autour de 400 000 personnes en meurent, la plupart du temps par cirrhose ou cancer du foie. S’il n’y a pas de vaccin contre l’hépatite C, les médicaments antiviraux peuvent guérir plus de 95% des sujets atteints.

Les injections à risque jouent un rôle majeur dans la transmission de l’hépatite C. Les autorités provinciales du Pendjab sont les premières du Pakistan à combattre ce problème en adoptant une politique veillant à ce que 90% des seringues utilisées dans le secteur de la santé soient autobloquantes, ce qui signifie qu’elles ne peuvent pas être utilisées plus d’une fois. Elles ont en plus lancé un programme pour améliorer le contrôle des déchets infectieux en construisant 39 incinérateurs dans les établissements de santé.

«Les lignes directrices de l’OMS en 2015 sur la sécurité des injections recommandent à tous les pays de passer à l’usage exclusif de seringues sécurisées», explique le Dr Arshad Altaf, expert à l’OMS pour la sécurité des injections. «Le changement de politique dans la province du Pendjab est un pas dans la bonne direction et jouera un rôle essentiel pour éviter la réutilisation des seringues, un facteur de risque majeur dans la transmission de l’hépatite C.»

De nombreux patients dans la salle d'attente du centre de soins spécialisé pour l'hépatite de Lahore, au Pakistan
Le gouvernement du Pakistan assure la gratuité du diagnostic, du traitement et des soins pour les patients atteints d’hépatite dans toutes les provinces.
PKLI

Étendre l’accès au traitement salvateur

Alors que la prévention est cruciale dans la lutte pour éliminer l’hépatite, l’accès au dépistage et au traitement est essentiel pour sauver la vie de ceux qui sont déjà infectés.

La collaboration du gouvernement du Pendjab avec le Institut et centre de recherche est un bon exemple de partenariat entre les secteurs public et privé pour la prévention de l’hépatite virale et la lutte. En seulement 4 mois depuis l’élaboration de ce partenariat, plus de 10 000 patients ont eu un dépistage de l’hépatite B et C et, si nécessaire, ont été traités gratuitement et sans aucune discrimination. Ce programme, reposant sur les orientations de l’OMS et des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis d'Amérique, est en cours d’extension à 25 districts de la province du Pendjab.

Le gouvernement du Pakistan assure la gratuité du diagnostic, du traitement et des soins pour les patients atteints d’hépatite dans toutes les provinces, au moyen de 4 programmes de prévention et de lutte. Ceux qui ont l’hépatite C ont désormais un accès gratuit aux médicaments par voie orale, grâce aux travaux réalisés par le groupe consultatif technique national d’experts de l’hépatite, qui a joué un rôle essentiel pour réduire le coût des médicaments contre le traitement de l'hépatite C à moins de 1% du coût payé aux États-Unis d’Amérique.

Le but est d’éliminer l’hépatite

La volonté politique est essentielle pour combattre l’hépatite. «Lorsque nous avons démontré la gravité de la situation au chef du gouvernement du Pendjab, en lui montrant le nombre de personnes qui tombent malades et meurent de l’hépatite ici, il s’est intéressé personnellement à la question et a promis un appui sans réserve, y compris en adoptant de nouvelles lois pour la prévention de l’hépatite», explique le Dr Akhter.

En août, le ministère de la Santé pakistanais lancera le premier cadre stratégique national contre l’hépatite, qui suit de près la Stratégie mondiale OMS du secteur de la santé contre l’hépatite virale. Il énumère clairement un ensemble de cibles et d’objectifs pour aider le Pakistan à œuvrer vers le but de l’élimination de l’hépatite à l’horizon 2030, de façon à ce que des personnes comme Ali ne risquent plus la mort après une simple visite chez leur coiffeur.

*Le nom a été modifié.