Rapprocher les soins de santé des populations dans les Îles Salomon

Janvier 2017

Imaginez que vous deviez dépenser la totalité de votre budget alimentaire hebdomadaire pour un voyage de plusieurs heures en camionnette sur un chemin de terre cahoteux et poussiéreux sous une chaleur tropicale pour atteindre l’hôpital de plus proche. Maintenant, imaginez que vous deviez faire ce trajet lors de chaque grossesse.


Aux Îles Salomon, une mère souriante avec son nourisson lors d'un contrôle de routine
Une mère amène son nourrisson pour un contrôle de santé de routine dans un dispensaire des Îles Salomon ouvert en zone rurale.
OMS/Y. Shimizu

C’est le trajet que Judith Olivia a parcouru dans les Îles Salomon pour donner naissance à chacun de ses enfants depuis le village reculé de Malatoha jusqu’au National Referral Hospital dans la capitale, Honiara.

Le dispensaire le plus proche de Malatoha se trouve à 6 heures de marche, dans le village de Belaha, mais Judith Olivia a expliqué qu’elle se sentait plus en sécurité auprès des médecins d’Honiara.

«S’il y avait un médecin au dispensaire de Belaha, j’accoucherais là-bas», explique-t-elle. «C’est beaucoup plus simple pour moi d’y aller, mais pour l’instant, je ne suis pas convaincue que les agents de santé puissent me soigner.»

Environ 30% des naissances sur les Îles Salomon ont lieu au National Referral Hospital, alors que la capitale ne compte que 13% de la population de cet archipel étendu. Sur les 157 médecins que compte le pays, 126 exercent là-bas.

Trajet en bateau

Dans un pays où vivent 620 000 personnes dispersées sur plus de 600 îles, Judith Olivia fait partie des privilégiés. Elle a la chance d’habiter sur l’île où se trouve l’hôpital. D’autres femmes et des patients quelle que soit leur affection font un trajet de plusieurs jours en camionnette et en bateau depuis les îles lointaines pour recevoir des soins médicaux qui pourraient et qui devraient être prodigués plus près de chez eux.

«Même si certains d’entre eux habitent vraiment loin d’Honiara, ils font le voyage jusqu’ici car ils ne peuvent pas consulter un médecin dans leur dispensaire», explique Elizabeth Sanau, infirmière-conseil en soins cliniques aux urgences du National Referral Hospital.

Mais les choses vont changer.

Un nouveau plan ambitieux mis sur pied par le ministère de la Santé et des services médicaux, avec l’appui de l’OMS, définit la feuille de route des Îles Salomon vers la couverture sanitaire universelle et les objectifs de développement durable. Elle précise les services devant être proposés à chacun des 4 niveaux du système de santé, avec des petits dispensaires ruraux assurant les soins primaires de base, des dispensaires de district avec un service de chirurgie simple, des hôpitaux provinciaux et le National Referral Hospital.

L’élaboration du plan a fait intervenir le ministère de la Santé, mais également le ministère des Services publics, chargé des questions de ressources humaines, ainsi que le ministère du Développement des infrastructures.

«L’OMS participe avec enthousiasme à ce programme de réforme totalement nouveau lancé par le Ministère de la santé qui pourrait changer beaucoup de choses», a déclaré le Dr Sevil Huseynova, Représentant de l’OMS dans les Îles Salomon.

Aucune coordination

Presque la moitié des dépenses de santé dans les Îles Salomon sont couvertes par des bailleurs de fonds. Mais ce financement était en grande partie consacré à des maladies en particulier plutôt que de renforcer le système de santé du pays et d’améliorer les services dans leur ensemble.

En outre, des églises et des responsables politiques locaux bien intentionnés ont construit des hôpitaux sans consulter le ministère de la Santé, avant de faire appel à lui pour les aider à les faire fonctionner.

Résultat: des services fragmentés et des bénéfices pour la santé loin d’être à la hauteur des investissements consentis.

«Les investissements ont beaucoup augmenté ces dernières années, mais les bénéfices pour la santé n’ont pas été proportionnels», affirme le Dr Tenneth Dalipanda, Secrétaire permanent du ministère de la Santé et des services médicaux des Îles Salomon. «Depuis de nombreuses années, la couverture par le vaccin antirougeoleux a stagné autour de 75% et nous n’avons jamais réussi à dépasser la barre des 85% malgré l’augmentation des investissements. C’est ce qui nous a convaincu de la nécessité d’agir différemment.»

Le plan, qui porte le nom de Politique de définition des rôles, détermine également les besoins de chaque échelon en matière de ressources humaines, d’infrastructure et d’équipement.

«Le ministère de la Santé est en train d’être réformé afin de nous permettre de mettre en œuvre la nouvelle politique», a expliqué le Dr Tenneth. «Les provinces doivent se charger de la prestation des services de santé, alors que le Ministère central s’occupera de la politique, de l’allocation des ressources et de la gouvernance.»

Davantage de médecins

En vertu du plan, 9 hôpitaux provinciaux et 43 dispensaires de district seront renforcés, alors que 202 postes de soins infirmiers seront fermés ou renforcés afin de devenir des centres de santé ruraux dans le but de garantir que les ressources seront utilisées de la façon la plus efficace possible pour fournir des services de santé à des endroits stratégiques.

Le plan prévoit également la dotation en médecins des centres de santé de district, qui étaient auparavant gérés par du personnel infirmier; ainsi, les habitants disposeront des services de santé dont ils ont besoin sans devoir parcourir de grandes distances.

Pour répondre à cette demande, une centaine d’étudiants en médecine sont formés à Cuba, la moitié d’entre eux ayant déjà fait leur retour dans les Îles Salomon.

Le plan commencera à être mis en œuvre lorsqu’il sera finalisé en juin de cette année. Mais certains changements ont déjà été amorcés. La rénovation des infrastructures a commencé et la liste des équipements et des ressources humaines nécessaires a été dressée.

Il est évident que tout cela coûte de l’argent.

Une subvention de la République populaire de Corée destinée à l’amélioration de l’infrastructure dans une province permettra de déterminer le montant de l’investissement nécessaire pour mettre en œuvre le plan dans son intégralité dans l’archipel.

Triple charge

Les Îles Salomon sont confrontées à une «triple charge» de morbidité avec les maladies transmissibles comme la dengue auxquelles s’ajoutent une hausse des taux de maladies non transmissibles et les effets des changements climatiques, qui causent fréquemment des inondations et des sécheresses.

«S’il réussit, ce plan peut devenir une référence pour certains des voisins des Îles Salomon dans le Pacifique», explique le Dr Greg Jilini, Sous-Secrétaire au Ministère de la santé chargé de la direction du groupe de travail ayant élaboré le plan.

«D’autres pays s’intéressent à ce que nous faisons, par exemple le Vanuatu, qui est confronté à des problèmes semblables», a-t-il déclaré. «Ils souhaiteraient suivre nos pas.»

L’OMS aide d’autres pays et régions à prendre exemple sur les Îles Salomon. Un site Web lancé l’an dernier sur les «soins intégrés centrés sur la personne» fournit des ressources et donne des exemples réels de réformes de services de santé centrés sur la personne.

Le site Web permet aux ministères de la santé, aux agents de santé, aux décideurs politiques et aux autres parties intéressées d’accéder aux dernières données relatives aux services de santé intégrés centrés sur la personne et de construire un réseau mondial d’acteurs visant le même objectif: faire en sorte que des personnes comme Judith Olivia puissent accoucher plus près de chez elles.

Fort heureusement, la mère et l’enfant sont en bonne santé. «Après 6 grossesses, j’accouche très vite», déclare Judith Olivia en riant. Bientôt, elle retournera avec son mari dans leur village dans la colline afin de présenter à leurs 5 autres enfants le nouveau membre de la famille.