Les pêcheurs et les agriculteurs de Calcutta recyclent les eaux usées des toilettes

Mars 2017

La plupart des gens ne pensent pas à ce que deviennent leurs excreta une fois qu’ils ont tiré la chasse d’eau ou versé de l’eau dans les latrines. Mais, pour les pêcheurs et les agriculteurs de Calcutta (Inde), ces matières fournissent un engrais naturel pour leur culture, l’alimentation pour les poissons et une source de revenus pour leurs familles.

Un homme ramasse des herbes dans un champs irrigué par de l'eau recyclée à Calcutta, Inde.
OMS

Pendant plus d’un siècle, le réseau d’égout souterrain de Calcutta a pompé les eaux usées non traitées dans plus de 250 étangs répartis sur 12 000 hectares de terrain dans les marais de l'Est de Calcutta.

Sous l’action du soleil et de l’oxygène, les déchets se transforment en plancton qui sera consommé par le poisson élevé et vendu sur le marché local. L’eau des étangs est ensuite canalisée vers des digues d’irrigations et sert à faire pousser des légumes, comme des carottes, des radis et des oignons.

Le système de réutilisation des eaux usées de Calcutta, le plus vaste du monde, recycle près de 90% des déchets de la ville pour l’aquaculture et l’agriculture. Les poissons et les cultures assurent des revenus à plus de 20 000 familles travaillant dans cette zone.

«En réutilisant les eaux usées, les agriculteurs et les pêcheurs de Calcutta contribuent à réduire la pollution de l’eau et des sols, mais aussi à fournir l’alimentation des habitants de la ville. Cette pratique comporte tout de même des risques sanitaires, diarrhées ou helminthiases par exemple, pour les agriculteurs eux-mêmes comme pour les communautés en aval», reconnaît Mme Payden, une ingénieure spécialisée dans l’assainissement qui travaille au Bureau régional de l’OMS pour l’Asie du Sud Est.

«Le défi désormais est de s’assurer que les eaux usées sont traitées et réutilisées sans risque.»

La réutilisation des eaux usées n’a jamais été aussi importante

Dans le monde, avec la raréfaction des ressources hydriques, le développement des centres urbains et l’augmentation de la demande en denrées alimentaires, la réutilisation des eaux usées devient de plus en plus attractive et viable. On estime qu’aujourd’hui, plus de 10% de la population mondiale consomment des denrées alimentaires produites avec des eaux usées et 40% vive dans des régions soumises au stress hydrique.

Le traitement des eaux usées est cependant peu fréquent dans la plupart des pays en développement, ce qui pose divers risques pour la santé humaine: diarrhées, choléra, typhoïdes et vers parasitaires. Les eaux usées non traitées ou mal gérées contribuent par ailleurs à la propagation des bactéries résistantes aux antibiotiques lorsqu’elles sont utilisées pour se baigner, pour fournir l’eau de boisson ou pour faire pousser des cultures.

«À tout moment, près de la moitié de la population des pays en développement est affectée par une maladie ou une affection directement liée à l’eau contaminée, à l’insuffisance de l’assainissement ou à une mauvaise gestion des ressources hydriques», déplore le Dr :Henk :Bekedam, Représentant de l’OMS en Inde.

En 2014, l’OMS a estimé que le passage d’une absence d’assainissement à des installations améliorées ne réduit l’incidence des diarrhées que de 16%; en revanche, lorsque les excreta sont correctement enlevés dans les ménages, traités et évacués en toute sécurité, on obtient une baisse supplémentaire de 63% de l’incidence des diarrhées.

Les objectifs de développement durables visent une gestion adéquate de l’assainissement

Pour aider les pays à traiter, gérer et réutiliser sans danger les eaux usées, l’OMS a mis au point en 2016 un outil de gestion du risque. Intitulée Planification de la gestion de la sécurité sanitaire de l'assainissement cette publication aide les opérateurs de ce domaine à appliquer les directives de l’OMS relatives à l’utilisation sans risques des eaux usées, des excreta et des eaux ménagères en aquaculture et en agriculture, à identifier et à gérer les risques sanitaires tout au long de la chaîne de l’assainissement.

La méthode des barrières multiples employée signifie qu’on peut réduire le risque au moyen de mesures simples, même quand des traitements onéreux ne sont pas faisables à court terme.

L’an dernier, l’OMS a dispensé une formation pour cet outil auprès de 34 participants de 6 pays de la Région d’Asie du Sud Est afin d’en faire des porte-drapeaux au niveau régional susceptibles d’aider davantage les pays à gérer en toute sécurité leurs systèmes d’assainissement. Pour apprendre à identifier les risques, les participants sont allés dans les marais de Calcutta Est et ont interrogé les agriculteurs de cette région.

L’OMS mène actuellement une évaluation du risque dans les marais de Calcutta Est en utilisant les directives et le manuel pour aider la ville à comprendre comment améliorer le système et réduire les risques sanitaires pour les pêcheurs et les agriculteurs vivant dans cette région, ainsi que pour la communauté plus vaste qui consomme les poissons et les légumes produits.

Alors que les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) ont amélioré l’accès à l’eau et à l’assainissement, ils ne se sont pas occupés de veiller à ce que les excreta soient correctement enlevés, traités et éliminés.

Les objectifs de développement durable (ODD) ne s’intéressent plus seulement à l’amélioration de l’accès à l’eau et à l’assainissement; ils appellent spécifiquement à une gestion sûre de l’assainissement et à une augmentation du traitement et de l’utilisation sans danger des eaux usées.

Grâce à la Planification de la gestion de la sécurité sanitaire de l'assainissement, l’OMS collabore avec les pays pour garantir la collecte, le transport, le traitement et la réutilisation ou l’élimination sans risque des matières fécales tout au long de la chaîne d’assainissement.

«En garantissant la disponibilité et une gestion durable des eaux et de l’assainissement pour tous, on agit non seulement sur les résultats sanitaires mais on établit aussi des liens positifs avec la lutte contre le changement climatique et la pauvreté», conclut le Dr Bekedam.