L’offensive de la Thaïlande en faveur de l’activité physique permet d’améliorer la santé en s’attaquant aux maladies non transmissibles

Octobre 2017

Danser pour intensifier son activité physique est exactement ce que le médecin a prescrit à la couturière thaïlandaise Umpun Sangprasert pour améliorer son état cardiaque.

Municipalité d'Angthong

En 2011, on a diagnostiqué à Umpun, alors âgée de 64 ans et originaire de la municipalité septentrionale d’Angthong, un niveau élevé de cholestérol et de triglycérides. Ce diagnostic augmentait la menace de maladie cardiovasculaire, qui est la principale cause de décès, notamment chez les moins de 70 ans, aussi bien en Thaïlande que dans le monde.

«Mon médecin m’a conseillé de pratiquer une activité physique et de changer mon alimentation, et j’ai constaté que mon taux de triglycérides et de cholestérol avait baissé», rapporte Umpun, âgée maintenant de 70 ans et volontaire en santé dans son village. «J’ai beaucoup apprécié cette activité physique et je me suis sentie plus forte et plus saine, donc je continue.»

Tant et si bien qu’elle s’est engagée dans une campagne lancée par les pouvoirs publics, soucieuse d’aider ses concitoyens à rehausser leur niveau d’activité physique afin de juguler la menace de cardiopathies et autres maladies non transmissibles auxquels sont imputables 7 décès sur 10 en Thaïlande, toutes catégories confondues.

Stratégies gouvernementales pour encourager l’activité physique

De nouvelles pistes cyclables ont été crées dans tout le pays. Les médias populaires, des campagnes par SMS, aux réseaux sociaux, en passant par les annonces dans les cinémas et les concerts de rock, préconisent d’accroître l’activité physique, par exemple sous forme de courses de 10 kilomètres dans la capitale, Bangkok, et dans une vingtaine d’autres lieux à travers le pays.

Les parcs publics s’apparentent désormais à des parcours de santé, et la pratique du tai chi, du yoga, de la danse et autres activités saines deviennent la norme.

Les autorités locales de Thaïlande organisent des programmes d’activité physique destinés à promouvoir la santé et à triompher des maladies non transmissibles évitables
La Thaïlande promeut l’utilisation de la bicyclette pour essayer d’agir contre les maladies non transmissibles
Municipalité d'Angthong

À l’échelle mondiale, les maladies cardiovasculaires, comme les accidents vasculaires cérébraux et les infarctus du myocarde, décimeraient chaque année quelque 17,7 millions de personnes, et près de 50% des décès enregistrés dans le monde sont dus aux maladies non transmissibles. Les autres maladies non transmissibles sont principalement les cancers, les affections respiratoires chroniques et les diverses formes de diabète.

Ces maladies ont en commun 4 facteurs de risque modifiables, à savoir: l’inactivité physique, la mauvaise alimentation, le tabagisme et la consommation excessive de l’alcool. À eux tous, ils sont responsables de 40 millions de décès annuels, touchant notamment 15 millions de personnes de 30 à 70 ans.

«Les maladies non transmissibles sont celles qui déciment le plus la population thaïlandaise; c’est pourquoi elles constituent une priorité majeure pour l’action que mène l’OMS auprès du gouvernement», déclare le Dr Daniel Kertesz, représentant de l’OMS en Thaïlande. «Nous soutenons la volonté politique locale et mondiale de réduire l’inactivité physique et de s’atteler à d’autres facteurs de risque importants pour les maladies non transmissibles. »

Le Dr Pairoj Saonuam, attaché à la Fondation thaïlandaise pour la promotion de la santé (Thai Health) dit que la promotion de l’activité physique appelle une action polyvalente soutenue par une volonté politique, un mouvement social et un investissement économique. «Nous devons changer de paradigme: l’exercice n’est pas seulement une activité à pratiquer pendant ses loisirs», dit le Dr Saonuam. «Nous pouvons avoir une activité physique quotidienne en allant au travail à pied, en allant à l’école en vélo et en utilisant moins de transports motorisés.»

L’OMS lance une campagne mondiale pour encourager l’activité physique

L’OMS dirige de surcroît une campagne mondiale pour encourager l’activité physique, car un adulte sur 4et 8 adolescents sur 10 sont trop sédentaires. L’Organisation est en train d’élaborer un nouveau plan d’action mondial destiné à promouvoir l’activité physique, l’idée-force étant de créer des conditions environnementales plus propices et d’offrir à chacun, quel que soit son âge et ses aptitudes, davantage de possibilités d’activité physique.

Le nouveau plan de l’Organisation appuiera une cible approuvée par les gouvernements, laquelle tend à réduire de 10% la prévalence mondiale de la sédentarité d’ici 2025. Il s’agit d’une étape au sein d’une campagne de plus grande envergure, destinée à réduire d’un tiers d’ici 2030 le taux de mortalité prématuré dû à des maladies non transmissibles, conformément aux objectifs de développement durable.

L’OMS préconise aux adultes âgés de 18 ans et plus de pratiquer au moins 75 minutes d’activité physique de forte intensité ou 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée par semaine. Les enfants et les adolescents devraient pratiquer au moins 60 minutes quotidiennes d’activité physique d’intensité modérée à forte.

En Thaïlande, l’offensive en faveur de l’activité physique prend de l’ampleur, avec à sa tête le Premier Ministre du pays, le Général Prayuth Chan-o-cha, qui a lancé un programme hebdomadaire afin que les fonctionnaires puissent, tous les mercredis, pratiquer une heure d’activité physique sur leur lieu de travail. En 2016, la Thaïlande a accueilli le sixième congrès de l’International Society for Physical Activity and Public Health. [Société internationale pour l’activité physique et la santé publique].

Le Dr Fiona Bull, qui dirige à l’OMS l’unité chargée de l’activité physique et d’une alimentation saine, estime que la Thaïlande montre la voie à suivre au plan régional en élaborant un plan d’action national au profit de l’activité physique et en pilotant des initiatives similaires visant à inciter les pays à élargir leur action.

«Comme d’autres pays de la région et du monde, l’évolution rapide de la Thaïlande en matière de déplacements, de travail et de loisirs, débouche sur un mode de vie moins actif», déclare le Dr Bull. «La Thaïlande s’efforce de modifier notre perception de l’activité physique en nous invitant à réfléchir à la façon dont nous pouvons et devrions l’inclure dans notre vie quotidienne.»

C’est précisément ce que fait la municipalité d’Angthong. Des programmes destinés à plusieurs groupes d’âge – 0, 5, 6 17,18, 59, et plus de 60 ans – permettent à des milliers de personnes de développer leur activité physique. Les chefs communautaires et religieux favorisent de telles activités au sein des communautés locales.

Mme Rungtiwa Makim, Directeur de la division santé publique et environnement à la municipalité d’Anagthong, dit que faute d’agir, l’épineuse question des maladies non transmissibles risque de prendre de l’ampleur et de toucher les familles et les communautés, amplifiant encore les dépenses nationales de santé tout en aggravant les problèmes économiques, sociaux et mentaux des patients et de leurs aidants.

«À Angthong, la population n’a eu aucun mal à développer son activité physique au quotidien», dit Mme Makim. «La marche ou la bicyclette pour se rendre au travail ou aller faire ses courses a des effets positifs sur la santé.»