De l’entrepôt de Rio aux communautés autochtones de l'Amazonie, le long voyage des vaccins au Brésil

Avril 2017

Grâce à un programme national de vaccination très efficace, la plupart des parents brésiliens peuvent être sûrs que leurs enfants auront quand il le faut les vaccins indispensables dont ils ont besoin.

La couverture de la vaccination systématique dans ce pays dépasse chaque année 95% en moyenne pour la plupart des vaccins du calendrier de vaccination de l’enfant, ce qui va au-delà de la couverture d’au moins 90% recommandée par l’OMS.

La plupart des vaccins sont produits par des fabricants locaux et délivrés gratuitement dans plus de 36 000 établissements de santé publique répartis dans tout le pays. Chaque année, le pays fournit plus de 300 millions de doses vaccinales. Il a récemment intensifié ses efforts de vaccination contre l’épidémie de fièvre jaune avec plus de 27 millions de doses supplémentaires.

Mais certaines populations restent difficiles à atteindre. L’un des plus grands défis au Brésil consiste à amener les fournitures médicales essentielles et les soins aux communautés isolées dans la jungle amazonienne, où il y a peu de routes et où les équipes médicales doivent faire des trajets en bateau de plusieurs heures pour parvenir jusqu’à elles.

Ce reportage décrit le transport des vaccins à partir d’un entrepôt à Rio de Janeiro jusqu’aux communautés autochtones vivant dans des villages isolés de la jungle, dans l’État d’Amazonas.


Un homme en tenue résistante au froid tire un chariot contenant des vaccins, sous le regard d'un collaborateur, Brésil.
OMS/A. Silva

Le Centre national pour la conservation et la distribution des produits immunobiologiques (CENADI) à Rio de Janeiro distribue des vaccins dans tout le pays. En plus du contrôle des stocks, l’agence est chargée de surveiller tous les vaccins achetés à l’étranger par le ministère de la Santé. Elle distribue aussi les kits de diagnostic pour la rougeole, la rubéole et le VIH, ainsi que des pesticides pour combattre certaines maladies comme la dengue.


Deux membres du personnel vident des sceau de glace dans une glacière contenant des vaccins, Brésil.
OMS/A. Silva

Le CENADI compte environ 150 employés, dont des techniciens travaillant à la conservation, à la manipulation et au conditionnement des vaccins. Comme beaucoup doivent être conservés à basse température, les employés veillent à les garder dans des chambres froides à des températures comprises entre 2-8 °C et -20 °C. Ils sont ensuite mis dans des glacières avec de la glace carbonique pour la distribution.


Deux hommes portent une glacière contenant des vaccins sur un pont en bois menant à un bateau, Brésil.
OMS/A. Zambrana

Une fois les vaccins emballés, les glacières sont envoyées par avion de Rio de Janeiro, puis amenées par route dans un port de Manaus où elles sont embarquées sur un bateau pour un voyage de 30 heures par le fleuve ou de 2 heures par avion jusqu’à São Gabriel da Cachoeira, dans l’État d’Amazonas. À ce stade, les vaccins ont parcouru environ 2000 kilomètres.


Deux femmes emballent des vaccins dans des glacières, Brésil.
OMS/A. Zambrana

À l’arrivée, les vaccins sont entreposés dans des réfrigérateurs puis redistribués vers les villages locaux. Bruna Araújo (sur la gauche), infirmière dans les équipes de santé autochtones, prépare des glacières, des thermomètres et contrôle minutieusement les quantités de vaccins, les températures et l’emballage avant d’entreprendre la suite du voyage.


Une jeune femme porte une glacière contenant des vaccins, traversant un marché à Tabatinga, Brésil.
OMS/A. Zambrana

Bruna traverse ensuite avec sa glacière le marché local de la ville de Tabatinga pour atteindre la rivière Solimões, où elle embarquera sur une pirogue à destination de «Belém do Solimões», le plus grand village autochtone de l’Amazone, avec 6000 habitants. De là, elle entamera 20 jours de travail ininterrompu dans cette zone et aidera à vacciner les adultes et les enfants.


Une barque transportant des gens, Brésil.
OMS/A. Zambrana

Sur le cours supérieur de la Solimões, environ 95% des villages autochtones ne sont accessibles que par la rivière et les pirogues sont le seul moyen de transport des habitants. Cette période de l’année est celle des hautes eaux. «C’est un voyage très difficile tout au long de l’année car, même quand la rivière s’assèche, il y a encore de grandes difficultés», explique Bruna qui travaille depuis 6 ans pour la vaccination des populations autochtones de la région.


Une jeune femme monte des marches sur les bords d'une rivière, dans une zone rurale du Brésil.
OMS/A. Zambrana

Après 3 heures de bateau, Bruna arrive à Belém do Solimões et amène la glacière au centre de santé, à 300 mètres de la berge, où une salle de vaccination est équipée d’un réfrigérateur réservé aux vaccins venant de Tabatinga. Des familles attendent à proximité d’être vaccinées.


Un agent de santé vaccine un nouveau-né, pendant que sa mère lui donne le sein.
OMS/A. Zambrana

Aujourd’hui, Bruna vaccine une petite fille contre la tuberculose, tandis que la mère, Francisca Moreno Manduca, l’allaite au sein pour l’apaiser et atténuer la douleur. Elle reçoit ensuite la fiche de vaccination pour garder la trace du dossier de son enfant.


OMS/A. Zambrana

Dans tout le centre de vaccination, les vaccins sont conservés dans des glacières et des réfrigérateurs, avec une surveillance permanente de la température, et utilisés avant la date de péremption. «Maintenant, cela va beaucoup mieux avec l’arrivée de l’électricité dans les villages», se félicite Bruna. «Auparavant, tous les vaccins étaient mis dans des glacières et on surveillait la température toutes les heures.»


OMS/A. Zambrana

À chaque consultation d’un patient au dispensaire local, une infirmière saisit les données de la fiche de vaccination dans le système électronique et vérifie que ses vaccinations sont bien à jour. Même avec toutes les difficultés logistiques, l’équipe de santé autochtone maintient l’un des meilleurs taux de couverture vaccinale au Brésil: près de 95% de la population est à jour dans son calendrier de vaccination.