Journée mondiale contre la poliomyélite: les héros méconnus de la vaccination

Octobre 2017

Un enfant ouvre sa bouche pour recevoir le vaccin oral contre la poliomyélite
Un agent de santé afghan administre des gouttes de vaccin antipoliomyélitique à un enfant lors d’une campagne de vaccination.
OMS

«Nous devons faire en sorte qu’aucun enfant ne soit privé du vaccin, quelles que soient les difficultés d’accès», déclare Mohammed Mohammedi, qui œuvre à l’éradication de la poliomyélite depuis 20 ans.

Célébrée le 24 octobre, la Journée mondiale contre la poliomyélite offre l’occasion de saluer le travail assidu des membres du personnel de l’OMS comme Mohammed, et de plus de 20 000 autres héros méconnus qui s’emploient à éradiquer la poliomyélite dans le monde.

Le virus de la poliomyélite peut causer une paralysie irréversible. Mais une possibilité extraordinaire s’offre à la communauté internationale: celle d’éradiquer une maladie pour la deuxième fois dans l’histoire, après la variole.

En Afghanistan, 3 hommes et un âne sur un chemin escarpé
En Afghanistan, des agents de santé doivent traverser des terrains difficiles pour apporter des vaccins antipoliomyélitiques aux enfants dans les endroits les plus reculés du pays .
OMS

Un virus plus circonscrit que jamais

En 1988, lorsque l’OMS est devenue membre de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite, la maladie paralysait à vie 10 enfants toutes les 15 minutes, dans presque tous les pays du monde. Chaque cas aurait pourant pu être évité. En 2017, 12 cas ont été signalés jusqu’à présent dans seulement 2 pays. Entretemps, les infrastructures mises en place pour éradiquer la poliomyélite ont été au cœur de l’action menée pour que tous les enfants, sans exception, accèdent à des services de santé équitables, même dans les zones les plus éloignées et marginalisées.

Aujourd’hui, il ne reste plus que 3 pays d’endémie, où la poliomyélite n’a jamais été jugulée: l’Afghanistan, le Nigéria et le Pakistan. Même dans ces pays, les districts où le virus est cantonné n’ont jamais été aussi peu nombreux et seulement 15 districts ont été touchés depuis la dernière Journée mondiale contre la poliomyélite, contre 29 entre octobre 2015 et 2016.

«Dans ces districts vulnérables, on vaccine plus d’enfants que jamais», explique Michel Zaffran, Directeur de l’OMS chargé de l’éradication de la poliomyélite. «C’est le signe que nous nous rapprochons de l’objectif, mais il faut faire plus encore.»

Au Pakistan, une femme donne le vaccin oral contre la poliomyélite à un jeune enfant
À Karachi, au Pakistan, les infatigables vaccinateurs ont conquis le cœur des communautés où ils vaccinent les enfants contre la poliomyélite.
OMS

Des progrès plus rapides grâce au dévouement des agents de santé

Éradiquer la poliomyélite est une tâche difficile et compliquée. Elle exige que des agents de santé dévoués, ne rechignant pas au travail, aillent sur le terrain administrer des doses de vaccin antipoliomyélitique oral à tous les enfants, à plusieurs reprises, pour qu’ils soient complètement immunisés.

Elle exige des responsables locaux, des parents, du personnel médical, des tradipraticiens et des agents de surveillance qu’ils repèrent les symptômes de la maladie, le plus souvent un bras ou une jambe flasque, et veillent à ce que l’enfant soit soumis à un test de dépistage du poliovirus.

Ces deux tactiques – vacciner tous les enfants jusqu’au dernier et détecter tous les cas sans exception – sont les clés de la réussite, car le virus ne peut plus se cacher nulle part. Lorsqu’aucun enfant ne sera sous-vacciné, le virus disparaîtra de lui-même, et le monde sera exempt de poliomyélite.

En Syrie, au milieu des décombres, deux vaccinateurs de l'OMS donne le vaccin oral contre la poliomyélite à un jeune enfant
En République arabe syrienne, les vaccinateurs vaccinent les enfants malgré le conflit.
OMS

Les agents de surveillance du virus de l'OMS

Le personnel de l’OMS joue un rôle important dans l’éradication de la poliomyélite depuis le niveau des districts jusqu’au niveau mondial. Les agents de surveillance restent aux aguets dans plus de 70 pays.

Parmi ceux-ci figure la Somalie, d’où le poliovirus est absent mais qui reste vigilante face à la menace. Du fait de la pauvreté, des déplacements de population à l’intérieur du pays, des conflits et de la faiblesse du système de santé, les taux de vaccination sont bas. Si le virus était importé d’un pays d’endémie, l’immunité serait trop faible pour empêcher une autre flambée.

Faisant preuve d’imagination pour surmonter les difficultés, les agents de surveillance de l’OMS en Somalie ont formé un réseau de plus de 500 parents, étudiants et responsables locaux désormais capables de détecter tous les cas de paralysie flasque aiguë de sorte que si la poliomyélite revient, elle soit repérée et jugulée immédiatement.

«L’éradication de la poliomyélite nécessite une collaboration étroite et intense entre tous les partenaires, à savoir l’administration nationale et locale, les professionnels de santé publics et privés, la société civile, les institutions religieuses et surtout, les membres des communautés eux-mêmes», souligne le Dr Eltayeb Elfakki, responsable de la lutte contre la poliomyélite pour l’OMS en Somalie.

En Somalie, des bénévoles engagées pour éradiquer la poliomyélite traversent un camp de personnes déplacées.
En Somalie, des bénévoles engagées pour éradiquer la poliomyélite traversent un camp de personnes déplacées.
UNICEF

Des partenaires résolus

Pour mettre fin à la poliomyélite, l’OMS travaille aux côtés de Rotary International, de l’UNICEF, des Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis et de la Fondation Bill & Melinda Gates. Rotary International s’est fixé pour objectif d’éradiquer la poliomyélite il y a près de 30 ans et des millions de rotariens ont consacré plus de 1,6 milliard de dollars (US $) à cette cause jusqu’à présent.

Grâce à ces efforts, plus de 16 millions de personnes qui, autrement, auraient été paralysées à vie, marchent aujourd’hui. Plus de 400 millions d’enfants sont vaccinés chaque année. En 2016, les laboratoires accrédités par l’OMS ont analysé près de 220 000 échantillons de selles à la recherche de la poliomyélite.

Sur les ailes de l'opéra de Sydney est projeté un message de remerciement pour l'engagement du  Rotary pour en finir avec la polio
L'opéra de Sydney en Australie remercie le Rotary pour son engagement pour éradiquer la polio
Rotary

Des personnels qui répondent aussi à d’autres besoins de santé

L’éradication de la poliomyélite offre des moyens de répondre à une multiplicité d’autres besoins de santé. Depuis l’année dernière, les agents de lutte contre la poliomyélite ont contribué à combattre le choléra au Nigéria, sont intervenus pendant les flambées de méningite, ont renforcé les services de vaccination systématique et apporté beaucoup d’autres bienfaits aux communautés.

«Tant que la poliomyélite n’est pas partout éradiquée, tous les pays sont vulnérables», prévient le Dr Zaffran. «Pour que les générations futures soient préservées de la poliomyélite, il reste beaucoup à faire, et tout le travail à accomplir nécessite un soutien politique et financier continu: il faut détecter jusqu’au dernier virus et vacciner jusqu’au dernier enfant.»

Dans un camp sanitaire au nord du Nigéria, une aide-soignante vaccine un bébé
Dans un camp sanitaire difficile d’accès dans le nord du Nigéria, une aide-soignante administre d’autres vaccins en plus du vaccin antipoliomyélitique.
OMS/L. Dore