En Inde, des triplées nées avant terme se développent grâce à la méthode «mère kangourou»

Janvier 2018

En Inde, une mère avec ses triplées est entourée d'un groupe de femmes
Grâce à la méthode de la «mère kangourou», les fillettes triplées ont pu célébrer leur premier anniversaire à la maison.
Hôpital de Koppal

Lorsque Renuka Hadapad a donné naissance à des triplées le 25 octobre 2016 à Koppal (Inde), elle n’y a pas vu de raison particulière de s’en réjouir. Les 3 bébés étaient des filles. Déjà parents de 2 filles, dans une société où l’on accorde la préférence aux enfants de sexe masculin, Renuka et son mari, Somappa, avaient espéré un fils.

Venues au monde sans complication à l’hôpital du district, les triplées, qui pesaient chacune moins de 1500 grammes à la naissance, avaient néanmoins du mal à s’alimenter au sein, à conserver une bonne température corporelle ou à prendre du poids. Elles avaient besoin, pour rester en vie, de l’appui de leurs parents, Renuka et Somappa, aussi affligés fussent-ils.

L’OMS recommande la méthode «mère kangourou» ou le contact peau contre peau continu entre les mères et les nouveau-nés en insuffisance pondérale ou les prématurés, et l’allaitement au sein exclusif, dès la naissance.

Au chaud contre le ventre de leur mère pendant de longues heures

Au début, Renuka ne cherchait pas à nouer un lien avec les triplées, mais le personnel de l’hôpital, qui participe au programme de recherche de l’OMS visant à généraliser la méthode «mère kangourou», l’a persuadée de faire des efforts en ce sens.

Une mère maintient ses triplés sur sa poitrine appliquand la méthode de la «mère kangourou»
L’OMS recommande la méthode «mère kangourou» ou le contact peau contre peau continu entre les mères et les nouveau-nés en insuffisance pondérale ou les prématurés dès la naissance.
Hôpital de Koppal

«Les soins et le soutien que m’ont apportés les membres du personnel de l’hôpital du district m’ont donné l’impression d’être chez moi», a déclaré Renuka, qui s’était mise à s’occuper des triplées sans discontinuer pendant que son mari travaillait. Au bout de 28 jours, les 3 nourrissons, Mahadevi, Shrushti et Lakshmi, ont pu quitter l’hôpital.

Le retour à la maison a néanmoins posé de nouveaux problèmes. La méthode «mère kangourou» n’est efficace que si elle est pratiquée pendant de longues heures, jusqu’à ce que le nourrisson pèse plus de 2500 grammes ou qu’il ne veuille plus du seul contact peau contre peau. Trouver le temps de s’occuper de 3 bébés n’est pas une tâche des plus simples.

Une équipe d’agents de santé communautaires a aidé Renuka à garder le moral. Et comme son mari travaillait, elle s’est tournée vers sa sœur et s’est installée chez elle. À elles deux, celles-ci ont assuré aux nourrissons un contact peau contre peau d’au moins neuf heures par jour pendant plus de quatre mois.

Le 7 mars 2017, les triplées ont dépassé la barre des 2500 grammes.

«La méthode «mère kangourou» a contribué à sauver ces triplées, qui présentaient une très grande insuffisance pondérale à la naissance,» a déclaré le chirurgien du district de Koppal, Dr Dhan Reddy.

Appliquer la méthode «mère kangourou» dès la naissance

Appuyée financièrement par la Fondation Bill & Melinda Gates, l’OMS s’emploie en Inde, dans 3 districts, et en Éthiopie dans 14 woredas (districts), à généraliser la méthode «mère kangourou». Moyennant la formation des personnels de santé, la mise en œuvre de politiques favorables et l’amélioration de l’infrastructure, l’Organisation vise à ce que la «méthode mère Kangourou» soit appliquée, dans les établissements de santé du district, à au moins 80% des nouveau-nés en insuffisance pondérale. Un an après la mise en œuvre du programme, le taux de couverture est passé de près de 0% à plus de 40%.

En Inde, une mère souriante regarde ses fillettes triplées couchées sur le le lit de l'hôpital
La méthode «mère kangourou» a permis de sauver les triplées de Renuka Hadapad, qui présentaient une très grande insuffisance pondérale à la naissance. En octobre 2017, celles-ci ont soufflé leur première bougie chez elles...
Hôpital de Koppal

«La méthode «mère kangourou» ayant été généralisée avec succès en Éthiopie et en Inde, nous pouvons en étendre les enseignements au reste du monde», a fait observer le Dr Rajiv Bahl, coordonnateur de la recherche-développement au Département Santé de la mère, du nouveau-né, de l'enfant et de l'adolescent de l’OMS.

Dans bien des pays du monde, la méthode «mère kangourou» n’est appliquée que 3 à 10 jours après la naissance, trop tard pour prévenir bon nombre de décès parmi les prématurés et les nouveau-nés en insuffisance pondérale. L’OMS coordonne également une initiative de recherche multipays au Ghana, en Inde, au Malawi, au Nigéria et en Tanzanie en vue de déterminer la mesure dans laquelle l’application de la méthode «mère kangourou» dès la naissance contribue à la survie.

«Je me félicite du travail actuellement à l’œuvre pour généraliser la méthode «mère kangourou», » a commenté le Dr Henk Bekedam, représentant de l’OMS en Inde.

Célébration du premier anniversaire

Le 30 octobre 2017 fut pour Renuka et sa famille une journée mémorable. Avec ses partenaires locaux, soit le gouvernement de l’État du Karnataka, l’Académie nationale des sciences de la santé de St John et le Fonds du Karnataka pour la promotion de la santé, l’hôpital du district de Koppal, où sont nées les triplées, a organisé à l’intention de celles-ci une fête d’anniversaire marquant la réussite de cette première année.

«Ne discriminez pas les filles. Elles sont un cadeau de la vie», a déclaré Renuka en relatant les changements qu’elle a traversés au cours de l’année écoulée. Somappa s’est également joint à sa femme pour saluer le soutien que chacun a apporté afin de sauver ses filles et de leur apporter les soins voulus.

Aujourd’hui, Renuka s’emploie à faire prévaloir la méthode «mère kangourou» dans le district et incite d’autre parents non seulement à adopter cette pratique mais également à prendre soin de leurs filles.