Estimation des investissements nécessaires pour atteindre les objectifs de développement durable

Questions-réponses
Juillet 2017

De quoi s'agit-il?

C'est un modèle estimant les investissements financiers nécessaires pour renforcer les systèmes de santé, afin d’atteindre d’ici 2030 les cibles des ODD relatives à la santé.

Il s’agit d’une estimation approximative ne donnant pas aux pays de prescription sur ce qu’ils doivent dépenser. Elle montre les domaines dans lesquels de gros investissements sont nécessaires et la mesure dans laquelle les différents pays en ont les moyens.

Quelles sont les principales conclusions?

Le modèle donne deux scénario: un scénario «ambitieux», dans lequel les pays atteignent les cibles des ODD relatives à la santé d’ici 2030, et un scénario de «progrès», dans lequel ils couvrent au moins deux tiers du chemin pour y parvenir.

Dans les 2 scénarios, les investissements dans les systèmes de santé, comme d’embaucher davantage d’agents de santé, de construire et de faire fonctionner de nouveaux dispensaires, hôpitaux et laboratoires et d’acheter du matériel médical, représentent 75% du coût total. Le reste est consacré aux médicaments, aux vaccins, aux seringues et aux autres produits de base utilisés pour prévenir et traiter des maladies spécifiques, ainsi qu’à certaines activités, comme la formation, les campagnes de santé et les services de proximité pour les communautés vulnérables.

Dans le cadre du scénario «ambitieux», la réalisation des cibles des ODD relatives à la santé nécessitera de nouveaux investissements qui augmenteront dans le temps en passant de 134 milliards de dollars (US $) par an au début à 371 milliards par an, soit 58 dollars par personne, d’ici 2030.

Ce modèle prévoit le renforcement des effectifs de plus de 23 millions d’agents de santé, la construction de plus de 415 000 nouveaux établissements de santé, dont 91% seraient des centres de soins de santé primaires.

Ces investissements pourraient éviter 97 millions de décès prématurés, un toutes les cinq secondes pendant 15 ans, dont plus de 50 millions de nourrissons et d’enfants (mortinaissances et décès avant l’âge de 5 ans) et 20 millions de décès dus aux maladies non transmissibles, comme les maladies cardiovasculaires, le diabète et le cancer. L’espérance de vie augmenterait de 3,1 à 8,4 ans et l’on ajouterait 535 millions d’années de vie en bonne santé dans les 67 pays.

Le scénario de « progrès » nécessiterait des investissements passant de 104 milliards de dollars (US $) par an au début à274 milliards, soit 41 dollars par personne, d’ici 2030. Ils éviteraient environ 71 millions de décès prématurés. Plus de 14 millions de nouveaux agents de santé seraient ajoutés aux effectifs, près de 378 000 nouveaux établissements de santé seraient construits, dont 93% seraient des centres de soins de santé primaires.

Les pays en ont-ils les moyens?

Oui pour la plupart. L’analyse de l’OMS montre que 85% de ces coûts peuvent être assumés par les ressources nationales, bien que 32 des pays les plus pauvres du monde seront confrontés à un déficit annuel de financement pouvant atteindre 54 milliards de dollars (US$) et continueront d’avoir besoin d’une aide extérieure.

Les investissements dans le cadre du scénario ambitieux majoreraient la proportion du produit intérieur brut consacrée aux dépenses de santé dans les 67 pays, la faisant passer en moyenne de 5,6% à 7,5%. Le scénario de progrès porterait la proportion du produit intérieur brut consacrée aux dépenses de santé à 6,5% en moyenne. La moyenne mondiale des dépenses de santé en proportion du PIB s’établit à 9,9%. Bien que l’augmentation des dépenses ne se traduise pas forcément par une amélioration de la santé, ce résultat peut être obtenu en faisant les bons investissements au bon moment.

L’OMS encourage les pays à fixer des cibles de dépenses qui conviennent sur le plan national pour faire des investissements de qualité dans les services publics essentiels du secteur de la santé, comme d’autres secteurs sociaux, conformément aux stratégies nationales de développement durable.

Les gouvernements peuvent augmenter les recettes publiques en élargissant l’assiette fiscale, en augmentant l’efficience de la collecte des taxes et impôts, en réduisant la corruption et l’évasion fiscale. En parallèle, ils doivent s’assurer qu’une part suffisante des recettes publiques est allouée à la santé.

Toutefois, il ne faut pas considérer seulement le montant dépensé mais aussi la façon dont les dépenses sont faites. L’OMS relève des variations importantes dans les résultats des systèmes de santé selon les pays en raison de niveaux différents d’efficience.

Comment ont été produites ces estimations?

L’OMS a analysé les bases de données existantes pour évaluer les données des pays sur la charge de morbidité, la couverture des services de santé et les résultats du système de santé. Nous avons regroupé les pays en cinq catégories selon leurs systèmes de santé et leurs moyens financiers.

Nous avons étudié comment on pouvait étendre les services de santé au moyen de quatre catégories de prestations, depuis les interventions politiques et communautaires, taxes et réglementations par exemple, jusqu’aux services hospitaliers. Ensuite, nous avons déterminé les investissements nécessaires pour amener les pays vers des comparateurs mondiaux en termes de cibles d’efficacité du système de santé, de couverture des services sanitaires et de résultats sanitaires généraux.

Ces activités et investissements sont modélisés selon le pays et l’année, avec un coefficient multiplicateur selon les prix propres aux pays. Le modèle prévoit un accroissement des investissements dans le temps. La majeure partie de l’analyse a été faite avec l’outil OneHealth, logiciel dont l’élaboration est supervisée par l’OMS et d’autres institutions des Nations Unies.

Qu’est-ce qui n’est pas inclus dans vos estimations? Que manque-t-il?

Dans certains domaines, il manque des données de qualité et des modèles de projection, comme la prévention des traumatismes, les accidents de la circulation, les intoxications chimiques et l’hépatite; nous ne les avons donc pas inclus dans l’analyse.

Ont été également exclues des interventions pour lesquelles les niveaux actuels de couverture n’ont pu être définis et/ou l’accord est limité sur les niveaux ciblés à atteindre (santé orale, technologies d’assistance ou consommables, comme les gants et les réactifs de laboratoire).

Les coûts de la recherche-développement n’ont pas été pris en compte. Si l’innovation technologique sera importante pour nous permettre une prestation plus efficace des services à l’avenir, il règne une grande incertitude quant à l’ampleur des futurs progrès et le moment où ils se produiront. De plus, alors que les technologies futures pourront avoir un meilleur rapport coût/efficacité, elles pourraient aussi être plus coûteuses et nécessiter des ressources supplémentaires que nous n’avons pas modélisées. Compte-tenu de cette incertitude, nous n’avons pas essayé de modéliser une évolution prévue de la technologie, impliquant la mise en œuvre de techniques plus efficaces que celles qui existent aujourd’hui.

Pour toutes les raisons qui précèdent, ces estimations doivent être considérées comme minimales et indicatives. L’OMS prévoit d’actualiser le modèle quand elle disposera de davantage de données.

Pourquoi n’avoir inclus que 67 pays?

L’OMS a décidé d’inclure tous les pays à faible revenu, les 20 pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure les plus peuplés et les 20 pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure les plus peuplés. Certains ont été exclus de l’ensemble final de données parce qu’ils ne disposaient pas des données requises pour les projections du PIB et d’autres ont changé de catégorie de revenu au cours de l’analyse, de sorte qu’à la fin, il y a eu 28 pays à faible revenu et 39 pays à revenu intermédiaire.

Ensemble, ils représentent 95% de la population des pays à revenu faible ou intermédiaire et 75% de la population mondiale. On relèvera notamment que la Russie n’a pas été incluse car elle était classée comme pays à revenu élevé au début de nos travaux, mais a ensuite été reclassée comme pays à revenu intermédiaire.

Les pays à haut revenu ne sont pas inclus pour pouvoir mettre l’accent sur les pays confrontés aux plus grandes difficultés s’agissant d’augmenter la prestation des services et la mobilisation des ressources afin de progresser sur les cibles des ODD relatives à la santé.

Que devrait donc dépenser mon pays pour la santé?

Nous n’avons pas publié une ventilation des coûts par pays, car la finalité de la facture de la santé pour les ODD est de donner un aperçu général des types d’investissements nécessaires pour renforcer les systèmes de santé, plutôt qu’une prescription indiquant ce que chaque pays devrait dépenser.

Les pays peuvent demander de l’aide à l’OMS pour définir les priorités et estimer les besoins en ressource par le biais du programme de travail OMS-CHOICE et de l’outil OneHealth, qui reprennent fidèlement les méthodes utilisées pour cette étude.

Pouvez-vous garantir que les cibles des ODD relatives à la santé seront atteintes si les pays appliquent ces niveaux de dépense?

Non. La réalisation des cibles ne se résume pas seulement à l’argent dépensé. L’engagement politique pour les atteindre est crucial, de même que le respect des droits de l’homme. Il est probable qu’en faisant des investissements judicieux dans le système de santé, couplés à un renforcement des institutions, on obtienne les changements voulus.


Pour en savoir plus sur la méthode de modélisation utilisée, veuillez contacter l’équipe Analyse économique et évaluation (EAE) du Département Gouvernance et financement des systèmes de santé de l'OMS à l'adresse suivante: whochoice@who.int