La semaine où le tsunami a frappé – récit d’un témoin
Le Dr Gaya Gamhewage, de nationalité srilankaise, est médecin; elle travaille à l'OMS à Genève pour le Département Interventions sanitaires en cas de crise. Gaya était au Sri Lanka pour rendre visite à sa famille et à des amis au moment où le tsunami a frappé. Voici le journal qu’elle a tenu dans son pays natal - elle y évoque la vie, la mort et la catastrophe.
Premier jour
Un tsunami a frappé tôt ce matin. C'est le choc, l’incrédulité, l’horreur. Des communautés de pêcheurs, des enclaves touristiques et des villages sont détruits.
Un train transportant près de 2000 personnes a été happé par la vague. Des centaines de personnes qui s’étaient rendues au marché du dimanche à Hambantota ont été emportées par la mer, de même que des bus entiers de pèlerins et des véhicules en safari.
On dénombre près de 5000 morts. Le nombre des blessés et des disparus est en augmentation. L’identification des corps a commencé.
Deuxième jour
Nous comptons les morts et retrouvons les vivants. Tout le pays s’organise pour aider les personnes touchées, recueillir de la nourriture, des vêtements et autres objets de première nécessité pour permettre à nos compatriotes de survivre. J’ai rejoint la petite équipe du bureau de l’OMS à Colombo et nous apportons notre concours au Ministère de la Santé, en aidant à établir les priorités d’action, en commandant des kits sanitaires d’urgence pour 120 000 personnes et en commençant à réunir des informations et à assurer la liaison avec les Nations Unies.
Nous avons également commandé deux millions de pastilles de chlore pour purifier l’eau et constitué des équipes chargées d’évaluer les dégâts et les secours mis en place district par district. Des effectifs supplémentaires de personnel OMS sont envoyés pour nous aider.
Troisième jour
Aujourd’hui, le bilan a atteint 10 000 morts. Près d’un million de personnes sont sans abri ; la plupart cherchent refuge dans des temples, des écoles ou des communautés proches. Plus de 700 médecins ont été réquisitionnés, 500 infirmières sont en réserve et les équipes médicales sont transportées par avion vers les zones sinistrées. Les secours en provenance de l’intérieur du pays commencent à arriver dans certaines zones sinistrées.
De nombreuses routes sont encore impraticables. Le trajet vers la ville où vit ma grand-mère, qui prend généralement deux heures, en a pris huit aujourd’hui. L’eau potable, les moyens d’assainissement, les abris, les vêtements et les fournitures médicales sont les priorités absolues. Nous avons établi une liste des médicaments nécessaires de toute urgence. L’OMS a aidé aujourd’hui le Ministère de la Santé à réunir la première réunion de coordination du secteur à Colombo, au cours de laquelle nous avons examiné les mesures les plus urgentes à prendre et déterminé quels étaient les besoins en médicaments.
Quatrième jour
On dénombre désormais plus de 15 000 morts et jusqu’à un million de personnes déplacées. Les corps sont ensevelis dans des fosses communes. Le processus d’établissement des certificats de décès, les enquêtes du légiste (coroner), la prise d’empreintes digitales et de photographies des personnes décédées sont abandonnés car les corps commencent à se décomposer.
L’OMS aide à coordonner l’action sanitaire. Des équipes conjointes de l’OMS et du Ministère de la Santé sont envoyées dans les quatre districts touchés du sud pour évaluer la situation et rendre compte.
Cinquième jour
Le bilan tragique des victimes atteint 23 000 morts. On dénombre 560 camps abritant 750 000 personnes déplacées. Nous aidons le Ministère à diffuser jusque sur le terrain des circulaires sur la gestion des aspects de santé publique des situations de crise. L’absence d’eau potable et de moyens d’assainissement est le principal problème. Nous craignons les épidémies. Les équipes internationales arrivent maintenant en nombre.
Partout dans le monde, l’OMS mobilise davantage de personnel. Nous envoyons des équipes d’évaluation sanitaire dans l’est du pays pour aider à coordonner les équipes étrangères et à mettre en place un système de surveillance des maladies.
Sixième jour
On compte plus de 30 000 morts. L’escalade des chiffres va-t-elle cesser ? L’étendue des dégâts dans le nord et dans l’est apparaît plus clairement. Les autorités nationales prennent la direction des opérations. Des routes sont réouvertes mais les inondations compliquent l’action de secours. Dans le nord, les mines antipersonnel constituent une menace pour les populations comme pour le personnel humanitaire.
L’OMS fournit régulièrement des informations au Ministère de la Santé et à d’autres organismes pour qu’ils puissent mieux évaluer la catastrophe et les mesures à prendre sur la base des besoins définis. Nous nous appuyons sur la vaste expérience de l’OMS en matière de santé publique en ce qui concerne les maladies transmissibles, l’eau et l’assainissement, la santé mentale, l’environnement et les systèmes de santé.
Septième jour
L’OMS dispose d’une équipe de pays solides et expérimentés à Sri Lanka. Les bureaux régionaux et le Siège ont déployé rapidement du personnel et des ressources matérielles dans le pays et nous aidons efficacement le Ministère de la Santé tout en nous intégrant à l’effort général de secours.
Je quitte Sri Lanka aujourd’hui. Comme dix millions d’autres personnes, ce sont des vacances que je n’oublierai jamais.