Action de santé à visée humanitaire

Le séisme et les raz-de-marée en Asie du Sud - Rapports de situation No. 5

Bureau régional de l'Asie du Sud-Est
Période couverte: 2 et 3 janvier 2005

C'est le risque épidémique pour les 5 millions de sinistrés qui suscite les plus vives inquiétudes et une course contre la montre s'est engagée pour l'enrayer. Les premiers rapports d'évaluation de la situation sanitaire arrivent et il n'y a pour l'instant aucune flambée épidémique confirmée. On s'attend néanmoins à une multiplication des informations faisant état de flambées de diarrhées et le paludisme comme la dengue sont aussi une source de préoccupation. La surveillance épidémiologique est essentielle pour garantir l'identification de toute flambée épidémique éventuelle et une riposte rapide et efficace. La priorité consiste à préserver la santé des survivants, à soigner les blessés, à garantir l'accès à l'eau potable et à des structures d'assainissement et à veiller à ce que les médicaments essentiels et les soignants qualifiés arrivent facilement dans les populations sinistrées.

Principaux enjeux

  • Garantir un accès à des quantités suffisantes d'eau potable, point essentiel pour éviter les épidémies, notamment de maladies à transmission hydrique. Des millions de comprimés pour la purification de l'eau ont été envoyés en Asie du Sud-Est, de même qu'une aide technique (ingénieurs spécialisés dans l'assainissement) afin de reconstruire les infrastructures pour l'adduction d'eau et l'assainissement.
  • Traiter les blessés et s'occuper des morts. L'OMS estime que cette catastrophe a fait plus de 500 000 blessés. Le matériel médical de base pour traiter plus d'un demi million de personnes pendant trois mois a été rassemblé.
  • Améliorer l'assainissement et l'hygiène dans les abris temporaires. La promiscuité favorise la propagation des maladies respiratoires (pneumonie par exemple). Il y a un risque accru de flambées de rougeole, de grippe et de méningite et une augmentation de l'incidence des infections des voies respiratoires. Le surpeuplement de l'habitat favorise également le développement des affections diarrhéiques et des maladies à transmission vectorielle. Il est donc essentiel de bien gérer les camps et les installations pour veiller à ce que les secours parviennent à tous en temps voulu.
  • Pour veiller à ce que l'aide et les secours parviennent à ceux qui en ont besoin en temps voulu, il faut coordonner l'évaluation et l'action avec les autorités locales, les autres organismes du système des Nations Unies, les ONG, les donateurs, le secteur privé et, plus important encore, les communautés locales. L'OMS poursuit une collaboration étroite au niveau national, régional et mondial avec toutes les parties intéressées de façon à bien coordonner les efforts et à disposer de systèmes de surveillance adéquats.

La logistique (transport, hébergement, communications) pose de sérieux problèmes pour les secours qui s'attachent essentiellement dans toutes les zones sinistrées à aider les survivants, notamment en établissant des centres d'aide sociale pour les personnes déplacées.


Pays Nombre de décès Nombre de blessés Nombre de disparus Nombre de personnes déplacées Informations particulières
Indonésie 80 248 >2 500 1 541 108 083 500 000 sans eau ni nourriture
Sri Lanka 28 551 12 177 5 040 809 246  
Inde 9 063 2862 - au Tamil Nadu seulement 5 511 1 141 000 39 districts sinistrés
Thaïlande 4 993 8 457 3 810   Mobilisation de 47 708 sauveteurs
Maldives 74 1 313 31 12 200 8 500 personnes évacuées sur d'autres îles
Myanmar 59 43 3 3 205 personnes de 638 familles/sans abri Destruction de 592 maisons dans 17 villages

Priorités sanitaires

De sérieuses menaces d'épidémies planent sur des millions de personnes en raison des dégâts subis par les systèmes d'approvisionnement en eau et d'assainissement, de la contamination de l'eau de mer et de l'entassement des populations. Aucune flambée épidémique n'a été signalée jusqu'à présent, la présence d'un certain nombre de cas de maladies à transmission hydrique ou vectorielle étant normale dans les zones sinistrées. On ne recommande pas la vaccination de masse contre le choléra et la fièvre typhoïde. La stratégie la plus pratique et la plus efficace pour éviter le choléra et la fièvre typhoïde consiste à fournir de l'eau propre en quantité suffisante et de mettre en place des conditions convenables d'assainissement.

Maladies transmissibles

Le système de surveillance doit concentrer ses efforts sur les maladies transmissibles importantes pour la santé publique qui risquent le plus probablement de survenir dans les régions inondées, l'objectif étant de détecter rapidement les maladies à potentiel épidémique. Les rapports provenant de sources diverses et comportant des données non vérifiées ou incomplètes ne sont pas utilisables pour planifier correctement une action.

Les pays se préparent à la prévention des épidémies et vérifient les données par le biais de la surveillance épidémiologique:

  • Thaïlande, problèmes sanitaires signalés : diarrhées aiguës (167), surinfection des blessures (163), intoxications alimentaires (33), pneumonies (20), paludisme (8), dengue (7).
  • Maldives, problèmes sanitaires signalés : diarrhées aiguës (225), fièvres virales (124), traumatismes (552), anxiété / choc (152).
  • Sri Lanka: on a signalé des cas de diarrhées dans certains districts mais ils restent dans la normale escomptée. Il n'y a pas encore de signes de flambées épidémiques. Des plans sont mis en œuvre pour diagnostiquer rapidement les diarrhées en excluant la possibilité de choléra.

De graves problèmes de pénurie d'eau potable et d'assainissement se posent dans toutes les régions sinistrées. Les systèmes d'évacuation des eaux usées sont endommagés et on signale que plusieurs zones n'ont plus d'eau que pour une ou deux semaines. Certaines îles signalent même que l'approvisionnement ne pourra être maintenu que pendant deux ou trois jours (Maldives et îles Nicobar).

Salubrité de l'environnement

Les populations sinistrées manifestent les symptômes de traumatismes psychologiques et l'on reçoit des informations faisant état d'anxiétés et d'états de choc. Un seul cas suspect de rougeole justifie une riposte vaccinale immédiate. Les vaccins antirougeoleux doivent donc être mis immédiatement à disposition en ciblant tous les enfants de 6 mois à 5 ans. Il sera possible de cibler les enfants jusqu'à 15 ans, si c'est faisable, dans les zones très surpeuplées. Les activités des programmes de vaccination doivent faire partie des services d'urgence de base lorsqu'ils sont rétablis.

Autres problèmes sanitaires (santé maternelle et infantile, santé mentale, etc.)

Les infrastructures ont subi des dégâts et des destructions massives et nombre d'établissements sont endommagées dans toutes les zones sinistrées. Le fait que les personnels de santé et leur famille ont aussi souffert de la catastrophe constitue une énorme difficulté. Les établissements opérationnels fonctionnent à plein régime et demandent du matériel supplémentaire. Des structures provisoires sont mises en place.

Système de santé et infrastructures (établissements opérationnels, accès, etc.)

OMS et coordination des secours

  • L'Allemagne a installé un hôpital militaire dans la région de Banda Aceh, avec 10 lits et deux blocs opératoires. Ces unités travaillent en étroite collaboration avec un bateau hôpital allemand. Un Airbus sera envoyé dans cette région pour procéder à des évacuations médicales et soigner le personnel international le cas échéant.
  • L'OMS travaille actuellement avec les autorités des pays affectés pour mettre au point des cadres opérationnels afin d'intégrer les compétences internationales dans les systèmes nationaux et mieux définir les besoins.
  • L'OMS a rassemblé à ce jour 330 kits médicaux contenant suffisamment de matériel pour soigner 2 millions de personnes pendant trois mois. Les kits de chirurgie rassemblés par le gouvernement norvégien pour la région contiennent eux aussi suffisamment de matériel pour soigner 2 millions de personnes pendant trois mois. Trois VSAT ont été mobilisés pour Sri Lanka, les Maldives et l'Indonésie.
  • L'OMS met en place une équipe de soutien opérationnel du Réseau mondial OMS d'alerte et d'action en cas d'épidémie à Delhi (avec du personnel du Bureau régional et du Siège) pour coordonner l'aide des partenaires du Réseau. L'OMS dresse des plans d'urgence pour déployer les compétences du Réseau en Indonésie, à Sri Lanka, aux Maldives et, potentiellement, en Thaïlande. Il est prévu que ces opérations fassent aussi appel à des équipes locales dans certains pays. Cette approche en phases progressives supposera une aide soutenue sur le terrain pendant une période initiale de trois mois. On pense que le noyau essentiel des équipes doit comporter : des chefs d'équipes, des épidémiologistes spécialisés dans les maladies transmissibles, des spécialistes et des techniciens de laboratoire, des logisticiens, des gestionnaires de données et des experts de la communication sur les risques pour la riposte aux flambées épidémiques.
Informations interorganisations et mondiales
  • La réunion du comité permanent interorganisations sur le séisme et le tsunami en Asie du Sud aura lieu le lundi 3 octobre à Genève.
  • Une séance de la Conférence mondiale sur la prévention des catastrophes qui aura lieu à Kobe (Japon) du 18 au 22 janvier 2005 envisagera comment un système d’alerte pour les tsunamis pourrait être mis sur pied en Asie du Sud-Est.
  • L’OMS a mis en place un système permettant à des particuliers de contribuer directement par leurs dons aux efforts de secours de l’OMS. Les dons en ligne à l’OMS atteignent déjà un montant total de US $25 à 30 000.
  • Le Directeur général de l’OMS se rendra en Indonésie et au Sri Lanka du 3 au 5 janvier 2005. Le Sommet des Chefs d’états asiatiques se tiendra à Djakarta le 6 janvier 2005.
  • Le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, se rendra à Djakarta les 5 et 6 janvier et lancera l’appel éclair des Nations Unies le 6 janvier à Aceh.
Informations sur les pays

Par l’intermédiaire du Programme d’action sanitaire d’urgence pour l’Asie du Sud-Est, les besoins financiers de l’action sanitaire de l’OMS au cours des trois prochains mois sont évalués à US $40 millions. L’OMS remercie l'orchestre philharmonique de Vienne pour sa contribution en espèces ainsi que les Gouvernements des pays suivants : Royaume-Uni (DFID) (dons en espèces et en nature), Italie (dons en nature), Suisse (dons en nature), France (dons en espèces), Norvège (dons en nature), Danemark (DANIDA , dons en nature), Canada (en nature), Chine (en nature) et Allemagne (en espèces).

  • Indonésie: au niveau national, l’OMS a eu une réunion de coordination avec le Ministère de la Santé et des ONG internationales et nationales afin d’échanger des informations sur les activités sanitaires. L’appui de l’OMS concerne principalement les évaluations sanitaires, la surveillance et l’action face aux maladies, l’eau et l’assainissement, la santé de la mère et de l’enfant, ainsi que la santé mentale. La priorité consiste à mettre en place un système de surveillance. Les effectifs ont été renforcés au niveau du pays et le bureau du pays peut compter sur un appui important en personnel pour cette mission. Le personnel de l’OMS et de l’UNICEF à Banda Aceh collabore à la préparation de l’entrepôt.
  • Sri Lanka: l’accent est mis surtout sur la coordination sanitaire avec le Gouvernement, les organismes du système des Nations Unies et les ONG. L’équipe OMS chargée de l’évaluation rapide des besoins sanitaires s’est rendue à Hambantota, Ampara, Jaffna, Mullaitivu, Trincomalee. L’OMS à Sri Lanka a organisé la réunion interorganisations des Nations Unies pour le secteur de la santé le 3 janvier afin de coordonner l’action sanitaire et une réunion de coordination a également eu lieu avec le Ministère de la Santé.
  • Inde: l’OMS organise une cellule de crise 24 heures sur 24 en collaboration étroite avec le Gouvernement indien et des membres du personnel participent aux efforts de secours sanitaire dans tous les Etats indiens touchés, en mettant l’accent sur l’assistance technique en matière de santé, la fourniture de conseils, la surveillance des maladies et la formation (par exemple pour le soutien psychosocial).
  • Maldives: des experts de l’eau et de l’assainissement ont commencé à dresser l’inventaire des îles sinistrées.
  • Thaïlande: l’équipe de l’OMS a entrepris des évaluations sanitaires dans les zones touchées.
  • Myanmar: l’OMS et l’UNICEF collaborent pour réduire le risque de flambée de maladies ainsi que la morbidité en renforçant la surveillance des maladies, en envoyant des fournitures médicales d’urgence et en appuyant la reprise des services de vaccination de l’enfant.
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