Action de santé à visée humanitaire

Le séisme et les raz-de-marée en Asie du Sud - Rapports de situation No. 6

Période couverte : 3 janvier 2005

Photo: Keystone

La fourniture d'eau potable et la mise en place de bonnes conditions d'assainissement restent la première des priorités pour la prévention des épidémies. Les épisodes diarrhéiques notifiés sont examinés et l'on exclut pour l'instant le choléra. Le déblaiement des zones sinistrées a commencé et des camps de réfugiés sont mis en place mais l'importance des dégâts gêne ces efforts. Il est impératif de bien concevoir ces camps et de les gérer correctement pour éviter un surpeuplement qui aggraverait les problèmes de santé. L'OMS s'efforce de diminuer les souffrances des survivants en leur fournissant des soins et une aide psychosociale. Elle a pour priorité immédiate de déployer son personnel afin de renforcer l'action des pays.

Principaux enjeux

  • De sérieuses menaces d'épidémies planent sur des millions de personnes en raison des dégâts subis par les systèmes d'approvisionnement en eau et d'assainissement, de la contamination de l'eau de mer et de l'entassement des populations. La stratégie la plus pratique et la plus efficace pour éviter le choléra et la typhoïde consiste à fournir de l'eau propre en quantité suffisante et de mettre en place des conditions convenables d'assainissement. L'apprentissage des règles d'hygiène et la fourniture de quantités suffisantes de savon contribueront également à éviter la transmission de ces deux maladies.
  • Les abris doivent être suffisamment espacés, conformément aux directives internationales visant à éviter les maladies fréquentes dans des conditions de promiscuité, comme la rougeole, les infections respiratoires, les maladies diarrhéiques et celles à transmission vectorielle.
  • Le nombre des cas de paludisme pourrait augmenter après les inondations à cause de la reproduction des moustiques si les eaux stagnantes salées sont diluées par l'eau de pluie ou d'autres sources d'eau douce. Il est crucial d'assurer le diagnostic et le traitement précoces des fièvres (dans les 24 heures suivant leur apparition). Dans les régions de risque paludique connu, il convient de prendre les précautions suivantes : a) traiter les abris avec des pulvérisations d'insecticides à effet rémanent et/ou distribuer ou retraiter des moustiquaires imprégnées d'insecticide dans les régions où l'on sait bien s'en servir ; b) les récipients pour conserver l'eau doivent être couverts afin d'éviter qu'ils ne deviennent des sites de reproduction pour les moustiques ; c) il faut essayer d'éliminer les accumulations d'eau dans les ruines et débris ; d) dans les régions où l'eau douce est conservée à ciel ouvert, le traitement larvicide est recommandé pour éviter la reproduction des vecteurs de la dengue ; e) les ordures doivent être collectées et éliminées correctement de façon à éviter la multiplication des rongeurs.
  • Les efforts d'information et d'éducation doivent porter principalement sur : a) le respect de bonnes règles d'hygiène ; b) les techniques sûres de préparation de la nourriture ; c) la purification de l'eau par ébullition ou chloration ; d) la mise à disposition d'au moins 250 g de savon par personne et par mois pour l'hygiène personnelle.

INFORMATIONS LES PLUS RÉCENTES

Le nombre total des décès dépasse 155 000 dans la Région de l'Asie du Sud-Est. C'est l'Indonésie, province d'Aceh, qui a été le plus durement touchée. Le PAM estime que les deux tiers de la population de Banda Aceh ne reçoivent aucune aide. L'armée australienne apporte de l'eau à la région d'Aceh.


  No. de décès No. de blessés No. de disparus No. de pers. déplacées Destructions Informations particulères
Indonésie 94 081 >2 500 1 351 271 908 172 sous-districts 1550 villages détruits  
Sri Lanka 29 957 16 665 5 744 861 016 Familles sinistrées (190 738), maisons (117 358) Camps en place (827)
Inde 9 479 2 862- au Tamil Nadu seulement 5 511 641 072 habitations (136 198)/ villages (883)/ 4 171 ha. de cultures 560 camps de secours, 384 956 personnes
Thaïlande 5 187 8 457 3 810     Mobilisation de 47 708 sauveteurs
Maldives 82 1 313 26 12 162   8 500 personnes évacuées sur d'autres îles
Myanmar 59 43 3 3 205 sans abris/ ménages (638) 592 maisons détruites dans 17 villages  

De sérieuses menaces d'épidémies planent sur des millions de personnes en raison des dégâts subis par les systèmes d'approvisionnement en eau et d'assainissement, de la contamination de l'eau de mer et de l'entassement des populations. Certaines maladies infectieuses, notamment celles à transmission hydrique ou vectorielle, (paludisme, tuberculose, dengue, encéphalite japonaise, diarrhées et infections respiratoires aiguës) étaient déjà prévalentes avant la crise provoquée par le tsunami. Les patients atteints de pathologies chroniques (maladies cardio ou cérébrovasculaires, diabète, cancer, etc.) souffrent quant à eux d'un accès réduit aux infrastructures et aux ressources de santé.

Priorités sanitaires

Les pays se préparent à la prévention des épidémies et vérifient les données par le biais de la surveillance épidémiologique :

Maladies transmissibles

Sauf dans les îles Nicobar, la situation concernant l’approvisionnement en eau potable dans la plupart des zones sinistrées est normale selon les informations. Des quantités adéquates de poudre ou de pastilles de désinfectants chimiques ont été fournies aux zones sinistrées de la métropole. Dans les îles Nicobar, on envisage la possibilité de trouver des sources d’eau potable locales. Les îles Nicobar ont reçu 197,18 m3 d’eau au titre des secours d’urgence.

  • Thaïlande, problèmes sanitaires signalés : diarrhées aiguës (167), surinfection des blessures (163), intoxications alimentaires (33), pneumonies (20), paludisme (8), dengue (7).
  • Maldives, problèmes sanitaires signalés : diarrhées aiguës (336), fièvres virales (275), IRA (55).
  • Sri Lanka : a) on signale quelques cas de varicelle dans le district de Jaffna. Ils ont été isolés et la vérification des détails est en cours ; b) on a signalé 150 cas de diarrhées dans 30 camps situés dans le district de Batticaloa, dont 50 dans un seul de ces camps. Des échantillons sont en cours d'examen.
  • Indonésie : on examine actuellement des cas de diarrhées à Aceh.
  • Inde : Aucun des organismes gouvernementaux participant aux opérations de secours et d'urgence ne signale de poussées épidémiques. On a cependant connaissance de cas sporadiques de diarrhées dans les régions sinistrées du Tamil Nadu et du Kerala. La prévention des épidémies dans l'archipel de Nicobar a la priorité : 80 médecins et 20 infirmières des institutions centrales ont été déployés dans les différentes îles en complément de l'action menée par les forces armées. Le 2 janvier 2005, des médicaments d'urgence et du matériel de désinfection (58,83 tonnes) ont été livrés. Au total, 148 équipes médicales spécialisées ont été déployées dans les zones sinistrées d'Andaman et de Nicobar.
Salubrité de l’environnement

Une préoccupation majeure à la suite de la désorganisation, et dans certains cas de la destruction de l’infrastructure et des services de santé concerne les bonnes conditions d’hygiène pour les accouchements. Aux Maldives par exemple, on compte actuellement 1 500 femmes enceintes disséminées dans les 200 îles de l’archipel frappées par la catastrophe. Au cours des six prochains mois, 1 000 vont accoucher quelles que soient les installations de santé disponibles (10 hôpitaux et centres de santé dans les atolls ont été gravement endommagés et ne sont pas opérationnels alors que le matériel et l’équipement ont été détruits dans 20 autres points d’accès aux services de santé).

Autres questions sanitaires (santé de la mère et de l’enfant, santé mentale, etc.)

Les dégâts et la destruction sont considérables et de nombreuses installations de santé dans toutes les zones sinistrées ont subi des dommages, sans compter que les soignants et leurs familles ont également été frappés par la catastrophe. Les installations de santé qui sont opérationnelles travaillent à plein régime et des fournitures supplémentaires sont demandées. Des installations temporaires sont mises sur pied, notamment des installations de laboratoire. En Inde, par exemple, 111 équipes médicales fixes et 53 équipes mobiles ont été mises sur pied dans l’Andhra Pradesh et 92 camps médicaux organisés au Kerala.

Système de santé et infrastructures sanitaires (installations opérationnelles, accès, etc.)

Au début de la deuxième semaine de la crise, il faut absolument que l’OMS assume son rôle fondamental d’assistance humanitaire dans le domaine de la santé. Pour cela il faudra renforcer massivement les opérations dans les pays en liaison avec les autorités nationales, les autres organismes du système des Nations Unies et le Groupe de base. La stratégie de l’OMS pour répondre à la crise actuelle est la suivante :

Mesures d’aide de l’OMS et mesures d’aide coordonnées

Les priorités immédiates de l’OMS consistent à fournir rapidement davantage d’effectifs. L’OMS met sur pied des équipes importantes dans ses bureaux et ses antennes de pays. Elle collabore avec les autorités nationales, l’UNICEF et les autres principaux acteurs dans le domaine de la santé aux niveaux national et local. Le réseau mondial OMS d’alerte et d’action en cas d’épidémie met sur pied un réseau d'alerte et d'intervention rapides ainsi qu'un système de surveillance, de vérification et d’action face aux maladies en Indonésie, à Sri Lanka, aux Maldives, en Thaïlande et en Inde.

  • surveillance et action : suivre les maladies potentiellement mortelles chez les sujets à risque par la mise sur pied rapide d’un système de surveillance et d’alerte rapide avec des rapports épidémiologiques quotidiens (mobilisation et déploiement immédiats du GOARN)
  • action commune : coordonner les acteurs sanitaires aux niveaux local, national et international sur la base de stratégies et d’une action communes
  • santé publique : fournir une orientation concernant les problèmes de santé publique critiques (riposte aux flambées de maladies, qualité de l’eau, évacuation des excrétas, menaces chimiques, prise en charge des maladies chroniques, santé mentale) ; combler les lacunes critiques jusqu’à ce que d’autres puissent prendre le relais
  • accès aux soins de santé essentiels : collaborer avec tous les partenaires pour assurer un accès équitable à des soins de santé essentiels de qualité adéquate par l’intermédiaire d’hôpitaux et de centres de santé spéciaux
  • fournitures médicales : veiller à ce que la chaîne d’approvisionnement soit aussi efficace que possible et réponde aux besoins des usagers
Informations interorganisations et mondiales

Le déploiement de membres du personnel de l’OMS à Sri Lanka, en Indonésie et aux Maldives se poursuit. Au total, 190 nouveaux kits sanitaires d’urgence (NEHK), 100 kits chirurgicaux et 40 kits diarrhée devraient arriver dans la région de l’Asie du Sud-Est. Ces kits permettront de couvrir a) pour les NEHK - 1,9 millions de personnes, b) pour les modules chirurgicaux - 10 000 interventions/opérations et c) pour les modules diarrhée - 40 000 cas.

  • Le Directeur général et le Directeur régional pour l'Asie du Sud-Est sont actuellement en Indonésie
  • L’appel éclair des Nations Unies sera lancé le 6 janvier. Le Siège de l’OMS, le bureau régional et les bureaux de pays dans la région préparent la composante santé de cet appel
  • Des responsables des Etats-Unis sont dans la région pour évaluer les dégâts. L’envoyé spécial du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies chargé des Tsunamis, Margaretha Wallstrom s’est quant à elle rendue aux Maldives.
Informations sur les pays

Indonésie : Le personnel de l’OMS et de l’UNICEF est en train d’établir une base à Banda Aceh. Un logement et un entrepôt sont en place et l'on disposera prochainement de moyens de transport, de deux véhicules et de bureaux. Les effectifs sur le terrain ont été renforcés (gestion des catastrophes, épidémiologistes, logisticiens, responsables de la sécurité et experts sanitaires). Dix NEHK sont arrivés permettant de répondre aux besoins de santé de base en situation de crise de 100 000 personnes pendant trois mois. Des difficultés ont surgi en matière de télécommunication : la qualité des communications est médiocre et le réseau de téléphones mobiles est saturé.

Sri Lanka : L’OMS coordonne l’action sanitaire avec le Gouvernement et différentes organisations, surtout les évaluations sanitaires, et planifie l’infrastructure de la santé. Quatre NEHK permettent de couvrir les besoins sanitaires d’urgence de base de 40 000 personnes pendant trois mois. Des épidémiologistes et des experts de la santé sont arrivés à Sri Lanka.

Inde : Une cellule de crise est opérationnelle 24 heures sur 24 et le personnel de tous les Etats indiens touchés collabore à l’appui du Gouvernement.

Maldives : Cinq NEHK sont arrivés permettant de couvrir les besoins sanitaires de base de 50 000 personnes pendant trois mois.

Par l’intermédiaire du Programme d’action sanitaire d’urgence pour l’Asie du Sud-Est, les besoins financiers de l’action sanitaire de l’OMS au cours des trois prochains mois sont évalués à US $40 millions. L’OMS remercie les Gouvernements des pays suivants pour la rapidité de leurs contributions : Royaume-Uni (DFID) (dons en espèces et en nature), Italie (dons en nature), Suisse (dons en nature), France (dons en espèces) et Norvège (dons en nature), Canada (en nature), Chine (en nature), Finlande (en espèces) et Allemagne (en espèces). D'innombrables témoignages de soutien de personnes du monde entier sont également parvenus à l'OMS.

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