Press Release

 

 

Communiqué OMS/18

29 janvier 1998

 

TROIS MILLIARDS DE PERSONNES SANS ASSAINISSEMENT: STRATEGIE DE L'OMS POUR LES COMMUNAUTES A HAUT RISQUE

 

Selon l'OMS, "les mille millions d'habitants les plus pauvres de la planète ont sept fois plus de chances de mourir de maladies infectieuses et de problèmes de santé maternelle et périnatale – pour la plupart sont directement liés à des conditions d'hygiène insuffisantes - que les mille millions de personnes les moins pauvres".

Le Conseil exécutif de l'OMS a lançé un appel à l'action pour aider ceux qui ont le plus besoin de services d'assainissement. Préoccupé par "le nombre important et croissant de personnes dans le monde qui ne sont pas équipées d'un système d'assainissement et vivent dans des communautés qui devraient bénéficier de mesures d'assainissement à titre hautement prioritaire en raison du risque particulièrement élevé que représentent les maladies liées au manque d'hygiène," le Conseil exécutif a adopté à sa présente session une résolution demandant instamment aux Etats Membres "de réorienter et renforcer leurs programmes d'assainissement afin de veiller à ce que la priorité soit accordée aux communautés particulièrement exposées en raison du manque d'hygiène".

Le nombre réel des personnes ainsi exposées est difficile à évaluer. Dans la plupart des pays en développement, la moitié des habitants des villes et une proportion encore plus forte des communautés rurales pourraient entrer dans la catégorie à haut risque.

Pendant des décennies, la priorité donnée à l'assainissement a été extrêmement faible par rapport aux autres éléments généraux du développement. En conséquence, la couverture des systèmes d'assainissement dans les pays en développement est restée constante depuis 1970, à environ un tiers de l'ensemble de la population. Selon les tendances actuelles, le total des personnes non desservies dans le monde devrait atteindre 3,3 milliards d'ici l'an 2000. Plusieurs facteurs compliquent le travail d'amélioration de l'assainissement dans les pays en développement. Le mouvement récent d'urbanisation a été extrêmement rapide, favorisant souvent l'éclosion sauvage d'agglomérations à la périphérie des grandes villes. Ces quartiers sont généralement surpeuplés, constitués d'habitations précaires et souvent privés de services municipaux de gestion des déchets.

Au sens large, l'assainissement a pour but de contrôler ou de modifier l'environement physique afin de prévenir la transmission de maladies aux populations humaines. Concrètement, il s'agit de garantir l'accès à des quantités suffisantes d'eau saine, l'évacuation hygiènique des excreta humains et des déchets domestiques, ainsi que de modifier les comportements par une éducation à l'hygiène.

Le poids de la morbidité directement liée au manque d'hygiène est terrifiant: près de 2,5 millions de morts par an à la suite de maladies diarrhéiques dont la dysenterie; 600 000 décès provoqués par la fièvre typhoïde et 138 000 par la dengue et la fièvre hémorragique dengue.

L'exposition à la pollution par les matières fécales peut favoriser l'apparition d'une multitude de maladies, dont le choléra, la fièvre typhoïde, la fièvre parathypoïde, les salmonelloses, la shigellose, la giardiase, l'hépatite et la poliomyélite sont les plus préoccupantes. Un système inadéquat d'évacuation des eaux usées a été à l'origine de la récente épidémie de choléra en Amérique latine.

Dans les pays développés, la quasi totalité des excreta humains est évacuée de façon hygiènique à l'aide de systèmes d'égouts, de fosses septiques ou par d'autres moyens. Dans ces pays cependant, des quantités considérables d'eaux usées sont déversées dans l'environnement sans traitement adéquat. Dans les pays en développement, la situation de l'assainissement est toute autre. Une petite fraction de la population, en gros 10% essentiellement dans les villes, a accès à des systèmes d'égouts, et une proportion légèrement supérieure, en gros 20%, dispose de formes quelconques d'installations d'assainissement à domicile. Mais l'immense majorité - environ 65% - n'a aucun système d'évacuation hygiènique des excreta.

Sur la population non desservie des pays en développement (2,9 milliards), 80% vit dans des zones rurales. Dans la plupart des cas, les excreta sont recyclés pour être utilisés dans l'agriculture ou déposés sur le sol sans destruction préalable des germes pathogènes qui, pour la plupart, finissent par contaminer les eaux de surface et les nappes phréatiques, où ils survivent parfois pendant de très longues périodes. Il n'est donc pas surprenant que des maladies infectieuses comme les maladies diarrhéiques, la schistosomiase et l'hépatite soient endémiques dans ces régions. La plus grande partie de ces matières organiques biodégradables sont évacuées sans pratiquement aucun traitement, de sorte que l'environnement est pollué par des organismes extrèmement dangereux pour la santé de l'homme.

L'état des systèmes d'égouts existants est une autre cause de préoccupation. Beaucoup des réseaux d'égouts des pays en développement ont été construits il y a un siècle ou plus. La plupart d'entre eux n'ont pas été correctement entretenus. L'augmentation de la densité de la population et de la consommation d'eau a entraîné une surcharge de ces réseaux. Dans la plupart des cas, les systèmes d'égouts des pays en développement ne sont que rarement rattachés à des installations efficaces de traitement.

L'assainissement peut contribuer à réduire l'incidence des maladies infectieuses de 20 à 80% en empêchant l'apparition ou en interrompant la transmission des maladies. Jouir durablement d'une bonne santé est impossible, en particulier pour les enfants, en l'absence de conditions d'hygiène satisfaisantes. Les pays dans lesquels les taux de mortalité infanto-juvénile sont les plus élevés et les revenus et l'espérance de vie les plus faibles sont aussi ceux où les installations d'assainissement sont les plus précaires.

La résolution de l'OMS demande instamment aux Etats Membres "d'accorder davantage d'importance à l'assainissement dans la planification nationale de la politique sanitaire et dans les investissements réalisés dans l'infrastructure", et demande à l'Organisation des Nations Unies et à la communauté internationale des donateurs d'appuyer les efforts des Etats Membres dans ce domaine. A cette fin, une stratégie mondiale en faveur de l'assainissement de l'environnement a été lancée avec le soutien de l'OMS, de l'UNICEF et d'autres institutions.


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