Press Release

Communiqué OMS/31
20 mars 1998

 

L'OMS dirige l'évaluation du risque sanitaire lié aux substances chimiques perturbant les fonctions hormonales

 

Les preuves scientifiques s'accumulent rapidement pour montrer qu'un certain nombre de produits interfèrent avec les fonctions normales de l'organisme gouvernées par le système endocrinien et qu'ils ont donc la possibilité de provoquer des effets néfastes sur la santé. La diminution du nombre des spermatozoïdes et de la qualité du sperme, signalée récemment par un certain nombre de pays, pourrait être l'une des conséquences les plus impressionnantes de telles interférences avec les hormones. L'augmentation de l'incidence de certains carcinomes hormonodépendants, comme les cancers du sein chez la femme, ou les tumeurs des testicules et de la prostate, dont témoignent certaines données, pourrait également être liée aux effets de ces substances chimiques appelés "perturbateurs des fonctions endocrines".

Désormais, ces substances chimiques feront l'objet d'un examen permanent par un Groupe d'orientation composé d'experts scientifiques qui se sont réunis pour la première fois à Washington (Etats-Unis d'Amérique), du 16 au 18 mars 1998, à l'Organisation panaméricaine de la Santé, qui est également le Bureau régional de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour les Amériques. Cette réunion a été organisée conjointement par le Programme international sur la Sécurité chimique (PICS) et par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ces experts scientifiques guideront, tout en y participant, les travaux visant à dresser un inventaire mondial de la recherche sur les composés chimiques perturbant les fonctions endocrines. Ils produiront également une évaluation internationale de "l'état des connaissances" dans ce domaine, sous l'égide du PISC.

"L'utilisation des produits chimiques dans pratiquement tous les domaines de la vie a crû très rapidement au cours des dernières décennies, remarque le Dr Maged Younes, du Programme OMS de Promotion de la Sécurité chimique. Sur plus de 11 millions de composés connus, près de 100 000 font l'objet d'une production à l'échelle industrielle et l'on en introduit chaque année de 1 000 à 2 000 nouveaux. Les êtres humains sont en contact avec de nombreux corps chimiques issus de la production commerciale, ainsi qu'avec des milliers d'agents de pollution ou de contamination d'origine naturelle dans les aliments, l'environnement ou les produits commerciaux."

Parmi les perturbateurs des fonctions endocrines, on trouve des produits chimiques divers, comme les hormones naturelles ou de synthèse, les pesticides, les monomères et les additifs utilisés dans l'industrie du plastique, les composés organométalliques, les détergents et les produits de dégradation. Ils peuvent interférer avec les hormones à différents niveaux : synthèse, mise en réserve, sécrétion-excrétion, transport. Les organes potentiellement affectés sont l'appareil génital de l'homme et de la femme, le système nerveux central, la glande thyroïde et le système immunitaire. Certains faits pourraient indiquer que l'exposition aux perturbateurs des fonctions endocrines altérerait le développement physique et mental des enfants. Selon les spécialistes, il faut s'attendre à ce que les perturbations hormonales affectent davantage les organismes en développement que les adultes et les lésions qui en résultent sont souvent permanentes.

Pour évaluer le risque que fait peser sur la santé humaine l'exposition à des substances chimiques perturbant les fonctions endocrines, les principes de base sont les mêmes que pour tout autre composé chimique. Néanmoins, la nature du système endocrinien est complexe : les interactions et les effets sur de nombreux organes sont courants. L'établissement de la relation entre la dose et la réaction, qui cherche à déterminer pour un produit donné la dose nécessaire pour perturber un système biologique fonctionnant bien, est une tâche compliquée car l'être humain est souvent exposé à des mélanges de substances chimiques. Même les hormones endogènes, produites par l'organisme, peuvent avoir des interactions avec le système endocrinien, ce qui rend la situation encore plus complexe.

Malgré toutes ces difficultés, les inquiétudes exprimées par les autorités sanitaires internationales à propos des effets potentiels des perturbateurs des fonctions endocrines ont amené la création du Groupe d'orientation. L'Assemblée mondiale de la Santé a adopté en mai 1997 une résolution sur les "polluants organiques persistants". Elle a prié le Directeur général de l'OMS "de prendre les mesures nécessaires pour renforcer le rôle directeur de l'OMS dans l'évaluation des risques, qui doit servir de base pour résoudre les problèmes hautement prioritaires à mesure qu'ils se posent, ainsi que dans la promotion et la coordination des recherches connexes, par exemple sur les effets possibles au niveau endocrinien de l'exposition à des polluants chimiques et leur implication possible dans l'étiologie des cancers ou de troubles immunologiques, neurologiques ou de la reproduction".

La réunion de Washington a constitué la première réponse à l'inquiétude internationale suscitée par les perturbateurs des fonctions endocrines. Le Programme international sur la Sécurité chimique, dirigé par l'OMS, collabore avec un certain nombre d'organismes nationaux et régionaux afin d'établir et d'entretenir un inventaire des activités de recherche concernant la perturbation des fonctions endocrines. Ce travail au niveau international devrait permettre d'éviter la duplication des efforts et de coordonner les recherches sur ce phénomène émergent, qui fait peser une menace potentielle sur la santé publique dans le monde entier.

 

 

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