Press Release

Communiqué OMS/34

17 avril 1998

LUTTE CONTRE LA CECITE DES RIVIERES:UN CHANGEMENT D'ORIENTATION S'IMPOSE

L'un des programmes les plus réussis en faveur de la santé et du développement en Afrique touche doucement à sa fin. Le programme de lutte contre l'onchocercose en Afrique de l'Ouest (OCP),* qui est parrainé par la Banque mondiale, le Programme des Nations Unies pour le Développement, I'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture et l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui en est l'agent d'exécution, s'achèvera en effet en 2002.

Il aura permis de protéger plus de 40 millions de personnes contre la maladie, dont quelque 600 000 contre la cécité. Au total, 25 millions d'hectares de terres fertiles auront ainsi pu être mis en valeur pour la production agricole, assez pour nourrir 17 millions de personnes chaque année. L'époque où jusqu'à 50% de la population adulte de plus de 30 ans des zones rurales d'Afrique de l'Ouest souffrait de ce que l'on appelait "la maladie au bout du chemin" est bien révolue.

Mais l'OCP laisse derrière lui un dangereux ennemi, prêt à réinfecter les zones protégées et à réduire à néant plus de 25 années d'efforts acharnés et un investissement d'un demi milliard de dollars. En effet, I'onchocercose n'a pas encore été éliminée dans toute l'Afrique et les simulies qui transmettent la maladie infestent encore les zones de l'Afrique de l'Ouest déjà libérées de la maladie. Ces insectes peuvent à nouveau jouer le rôle de vecteurs, soit que des moucherons infectés pénètrent dans ces régions, soit que des moucherons non infectés piquent des personnes infectées entrées dans la région.

Des activités de surveillance visant à détecter les cas de réinfection et à proteger sans délai les populations concernées par des traitements à l'ivermectine s'imposent et devront être maintenues dans un avenir prévisible.

Pourtant, surveiller l'onchocercose seule parait absurde d'un point de vue gestionnaire ou économique. "Comment convaincre les gens de surveiller une maladie qui n'est plus un problème?" fait remarquer le Dr Ebrahim Samba, Directeur régional de l'OMS pour l'Afrique et lui-même vétéran de la campagne de lutte contre l'onchocercose. "Ces activités de surveillance devront être intégrées à un système de surveillance multiple axé essentiellement sur des maladies épidémiques comme le choléra, la méningite, la fièvre jaune et le paludisme."

Ainsi, la stratégie de lutte de l'OCP doit-elle maintenant être modifiée et ce programme, qui consistait auparavant en activités de lutte contre une maladie déterminée, être transformé en un dispositif de surveillance de plusieurs maladies. Comment y parvenir? Telle est la question que se sont posés cette semaine à Ouagadougou (Burkina Faso), où se trouve le siège de l'OCP, des responsables de l'action sanitaire et des épidémiologistes de onze pays d'Afrique**, accompagnés de membres du personnel de l'OMS et de l'OCP ainsi que de représentants de la Banque mondiale et d'organisations non gouvernementales.

Les participants à cette réunlon ont utilisé comme cadre général la Stratégie régionale de surveillance intégrée de la maladie en Afrique mise au point par le Bureau régional de l'OMS pour l'Afrique.

L'OCP dispose d'une infrastructure unique comprenant un programme informatique sophistiqué de cartographie de tous les villages d'Afrique de l'Ouest, une banque de données régulièrement mise à jour, un système de communications radio permanentes avec les onze pays participants, un réseau d'équipes d'épidémiologistes et de centres et laboratoires d'entomologie et une flotte de plus de 200 véhicules. L'Organisation mondiale de la Santé et son Bureau régional pour l'Afrique proposent la création, à la place de l'OCP, d'un organe sous-régional de surveillance dont les équipes patrouilleraient dans la région à la recherche de signes de flambées ou d'épidémies de maladies infectieuses. Ce nouvel organe utiliserait l'infrastructure mise en place par l'OCP pour la surveillance épidémiologique de l'onchocercose et d'autres maladies infectieuses.

Les difficultés sont nombreuses. "Personne ne possède toutes les réponses, dit le Dr Ralph Henderson, Sous-Directeur général de l'OMS. "Nous devrons procéder par étapes, selon les besoins particuliers de chaque pays. Mais les difficultés devront être surmontées, faute de quoi l'onchocercose reviendra ruiner l'existence des générations à venir en Afrique de l'Ouest."

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* L'onchocercose ou cécité des rivières, est transmise par la piqûre des simulies. La maladie est dûe à la libération, dans la circulation sanguine, de vers microscopiques (microfilaires) par des vers adultes arrivés à maturation (macrofilaires). Ces vers minuscules provoquent des démangeaisons insupportables, des lésions cutanées et la cécité. Les microfilaires peuvent être traités par l'ivermectine. Le traitement doit être maintenu pendant environ 15 ans jusqu'à la mort des vers adultes.

** Bénin, Burkina-Faso, Côte d'lvoire, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Sierra Leone et Togo.

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Pour de plus amples informations, les journalistes peuvent prendre contact avec l'OMS à Genéve: Valery Abramov, Division de la Promotion de la Santé, de l'Education et de la Communication pour la Santé, OMS, Genève. Tel: (41 22) 791 2543, Fax (41 22) 791 4858. Email: abramovv@who.ch

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