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Communiqué OMS/59
10 août 1998LES PEDIATRES INVITÉS A S'ENGAGER EN FAVEUR DE LA LUTTE CONTRE LA MORTALITÉ CHEZ L'ENFANT
Dans sa première déclaration générale majeure depuis son entrée en fonctions le 21 juillet dernier, le Dr Gro Harlem Brundtland, Directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), a appelé les pédiatres du monde entier à s'engager en faveur de la lutte contre la mortalité des enfants de moins de cinq ans. Alors qu'ensemble les infections respiratoires aiguës, les diarrhées, la rougeole, le paludisme et la malnutrition sont à l'origine d'environ 70 % des 11 millions de décès annuels d'enfants de moins de cinq ans dans le monde, d'autres maladies et causes de décès associées à l'urbanisation rapide touchent de plus en plus les enfants. Les pédiatres, a indiqué Mme Brundtland, ont un rôle spécial à jouer pour mettre en place des systèmes et des soins de santé capables de favoriser et de protéger l'avenir de l'humanité.
S'adressant aux participants au XXIIe Congrès international de Pédiatrie réunis à Amsterdam (Pays-Bas) le 10 août, Mme Brundtland a déclaré : "En tant que pédiatres, vous n'êtes pas seulement des médecins qui prescrivez un traitement. C'est vers vous que nous nous tournons pour obtenir des conseils sur la croissance et le développement harmonieux de nos enfants, c'est en vous que nous avons confiance. Cette confiance fait que vous jouez un rôle particulier de responsable communautaire. Vous faites clairement entendre votre voix pour le compte des enfants qui ont tant de peine à faire entendre la leur dans beaucoup trop de pays." Cet appel lancé aux pédiatres est le premier effort majeur de Mme Brundtland pour instaurer une nouvelle culture d'ouverture vers les secteurs sociaux auxquels l'OMS ne s'est pas adressée jusqu'ici pour assurer le bien-être physique et mental de l'ensemble de la population mondiale.
"Vous, en tant que pédiatres, et nous, l'Organisation mondiale de la Santé, en invitant les partenaires à s'associer au plaidoyer pour les droits et les besoins de l'enfant, nous devrions ensemble réussir à fournir aux autorités nationales des conseils plus judicieux sur la façon de structurer leurs systèmes de santé pour apporter aux enfants des soins appropriés. Ce sont nos efforts conjugués et concertés qui peuvent créer la différence."
L'investissement en faveur de la santé aura des résultats tangibles, par exemple en assurant une main-d'oeuvre plus productive et des étudiants plus attentifs, a déclaré le Directeur général. Mais alors que, dans l'ensemble, on constate dans le monde une évolution des maladies transmissibles vers les maladies non transmissibles et les traumatismes comme principales causes de décès, pour ce qui est de l'enfant les perspectives d'une évolution analogue ces 20 prochaines années ne sont guère encourageantes à moins de vouer une attention nettement accrue aux problèmes de santé de l'enfant. Les maladies du sous-développement, la persistance des maladies infectieuses et de la malnutrition, ainsi que la maternité non médicalisée et les carences en matière de soins continueront d'être les principales causes de décès de l'enfant.
"Les enfants sont vulnérables", a poursuivi le Dr Brundtland. "Plus de la moitié des décès dus à des infections respiratoires aiguës et jusqu'à 90 % des décès par diarrhée, paludisme et rougeole frappent des enfants de moins de cinq ans. Derrière ce bilan, on retrouve le cercle vicieux de la pauvreté et de la morbidité. La pauvreté conduit à la maladie et la maladie est elle-même un facteur de pauvreté."
Le risque de décès avant cinq ans est cinq fois plus important dans les populations pauvres et, dans certains pays africains, un enfant sur cinq meurt aujourd'hui encore avant son cinquième anniversaire, alors que 7,5% des enfants nés vivants n'atteignent pas l'âge d'un mois. Dans les pays en développement, l'insuffisance pondérale à la naissance touche un enfant sur six et la malnutrition contribue à plus de 50 % des décès d'enfants dans le monde.
Après avoir souligné le rôle particulier que joue l'allaitement maternel dans la prévention de la malnutrition et la sensibilité aux maladies infectieuses, le Dr Brundtland a instamment invité les participants au Congrès à rester vigilants face à la commercialisation agressive des substituts du lait maternel qui nuit à l'allaitement maternel. Il faut donner à la mère - au cas où elle pourrait être séropositive - des conseils justes, équilibrés et prudents, et surtout éviter de l'alarmer et de l'amener à renoncer à allaiter. Sinon, ce sont des décennies d'efforts pour améliorer les pratiques en matière d'allaitement qui risquent d'être réduits à néant, a insisté le Dr Brundtland, et les enfants en subiraient les conséquences.
Les vaccins jouent également un rôle essentiel dans la bataille contre les maladies de l'enfance. L'éradication de la poliomyélite est en vue et des développements prometteurs de vaccins dans d'autres domaines se profilent à l'horizon, a déclaré le Dr Brundtland. Mais les donateurs doivent parcourir avec l'OMS le reste du chemin pour débarrasser le monde de la poliomyélite, tandis que de nouveaux partenariats, comme ceux existant entre l'OMS et l'industrie, seront nécessaires si l'on veut trouver les moyens de mettre à la disposition de tous les enfants les vaccins nouveaux ou existant déjà.
La stratégie PCIME
Au-delà des vaccins, il y a les soins et la guérison. Les familles doivent avoir accès à une prise en charge efficace et à des mesures de prévention, a avancé le Dr Brundtland. En conséquence l'OMS, avec l'UNICEF, a élaboré une stratégie susceptible de surmonter nombre de ces problèmes et d'entraîner une réduction importante du nombre des enfants qui meurent chaque année. La Prise en charge intégrée des maladies de l'enfant (PCIME) est une prise en charge simple mais efficace des cas, s'accompagnant des mesure de prévention que les familles peuvent instaurer à domicile. Elle assure un traitement combiné efficace contre les cinq maladies principales de l'enfance, accélère l'orientation-recours des enfants gravement atteints et donne aux parents la possibilité de soigner leurs enfants à domicile autant que possible.
Le Congrès international de Pédiatrie consacre l'après-midi du 11 août à la présentation de la PCIME et des moyens par lesquels elle peut améliorer les perspectives de survie pour les enfants, même dans les villages africains les plus excentrés.
Les approches intégrées pour la prise en charge des maladies ont inspiré l'initiative du Dr Brundtland "Faire reculer le paludisme". Chaque jour, 3 000 enfants meurent de cette maladie et l'on estime à 500 millions le nombre de cas survenant chaque année dans le monde. Pour lutter contre le paludisme, que l'on a cru sur le déclin, l'OMS formera une coalition avec ses Etats Membres, la Banque mondiale, le Programme des Nations Unies pour le Développement, l'UNICEF et d'autres organismes des Nations Unies pour renforcer les systèmes locaux de santé et les soins qu'ils assurent.
Elle a ensuite abordé d'autres facteurs de risque susceptibles de décimer les enfants d'aujourd'hui, avec à leur tête le VIH/SIDA et le tabagisme. Plus d'un million d'enfants de moins de 15 ans vivent avec le VIH, tandis que plus de deux millions sont déjà morts du SIDA. Cette maladie a rendu orphelins des milliers et des milliers d'enfants, ce qui a entraîné la mort pour nombre d'entre eux.
Insistant sur l'autre initiative majeure qu'elle a lancée à son entrée en fonction, la lutte contre le tabagisme, le Dr Brundtland a déclaré : "La plupart des fumeurs adultes ont commencé avant l'âge de 18 ans. L'industrie le sait et détermine sa stratégie de marketing en conséquence. Si l'on veut maîtriser les maladies associées au tabagisme, les enfants doivent grandir dans un monde où le tabac a disparu de leur domicile, des écoles et des lieux de travail."
Actuellement, 3,5 millions de personnes meurent chaque année du tabagisme et ce nombre pourrait avoisiner 10 millions en 2020, faisant alors de ce phénomène la plus grande source de morbidité au niveau mondial. On estime que 250 millions des enfants d'aujourd'hui pourraient à l'avenir mourir des maladies associées au tabagisme si la tendance actuelle se poursuit.
L'urbanisation est source d'autres préoccupations d'ordre sanitaire, a déclaré le Dr Brundtland. D'ici l'an 2000, environ la moitié de la population mondiale vivra dans les villes où la surpopulation, la pollution de l'air, la violence, les accidents de la route sont autant de dangers pour la santé. A mesure que la taille des villes augmente, notamment dans les pays en développement, les systèmes d'approvisionnement en eau et d'assainissement connaissent une pression croissante, ce qui met en danger la santé de tous les habitants. Les changements de l'environnement, avec la pollution intérieure des locaux, constituent une menace plus grande pour les enfants et plus d'un million d'entre eux pourraient en mourir chaque année. Parallèlement, les modifications du mode de vie entraînent un stress accru et une incidence plus élevée des problèmes psychosociaux.
"Il faut juger la santé du monde en fonction de la santé de ses populations les plus vulnérables, c'est-à-dire les enfants, et en particulier les enfants des pays en développement...Les pauvres sans ressources ont été trop longtemps tenus à distance par les bons voeux et les promesses," a rappelé le Dr Brundtland en conclusion.
Pour de plus amples renseignements, les journalistes peuvent s'adresser à l'OMS à Genève, à Gregory Hartl, OMS, Genève. Téléphone : (41 22) 791 44 58. Télécopie : (41 22) 791 48 58. E-Mail: hartlg@who.int
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