Press Release

Communiqué OMS/83
10 novembre 1998

SELON L'INITIATIVE POUR LES VACCINS DE L'ENFANCE

LA CRISE FINANCIERE MONDIALE ACCROIT LE RISQUE D'INFECTIONS

Il ressort d'un rapport présenté à 400 experts de la vaccination réunis aujourd'hui à Genève dans le cadre du Groupe consultatif de l'Initiative pour les vaccins de l'enfance que des pays confrontés à la crise financière mondiale sont contraints de réduire leur programme de vaccination de l'enfant ou de retarder l'introduction de nouveaux vaccins. Le Groupe consultatif qui se réunit tous les deux ans pour faire le point de la situation et surmonter les obstacles rencontrés rassemble, depuis sa création il y a huit ans, des organisations du secteur public et du secteur privé, y compris l'industrie des vaccins, pour veiller à ce que tous les enfants reçoivent les vaccins dont ils ont besoin contre toutes les infections mortelles.

La crise financière mondiale représente à l'évidence un tel obstacle. Les représentants de certains pays ont mentionné les difficultés ou les retards auxquels ils ont dû faire face en cherchant à s'approvisionner pour protéger les enfants à la suite d'une réduction du budget que l'Etat est en mesure de consacrer à la vaccination. Certains pays qui ont vu leur monnaie s'effondrer sont dans l'incapacité de réunir les devises nécessaires à l'achat de vaccins. D'autres arrivent encore à faire face à la situation mais leurs responsables craignent une pénurie de vaccins et un affaiblissement sensible de la capacité des services nationaux de vaccination de protéger les enfants en cas de persistance de la crise financière.

Comme l'indique le Secrétaire exécutif de l'Initiative, Bjorn Melgaard, "nous sommes très préoccupés par la situation dans les pays qui dépendent de l'aide extérieure ou qui ont besoin de devises pour se procurer des vaccins et mener à bien leur programme de vaccination. Il est clair que les pays d'Asie et d'Afrique ont été gravement touchés par la crise, mais certains grands pays d'Amérique latine sont également menacés. Ce serait une tragédie si les efforts à long terme consentis ces 20 dernières années pour mettre sur pied un système efficace capable de vacciner la grande majorité des enfants de la planète subissaient le contrecoup d'une crise financière qu'on espére passagère."

Même sans crise financière, de nombreux enfants ne bénéficient pas des vaccins dont ils ont besoin. Comme l'a dit à la réunion le Directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Dr Gro Harlem Brundtland, "Au moins 20 % des enfants de la planète ne reçoivent toujours pas les vaccins de base et les pays les plus pauvres n'ont toujours pas les moyens de se les procurer."

Ces deux faits expliquent en partie pourquoi, selon les estimations de l'Initiative, quatre millions d'enfants meurent encore chaque année d'infections évitables par les vaccins existants. La plupart de ces enfants vivent dans les pays les plus pauvres où la fourniture de vaccins n'est tout simplement pas assez efficace pour les atteindre tous, surtout ceux qui vivent dans des zones peu accessibles. Sur ces quatre millions d'enfants, deux millions meurent parce qu'ils ne reçoivent pas des vaccins mis au point et sur le marché depuis longtemps contre la rougeole, le tétanos, la rubéole et la fièvre jaune. Un million d'autres meurent d'infections par le virus de l'hépatite B et par Haemophilus influenzae type b (cause fréquente de pneumonie et de méningite) évitables par des vaccins mis au point ces dernières années.

De nombreux participants à la réunion de l'Initiative ont imputé ces décès évitables à l'écart considérable entre riches et pauvres. Cet écart est en train de se creuser et la crise financière mondiale n'arrange rien. Même sans la crise, c'est un véritable fossé qui s'est formé. L'enfant né dans un pays en développement est exposé à un risque 1000 fois plus grand de morbidité et de mortalité rougeoleuses que dans un pays industrialisé. Le lien avec la situation matérielle est direct. Pour ne prendre qu'un exemple, le produit national brut par habitant de la Suisse (US $41 000) est 500 fois plus grand que celui du Mozambique (US $80). Et l'inégalité s'accentue, alors même que l'ensemble des pays de la planète, à l'exception des Etats-Unis d'Amérique et de la Somalie, ont ratifié la Convention relative aux droits de l'enfant, s'engageant à accorder un rôle prioritaire à la vaccination universelle de l'enfant, en dépit parfois de ressources très limitées.

La vaccination peut toutefois être perturbée par de nombreux facteurs  pas seulement par le manque de moyens financiers mais aussi par les situations de troubles et d'instabilité. Les récentes flambées de poliomyélite en Albanie  la première depuis 18 ans  ou de diphtérie dans les pays de l'ex-Union soviétique illustrent bien le phénomène.

La réunion a conclu que les quatre millions de décès annuels d'enfants dus au manque de vaccins déjà utilisés pourraient être évités si deux conditions au moins étaient remplies.

Tout d'abord, l'ensemble des gouvernements doivent adopter et maintenir comme priorité absolue le principe de la vaccination et mettre un terme aux dépenses moins rentables, consacrées par exemple à l'installation d'hôpitaux de pointe. Ensuite, il faut doubler le montant de US $10 milliards par an actuellement consacré dans le monde à tous les aspects de la vaccination, de la recherche et développement à la fourniture des vaccins. A titre de comparaison, l'on ne consacre chaque année par habitant de la planète que US $1,80 à la vaccination contre US $139 aux dépenses militaires.

Le tableau brossé par les participants n'est pas toutefois entièrement sombre. Plusieurs d'entre eux ont en effet évoqué des éléments encourageants :

  • Aujourd'hui, les vaccins pédiatriques traditionnels  contre la tuberculose, la poliomyélite, la diphtérie, la rougeole, le tétanos et la coqueluche  sont administrés à 80 % des enfants de la planète contre 5 % à peine il y a 20 ans.
  • Les services de vaccination systématique dans le monde entier permettent actuellement de sauver chaque année la vie de trois millions d'enfants et d'éviter la cécité, la paralysie et les troubles mentaux chez 750 000 autres, et ce pour un prix de moins de US $15 par enfant dans les pays les plus pauvres.
  • De nouveaux vaccins  contre la pneumonie, la méningite et les infections à rotavirus  sont mis au point (un vaccin antirotavirus vient d'être mis sur le marché) et pourraient sauver deux millions de vies supplémentaires.
  • La recherche sur les vaccins n'a jamais été aussi active ni prometteuse; en tout, pas moins de 250 nouveaux vaccins - un record - en sont à différents stades de la recherche et développement et les chercheurs étudient aussi les moyens de simplifier les programmes de vaccination pour atteindre un nombre d'enfants encore plus important.
  • Grâce à ce que le Dr Brundtland a appelé "l'initiative de santé publique la plus importante qui ait jamais été lancée", la poliomyélite ne touche plus maintenant que l'Asie du Sud et l'Afrique subsaharienne.
  • Une centaine de pays vaccinent désormais systématiquement les enfants contre l'hépatite B contre 20 seulement en 1990. Dans beaucoup de ces pays, l'utilisation systématique du vaccin a permis de ramener la proportion des porteurs du virus d'une fourchette de 10-15 % de la population à moins de 2 %. Certains font état d'une diminution de 50 % du taux de cancer du foie chez l'enfant depuis l'introduction du vaccin.

L'Initiative pour les vaccins de l'enfance a été mise sur pied en 1990 au lendemain du Sommet mondial pour les enfants. L'Initiative est coparrainée par le Fonds des Nations Unies pour l'Enfance (UNICEF), le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), l'OMS, la Banque mondiale et la Fondation Rockefeller. Son Secrétariat est à Genève.


Pour de plus amples informations, les journalistes peuvent prendre contact avec l'OMS à Genéve: Valery Abramov, OMS, Genève. Tel: (41 22) 791 2543, Fax (41 22) 791 4858. Email: abramovv@who.int

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